Coucou à toutes. Désolée pour l'attente. Après de nombreux merdouillages techniques avec cette fic, voici la suite. A celles qui n'ont pas encore abandonnées, j'ai un paquet de chapitres d'avance alors j'ai de quoi publier si le cœur vous en dit, manifestez-vous ! ^^

RAR :

Sandrine : Je suis désolée de répondre si tard Miss mais ton allusion au cadeau de Noël fait chaud au cœur. Mille mercis. Ne t'inquiète pas. Nos persos sont plus tendus que jamais alors le « marions-nous et faisons des bébés » n'est pas à l'ordre du jour pour les premiers chapitres. ^^

Hope Yume : Je suis désolée pour ce long merdouillage. Ca me ferait plaisir de te compter parmi la joyeuse équipe. ^^ Merci beaucoup pour ce superbe compliment. Je ne pensais pas que mon écriture d'il y a 10 ans pouvait encore toucher quelqu'un. Il faudrait que je la rafraîchisse d'ailleurs cette fic histoire de la rendre un peu moins niaise à ces débuts et un brin plus crédible. Mais c'est un put… de compliment que tu me fais là. Pour Spinner's End, les deux sites en sont au même stade maintenant. Alors tu peux rester ici hein ! :D J'espère te lire de nouveau ma belle. Plein de bisous.

Sarah : Mille merci à toi. C'est adorable, j'espère que la suite te plaira aussi.

Keana : Je te répondrai aussi sur l'autre site pour ta superbe nouvelle. Je suis ravie pour toi ma belle. Dire que je t'ai connue t'étais haute comme ça ! Quelle émotion. :DD

C'est moi : Coucou toi. T'es sûre que c'est toi ? Merci beaucoup à toi d'avoir fait la démarche de la review. Ca me touche beaucoup. J'espère que la suite des deux fics ne te décevra pas. Je viens de poster un chapitre sur Spinner's si ça te dit ! ) J'attends de tes nouvelles !^^

Bonne lecture à toutes !

Depuis qu'elle était rentrée à Londres, la voix grave et sèche se rappelait à son esprit à la moindre occasion. Cet homme… elle ne l'avait même pas remercié, avait-elle songé après coup. Elle n'avait eu de cesse de rejouer la scène dans sa tête et en avait finalement déduit que c'était peut-être la raison qui avait poussé son sauveur à rester debout immobile devant elle, durant ce qu'elle avait analysé comme étant de longues, très longues secondes. Il avait certainement assimilé son embarras à un refus déplacé de lui accorder une quelque forme de reconnaissance… de l'embarras ou … elle ne voulait pas y penser. Elle n'avait pas arrêté de chercher à analyser la cause de son comportement. Elle s'était rendue folle à force de réfléchir. Mais comment pouvait-elle expliquer de façon rationnelle une réaction qui n'avait rien de raisonnable ? Plus elle y repensait, plus la brûlure, oppressante, angoissante presque, gagnait du terrain dans sa poitrine. Elle s'était finalement résignée à ne plus y penser le temps qu'elle devait rester chez le couple d'amis qui les logeaient, elle et son propre petit ami, pour le week-end.

Après ça, il n'avait pas fallu longtemps à Mérédith et Wesley pour arriver sur les lieux de l'agression et découvrir leurs deux amis dans un état qui les avait laissés perplexes. Wesley avait accouru vers Liam, resté au sol, visiblement inconscient après le coup qu'il avait reçu, tandis que Mérédith avait tenté de la faire revenir à elle. Manifestement en état de choc, les yeux rivés sur une silhouette qui s'était depuis longtemps évaporée, elle n'avait pas bougé d'un centimètre depuis que l'illustre inconnu s'était porté à son secours… à leur secours. Elle n'avait pas la moindre idée du temps qui avait pu s'écouler et il avait fallu que le couple d'amis se montre particulièrement pressant pour qu'elle daigne enfin reprendre pied dans la réalité, le corps inerte de son agresseur toujours étendu à ses genoux.

- Ton visage ! s'était affolée Mérédith. Que s'est-il passé ?

De son côté, Wesley avait passé un bras sous les épaules de Liam et l'avait aidé à se remettre sur ses jambes. Les deux hommes s'étaient dirigés vers les jeunes femmes et une vague de culpabilité l'avait submergée alors qu'elle avait croisé les iris clairs de son petit ami. Après le départ de leur ange gardien, s'enquérir de l'état de son cher et tendre ne lui avait même pas effleuré l'esprit.

- Nous nous sommes fait agresser, avait répondu le jeune homme.

- Quoi ? avait crié la jeune femme aux boucles rousses en saisissant la tête de son amie entre ses bras d'un geste protecteur.

- Et lui c'est qui ? avait demandé Wesley d'un mouvement de tête qui désignait l'homme gisant sur l'asphalte détrempée.

Les deux amants avaient échangé un regard lourd de non-dits avant que Liam ne réponde.

- Notre agresseur.

Mérédith avait alors appelé la police tout en priant pour que l'odieux personnage ne reprenne pas conscience. Elle avait cherché à sortir son amie de sa léthargie contemplative afin qu'elle s'éloigne de l'individu et Elodie avait suivi, sans opposer de résistance. Elle avait cependant l'intime conviction que le voyou ne se serait pas réveillé de si tôt, sans pour autant parvenir à l'expliquer.

Puis il avait fallu expliquer aux policiers qui prenaient leur déposition comment l'agression s'était déroulée. Leurs façons de procéder n'avaient vraiment pas plu à la jeune femme. Non seulement ils l'avaient faite répéter sans cesse les mêmes détails comme pour déceler un mensonge qui trahirait une fiction inventée pour l'occasion, mais en plus ils avaient eu la désagréable manière de les interroger comme s'ils étaient des coupables. D'abord introvertie et patiente, la jeune femme avait fini par perdre son calme.

- Comment dites-vous qu'était l'homme qui est venu à votre secours ? avait-il demandé pour la énième fois.

- Je ne l'ai pas dit, avait-elle soupiré excédé. Je ne l'ai pas vu.

L'agent l'avait regardée quelques secondes, les yeux vides, une moue condescendante étirant ses traits, et avec un « Ahan » déplaisant à souhait, avait griffonné quelque chose sur sa feuille de papier.

- Et vous Monsieur ? Vous dites que vous étiez sonné quand ce gentleman est arrivé ? avait-il marmonné avec une ironie affichée.

- Oui, avait répondu Liam en se triturant nerveusement les mains, un hématome violacé de la taille d'un œuf sur la mâchoire supérieure gauche.

- Donc vous ne pouvez pas affirmer que cet homme est bien venu à votre secours ?

- Ca veut dire quoi ça ? s'était alors emportée Elodie. Vous insinuez que je mens ? Vous pensez que c'est moi qui ai assommé ce type ? Vous avez vu sa corpulence, vous m'avez bien regardée ? Vous pensez peut-être qu'on s'est fait ça tout seuls ?

- Calmez-vous Madame, avait haussé d'un ton le policier. Je dois juste clarifier la situation. Si ni vous ni votre mari n'avez vu distinctement cette personne alors…

- Alors quoi ? avait-elle singé. Ce n'est pas lui qui nous a agressés que je sache. Qu'est-ce que ça peut bien faire ce à quoi il ressemblait ? Vous comptez le retrouver pour lui faire subir ce genre d'interrogatoire à lui aussi ?

- Allons Madame…

- Mademoiselle ! C'est déjà beau qu'il y ait encore des gens qui prennent la peine de s'impliquer et de prendre des risques parce que vous êtes infoutus de faire votre boulot. Votre impuissance vous frustre à ce point que vous voulez en faire des coupables ? Ou nous peut-être ?

- Madame, avait détestablement insisté le policier. Je ne saurais que trop vous conseiller de vous calmer ! Je ne fais que mon travail.

- Pas étonnant que les incivilités se multiplient si votre travail ne consiste qu'à faire de la paperasse, avait-elle craché. Ca ne vous fait pas trop honte de toucher une confortable prime de risque à rester bien gentiment assis derrière un bureau ?

L'agent était devenu cramoisi de colère et avait serré si fort le stylo qu'il tenait dans la main qu'il s'était cassé. Il s'était levé furibond de son siège, prêt à passer les menottes à l'impertinente, quand un autre officier était entré.

- Modérez vos propos chère Madame, avait lancé le nouvel arrivant, un homme d'une cinquantaine d'années aux cheveux et barbe poivre et sel et aux traits réguliers. La procédure est la procédure.

- Les incompétents sont les incompétents, avait-elle pensé si fort qu'elle était persuadée que la remarque s'était imprimée sur son front.

- Et j'imagine que c'est la procédure qui vous dicte de vous conduire avec les victimes comme si elles étaient des coupables ?

- Je pourrais vous faire mettre en cellule pour outrage à un agent des forces de l'ordre si vous ne vous calmez pas un peu, avait-il prévenu, sévère.

- Outrage à quoi ? Je ne vous empêche pas de faire votre travail que je sache, pardon de tenir votre stylo, avait-elle ironisé.

- Elo, avait tenté de la faire taire son ami.

- Quoi ? s'était-elle exclamée au bord de la crise de nerfs. On se fait agresser en pleine nuit, on leur amène le coupable le travail est prémâché et on se fait traiter comme des criminels. Excuse-moi mais je trouve ça un peu fort. Si c'est ça la justice, il faudrait en toucher deux mots aux incompétents qui nous gouvernent. On n'a rien fait nous !

- Justement, était intervenu l'officier d'une voix rude. La personne que vous avez désignée comme étant votre agresseur a été amenée à l'hôpital et ne s'est toujours pas réveillée. Tant que nous n'avons pas sa déposition nous ne pouvons rien faire.

- Quoi ?

- Du reste, avait-il coupé avec un signe grossier de la main destiné à lui imposer le silence, tant qu'il reste dans cet état, je dois vous avertir que pèsent sur vous de lourds soupçons de coups et blessures ayant entraîné une ITT pour l'instant indéterminée.

- Quoi ? avait-elle hurlé, indignée par cet ahurissant retournement de situation.

Elle s'était brusquement levée de sa chaise et l'avait même éjectée à quelques centimètres.

- C'est dingue cette histoire ! Je n'ai pas touché cet homme ! s'était-elle défendue.

- Je ne demande qu'à vous croire, avait tenté de la rassurer l'officier qui paraissait tout de même un peu agacé par les interruptions intempestives de la jeune femme. C'est pour cette raison que nous vous avons demandé le signalement de votre… bienfaiteur. Si l'état de cette personne ne s'améliorait pas, il se pourrait fort qu'en cherchant à vous venir en aide, ce monsieur vous ait attiré de graves ennuis.

Elle était retombée sur sa chaise, n'en croyant pas ses oreilles.

Dans la voiture de Wesley sur le chemin du retour, alors que Liam s'était endormi sur la banquette arrière à ses côtés – elle avait lancé un regard, mais l'avait rapidement détourné même éveillé, il semblait éviter de croiser le sien – elle avait elle-même fermé les yeux repensant à cette scène qu'elle n'arrivait décidément pas à se sortir de la tête. Cette voix qui soufflait le chaud et le froid… cet homme sur qui, elle ne savait pour quelle obscure raison, elle n'avait pas réussi à lever les yeux au-delà de la hauteur des genoux… Ses pensées avaient été interrompues par la conversation animée entre les fiancés à l'avant du véhicule. Ils avaient beau parler à voix basse, elle n'avait pas manqué une miette de la discussion, bien que passablement intéressée par la teneur de leurs propos.

- C'est inadmissible de se faire traiter comme ça, avait ronchonné Mérédith en chuchotant pour ne pas réveiller ses amis.

- Je sais ma douce. Mais je t'avoue que je ne comprends pas ce qui a pu arriver à ce gars, avait-il répondu d'une voix soucieuse et Elodie avait pu deviner la ride qui devait barrer son front. Tu as entendu le rapport du flic ? Aucune blessure n'a été décelée sur son corps, aucune séquelle, comme s'il ne faisait que dormir … c'est d'ailleurs ce qui a évité à Liam et Elo d'avoir des ennuis. Ca aurait été un comble !

- Je suis bien d'accord, mais… Wesley… tu ne trouves pas ça étrange toi ? Se retrouver dans ce genre d'état comme ça, sans blessure apparente ?

La voix de la rouquine avait brusquement changé d'intonation.

- Si… je sais où tu veux en venir, mais…

- Le bon samaritain n'était surement pas un moldu, avait chuchoté encore plus bas la passagère.

Un quoi ? s'était étonnée la jeune femme. Mérédith employait souvent des mots curieux issus d'un dialecte de sa région natale et auxquels son fiancé avait dû s'habituer, mais elle ne voyait vraiment pas ce que ce terme qui sonnait si barbare pouvait bien signifier. Elle s'était promise de poser la question à son amie le lendemain lorsqu'elle aurait recouvré l'énergie nécessaire à affronter les explications souvent sans fin de Mérédith, et finalement, elle avait oublié.

- Sans doute, avait murmuré le jeune homme. Mais qu'importe. Moldu ou non, son intervention a été une bénédiction.

Elle avait finalement sombré dans le sommeil le restant du trajet pour se faire réveiller sans ménagement une fois arrivés devant l'immeuble qui abritait le joli loft des Graam.

Le dernier jour, Liam et elle avaient rivalisé de stratagèmes pour ne pas avoir à rester seuls en compagnie l'un de l'autre. Elodie savait pertinemment que sa jeune amie avait saisi leurs manigances, mais elle n'y pouvait rien. Dès que Liam s'approchait d'elle, elle sentait le malaise poindre dans son ventre, ses pensées devenaient confuses et se raccrochaient de manière incompréhensible à son sauveur… il n'y avait pas que la culpabilité de ne pas avoir su réagir pour aider son petit ami qui la rongeait. Un trouble indéterminé semblait ne pas la quitter depuis ce soir-là. Un trouble qui s'intensifiait chaque fois qu'elle laissait ses souvenirs s'égarer sur ce bas de pantalon sombre, sur ce bruissement d'étoffe emportée par le vent et sur cette voix qui avait, sans qu'elle comprenne pourquoi, paralysé les battements de son cœur pendant quelques secondes. Un trouble qui l'avait suivie après son retour ici, à Londres…

Bien qu'elle sache qu'elle ne reverrait sans doute jamais plus cet inconnu – d'autant qu'elle n'avait pas vu son visage – son souvenir la perturbait à tel point que sa concentration s'en ressentait dans son travail. Heureusement, pour l'heure, personne au bureau ne s'était rendu compte des absences qui frappaient la jeune femme et pour qu'on ne puisse pas lui faire le moindre reproche sur son travail, elle avait tenu à rester plus tard après la fermeture des locaux afin de s'assurer qu'elle avait bien rempli toutes les tâches qui lui avaient été confiées durant la journée.

Le changement de comportement de la jeune femme n'était pas passé inaperçu auprès de son compagnon. La première semaine qui avait suivi leur retour, il avait mis son attitude plus distante que d'ordinaire sur le compte du traumatisme qu'elle avait subi lors de l'agression. Mais, cet après-midi-là, il avait fait quelque chose qu'il ne s'était jamais permis de faire jusqu'à présent. Il lui avait passé un coup de fil durant son temps de travail. D'abord inquiète, elle s'était empressée de décrocher, convaincue que s'il l'appelait alors qu'elle était au bureau, il avait dû se passer quelque chose de grave. Finalement, le jeune homme avait adopté une voix hésitante et lui avait demandé à la voir le soir-même. Elle n'avait pu s'empêcher de penser que quelque chose clochait : Liam n'aurait jamais pris la liberté de la contacter au risque de lui causer des problèmes d'ordre professionnels, pour un simple rendez-vous. A force de le travailler, elle avait fini par lui extorquer une vague explication qui l'avait plongée dans un abîme de détresse.

- Il y a quelque chose… dont il faut que je te parle, avait-il finalement avoué.

L'après-midi avait été horriblement longue après cet appel. Toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête avaient relégué le souvenir du sauveur anonyme dans un coin lointain de son esprit. L'intonation de la voix du jeune homme l'avait secouée. Il semblait hésitant et mal à l'aise, comme s'il s'apprêtait à lui faire part de sa volonté de mettre un terme à leur relation. La jeune femme avait expiré bruyamment pour expulser la boule douloureuse qui meurtrissait sa gorge. Non, Liam ne pouvait pas faire ça : leur relation était peut-être… particulière, elle relevait peut-être davantage de l'amitié, mais c'était précisément pour cela qu'elle ne pouvait pas se terminer. A moins qu'il n'ait rencontré une femme dont il soit tombé amoureux, l'avait aussitôt narguée une voix désagréable dans sa tête.

Les interrogations sans réponses s'étaient succédées toute la journée et la voilà qui attendait à présent patiemment que son petit-ami arrive, assise raide comme un piquet sur le sofa de son petit salon. Elle avait beau se forcer à respirer de façon régulière, rien à faire : elle ne parvenait pas à calmer le stress qui dévorait son estomac. Elle fit un bond lorsque la sonnette retentit et son cœur se serra instantanément. Incapable de dé-rigidifier ses muscles et ayant le souci de ne pas paraitre trop avenante et trahir ainsi son angoisse, elle s'écria :

- C'est ouvert !

Elle regretta un peu tard le ton sec qu'elle avait employé. Elle n'osa pas se retourner quand elle entendit la porte se refermer et les pas de Liam s'engouffrer lentement dans le living room. Elle ne daigna lever les yeux sur lui que lorsqu'elle sentit le poids de son corps affaisser la banquette sur sa gauche. Le visage blême, il fixait un point juste au-dessus de l'oreille de sa compagne et ne semblait pas décidé à la regarder dans les yeux.

- Bonsoir, lança-t-elle alors irritée.

- … Bonsoir, répondit-il visiblement gêné.

- Tu avais quelque chose d'apparemment important à me dire, ouvrit-elle les hostilités, n'y tenant plus.

- Eh bien… oui. Je suis désolé d'avoir appelé pendant que tu travaillais mais, ça fait plusieurs jours que je voulais te le dire et je n'y arrivais jamais alors… je me suis dit que la meilleure solution d'y arriver était déjà de trouver le moyen de t'annoncer ce dont je devais te parler.

Elle plissa les yeux, essayant de ne rien laisser paraitre du stress qui étreignant son estomac avec la force d'un étau.

- Courageuse méthode pour ne pas avoir à reculer le moment venu, approuva-t-elle ironiquement.

Une lueur de reproche traversa les yeux verts quand ils se plongèrent soudain dans les siens. Elle réprima un frisson traître. Un long silence durant lequel le jeune homme ne parvenait manifestement pas à aller au bout de sa manœuvre, s'instaura.

- Tu veux me quitter ? s'entendit-elle demander d'une voix neutre avant même d'avoir réfléchi à poser la question.

Comme si son corps, épuisé de la tension qu'elle lui faisait subir, avait choisi de se libérer tout seul, l'interrogation avait franchi ses lèvres. Il valait peut-être mieux, songea-t-elle après coup. Elle n'aurait sans doute pas eu le cran de poser la question sinon.

Les sourcils blonds se levèrent au-dessus des yeux du jeune homme. Il paraissait profondément étonné qu'elle puisse envisager une telle éventualité… ou bien que tu aies trouvé le moyen de te larguer toute seule sans qu'il n'ait à ouvrir la bouche, siffla de nouveau la voix désagréable de sa conscience.

- Pas du tout, articula-t-il doucement.

Il n'en fallut pas davantage à la jeune femme pour pousser un lourd soupir libérateur. Alors qu'elle avait pris sur elle afin de ne pas montrer son angoisse à son potentiel futur ex petit-ami, elle venait par sa réaction éloquente de lui prouver qu'elle avait eu peur qu'il ne veuille plus d'elle. Le jeune homme esquissa un timide sourire qui le fit ressembler à une enfant.

- Tu craignais que je ne veuille t'annoncer… que je voulais rompre ? demanda-t-il, surpris.

- Eh bien disons que je l'ai envisagé, avoua piteusement la jeune femme.

Elle le dévisagea quelques secondes. Le sourire amusé qu'il arborait l'irritait au plus haut point. Après tout, si elle en était venue à se faire tant de films, c'était parce qu'il avait lâché cette bombe sans lui donner plus d'explications.

- C'est de ta faute ! lança-t-elle irritée. Si tu avais été clair dès le début, je n'aurais pas élaboré de scénarios idiots.

- Je suis désolé, reprit-il. C'est juste que… ce n'était pas évident.

Le sourire du jeune homme s'était volatilisé aussi vite qu'il était apparu.

- Pour te dire la vérité, j'avais peur que si jamais je ne t'annonçais ça au téléphone, tu ne veuilles plus me revoir.

De nouveau, la machine cinématographique reprit du service dans son crâne. Il allait lui annoncer quelque chose de suffisamment grave au point qu'elle pourrait ne plus jamais vouloir entendre parler de lui…

- Tu m'as trompée ?

- Non voyons ! s'empressa-t-il de démentir. Tu sais très bien que j'en serais incapable. Je… il ne s'agit pas… de ce registre-là si je puis dire.

- Alors parle ! ordonna la jeune femme à bout de patience. J'ai attendu toute la journée pour enfin être libérée de ce poids. Si tu ne me dis pas maintenant…

- Bon bon bon, l'interrompit Liam en levant les mains devant lui. Je ne sais pas bien par où commencer.

- Par le début ce serait une idée, marmonna-t-elle d'une logique implacable.

- Eh bien, tu te souviens le soir de l'agression sur le parking du parc, commença-t-il sans relever le sarcasme, j'ai été frappé au visage et je suis resté à terre pendant assez longtemps…

- Oui, l'encouragea-t-elle à continuer en fronçant les sourcils, concentrée sur ce qu'il disait.

- Je… je ne suis pas certain que … que je n'aurais pas pu me relever, termina-t-il sa voix si basse qu'elle dut tendre l'oreille pour saisir chaque mot.

- … Je ne suis pas sûre de comprendre.

- Je suis resté tétanisé Elo. Je n'ai pas pu me relever. Ce n'est pas que je ne voulais pas c'est juste que… j'avais peur et …

Elle n'aurait su expliquer cette sensation glacée qui parcourut tout son être lorsqu'elle comprit le sens de ses paroles.

- Et tu n'as pas eu le courage de venir m'aider, termina-t-elle à sa place en songeant qu'elle, n'avait pas hésité un seul instant à sauter sur le voyou quand elle avait cru qu'il allait tuer son petit-ami.

Il n'ajouta rien. Elle n'avait pas besoin d'une confirmation. Elle ne savait pas très bien quel sentiment l'emportait parmi tous ceux qui se livraient à un violent combat en elle. La colère ou bien la déception ? La tristesse peut-être… elle se sentait trahie, trahie et soudainement très stupide. Stupide d'avoir risqué sa vie pour venir en aide à un homme qui manifestement n'en aurait pas fait autant pour elle. Furieuse de s'être fourvoyée et triste de ce déplaisant constat. Tout s'embrouillait dans sa tête.

« C'est à toi de veiller sur elle… pas l'inverse ! » La voix soyeuse avait fait irruption dans son esprit avec la douceur d'un boulet de démolition. Est-ce qu'il avait vu ? Est-ce que cet homme avait vu que Liam était encore conscient pendant qu'elle se démenait avec son agresseur ? Pourquoi cette phrase ? Pourquoi cette voix ? Pourquoi n'arrivait-elle pas à la faire taire ? A l'oublier ? Pourquoi alors même qu'elle aurait voulu se mettre dans une colère noire contre son petit-ami, s'indigner, le gifler et le chasser sans cérémonie, n'y parvenait-elle pas ? Il l'avait vraiment abandonnée ? « Ca t'étonne ? », cingla de nouveau sa part de négativité. Non, c'était inconcevable ! Si son entreprise avait été délibérée, il ne se serait pas senti mal au point d'avoir tenu à le lui révéler. S'il avait été un individu sans scrupules, il se serait simplement tu, satisfait de s'en être tiré à si bon compte, sans aucun remords… Or, ça n'avait pas l'air d'être son cas, mais alors pourquoi ? Etait-il moins attaché à elle qu'elle ne l'était à lui ? Avait-il simplement été paralysé par la peur comme il le lui disait ? Autant de questions auxquelles elle savait que lui-même n'aurait pas les réponses.

- J'ai besoin de réfléchir, murmura-t-elle au bout de quelques minutes. Va-t-en !

Il la regardait. Elle pouvait le sentir mais elle, s'y refusait. Elle devinait son regard suppliant et empli de regret. Elle savait que Liam était un homme droit et sincère « mais lâche », railla de nouveau la petite voix narquoise… elle préféra ne pas relancer le tortueux mécanisme de ses pensées sur cette dernière idée. Elle voulait juste qu'il s'en aille, elle avait besoin d'être seule.

Il finit par se lever lentement et sans la quitter du regard – il ne cessait de picoter sa nuque – prit le chemin de la sortie. La porte d'entrée se referma, sans qu'il ne prononce un mot.

oOoOoOoOo

Les jours qui suivirent, elle essaya autant que faire se peut de ne pas penser à l'aveu de Liam. Après une nuit blanche à tourner le problème dans tous les sens dans sa tête, elle en était arrivée à la « confortable conclusion » – c'était le département cynisme de son cerveau, comme elle se plaisait à l'appeler, qui lui avait soufflé l'idée – qu'il avait perdu ses moyens, ce qui n'en faisait certes pas un foudre de guerre mais qui était une réaction humaine et incontrôlable malgré tout. Pour aussi pardonnable qu'elle soit, elle ne parvenait pourtant pas à la lui pardonner et cela faisait à présent cinq jours qu'elle ne lui donnait plus de nouvelles. Au début, il lui avait envoyé des messages écrits presque toutes les heures. Et puis, il avait fini par comprendre, « ou par s'essouffler, c'est qu'il n'est pas très endurant le petit », et lui avait demandé dans un dernier message de lui faire signe lorsqu'elle voudrait de nouveau le voir. Elle n'avait pas répondu.

Avant de monter dans le train qui l'emmènerait dans le sud du pays, où elle devait rejoindre Mérédith pour le week-end, elle consulta son téléphone portable en se promettant de reprendre contact avec Liam d'ici son retour. Cette situation avait suffisamment duré mais pour l'heure, elle avait besoin de se changer les idées. Lorsque le train arriva à quai, elle empoigna son sac et le hissa avec difficulté à l'intérieur du wagon. Le train s'ébranla et quitta la gare. Elle s'installa dans un compartiment occupé uniquement d'un homme aux traits durs et fatigués. Il ne devait pourtant pas avoir plus de la cinquantaine songea-t-elle quand elle le salua et qu'il détourna la tête, préférant admirer le paysage qui défilait derrière la vitre que lui rendre la politesse. Elle ne put retenir un soupir exaspéré et lui tourna le dos dans le but de ranger son lourd bagage dans le filet suspendu au-dessus des sièges. Il lui fallut presque dix secondes pour parvenir à lever son sac à bout de bras. Malgré toute la peine qu'elle éprouvait, le parfait gentleman vautré dans la banquette opposée ne faisait toujours pas mine de lui venir en aide. La porte du compartiment s'ouvrit de nouveau et quelqu'un d'autre prit place à la gauche du personnage aigri qui sembla se renfrogner quelque peu. La jeune femme venait de poser le bord de son sac sur le filet quand son contenu glissa jusqu'au bord le plus bas, lui faisant perdre l'équilibre. Elle ferma les yeux et laissa échapper un cri de surprise lorsqu'elle bascula en arrière.

Le choc ne vint pas. Soudain soulagée de son fardeau, elle observa au-dessus de sa tête, deux mains pâles et élégantes, caser le bagage réfractaire dans le filet. Elle soupira de soulagement en notant que le grossier personnage avait mis le temps mais avait tout même fini par se lever pour l'aider.

Merci beaucoup Monsieur, c'est très aimable à vous, dit-elle poliment alors que l'homme dans son dos, calait le sac derrière la barrière de sécurité d'une dernière pression de la main, afin qu'il ne tombe pas durant le trajet.

- Ce n'est rien.

L'espace d'un court instant, le cœur de la jeune femme cessa de battre.

Alors alors alors ? Heureuses ? Une cigarette après le gros câlin ? Vous voulez la suite ? Elle pourrait arriver très très vite si vous étiez trèèèès gentilles *ouvre son imper pour exhiber ses nouveaux chapitres en stand by*…