Pour ceux qui commençaient à se demander si on allait sérieusement commencer l'histoire, et qui s'y intéressent suffisamment pour venir voir ce qu'elle donne... Voilà c'est parti !
Warning de prévention : si vous cherchez quelque chose de normal et censé, on vous demandera ce que vous faites là... C'est sûrement pas dans notre fic que la logique s'est cachée. Désolé. Essayez à côté. Tenez, on va vous reconduire à la sortie...
Pour ceux qui restent, eh bien, bonne route et bonne lecture !
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– L'enfance d'un jeune arbre d'argent –
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Je dois avouer qu'il y a peu de choses à relater de mon enfance, sinon qu'elle fut heureuse. Je grandis entouré des soins d'une famille aimante et des honneurs accordé à un prince de sang. Je connus les splendeurs secrètes des Milles Cavernes. J'eux même l'immense chance d'y avoir contemplé la plus belle fleur qui s'y épanouit jamais ; Lùthien Tinúviel, fille de Thingol. Quand elle partit en abandonnant sa pérennité, elle emporta avec elle toute la lumière profonde de Menegroth et un peu de la joie de nos cœurs. Longtemps, très longtemps, je la tins pour la plus belle elfe qui ait jamais ouvert les yeux sur le monde.
Ma mère donna à mon père un second fils, que j'aimais avec toute la tendresse d'un cœur de grand frère. Galathil était, comme moi, une âme paisible qui n'aimait pas les conflits, un amoureux de la lecture et de la poésie. Nous passions ensemble des après-midi entiers dans la bibliothèque, des montagnes d'ouvrages érigées autour de nous comme des murailles, et adossés l'un à l'autre, nous lisions chacun de notre côté, en échangeant parfois un commentaire sur nos lectures respectives.
La seule passion qui dans mon cœur parvint à surpasser celle que je portais à la littérature était celle de la botanique. J'avais toujours été fasciné par les plantes, m'émerveillant devant la splendeur des fleurs sauvages qui s'épanouissaient à l'intérieur de nos grottes. Mon enfance fut jalonnée d'escapades à l'extérieur des cavernes pour aller courir dans les bois de Doriath et admirer la vigueur des arbres, les couleurs des pétales des fleurs, écouter le chant d'invisibles oiseaux perchés dans leurs hauteurs de leurs branches, m'enivrer le parfum de la terre et de la douceur de l'air. Oropher ne cessa de me taquiner à ce sujet, me surnommant « laique » ce qui signifiait « plante verte ».
Fils de seigneurs lointainement affiliés à la maison royale, Oropher était légèrement plus âgé que moi, et nous avions tôt lié une étroite amitié. Son caractère autoritaire, emporté, brûlant d'ardeur et de passion, était tout le contraire du mien. Mais malgré toutes nos divergences, les siècles ne surent nous séparer. Plusieurs fois il m'avoua que ma constance était pour lui comme un roc auquel se retenir. Un murmure de mon âme de poète nous compara au soleil et à la lune. Nous partagions tout, et pourtant nous n'avions rien en commun ; je connaissais tous ses secrets, et il connaissait tous les miens… tous, sauf un.
Nous nous retrouvions régulièrement dans la salle d'armes. Mon père avait tenu à ce que j'apprenne très tôt le maniement de l'épée, sans jamais m'en révéler la raison. Quand mon entraînement débuta, j'étais trop jeune pour me poser de questions sur son utilité. A Menegroth, nous ignorions ce que signifiait le mot « guerre ». Nous étions protégés par l'Anneau de Melian qui tenait à l'écart les créatures de Morgoth. Mais je participai aux leçons d'escrime avec application, afin de faire plaisir à mon père, et me découvrit doué pour le maniement des armes. Les professeurs ne tarissaient pas d'éloge à mon égard, louant ma souplesse, ma rapidité, mon ingéniosité. C'est au cours d'un de ces entraînements que j'avais fait la connaissance d'Oropher ; et depuis, comme en souvenir de ce jour, nous descendions régulièrement ensemble dans la salle d'arme, aux heures où on n'y trouvait personne. L'arène résonnait des tintements de nos lames qui s'entrechoquaient à un rythme effréné. Nous ne rompions pas la danse tant que l'un de nous n'était pas à terre.
Oropher usait de sa force avec intelligence, canalisant l'ardeur qui brûlait en lui pour décupler la puissance de ses coups. On lui reconnaissait des talents de bretteur exceptionnels, et rares étaient ceux qui savaient le vaincre en duel. J'étais l'un d'eux. Jamais il ne comprit ce qui l'empêchait de me battre. Je souriais en haussant les épaules, feignais l'ignorance, plaisantait sur la chance et le destin. Avec le temps, j'étais devenu habile à la dissimulation, même si c'est là un talent dont je ne me vante guère.
Je ne souhaitais parler de mon secret à quiconque ; il était mien, et mien seul, et j'en savourais le goût avec un plaisir égoïste.
-Quand j'aurais un enfant, je veux que ce soit toi qui lui enseigne tout ce qu'il doit savoir, mellon nin, me dit un jour Oropher après un duel particulièrement rude, alors que nous nous dirigions vers ses appartements pour nous y servir un verre de vin bien mérité.
Il m'avait fait découvrir les saveurs et les plaisirs du vin, finissant par me faire partager son penchant pour la boisson. Et il était devenu une coutume pour nous de partager un verre après nos entraînements.
-Pourquoi moi ? Demandai-je, surpris. Pourquoi ne le ferais-tu pas toi-même ?
-Je ne serais pas un bon professeur. Je n'ai pas de patience. Toi, tu en es rempli.
-Oh, marmonnai-je, sans savoir que répondre.
Ses mots me firent plaisir, mais cependant, je ne lui promis rien.
Quelques années passèrent, j'oubliais ces quelques paroles échangées. D'adolescents, nous devînmes des adultes. Mon père me considérait avec fierté. Le Roi Thingol fit de moi l'un des pairs du royaume, m'accordant ainsi le privilège d'entrer dans le cercle le plus restreint de ses conseillers. Je ne savais pas si j'étais digne de cet honneur. Oropher m'assura que si, en me gratifiant d'une amicale bourrade dans l'épaule. Il m'invita à fêter cela à notre manière. Je remportai le combat à l'épée, mais pas celui, inattendu, que me proposa mon ami quand nous rejoignîmes ses appartements pour notre habituel verre. Il tenait remarquablement bien l'alcool. Quant à moi… j'ai un souvenir trop vague de cette soirée pour en dire quoi que ce soit. Mais depuis, j'évitais de descendre trop de verres dans la même foulée.
Une résolution qui ne tint pas longtemps.
Pour ma défense, les festivités qui accompagnèrent les fiançailles d'Oropher et Ravennë furent grandioses, et le vin coulait à flot dans l'allégresse générale ; il me fut impossible d'y couper, même si je l'avais voulu. On savait s'amuser, à Menegroth, et surtout, on appréciait la boisson en toute occasion. C'est donc, bon gré mal gré, avec un hanap rempli à la main que j'observai la plus grande salle de Menegroth illuminée de mille lumières, et toute la noblesse elfique de la maison assemblée. Le Roi ne se moquait pas de ceux qui le servaient avec loyauté. On aurait pu croire qu'il s'agissait des fiançailles d'un prince de sang.
On dégagea un large cercle au cœur de la salle. Le bruissement des conversations et des rires s'atténua. Une musique douce et lente s'éleva entre les colonnes de pierre, semblant descendre du ciel sans qu'on ne vît aucun des musiciens. Oropher et son épouse ouvrirent le bal. Ainsi, tourbillonnant ensemble comme deux tornades ardentes au rythme de la mélodie des harpes, ils étaient magnifiques. Leurs yeux brillants ne se lâchaient pas. Ravennë portait une splendide robe rouge dont l'ampleur formait comme les pétales d'une rose sanglante autour d'elle.
Je souriais dans le vide alors que d'autres couples les rejoignaient sur la piste. J'étais fier d'Oropher, dont j'avais été le confident quand il avait pour la première fois croisé le regard de cette femme qui fit chavirer son cœur. Mon oreille avait patiemment recueilli toutes les déclarations d'amour exaltées qu'il n'osait lui déclamer. Je ne lui avais rien suggéré, je ne lui avais été d'aucune réelle aide, autant par inexpérience que par désir de voir comment il allait se débrouiller seul. Ravennë était une jeune elfe au caractère aussi fort et enjoué que celui de mon ami, et son esprit était vif comme une flamme. J'avais d'abord craint qu'ils ne se ressemblent trop pour s'accorder. Mais ils étaient là, à danser tous les deux, oublieux du reste du monde. Parmi les couples qui évoluaient autour d'eux, je repérai le Roi et sa Reine Melian, majestueux entre tous, ainsi que mes parents, Galadhon et Annacálë. Je les suivis distraitement du regard, admirant leur harmonie, et, secrètement, me demandai si, un jour, je pourrais quitter les rangs clairsemés des spectateurs pour me mêler à eux.
-Toi aussi, mon frère, tu es un oublié ?
Galathil se tenait à mes côtés, et il contempla avec moi nos parents danser, avec dans les yeux une admiration mêlée de regret. Son visage n'avait pas encore abandonné toutes les rondeurs de l'enfance, et quelque chose dans sa manière de se mouvoir évoquait encore un adolescent gauche et mal à l'aise dans son corps. Légèrement plus petit que moi de taille, il était aussi plus frêle. Peu habile aux armes, son esprit était en revanche aigu et son regard calculateur. Il était avec le temps devenu encore plus grand lecteur que je ne l'étais, et il n'ignorait rien de ce qu'il y avait à apprendre des livres.
-Père se demande quand enfin viendra le temps où nous trouverons nous aussi une épouse, ajouta mon frère d'un ton badin.
-Crois-moi, c'est aussi une question que je me pose, répondis-je avec un sourire à moitié forcé.
Je venais d'apercevoir son regard qui avait dérivé des danseurs pour parcourir les spectateurs de l'autre côté du cercle de danse. Et là-bas, une femme lui rendait son regard.
Je ne lui posais aucune question et me renfermait dans mes moroses réflexions.
Oropher fit danser son épouse jusqu'à ce que, entre deux éclats de rire, elle demande grâce. Ses joues étaient rougies et ses yeux étincelaient. Quand ils se séparèrent, elle saisit avec délicatesse une fleur tressée dans ses cheveux d'or et l'offrit à mon ami. Il la reçut d'un air grave, et s'inclina devant elle en lui baisant la main. Je ne l'aurais jamais cru capable d'une telle galanterie, et ce spectacle me fit sourire malgré moi. Puis ils s'approchèrent tous les deux dans notre direction. Prévenant, je les attendais avec deux coupes de vin, et en tendit une à chacun des danseurs essoufflés.
-Et toi, laique ? Me taquina Oropher en vidant la sienne d'un trait. Ton âme sœur semble tarder à se manifester, par Eru ! Même ton frère semble avoir trouvé quelqu'un qui ait épinglé son attention.
Je ne prononçai pas une parole, mais lui adressai un regard lourd de reproche.
Mon âme sœur viendrait quand elle viendrait, et pas avant.
Mais il était vrai que si elle pouvait se presser un peu…
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Voilà on commence à inventer la vie de notre plante verte préférée (et le titre est maintenant justifié...) ainsi que celle d'Oropher par la même occasion...
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Petits points d'elfique :
-"mellon nin" veut dire "mon ami"
-"laique" se prononce "l'ail-ké" et pas comme "laïque"...
Ravennë et Annacálë ne sont pas exactement des OC de notre confection, mais nous les avons baptisées nous-même puisque leurs "vrais" noms sont introuvables. Ravennë signifie "Lionne" (même si on peut se demander si les lions existent en Terre du Milieu) et Annacálë signifie "don de lumière".
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On espère que vous avez aimé ! N'hésitez pas à nous dire si vous avez aimé ! A bientôt pour la suite !
