Chapitre 2 : La naissance du désir

Lentement, les murmures de l'Anneau infiltrèrent ses songes. Leurs voix raisonnaient sourdement dans son crâne et déformaient les visions bucoliques de la Comté pour les transformer en affreux cauchemars. Les charmantes masures couvertes de gazon, les sentiers centenaires, les enfants riants et chantants dans les près : tout cela se tordit, contorsionna pour former une gigantesque et ténébreuse spirale dans laquelle il vit Gandalf basculer, étant aux prises avec un démon de feu. Les paroles se firent plus insinueuses, plus terrifiantes. Les murmures se changeaient en sarcasmes, en moquerie, en insupportable persiflage. Ils lui ordonnaient de se réveiller, et de promptement marcher vers le sud. Là-bas, à quelques kilomètres d'ici, se trouvait un petit bois traversé de part et d'autre par une rivière magique. Cette dernière alimentait un lac superbe aux eaux les plus pures qui siégeait en son centre. Vaincu, Frodon finit par reprendre ses esprits et exécuta rapidement les ordres de l'Anneau. Il savait pourtant que souvent, lorsque celui-ci lui indiquait quelque chose, la pire des catastrophes s'ensuivait. Ses dernières erreurs l'avaient mené à perdre trace de Pippin et de Merry. Mais cette fois, c'était différent. Frodon lui faisait étrangement confiance. Un sentiment de calme et de bien –être reignait sur les landes désertiques.

Délaissant derrière lui ses sombres cauchemars mais aussi son ami Sam encore assoupi, Frodon atteignit les premiers buissons, et bientôt la rivière qui menait au cœur du temple végétal, seule trace de vie en ces terres oubliées. De grands arbres au tronc épais formaient une couronne de verdure enserrant les rives d'un lac de bonne taille, et une petite cascade plus en amont servait de diadème à ce spectacle étrange et féérique. Le Hobbit se retourna plusieurs fois, mais ne put déceler aucune trace de son ami Sam qui ne l'avait heureusement pas suivi. Poussant un soupir de soulagement, il s'approcha d'une des berges et y trempa ses pieds. L'eau était décidément à la température idéale !D'agréables vapeurs flottaient à quelques centimètres de sa surface, aussi légère et limpide que celle d'une glace ou d'un miroir.

Alors que Frodon s'apprêtait à retirer sa chemise, il entendit une voix éraillée qui provenait de l'autre rive. Son chant n'était certes pas mélodieux, mais l'on pouvait y déceler beaucoup de passion, et surtout, une âme flétrie qui tentait d'apaiser ses tourments.

- Le lac est beau…

Il bondit derrière un roc et attendit patiemment que ses yeux s'habituent à l'éblouissante clarté des eaux afin qu'il puisse mieux distinguer cette silhouette. Alors qu'il scrutait la rive opposée, il vit surgir d'entre les hautes herbes son chétif compagnon de route.

- Comme le lac est beau !

Gollum avait retiré le pagne qui lui servait à dissimuler son sexe. Frodon frémit de surprise. Il s'était fourvoyé au sujet de la créature : en vérité, son corps était celui d'un athlète ! ce lieu devait être enchanté, ou la lumière de la lune produisait un étrange mirage. Un formidable halo entourait le corps glabre du petit être décharné. Ses muscles, saillants et luisants, paraissaient avoir été enduit d'une substance magique qui les rendait plus consistants, plus forts...