Chapitre 3 : Collaboration
« Alors brusquement elle se leva et se dirigea dans la direction du prince. »
Elle s'arrêta devant lui, debout, au milieu de tous. Draco la regarda très étrangement, dans ses yeux on pouvait lire de l'étonnement, mais aussi une très forte envie de meurtre. Ne pensait-elle donc pas qu'il se faisait assez remarquer comme ça ? Il fallait que madame en rajoute une couche ! Même Blaise avait honte de déjeuner avec lui et préférait la compagnie du reste des Serpentard. La salle entière, professeurs et élèves confondus, les regardaient de manière très surprise et perplexe. Leur idole allait voir le monstre ? Quelle drôle de scène pour leurs petits yeux.
- Malfoy ? Elle parla assez fort, faisant en sorte que tout le monde l'entende. Le silence se fit peu à peu. Elle reprit. Ce que je vais dire va te paraître stupide, mais depuis maintenant quelque temps je voulais te remercier. Tu sais, pour ce qui s'est passé dans ton manoir, l'année dernière*. Ne crois tout de même pas que ça change quelque chose, on se déteste, mais j'apprécie le fait que tu aies soutenu l'ordre plutôt que les mangemorts. Sur ce, bon appétit la fouine. Et elle tourna les talons, marchant dignement vers la sortie. Elle entendait dans son dos des murmures étonnés s'élever. Les 'De quoi parle-t-elle ?', 'Il les a vraiment aidé ?', 'Elle est folle d'aller lui parler' résonnaient dans la grande salle. Des filles gloussaient, s'imaginant déjà qu'elles ne seraient pas mal vues si elles reprenaient la séduction du dieu du sexe, abandonnée une année plus tôt. Certains des Serpentard étaient aussi heureux que leur prince remonte dans l'estime de Poudlard. Ils savaient très bien que cette annonce ne suffirait pas, mais c'était un bon début : il pourrait ainsi revenir parmi eux, dans leur groupe de débauche.
La majorité des élèves campaient toujours sur leur position et Hermione savait pertinemment que les convaincre ne serait pas simple. Mais elle était fière de son effet et quitta la salle. Elle avait au moins intéressé les proies les plus faciles et malgré le nombre d'étudiants septiques, elle savait qu'elle y arriverait.
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Le vert et argent n'en revenait pas. Il suffisait que la meilleure amie du survivant vienne lui dire deux phrases ambigües pour qu'il paraisse moins monstrueux aux yeux de tous. Cette constatation le mit hors de lui, ce n'étaient que des moutons sans pensées personnelles qui ne faisaient que suivre l'avis collectif. Il savait pertinemment que la grande majorité ne savait même pas pourquoi ils le détestaient, les Serpentard en étaient la preuve, tous plus lâches les uns que les autres. Ces vils reptiles ne lui tenaient rigueur de rien, ils ne le pouvaient pas : leurs parents étaient pratiquement tous des mangemorts, la seule différence était que les Malfoy faisaient parti des favoris du Seigneur et Draco avait donc été appelé avant eux tous. Bref, Poudlard était une étable remplie de brouteurs d'herbe en laine.
Il aboya un "QUOI ?!" hargneux à un groupe de cinquième année qui le dévisageait et se précipita vers la sortie, rejoint peu de temps après par Zabini.
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Hermione s'était isolée, comme à son habitude, dans l'immense bibliothèque de l'école. Elle alla s'assoir à sa place, tout au fond de la salle, cachée derrière de gigantesques étagères croulant sous les ouvrages. Pendant deux longues heures, elle s'avança sur ses devoirs donnés pourtant pour dans un mois, elle ne supportait pas être débordée. La rouge et or sillonna ensuite entre les rayons, espérant trouver un livre intéressant. Et enfin, pour ne pas changer, elle quitta son paradis les bras chargés de dizaines de vieux grimoires effrités traitant de divers sujets. Elle atteignit difficilement sa chambre, chancelant sous leur poids, et s'écroula sur son lit.
La pensée que cette après-midi, on ne peut plus banale pour elle, jurait avec sa matinée mouvementée s'imposa à son esprit. Dans trois heures tout au plus, le dîner serait servi et elle n'avait toujours pas revu Malfoy, pourtant elle aurait vraiment aimé savoir sa réaction face aux événements du repas de ce midi. Elle redoutait leur prochaine confrontation. Peut-être n'avait-il pas apprécié son intervention du déjeuner, ou alors il avait changé d'avis et ne voulait plus de son aide, et s'il l'avait trouvée trop familière et directe ? Les questions tournaient dans sa tête, fusant d'un coté à l'autre de son esprit. Il fallait qu'elle arrête de se triturer les méninges, elle avait fait au mieux de ses capacités. Ils se détestaient mutuellement et si le blond n'était pas content, il n'avait qu'à se débrouiller tout seul.
Elle souffla, se redressa et alla s'installer sur son canapé avec un des gros livres qu'elle avait emprunté quelques minutes plus tôt. Lire lui avait toujours vidé la tête.
Alors qu'Hermione était en plein dans un chapitre fascinant sur le mode de vie des elfes de maison, on frappa violemment à la porte. Elle se dirigea, non sans râler, vers la dite porte et ouvrit.
- Non mais t'es pas bien ?! C'était quoi ce que tu nous as fait ce midi ?! Serais-tu devenue folle ?!
Une tornade brune entra dans l'appartement, hurlant à s'en décrocher la mâchoire et rouge comme un poivron. Le rouquin qui le suivait la regarda d'un air désolé. Il était bien entendu d'accord avec son meilleur ami, mais depuis qu'il avait brisé le cœur d'Hermione après la guerre, et que, malgré leur baiser, il était ressorti avec Lavande, il essayait de se faire tout petit, espérant être pardonné.
- Se taper la discute avec Malfoy, qu'est-ce qui t'as pris ? Tu as vu comment les autres t'ont regardée ? Tu vas être au centre des potins pendant un petit moment. En plus, t'excuser pour une histoire qui date d'à peu près d'un an, il te prends vraiment des envies bizarres parfois ! c'est essoufflé qu'il termina sa tirade.
La rouge et or se retint de rire face à la mine plus que furieuse de celui qu'elle considérait comme son frère. Elle savait pertinemment qu'il se mettrait dans un état pas possible. En même temps, c'était compréhensible, on parlait de leur ennemi numéro un, le mec qui avait tout fait pour leur pourrir leur scolarité.
Alors durant deux longues heures, elle discuta avec ses meilleurs amis. Bien entendu, la première demi-heure consista à leur expliquer que non, ses sentiments n'avaient pas changé et qu'elle haïssait toujours autant cette fouine détestable et mal élevée. En réponse à leurs multiples questions, elle finit par dire que si elle avait été le voir, c'était par pitié, ce qui n'était pas tout à fait faux. Rassurés, les deux garçons acceptèrent enfin de parler de sujets plus réjouissants et, jusqu'au dîner, le trio ne cessa de rigoler.
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Draco était toujours en prise avec Blaise, lui expliquant en long en large et en travers pourquoi cette stupide sang de bourbe lui avait parlé. Après de longues minutes de débat, Zabini finit par trouver que ce n'était pas une si mauvaise idée, à la grande surprise du prince, et que se servir du rat de bibliothèque pourrait être très amusant. Une fois qu'il eut vérifié que la haine que cultivait son meilleur ami envers elle était intacte, il le laissa patauger dans ses réflexions tout seul, content d'avoir peut-être trouvé une solution à son isolement.
Une fois seul, le vert et argent se mit à tourner comme un lion en cage, surpris par la réaction de son ami. Alors comme ça, selon lui, devoir fréquenter ce sang impur pourrait fonctionner ? Rien que s'imaginer à devoir faire semblant de l'apprécier lui donnait de l'urticaire. Il n'allait tout de même pas s'abaisser à gaspiller sa salive pour elle, il avait des principes. Déjà, quand elle était venue le voir ce midi, il avait voulu l'envoyer balader alors suivre les conseils de Zabini, aller la voir et faire croire qu'il l'appréciait, c'était juste impossible. Ce dernier pensait qu'elle serait d'autant plus efficace si elle se mettait à bien l'aimer et surtout si elle pensait que c'était réciproque. Bref, il était dans une galère sans nom et ne savait pas du tout quoi faire. Se créer une carapace et jouer le mec froid et haineux avait été facile, mais il se doutait que se mettre dans la peau de l'ami modèle, gentil et attentionné serait plus compliqué. Il eut un frisson de dégoût rien qu'en s'imaginant claquer la bise à cette immondice tous les matins. C'était écœurant. Pourquoi, ô grand pourquoi, avait-il accepté ce stupide pacte ?! Foutu moment de faiblesse ! Et s'il allait la voir, il risquait de perdre son dernier ami, Blaise, parce qu'il ne l'avait pas écouté. Le dilemme ne fit pas long feu dans son cerveau, il ne pouvait pas le perdre. Ça seule alternative était donc de se servir de la lionne et lui briser le cœur à la fin.
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Durant le repas, la rouge et or dut reformuler ses explications à Ginny, Dean, Seamus et Neville et supporter les regards haineux de Lavande et toute sa clique. Elle détestait cette fille, et seule sa relation avec son 'Ronron' lui évitait d'être remise à sa place. Elle soupira, sachant pertinemment qu'une fois sortie de la grande salle, elle devrait à nouveau parler à Luna et Cho qui se questionnaient, comme tous ses amis. Le plus dur dans tout cela, pensa-t-elle, était de ne pas vendre la mèche sur leur pacte, elle se ferait immoler vivante par tout Poudlard si quelqu'un venait à le savoir. Elle n'aurait jamais dû lui proposer son aide, cela entrainait beaucoup trop de complications dans son monde où elle faisait tout pour conserver le calme. Depuis la défaite des ténèbres et après que Ron lui eut brisé le cœur, elle ne désirait qu'une petite vie bien rangée remplie d'études et de livres. Pas d'amour, pas de problèmes, juste de l'encre sur des parchemins plus ou moins en bon état.
Seule la pensée que demain les cours reprendraient et qu'elle n'aurait plus le temps de se prendre la tête avec ces bêtises la fit légèrement sourire. Elle devait vraiment avoir le moral dans les chaussettes pour se réjouir d'aller en classe alors qu'elle connaissait déjà tout ce qu'on y apprenait et qu'elle serait à nouveau entourée d'incultes qui ne savaient rien, se dit-elle. Elle détestait McGonagall de l'avoir forcée à refaire sa septième année, elle connaissait déjà entièrement le programme et était sûre de recevoir un Otimal à ses ASPICS.
Pendant qu'elle se triturait les méninges, Ginny ne la quitta pas des yeux. Elle savait que sa meilleure amie lui cachait quelque chose, et vu les regards furtifs et emplis de haine qu'elle lançait à un blond isolé à la dernière table, elle se doutait que ce n'était pas son dernier devoir de potion qui lui posait problème. La jolie rousse se promit de lui en parler, ainsi qu'à Harry, qui était peut-être au courant de quelque chose. Et puis de toute façon, elle ne cachait rien au beau brun qu'elle apprivoisait petit à petit. Que c'était dur de draguer un homme aveugle - de tout ce qui touchait à l'amour s'entend - !
Après avoir fini son repas, discuté avec les deux demoiselles Serdaigle et jeté un regard meurtrier à son homologue préfet qui voulait lui refiler sa ronde, elle partit se coucher, heureuse de se retrouver enfin dans le silence bienfaiteur de sa chambre.
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Contrairement à l'excuse que la Gryffondor avait trouvé la veille*, ce soir, Draco alla vraiment descendre plusieurs bouteilles avec son acolyte, espérant noyer dans l'alcool tous ses malheurs. Pathétique, dites-vous ? Oui, complètement cliché en plus, mais pour le moment le Serpentard s'en fichait royalement. Après une bouteille entière à 40° dans le sang, le vert et argent, qui tenait pourtant très bien l'alcool, ne marchait plus très droit et tenait des propos qualifiés de confus. Blaise le regardait avec un sourire aux lèvres, - il n'avait bu qu'un verre et était encore lucide - il était étonné que son ami tienne encore debout bien que difficilement. Il rigola à plusieurs reprise des insultes que Draco formulait contre la terre entière, et encore plus quand celles-ci se consacrèrent uniquement à la petite Granger. Même si demain, il risquait de ne pas se rappeler de la totalité de la soirée et que les cours de la matinée allaient être très difficiles à suivre, il s'était détendu et relaxé, c'était le principal. Zabini eut du mal à le ramener dans le dortoir, car le blond bourré s'était mis à faire un caprice d'enfant, trépignant et criant qu'il n'était pas fatigué. Une fois qu'il fut endormi, le Serpentard lui sortit une potion contre le maux de tête dus aux cuites, cachée dans le double fond de sa table de nuit, et alla à son tour sombrer dans les bras de Morphée. Merlin que passer du temps avec Draco lui manquait... il espérait vraiment que la miss je-sais-tout réussisse.
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Dans le château silencieux, tout le monde, adultes et élèves confondus, dormait d'un sommeil réparateur agréable. Tout le monde, sauf elle. Pansy tournait et retournait dans son lit, se demandant pourquoi diable cette affreuse sang de bourbe avait adressée la parole à son Draco. Elle ne lui avait pas parlé depuis qu'il était devenu la risée de Poudlard, de peur de se couvrir de honte, mais n'avait tout de même pas abandonné ses espoirs de devenir un jour une Malfoy crainte et respectée. Elle n'avait jamais cessé de le trouver attirant et, que ce soit de l'amour ou non, se jurait, à chaque fois qu'elle partageait son lit pour le distraire, qu'un jour il lui appartiendrait. Et voir le rat de bibliothèque lui parler alors qu'elle ne le pouvait pas la rendait malade. Si cette petite impertinente continuait, elle lui ferait amèrement regretter. Méfie-toi, petite rouge et or, les apparences sont parfois trompeuses et l'insignifiante Parkinson pendue au bras du prince depuis la première année n'était pas une Serpentard pour rien. Elle sourit, sachant pertinemment qu'elle était bien plus dangereuse que ce qu'elle voulait bien laisser paraître, la marque sur son bras gauche dont personne de vivant ne connaissait l'existence en était la preuve.
