Ah ! Salut tout le monde !
Voici enfin le deuxième chapitre !
Désolé, j'ai quelques jours de retard !
Bon ben... bonne lecture, hein !
Chapitre 2 :
- Odd ! Eteins-moi cette musique de dingue !
La voix d'Ulrich tentait de surpasser le volume qui s'étendait dans la pièce.
- J'essaie de faire mes devoirs ! Bon sang, qu'est-ce que tu peux être saoulant, des fois ! hurla-t-il exténué
Mais Odd ne semblait point touché par ce que venait de dire son ami. Il continuait de se dandiner d'un pied sur l'autre, au rythme de la batterie, et fredonnant l'air de la chanson dont les paroles, bien qu'elles fussent françaises, étaient parfaitement incompréhensibles.
Ulrich s'affala sur sa feuille. Comment pouvait-on supporter autant de… de… de bruit ! Ca ne pouvait être autre chose qu'un beau boucan qui ne rimait à rien… et qui ne faisait rien rimer, d'ailleurs. Il ne savait plus quoi faire. Il désespérait. Il pourrait au moins faire l'effort de baisser le son, ou de mettre des oreillettes. Ce serait encore mieux ! Et si Monsieur voulait écouter de la musique, qu'il écoute les Subdigitals !
Ses oreilles vibraient et se plaignaient par d'horribles cris stridents de leur mal. Il tenta de se concentrer un instant et de se replonger dans son devoir de français. Il se crispa. Il finit par lâcher son stylo, à bout de nerfs, et se leva subitement, en reversant, au passage, la chaise.
- J'en ai vraiment ras-le-bol ! Odd, tu m'éteins ce bordel immédiatement ! s'égosilla-t-il
Et cette fois, la voix couvrit parfaitement les instruments.
Soudain, le volume baissa brusquement et Odd se retourna subitement.
- Hein ? Tu disais quelque chose ? demanda-t-il tout sourire
Ulrich se frappa le front d'une main et s'étendit en soupirant longuement sur son lit. Parfois, il était vraiment impossible à vivre. Si un jour il avait une copine, Ulrich pensa qu'il se devrait de la prévenir de certaines de ses habitudes… comme ne jamais faire ses devoirs… ou passer sa nuit sur les jeux vidéo.
- Dis-moi, commença-t-il en tentant, en vain, de rester calme, dis-moi comment je fais pour te supporter ?
- C'est pas compliqué ! dit-il en s'asseyant à son tour sur son lit
Kiwi en profita pour quémander les genoux de son maître, lequel eut la bonté d'accepter. Le petit chien fut ravi de l'attention de son jeune fripon de maître, tant les caresses se multipliaient. Avec un sourire jusqu'aux oreilles, il lui répondit :
- Je sais que tu m'adores !
Ulrich eut un soubresaut et s'étouffa légèrement. Odd éclata de rire à ce moment-là.
- Sérieusement… tu ne pourrais pas être plus calme des fois ?
Le fanfaron fit mine de réfléchir intensément et, de ce fait, arrêta quelques instant sa main qui passait et repassait le poil gris de son chien. Ce dernier couina, espérant ainsi qu'on le remarquât, et qu'un des deux garçons fut assez attendri et attentif à son désir pour l'exaucer. Ulrich soupira de nouveau lorsqu'il vit le sourire enjoué d'Odd, qui n'avait l'air aucunement atteint par les propos de son ami. Il désespérait de lui faire comprendre, un jour, qu'il ferait mieux d'être un peu plus attentif à ce qu'il l'entoure et à ses notes, qu'à son ventre et à son chien.
- Au fait…
Odd fit une pause pour être bien sûr d'avoir capté toute l'attention du jeune homme, qui était parti dans ses pensées, et qui divaguait depuis quelques secondes sur des solutions potables pour changer le caractère de ce rigolo, qui était si proche de lui.
- Hum… donna-t-il comme signe d'écoute
- C'était mignon, ce qui s'est passé ce midi.
Le samouraï haussa un sourcil et l'interrogea du regard, l'obligeant ainsi à poursuivre le débat.
- Ben… ce midi ! Avec la nouvelle ! C'était mignon ces p'tits regards amoureux !
Ulrich se leva si brusquement qu'il effraya involontairement Kiwi, qui s'enfuit des genoux de son maître et s'enfouit sous les couvertures de son lit. Trop d'émotions pour un si petit chien. C'est qu'il était quand même fragile !
Le jeune homme serra les poings tant la vision de son ami l'agaçait. Surtout qu'il craignait qu'elle fut la même pour toute la bande.
- Mais… qu'est-ce que tu vas t'imaginer, encore ?
Le « encore » résonnait comme un signe désabusé de désespoir et de répétition. Franchement, il en avait par-dessus la tête de ses plans à deux balles, de même que pour ses vannes.
- Moi, je dis ça… je dis rien ! Mais, c'était chaud, quand même. Et Yumi dans tout ça ?
- Quoi, « Yumi » ? demanda-t-il hargneux et irrité
- Ben… si tu l'aimes, ça va être coton de la jouer double.
Ulrich ouvrit des yeux ronds et se détendit un peu, non pas par calme mais par étonnement. Premièrement, c'est vrai que Yumi pouvait l'interpréter comme Odd et là, il se trouverait dans une situation bien mal. Surtout qu'elle était au courant pour le « canon ». Mais, ce qu'il avait stoppé dans son élan de fureur était l'hypothèse d'Odd.
- Qu… quoi ? T'es pas sérieux ?
- Si j'étais à ta place, moi, je sortirais avec les deux. Mais attention, faut la jouer synchro, sinon c'est mort…
Ulrich s'affala une nouvelle fois sur son lit, complètement consterné par ses élucubrations. Il l'observa quelques instants. Il était vraiment parti dans ses idées foireuses et le pire ! Il ne s'en rendait même pas compte.
Lorsque le plaisantin sortit, quelques minutes plus tard, de ses pensées ridicules, il chercha du regard quelques secondes son ami qui ne se trouvait plus en face de lui. Ce dernier était en train de ranger violemment ses affaires de cours dans son sac.
- Je sais que tu es pressé de revoir notre chère prof de français mais… y a pas cours, là.
- Je sais, grommela le concerné
- Ben alors, qu'est-ce que tu fais ?
- Je range mes affaires, ça ne se voit pas ! cria-t-il excédé par son comportement
- Ben… non, voulut-t-il plaisanter
- Je me tire chez Jérémy, déclara-t-il simplement
La porte claqua derrière lui, tellement fort que Kiwi rabattit ses oreilles sur son crâne à l'aide de ses pattes. Qu'est-ce que les jeunes d'aujourd'hui pouvaient être bruyants.
Quand Odd s'extirpa de sa surprise, un long sifflement sortit de sa bouche et il se dit à lui-même :
- Mais ?... Qu'est-ce que j'ai dit ?
Il haussa les épaules et s'allongea sur le dos, en attrapant sa console au passage.
- Rohlala ! Il n'a vraiment aucun humour, parfois… eh ! Toi, prends-ça !
Et il passa le reste de la soirée dans le silence de sa chambre. Enfin, si le fait qu'un déjanté ne cesse de crier pour anéantir ses ennemis virtuels, peut être appelé un silence.
Ulrich marmonna quelques insultes et autres injures qui lui venaient à l'esprit. Une fois arrivé devant la porte de son autre ami, il toqua. Il entendit une chaise de bureau rouler et des pas se rapprochant. Enfin, la porte s'ouvrit devant un Jérémy épuisé, dont les yeux étaient soulignés par de profondes cernes.
- Ah ! Ulrich… qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il en baillant
- La nuit, ça sert à dormir, Einstein, répondit-il en entrant, et en lui tapotant l'épaule
Jérémy referma la porte derrière eux. Il se rassit sur sa chaise et s'accouda sur son bureau, tandis qu'Ulrich défaisait bagages et s'installait comme si c'était chez lui.
- Odd fait encore des siennes, devina le petit génie
- Hum…
C'était la seule réponse, mais c'était suffisant pour comprendre.
- Je peux dormir chez toi cette nuit ?
- Fais comme tu veux…
Il se retourna face à son écran et se remit à pianoter sur son clavier, et à trafiquer quelques données concernant Lyoko.
- Mais je te préviens, je compte bosser toute la nuit.
Ulrich regarda un instant sa copie encore vierge avec une certaine moue, et une lassitude très compréhensive se lisait sur son visage. Il était déjà vingt et une heure, et il ne se sentait pas d'attaque pour un devoir de français. Il rejeta nonchalamment sa feuille et décida d'observer le travail de son ami.
- Tu fais quoi ?
- J'essaye de réparer le skid.
- On a abîmé ton jouet ?
Il s'appuya contre son bureau de sorte qu'il fut en face de son interlocuteur.
- Pas vraiment…
Il rehaussa ses lunettes sans quitter l'écran des yeux, continuant ses éternelles manips. Il poursuivit son explication, sans jamais jeter ne serait-ce qu'un regard au jeune homme. Il s'exténuait réellement la santé avec cet ordinateur. Cela pourrait même un jour devenir dangereux. Qui sait ? Il pouvait faire une crise d'épilepsie à tout moment. Lui qui est déjà myope, l'écran à longueur de temps ne va pas pour arranger les choses.
- Mais les plongeons quotidiens dans la mer numérique l'affaiblissent.
Ulrich ne comprit pas très bien ce qu'il voulait dire. Son regard insista pour qu'il continuât et lui expliqua un peu plus explicitement.
- Si tu veux, la mer numérique, c'est comme de l'acide. Alors, le skid a besoin de temps en temps d'une nouvelle couche de protection.
- Et… il se passerait quoi, si jamais on avait plus cette protection ?
- Ben… le skid se désintègrerait sur place et vous plongeriez direct dans la mer numérique.
Ulrich ouvrit des yeux ronds. Il avait dit ça avec un tel naturel qu'on se demandait si ça l'inquiétait vraiment. Ces amis risquaient d'être à jamais numérisés et il lançait ça sans aucun sentiment. Le jeune homme constata qu'il avait quand même des cas dans sa bande. Entre l'autre fou qui ne comprendra jamais rien à ses sentiments, et l'autre génie qui ne s'en fait pas plus… sans oublier le rebelle qui avait un passé assez mouvementé.
- Au fait… interpella Jérémy sortant ainsi Ulrich de sa rêverie, qu'est-ce qu'Odd a fait cette fois ?
Ulrich marcha dans la pièce jusqu'au lit du petit génie, et observa son poster d'Einstein en grommelant quelques paroles inaudibles.
- Je voulais faire mes devoirs, et ce crétin n'a pas voulu baisser le son de son espèce de musique… qui ne veut absolument rien dire.
Il s'affala, les bras derrière la tête, sur le matelas moelleux. Il se mit à rêvasser et à contempler le plafond qui, aussi blanc que ceux des autres chambres, était on ne peut plus normal.
Pendant quelques instant, seuls le bruit des doigts de Jérémy percutant les touches de son clavier, la tour ronflant presque silencieusement, et le silence de la nuit s'étendaient dans la chambre plongée dans la pénombre, autant que l'était l'esprit du jeune homme, qui était devenu pensif depuis qu'il avait vu cette fille.
Il finit par rompre cette atmosphère enivrante qu'était celle de la nuit, et confia une dernière pensée à son ami :
- Et puis… il n'arrête pas de me baratiner avec ça.
Les touches arrêtèrent leur mélodie mécanique et le blond à lunettes se retourna sur sa chaise. Il observa un instant le brun qui, en cet instant, avait l'air pour le moins étrange. Il hésita pendant quelques secondes avant de déclarer :
- Quoi, « ça » ?
Ulrich soupira. C'était vraiment un gros soupir de lassitude qui s'extirpa de ses poumons. Il se redressa et prit appui sur ses bras. Il hésitait réellement à lui en parler. Mais… Jérémy n'était pas comme Odd. Il était plus posé, plus calme, plus réfléchi. Peut-être était-ce finalement le confident idéal. Il n'empêche qu'il hésitait car bien que raisonné, il dévoilait souvent tout ce dont il avait entendu parler à Aelita. Ce n'était pas tant la jeune fille qui l'inquiétait, mais il jugeait qu'elle pouvait facilement révéler ce qu'il lui dirait à Yumi. Elles étaient si proches. En même temps, pas étonnant : elles étaient les deux seules filles de la bande, et quitte à traîner avec des filles mieux vaut que ce soit avec Yumi ou Aelita, qu'avec Sissi et compagnie.
Il divagua ainsi pendant quelques minutes, sautant d'un sujet à l'autre dans son esprit. Jérémy attendait patiemment qu'il se décidât à se confier ou qu'il reniât sa question. En attendant, il essayait de comprendre à l'expression de son visage mais, comme à son habitude, il restait impassible et il était très difficile de déceler ses sentiments profonds.
Tandis que son ami l'observait sous tous les angles, le jeune brun réfléchissait encore intensément. Il en était venu à se demander quel était vraiment le problème. Qu'est-ce qui le dérangeait à ce point chez cette fille ? Elle était tout à fait normale, si on faisait le pas sur sa couleur de cheveux. Mais c'était devenu tellement courant de nos jours, les teintures. Il éprouvait un certain sentiment qu'il n'arrivait pas à traduire ni à comprendre. Il ressentait une certaine crainte de cette fille, et une aura étrange émanait d'elle. Il ne savait comment d'écrire cela. Aussi, depuis l'épisode de la cantine, il ne savait plus quoi penser d'elle. Il la trouvait à la fois normale, banale et, en même temps, il la trouvait plus mûre que les filles de son âge, plus mature, plus responsable, comme si elle supportait le poids de la vie sur ses épaules. Alors qu'en apparence, elle n'était qu'une adolescente ordinaire. Il ne connaissait rien de son passé et en la voyant, la toute première fois, il avait remarqué sa stature hautaine, comme si elle avait été éduquée en bonne bourgeoise, ou bien la puissance de son regard qui brillait d'une lueur que seul un leader possède. Elle paraissait distante mais pas seulement dans son caractère. C'était comme si elle ne vivait jamais dans le même monde qu'eux. Et pourtant ! Elle semblait attentive en cours.
Décidément, il avait beau tourner la chose dans tous les sens, il ne comprenait pas pourquoi il se sentait mal à l'aise avec elle. Lorsqu'elle était en face de lui, il avait du mal à se concentrer et il sentait, lorsqu'on observait son expression de très près, qu'elle se retenait de pleurer. Elle ne paraissait jamais triste, mais jamais joyeuse non plus. Ni même antipathique. Simplement… voilée. C'est le seul terme qu'il trouvait respectable et adaptée à son égard.
Il se reposa alors la même question : quel était le problème ? Peut-être était-ce le regard des autres qu'il appréhendait. Lui-même ne savait pas exactement ce qu'il ressentait, alors les autres élèves pouvait facilement se tromper, aussi. Peut-être était-ce cela ? Il ne savait s'il ressentait de la compassion, de l'amitié, voire de la fraternité, ou… plus ? Mais lorsqu'il pensait à ce sentiment qu'était l'amour, ce n'était pas cette jeune fille, bien qu'elle fut belle, mais une japonaise au teint pâle qui apparaissait clairement dans son esprit. A cette fille qui, toujours souriante, savait se montrer entreprenante et franche. Cette fille que Xana, par mégarde, lui avait permis de rencontrer, et de se lier. Un lien ambigu, d'ailleurs. Yumi pouvait se montrer aussi caractériel que le jeune homme, mais elle pouvait aussi faire preuve d'une grande patience et d'une douceur incomparable. Combien de fois n'avait-il pas pris peur en voyant William se rapprocher d'elle ? Maintenant, leur rivalité avait disparu, et il retrouvait sa chance.
Peut-être était-ça, aussi ? Il craignait sûrement le regard des autres, et plus encore celui de la belle japonaise qui hantait ses nuits. Néanmoins, la raison de ce sentiment restait floue et il ne pouvait que rester sur cette solution.
Il se rendit soudain compte du regard de Jérémy, qui patientait encore et toujours. Les yeux à moitié fermés, il luttait contre la fatigue. Ulrich décida de lui donner une réponse afin de satisfaire son sommeil.
- Non… rien… t'inquiète…
Le petit génie lui répondit d'une voix à peine audible, et enfoui dans la manche de son pyjama, qu'il pouvait se confier s'il le désirait. Le jeune homme secoua la tête négativement. A peine avait-il finit son geste que Jérémy s'endormit. Le sommeil avait été plus fort que lui, cette fois. D'habitude, il avait la volonté, et la vision de l'écran le tenait en éveil. Mais ce soir, il avait baissé sa garde et le repos eut raison de lui, preuve que quelque part au fond de son esprit, une petite conscience pleine de bon sens veillait à son bien-être.
Le samouraï eut un petit sourire en coin. Quels que soient leurs défauts, ses amis étaient vraiment géniaux et une chose unique les liait. Pas seulement Lyoko, mais, à eux tous, ils se complétaient.
Il se leva et prit soin de porter Jérémy jusqu'à son lit. Il passa les couvertures sur lui et n'oublia pas de lui ôter ses lunettes, dont il fit très attention en les posant. Puis, il se donna pour mission d'éteindre l'ordinateur. Enfin, il se glissa lui aussi sous ses draps et s'endormit, en ayant tout de même une deuxième réflexion sur cette fille étrange.
Jérémy dormait profondément. Dans son esprit se mêlait les évènements de la veille et des jours précédents. Soudain, inconsciemment, son front se plissa. Le signe de Xana apparut dans son esprit. Il le voyait se multiplier. Une figure horrible se dessina avec, en son centre, le signe du programme. Le visage souriait d'un air malsain et machiavélique. On aurait pu croire au diable en l'apercevant seulement.
« Je… je dois… ça me fait penser… à… à quelque chose. M… Mais… qu… quoi ? pensait-il en se mordant la lèvre inférieure »
Jérémy se sentait troublé. Une voix résonna dans sa tête. Elle semblait s'adresser à lui. Mais ces paroles étaient incompréhensibles.
« Qu… qu'est-ce qu'elle essaye de me dire ? Je… je dois… me rappeler… me rappeler de quelque chose… quelque chose d'important ! se força-t-il intérieurement »
Il avait beau se concentrer, il ne comprenait pas. Cette voix froide et caverneuse répétait toujours la même chose. Il lui sembla que ce fut quelque chose d'important, voire même… capitale.
« C'est… à… c'est à propos… à propos… de… »
Elle devint lugubre. Elle commença à ricaner. Bientôt, il vit des millions de données traverser son esprit et le ficeler.
- …de…de…
Il parlait dans son sommeil. Il suait à grosse goutte. Son esprit le forçait à réfléchir pendant son repos. Il tentait de lui rappeler. Il fallait qu'il s'en rappelle. Il devait s'en souvenir. Il gesticulait dans son lit. Le cauchemar devenait de plus en plus effrayant, plus glauque. Tout n'était que rouge sang dans sa tête. Il bredouillait toujours la fin de sa phrase sans pour autant trouver le bout, l'élément manquant.
- De… de Xana !
Il se redressa subitement sur son lit, les yeux exorbités.
Des gémissements atteignirent ses oreilles et il aperçut Ulrich, se frottant les yeux encore embués de fatigue.
- Hum… ça va pas de crier comme ça, lui reprocha le jeune homme au bord de l'épuisement
Sans même répondre, Jérémy tâta sa table de chevet à la recherche de ses lunettes. Une fois qu'il les eut en main, il s'empressa de les enfiler et fila allumer son écran. Bizarrement, la diode s'alluma mais l'écran lui-même resta noir.
- Ulrich ? s'écria-t-il sous le coup de la panique, c'est toi qui as éteint ?
Le jeune homme s'étira avant de répondre affirmativement. Il n'allait quand même pas laisser l'ordinateur allumé toute la nuit. D'abord, cela coûtait de l'électricité et d'autre part, Jérémy s'était endormi. Il avait supposé qu'il ne risquait pas de se réveiller avant le matin, au vu de la fatigue qu'il avait accumulée.
En apprenant la nouvelle, il crut bien que Jérémy allait s'arracher la tête. Il hurla dans toutes les chambres de « gentilles » insultes mais, sous le coup de la colère, elles paraissaient très fortes. Il appuya sur le bouton de la tour avec empressement.
- Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de mal, déclara Ulrich pour simple défense
- Non, mais tu te rends compte ! Si jamais Xana attaque, comment on le saura ? hurla-t-il à plein poumon
Ulrich afficha une mine désespérée et lasse. Il se frotta les yeux pour tenter de les réveiller un peu plus, et il bailla en s'en arracher la mâchoire.
- Et Aelita ? Elle doit bien être connectée ? demanda-t-il
Jérémy s'assit sur son fauteuil en attendant le réveil de la machine. Il faisait dos à Ulrich, les bras croisés et un peu en rogne.
- Non.
Son ton était ferme… presque cassant, tant il était embêté par la bêtise d'Ulrich qui, il faut le reconnaître, pourrait s'avérer dangereuse.
- Je suis le seul, au collège, qui soit connecté nuit et jour sur le supercalculateur ! s'énerva-t-il de plus belle
- Roh ! Arrête de crier ! Tu vas finir par réveiller tout le monde, se plaignit le jeune homme
C'est vrai qu'un ton en-dessous serait le bienvenu. Il ne faudrait pas que Jim vienne dans la chambre. Ce serait le pompon ! D'un, il se demanderait ce que fait Ulrich dans la chambre du petit Einstein et, de deux, il interdirait à Jérémy d'utiliser son ordinateur.
Il se calma en inspirant une bonne bouffé d'air. Puis, il déclara à demi-voix :
- Je ne veux pas qu'Aelita s'inquiète, alors je ne lui réserve pas souvent l'accès au supercalculateur depuis sa chambre…
A ces mots, ses joues s'empourprèrent dans la faible lumière qu'émettait l'ordinateur fraîchement allumé.
Alors que le bureau s'était à peine installé, un « bip » résonna dans la chambre et une fenêtre s'ouvrit.
- Et voilà ! Xana a activé une tour !
Il prit son portable et commença à appeler Aelita, tout en sermonnant Ulrich qui avait honte intérieurement, mais avait trop d'égo pour l'avouer. Il décida néanmoins de prendre les devants, et de se rattraper sur sa bourde en appelant Yumi.
Aelita mit du temps à répondre, mais une voix endormie finit par assurer à Jérémy l'arrivée de la jeune fille aux cheveux rose à l'usine.
Contrairement à elle, Yumi n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle aussi s'était posée des questions à propos de cette fille. Elle n'avait pas trop aimé la façon dont ils s'étaient regardés à la cantine. Elle devait bien se l'avouer à elle-même : elle était jalouse. Depuis minuit tapante, elle se retournait indéfiniment dans son lit, cherchant le sommeil. Elle se sentait vraiment complexée par cette histoire. Quand son portable sonna, elle l'attrapa d'une main maussade et répondit d'une voix qui était ailleurs. Lorsqu'elle se rendit compte que c'était Ulrich, elle se releva subitement sur son lit… par instinct. A peine Ulrich avait-il prononcé le nom malveillant, qu'elle s'était levée et avait commencé à se préparer. Aussi, une fois l'appel fini, elle descendit le long de la gouttière à côté de sa fenêtre.
Ulrich se chargea de William après avoir supplié Jérémy de s'occuper d'Odd. Ce dernier ronflait paisiblement, Kiwi dormant à ses pieds. Il faisait de doux rêves d'extraterrestres attaquant la Terre et de combos lancés par ses héros… mais il ne décrocha pas pour autant lorsque la sonnerie de son portable s'enclencha. Et pourtant, Kiwi, lui, fut réveillé et aboyait près des oreilles de son maître. Mais, il se prit l'oreiller d'Odd en pleine figure pour unique réponse.
- Bon… ben, on fera sans lui, annonça Jérémy à Ulrich qui enfilait sa veste.
Ulrich se sentait un peu responsable. Beaucoup même. Il prit l'initiative d'aller chercher le ventre à patte ronfleur, tandis que les autres iraient à l'usine. Jérémy opina et il fila une fois prêt.
Il ne connaissait pas la nature de l'attaque. Il devait, dès lors, être prudent et être sur ses gardes. S'il avait été dans sa chambre, il aurait pu utiliser son katana. Mais ici, dans la chambre de Jérémy, rien ne paraissait potable comme arme.
Il inspira profondément pour se préparer à toutes éventualités. Puis, il passa sa tête par l'entrebâillement de la porte. Tout doucement, pour être bien certain de ne pas se faire piéger par Xana. Rien. Pour l'instant. Il fronça les sourcils. Il s'engagea dans le couloir. Le chemin n'était pas très long jusqu'à sa chambre mais le foutu programme pouvait surgir n'importe où et n'importe quand. Il marcha d'un pas rapide.
Alors qu'il tournait à peine et pouvait apercevoir la poignée de sa chambre, une masse noire dégoulina de la bouche d'aération qui se trouvait juste au-dessus du palier de leur porte. Le jeune homme se stoppa net. La masse gluante et visqueuse aperçut le jeune homme. Pendant un instant, le temps sembla s'arrêter. Ulrich attendait le bon moment pour passer ce monstre hideux, et, ce dernier se préparait à l'attaque.
Soudain, la créature lança un jet noirâtre et gluant depuis une sorte de bouche, qui n'était qu'une ouverture s'étant formée dans la bête. Elle ne ressemblait à rien. Ulrich l'esquiva juste à temps. Un bout de son pantalon ne put y rechapper. Il constata que cette glue était non seulement dégoutante, mais en plus de ça, il vit avec effroi le bout de son pantalon chauffer et se décomposer.
« Coriace… Va falloir faire très attention si je veux passer. Je ne dois pas faire de bruit, sinon les élèves sortiront et là… »
Il ravala sa salive à la pensée horrifiante d'élèves carbonisés et collés sur place.
« Mais, je dois aussi prévenir Odd… »
Tout en réfléchissant à toute vitesse à une stratégie, il esquivait par de nombreux sauts les attaques de la bête gluante.
« Et impossible de lui faire une de mes prises de Penchak-Silat !... Rrah ! Saleté de Xana ! »
Deux fois, déjà, sa main faillit être brûlée par le liquide visqueux. Il s'épuisait et il ne trouvait aucune faille. Il ne pouvait pas non plus rester indéfiniment là il devait prévenir Odd. Il tenta de prendre son portable, tout en esquivant les jets, mais alors qu'il s'arrêta une seule seconde pour voir correctement son écran, la créature lui cracha une grosse gerbe de glue. Elle faillit bien avoir raison de lui. Mais Ulrich préféra y laisser son portable. Il le laissa tomber à terre et le vit fondre comme de la guimauve.
« Je ne peux pas rester là plus longtemps. La prochaine fois, elle ne me loupera pas ! pensa-t-il exaspéré en se mordant la lèvre »
Il inspira profondément pour espérer trouver le courage et la volonté de passer aveuglément. Enfin, il se jeta littéralement sur la créature. Il passa de justesse mais y laissa un bout de la manche de sa veste. Une fois à l'intérieur de la pièce, il se précipita sur Odd. Elle l'avait vu rentrer elle ne tarderait pas à faire fondre la porte ou à passer en-dessous. Il le secoua. Il tremblait. Il était terrifié. Un seul faux pas et c'était la vie qui en payait le prix. Mais le gros dormeur se contenta juste de se retourner dans son lit, et reprit son ronflement de plus belle. Il lui cria toutes les injures du monde dans les oreilles pour le réveiller.
La porte commençait à rougir signe que la créature était proche. Très proche. Dangereusement proche. Déjà, la peinture s'écaillait et le bois qui était en-dessous s'effritait.
- Bon sang ! Odd ! Réveille-toi ! hurla-t-il dans un dernier effort
Le blondinet se réveilla en sursaut. Il se frotta les yeux, endormit. Il ne fallait jamais le réveiller comme ça.
Ulrich l'agrippa et le poussa dans le coin de son lit et sauta le rejoindre. La marée visqueuse avançait progressivement. Odd poussa un cri de stupeur en voyant cette chose hideuse. Mais Ulrich tenait à être le plus silencieux possible, histoire de ne pas attirer l'attention. Aussi colla-t-il brusquement sa main sur la bouche du rêveur. Ce dernier arracha sa main et s'écria :
- Mais c'est quoi ce truc ?
- C'est Xana.
- Ah… laissa-t-il échapper, et… tu peux me dire ce qu'on fait maintenant ?
Ulrich grimaça mais la réponse était claire. Il n'en avait aucune idée. Odd commençait à paniquer, et lui aussi commençait à perdre son sang froid. Il ravala sa salive.
- Espèce d'idiot ! Arrête de t'agiter comme ça !
- T'es marrant ! Que veux-tu que je fasse d'autre ?
La marée gluante et bloblotante montait de plus en plus vite. Elle faisait déjà fondre les tiroirs du lit d'Odd.
- On va être trop lourd, signala Ulrich
Il délaissa alors son ami et sauta jusqu'à son lit. Il s'empara de son katana qui se trouvait suspendu au-dessus de son lit. Il tenta un coup dans la créature, mais aussitôt, elle s'empara de son arme et la fit fondre dans ses profondeurs. Ulrich et Odd ouvraient de grands yeux terrifiés. Ils étaient donc destiné à finir comme son portable ? Comme son katana ? Fondus et décomposés. Ils se regardèrent un instant et s'observèrent avec horreur. C'était vraiment horrible. Hormis le fait qu'ils s'étaient disputés dans la soirée, tout était on ne peut plus normal, et pourtant, voilà qu'il se trouvait en danger de mort.
Odd eut le réflexe de s'emparer de son téléphone. Il appela en extrême urgence Jérémy. En attendant que celui-ci décroche – ce qui lui parut une éternité – il constata que la glue ne montait plus et se contentait de dévorer le bas des lits.
- Odd ? Mais qu'est-ce que tu fous ? T'es avec Ulrich ? s'écria Jérémy
- Ouais, et parle-moi sur un autre ton, s'te plaît ! On est en danger de mort ici !
Odd recula un peu plus dans le coin de son lit. Ulrich n'était pas en meilleur posture. Ils tentaient tous deux de se faire le plus léger possible.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda l'interlocuteur presque paisiblement
- Une sorte de glue qui fait tout fondre veut nous faire rôtir ! expliqua très brièvement Odd
- On arrive à l'usine ! Ne vous inquiétez pas ! répondit-il avec un certain calme, bien qu'un peu essoufflé
- T'en as de bonne, toi !
Il n'eut pas le temps d'en dire plus que Jérémy avait déjà raccroché. Odd se colla au mur et pria immensément fort pour que cela se termine vite et, si possible, qu'il soit encore en vie après.
Nitso tapotait rageusement sur son épée. Rien. C'était le résultat de son enquête. Elle n'avait absolument rien trouvé. Elle avait espionné, épié, filé des tas de gens pendant toutes les nuits. Les plus suspects comme les ivrognes, pour n'arriver à rien. Elle n'arrivait pas à le retrouver. Elle grommela quelques paroles incompréhensibles mais, visiblement, c'était des injures. Elle rentra déçue dans le dortoir. Elle monta les marches tout en pensant à sa mission.
Elle ne devait pas faiblir, ni se laisser aller. Mais lorsqu'on ne trouvait rien : que devait-elle faire ? Poursuivre sans relâche, c'était certain. Mais elle n'avait aucun piste, et pas même une idée de sa forme ici. Elle rageait. C'était le dernier. Il n'en manquait plus qu'un et… elle n'arrivait pas à le trouver. Sept ans. Sept ans qu'elle se battait ardemment pour enfin se venger. Sept ans qu'elle vivait dans la solitude et le désespoir le plus profond. Et tout ça pour quoi ? Pour une chose qui lui échappe encore alors qu'elle arrive à son terme ? Elle trouvait cela tellement injuste et immonde. Elle aurait voulu hurler, pleurer, s'effondrer… exprimer ses sentiments, en somme. Mais où qu'il soit, il ne devait pas la reconnaître et son comportement pourrait la trahir. Il paraît qu'elle est transparente de caractère.
« - Bonjour !
- Bonjour Princesse.
- Cesse de me nommer par ce titre ! Tu peux me tutoyer.
- Mais je ne voudrais point vous offenser.
- Cela me ferait tant plaisir que nous devenions amis.
- Ne le sommes-nous pas déjà ?
- Si, c'est en cela que je désire que tu me tutoies.
- …Vous êtes triste.
- Moi ? Mais point du tout !
- Je le vois dans vos yeux.
- Votre esprit se joue de vous !
- Ils brillent autant que les larmes.
- Mais, je vous dis que…
- Vous ne savez point mentir, et votre visage trahit vos paroles.
- …
- Vous êtes transparente… Princesse. »
Elle rougit en se remémorant cette scène. Par réflexe, elle passa sa main dans ses cheveux, comme il l'avait fait ce jour-là. Puis, elle revint à elle et poursuit sa route.
Alors qu'elle allait passer le couloir des garçons, elle aperçut une chose noirâtre gluante, et à l'apparence dégoutante. Elle fit la moue tellement elle trouvait cette chose hideuse. Cependant, elle n'hésita pas une seconde. Elle dégaina son épée et courut vers cette chose. Elle la vit entrer tout entière dans une des chambres. Elle se précipita devant la porte, parée à l'attaque. Elle ne s'attendait pas à ce que cette chambre appartienne à deux garçons de sa classe.
Ulrich fut aussi étonné qu'Odd lorsqu'il vit la nouvelle devant leur porte, dans une tenue très… guerrière. Et son épée à la main ne donnait aucunement envie de la titiller.
Vas-t-en ! lui cria Ulrich, elle ne te fera aucune mal si tu t'en vas !
Pour la première fois, elle osa ouvrir la bouche et leur adresser la parole. Ils furent surpris de sa voix à la fois déterminée et qui, pourtant, portait une certaine douceur comme un doux tissu qui se glisse entre vos doigts.
Tu es vraiment stupide ! Je ne vais pas me défiler !... Pas encore une fois.
Avant que quiconque n'ait bougé, que ce soit le monstre, ou les deux garçons, elle leva sa lame. Chose étrange, elle se mit à étinceler d'une vive lumière bleu glace.
Gelidus A Um ! cria-t-elle
Et sa lame s'abattit sur la créature.
Alors ? Alors ?
Vos impressions ?
Vous avez aimé ?
C'est de mieux en mieux ? De pire en pire ?
