Voici la suite. Merci à ceux qui me suivent!

Land'End est une ville des Cornouailles. Springfield est une réf aux Simpsons(est-il vraiment besoin de le préciser?)

Et merci à EmmaD pour ces réflexions judicieuses!


III

Land' End est réellement une extrémité de la terre; un des ces lieux au-delà desquels il est impossible d'avancer, ce qu'on appelle ici un quartier: quelques métairies sans église, ni mairie, ni cimetière, abandonnées au début de siècle lors de l'exode rural. Elles se tassent un peu plus chaque année.

Deux de ces vieilles demeures pourtant sont encore des maisons de maîtres. Les Snape et les Black ont laissé leur logis de Land'End tels qu'ils les reçurent des ascendants.

Eileen Snape qui avait au coeur de Londres sa résidence principale ne voulut jamais rien changer à ce domaine qui lui venait de son mari (mort dans un accident de chasse durant la dixième année de Severus) et où elle ne s'étonnait pas que le jeune garçon eût le goût de passer les vacances. Il s'y installait dès juillet, sous la garde d'une soeur aînée de son père, tante Clara, vieille fille sourde qui aimait aussi cette solitude parce qu'elle n'y voyait pas, disait-elle, les lèvres des autres remuer et qu'elle savait qu'on n'y pouvait rien entendre que le vent.

Pourtant, madame Snape craignait des conséquences de l'éloignement de ce fils chéri et du rapprochement que cela opérait avec Lucius Malefoy.

Lucius Malefoy avait hérité de son père à Springfield, non loin de Land' End, une maison où on ne le voyait jamais pendant la saison « mondaine ». Il n'y couchait qu'en août, qu'en le temps était trop lourd. Il ne laissait rien au hasard et mettait tout son orgueil dans la bonne organisation de la vie. « On n'est jamais malheureux que par sa faute...», répétait ce jeune homme. Jusqu'à son mariage, il fit une part égale au travail et au plaisir, s'il ne dédaignait ni l'alcool, ni les filles, il travaillait ''d'arrache-pied'', selon l'expression de sa mère. Plus âgé que Severus, il se plaçait en constante compétition avec lui, sans que Severus n'est encouragé ce comportement qu'il jugeait puéril. Et déjà l'intelligence de Severus était fameuse; un esprit fort, sans doute...

Mais Lucius se flattait de savoir manipuler son monde.

Severus sourit à cette caricature de Lucius qu'il dessine en esprit: « Au vrai, il était plus fin que la plupart des garçons que j'eusse pu rencontrer.»

Mais ce n'est pas lui que Severus, les paupières baissées, voit surgir sue un balai en ces matinées d'autrefois, vers 9h, avant que la chaleur soit à son comble; non pas l'ami indifférent, mais Narcissa, le visage en feu-et déjà sous le ciel commençait à ronfler la fournaise de la lande:«Remets ton manteau pour entrer au salon; c'est une glacière...»

Et la tante Clara ajoutait:«Ma petite, vous aurez à boire quand vous ne serez plus en nage...» Narcissa criait à la sourde d'inutiles paroles:«Ne t'égosilles pas, elle comprend tout au mouvement des lèvres...» Mais la jeune fille articulait en vain chaque mot et déformait sa bouche minuscule; la tante répondait au hasard jusqu'à ce que tous deux soient obligés de fuir pour rire à l'aise.

Du fond d'un compartiment obscur, Severus regarde ces jours purs de sa vie; et cette trouble lueur de joie, il n savait pas alors que ce devait être son unique part en ce monde. Rien ne l'avertissait que tout son lot tenait dans un salon ténébreux, au centre de l'été implacable. D'où lui venait ce bonheur? Narcissa avait-elle seulement un seul des goût de Severus? Si elle était studieuse, elle détestait la lecture, n'aimait que coudre, rire et parler, tandis que Severus dévorait du même appétit les romans de Paul de Keed, les causeries du jeudi, l'Histoire du Ministère, tout ce qui traîne dans les placards d'une maison de campagne.

Aucun goût commun, hors celui d'être ensemble durant ces après-midi où le feu du ciel assiège les hommes. Rien à se dire; aucune parole: les minutes fuyaient dans ces longues haltes innocentes sans que les jeunes gens songeassent plus à bouger que ne bouge le chasseur embusqué. Ainsi leur semblait-il qu'un seul geste aurait fait fuir leur informe et chaste bonheur.

Narcissa, la première s'étirait.

"Tu viendras demain?

Oh! Non; pas tous les jours."

Elle ne souhaitait pas de le voir tous les jours; parole raisonnable à laquelle il ne fallait rien opposer; toute protestation eut paru, à Severus même, incompréhensible. Narcissa préférait ne pas revenir; rien ne l'eut empêchée sans doute; mais pourquoi se voir tous les jours?

Ils finiraient, disait-elle, par se prendre en grippe. Severus répondait:"Oui...oui-sutout ne t'en fais pas une obligation: reviens quand le coeur t'en diras... quand tu n'auras rien de mieux." L'adolescente à balai disparaissait sur la route déjà sombre.

Severus revenait vers la maison; les métayers le saluaient de loin; les enfants ne l'approchaient pas. Sa tante le guettait sur le seuil et, comme font les sourdes, parlait sans arrêt pour que Severus ne lui parlât pas.

Qu'était-ce donc que cette angoisse? Il n'avait pas envie de lire; il n'avait envie de rien; il errait de nouveau.

Albus Dumbledore, comment t'introduire dans ce monda confus, toi qui appartiens à la race des sereins? "Pourquoi êtes-vous devenu Mangemort?"

Pourquoi s'est-il tourné vers Voldemort? C'était vrai que rien ne l'y avait forcé.

Severus se souvient que Minerva McGonagall répétait à tout venant:"Dieu sait pourquoi il a rejoint l'Ordre, mais il l'a fait. Il n'a pas nos principes, malheureusement; par exemple cette attirance pour les arts sombres: un genre qu'il se donne; mais c'est une nature très droite. Nous aurons vite fait de lui faire oublier ces idées de magie noire. Certes, tout ne nous sourit pas dans ce revirement. Oui... ce passé inconnu de Mangemort...je sais bien...mais c'est oublié, n'est-ce pas? On peut à peine dire qu'il y a eu scandale. Et puis sa mère ne lui a donné que de bons exemples. On a besoin de tout le monde. Enfin, il faut bien passer sur quelque chose. Et puis, vous me croirez si vous voulez, mais il est d'une grande puissance. C'est incroyable, mais c'est comme ça."

Pourquoi était-il devenu Mangemort? Il avait eu une grande admiration pour Voldemort. Aucune attitude qui demanda moins d'effort. Il n'avait qu'à lever les yeux vers Voldemort que c'était sa science d'emplir de candeur admirative. Une telle proie à ses pieds flattait le sorcier mais ne l'étonnait pas.

"Je le suis devenu parce que..." Severus, les sourcils froncés, un main sur ses yeux, cherche à se souvenir. Il y avait cette joie puérile de se rapprocher de Lucius. Mais c'était Lucius surtout qui en éprouvait de la joie; pour Severus, ce lien ne comptait guère.

Au vrai pourquoi en rougir? La puissance magique du Seigneur des ténèbres ne l'avait pas laissé indifférent. "Il a toujours eu le goût de la magie dans le sang."

"Lui aussi, d'ailleurs, s'intéressait à mes possibilités."

Mais Severus avait obéi peut-être à un sentiment plus obscur qu'il s'efforce de mettre à jour: peut-être cherchait-il moins la puissance qu'un refuge.Ce qui l'y avait précipité, n'était-ce pas une panique? Petit garçon pratique, enfant ordonné, il avait hâte d'avoir pris son rang, trouvé sa place définitive; il voulait être rassuré contre il ne savait quel péril. Jamais il n'avait paru si raisonnable qu'à l'époque qui avait précédée la cérémonie d'entrée au sein des Mangemorts: il s'incrustait dans un bloc, il se casait, il entrait dans un ordre.

Jamais Severus ne connut un telle paix- ce qu'il croyait être la paix et qui n'était en réalité que le demi-sommeil, l'engourdissement de ce reptile en son sein.