Hello mes chers gens ! Me revoilàààààà ! Câlins à vous tous pour avoir attendu.

Quelques petites notes avant qu'on redémarre : déjà, merci infiniment à vous tous, je suis époustouflée et éberluée par l'accueil que continue de recevoir cette fic, je l'avais commencée un peu par hasard et je suis vraiment, sincèrement soufflée par vos incessants favoris et reviews, j'ai du mal à y croire. (Quelqu'un a fait de la pub quelque part ou quoi?) Merci infiniment ! Du coup, vous me mettez la pression, j'espère que la suite vous plaira tout autant que les deux premiers chapitres.

Deuxièmement : cette fic n'est pas abandonnée ! J'ai pas écrit dessus ces derniers temps parce que j'étais sur mon NaNoWriMo (sur le fandom Captain America, si vous aimez le Stucky restez dans le coin car j'ai une longue fic pour vous (ET FINIE CELLE LA, HAHA!)), et je pense que j'aurai pas le temps non plus d'ici mars, parce que j'ai un deuxième boulot aux deadlines serrées et un Secret Santa à écrire. Je vous conseille donc d'avoir de la patience, mais comme je vous le dis, cette histoire fait partie de mes projets à continuer, et un jour ou l'autre, j'aurai un peu plus de temps pour écrire dessus.

Voilà, et maintenant, je réponds à mes petits anonymes !

Artemis : "t'écris vite je trouve." BWAHAHAHAHA à ce stade tu as dû te rendre compte que NON. Mais merci !
Danse : ah ah madame avait la flemme de s'enregistrer 8D Bisous sur toi !
Fannibal : désolée, pour le "vite vite" c'est pas tout à fait ça, mais voilà un autre chapitre quand même !
Elizabeth Snape : Ah ah, on dirait pas mais il a du self-control le monsieur, il attend un peu avant de se comporter comme un stalker :D Merci !
Cannibalisme : incapable de le dire moi-même, très cher ! Vu que je l'écris au jour le jour (et que j'ai pas trop le temps en ce moment). Je fais de mon mieux ! (Presque)
China : oooh, merci, c'est adorable ! Des bisous !
Ptitanonymous : "Hannibal sadique et intéressé par Will", "Will méfiant", c'est bien, tu les as cernés !
Cys : C'est tout à fait le principe d'une review, merci ! La fic est récente mais les updates seront longs, désolée. Stay tuned !
Melini : Wow ! Merci ! Et merci pour le coup de pied au cul x) Real life got in the way. Mais promis, je ne l'abandonne pas.
Cataiberjv : Merci beaucoup !
Lilou : J'essaie de faire de mon mieux pour éviter l'OOC ! J'espère continuer dans cette voie...
YuuKyun : damn, tu fais partie des enregistrés mais j'ai pas reçu de notification pour ta review ! Je te remercie donc ici, désolée. Voilà la suite !

Merci aussi à vous autres enregistrés ! Des bisous à tous !

Sur ce, bonne lecture ! Et continuez à me donner des coups de pied au cul, j'aime ça d'amour !


.oOo.

Chapitre 3

.oOo.

- Alors tu vas le faire ? s'exclama Beverly. Tu vas vraiment faire ta thèse sur le Chesapeake Ripper ?

Will haussa les épaules, l'air toujours légèrement incrédule. Ils étaient installés dans leur canapé, le soir même, et mangeaient une pizza devant un vieil épisode de série télé.

- Il est venu me voir au café pour me demander si ça me tentait toujours. Tu te rends compte ?

- On savait tous les deux qu'après l'histoire de l'expresso renversé, il ne proposait pas ça juste par politesse.

- Je sais, admit Will. Je pensais qu'il aurait oublié toute cette histoire pendant les deux semaines qui ont suivi mon exposé, puisque je ne l'ai pas rappelé, mais bon.

- Pourquoi tu ne l'as pas rappelé, d'ailleurs ?

Will resta silencieux. Il y avait plusieurs facteurs en jeu ; déjà, Hannibal Lecter était quelqu'un d'intimidant, avec un statut de demi-dieu sur le campus, à en croire le nombre effarant d'élèves qui cherchaient à suivre ses cours. (Et peut-être, pour être tout à fait honnête, l'apparence qui allait avec le statut en question.) Ensuite, Will n'était pas encore tout à fait prêt à se lancer dans un sujet qui risquait de lui attirer une attention non-désirée, malgré toutes les retombées positives pour sa carrière.

Et enfin (mais il mourrait avant de l'avouer), il avait peur du téléphone.

- J'allais lui écrire un mail, finit-il par répondre au bout d'un moment. J'ai juste été occupé.

- Occupé à ne pas planifier ton avenir ? dit Beverly, incrédule. Will, c'est la chance de ta vie.

- Je sais. Et je vais le faire.

Maintenant, de toute façon, c'était trop tard pour faire demi-tour.

- Il est venu te voir au café, répéta Beverly, l'air rêveur. Si ça se trouve, c'était une tentative de drague.

Will ne put réprimer un rire de dérision.

- On parle de Lecter, là. Il a probablement une femme, une maîtresse, et 2,5 enfants, pour aller avec sa voiture de luxe dans son quartier de luxe. Il n'a pas besoin d'un étudiant serveur à mi-temps pour payer ses études. Et qui, pour couronner le tout…

- Lui a renversé du café sur les genoux, je sais. Tu vas finir par oublier cette histoire un jour ? Il t'a dit lui-même que ce n'était plus la peine d'y penser.

Eux réussiraient peut-être à l'oublier ; Will, lui, en garderait à jamais le souvenir, gravé dans un coin de son cerveau avec le sceau brûlant de la honte.

- Ou alors, ajouta Beverly d'un ton suggestif, tu pourras peut-être trouver une autre solution pour te racheter… si tu vois ce que je veux dire.

- Beverly, soupira Will. Arrête avec ça.

En plus de cette histoire de café et de thèse, si jamais il se mettait à fantasmer sur son maître de recherches, les choses risquaient de devenir vraiment compliquées. Et du haut de sa quarantaine, Lecter avait beau être sexy en diable, Will n'était pas prêt à tout sacrifier pour lui.

À cet instant, son portable se mit à vibrer, provoquant un mini-tremblement de terre sur la table basse où il était posé, et Will le saisit, pris d'une soudaine appréhension. Personne ne le contactait jamais.

- Il m'a envoyé un mail, déclara-t-il.

- Raconte !

- «Cher Mr Graham, après un entretien téléphonique avec mon ami Jack Crawford, chef du Bureau des Sciences Comportementales au FBI et chargé de l'enquête sur le Chesapeake Ripper, j'ai obtenu l'autorisation de vous transmettre les dossiers de quelques-uns de ses plus anciens meurtres. Si vous êtes disponible, et surtout, si vous êtes d'accord, je vous propose de venir avec moi à Quantico demain matin pour aller les récupérer. En cas d'absence de réponse, je vous les ferai passer d'une autre manière. Bien à vous, Hannibal Lecter, Docteur en Psychiatrie, Professeur à l'université Johns Hopkins.»

- Est-ce qu'il a vraiment besoin d'aligner tous ses titres les uns à la suite des autres quand il signe ? fit remarquer Beverly d'un ton sarcastique. On sait parfaitement qu'il est prof à Johns Hopkins. On suit ses cours.

Will, lui, continuait à relire le mail, incapable d'y croire.

- Je vais avoir accès à des dossiers du FBI. Je vais à Quantico demain. Pince-moi.

Beverly s'empressa de s'exécuter avec une force qui fit bondir Will du canapé.

- T'étais pas obligée de me prendre au mot, grinça-t-il en se frottant le bras.

- Réponds-lui, sinon il va croire que tu n'y vas pas.

- Je sais. «Cher Dr Lecter...» Non, c'est bizarre, non ? Cher ? Remarque, il l'a utilisé dans son mail, lui…

- Il te drague.

- «Dr Lecter», reprit Will en faisant mine de ne pas l'entendre. «Merci beaucoup pour votre proposition. Je serais ravi de vous accompagner demain à Quantico. Si ça ne vous fait pas faire de détour, nous pouvons nous retrouver sur le parking de l'Université. Cordialement, Will Graham.» Ça passe ?

- Je suppose que oui. De toute façon, il ne t'a évidemment pas recruté pour tes qualités littéraires.

- Merci, Beverly, très sympa. Bon, allez, hop, envoi.

Deux minutes plus tard à peine, la table basse entière vibrait à nouveau.

- «Cher Will…»

- Cher Will ! gloussa Beverly.

- La ferme, Bev. «Cher Will, si vous ne voyez pas d'objection à me donner votre adresse, je peux passer directement vous prendre en bas de chez vous. Mes sentiments les plus sincères, Hannibal Lecter.»

- Oh oh !

- Beverly.

- Ça va, si on peut plus rigoler. Je remarque qu'il a laissé tomber les titres. Ça devait lui prendre une éternité à taper au clavier… Tu lui donnes l'adresse ?

- C'est plus pratique, répondit Will, légèrement sur la défensive.

- Bien sûr.

Le sourire de Beverly était si dégoulinant de sous-entendus que Will n'osa même pas la regarder en face. Malheureusement, il ne put rien faire pour éviter la claque retentissante qu'elle lui donna sur l'épaule.

- Bien joué, Willy-boy ! Je suis très, très fière de toi.

- Beverly, pour l'amour du ciel. Lecter ne s'intéresse pas à moi, et je ne m'intéresse pas à lui. D'accord ?

- D'accord, d'accord, dit-elle d'un ton faussement innocent et pas du tout convaincu (ni convainquant). Mais je ne mens pas, ajouta-t-elle plus sérieusement. Je suis vraiment fier de toi. Tu vas gérer cette thèse comme un pro.

Cette fois, Will s'autorisa un petit sourire.

- J'essaierai, du moins.

.oOo.

Le lendemain, à huit heures du matin, lorsque la Bentley Arnage 1999 d'Hannibal Lecter se gara en bas de la rue, entre une camionnette à la peinture rouge écaillée et une benne à ordures, Beverly resta bouche bée.

- Ah ouais, la voiture de luxe. Je vois, maintenant.

Will avait juste supposé – de toute évidence, il avait tapé en plein dans le mille. Nerveusement, il vérifia la semelle de ses chaussures, pour s'assurer qu'il serait digne d'y mettre un pied. Pendant ce temps, Hannibal Lecter descendait de la Bentley, observant le voisinage avec une attention proche de la répugnance (visible même quand on l'observait, comme eux, à dix étages de distance), et s'approcha de la porte vitrée de l'immeuble. Un instant après, la sonnerie aigrelette de l'interphone résonnait. Will alla aussitôt décrocher.

- Bonjour, Dr Lecter. Oui, d'accord. J'arrive tout de suite. Merci.

Il raccrocha l'interphone, et Beverly lui adressa un petit sourire moqueur.

- Tu aurais pu l'inviter à prendre le petit déjeuner.

- C'est ça, pour qu'il voie la décharge qui nous sert d'appartement ? Non merci.

- Eh ! C'est pas une décharge ! C'est juste… esthétiquement compromis.

- Exactement. Bref, j'y vais.

- T'as intérêt à tout me raconter quand tu reviendras ! Je veux tous les détails, jusqu'à la couleur de ses chaussettes !

Le regard blasé que Will lui adressa ne sembla absolument pas l'impressionner, et il préféra battre en retraite avant qu'elle ne fasse d'autres remarques saugrenues.

En bas, Hannibal Lecter l'attendait, encore plus éblouissant que d'habitude dans son costume noir à chemise rouge pâle et pochette assortie, accompagné d'une cravate cramoisie aux motifs Paisley. Ses cheveux n'étaient pas aussi strictement tirés en arrière que d'habitude, et retombaient légèrement sur son front, et avec le sourire qu'il lui décocha en prime lorsqu'il l'aperçut, Will ne put s'empêcher de déglutir.

- Bonjour, Dr Lecter.

- Bonjour, Will, merci d'avoir accepté de venir.

Will haussa les sourcils, incrédule.

- Merci à vous de m'avoir donné cette opportunité. Ce n'est pas tout le monde qui a le droit d'entrer à Quantico pour récupérer des dossiers de meurtres classifiés.

- Où serait l'intérêt d'avoir des relations si on ne pouvait pas en faire profiter ses élèves ? répondit Lecter avec un sourire.

Pris de court, Will ne sut pas quoi répondre, et se contenta de sourire, mal à l'aise, tandis qu'Hannibal lui ouvrait la porte passager. Jetant un regard en l'air, il vit Beverly lui faire un signe, devinant au loin le grand sourire qui s'affichait sur ses lèvres, et se hâta de disparaître à l'intérieur de la Bentley pour se soustraire à son regard.

À part pour mettre sa ceinture de sécurité, Will osa à peine bouger pour regarder autour de lui. L'intérieur était aussi propre que l'extérieur – les sièges beiges, impeccables, le tableau de bord, méticuleusement entretenu, aucune poussière sur les tapis, à croire qu'il passait l'aspirateur tous les jours. Dans l'habitacle, l'odeur agréable de vieux cuir se mêlait à la légère fragrance de l'eau de Cologne d'Hannibal, et Will s'efforça discrètement de respirer à plein poumons, tandis qu'à côté de lui son maître de recherches était en train d'attacher sa ceinture.

- Merci d'être venu me chercher, marmonna Will, embarrassé de se retrouver en tête-à-tête avec son professeur dans un espace aussi restreint. J'aurais pu vous retrouver ailleurs, vous savez.

- Ça ne me dérangeait pas, répondit simplement Lecter. Et puis, c'est sur notre route.

- Je dois dire que je suis assez surpris que le FBI accepte de laisser un simple étudiant consulter des dossiers classifiés.

- J'ai déjà travaillé avec Jack Crawford, dans le cadre d'une autre enquête, il y a environ cinq ans. Le profil psychologique que je lui ai fourni lui a permis d'appréhender et d'arrêter l'auteur des meurtres. Je suppose qu'il me doit bien ça.

- Vraiment ? De qui s'agissait-il ? demanda Will, intéressé.

- La presse l'avait surnommé "Ça", à cause d'un livre d'horreur que vous connaissez certainement. C'était quelqu'un de très perturbé, qui se déguisait en clown pour commettre ses crimes, terrorisant au passage une grande partie de la population.

- Je me souviens de cette histoire, dit Will. Je lisais les journaux uniquement pour la suivre.

- Une affaire relativement banale – environnement familial toxique, impulsivité et désorganisation, scènes de crime habituellement proches dans le temps et l'espace. Néanmoins, personne n'avait imaginé qu'il pouvait s'agir d'une femme, ce qui semblait pourtant évident dans le traitement des victimes masculines. J'ai simplement donné mon point de vue, qui leur a permis l'avancée dont ils avaient besoin.

Will ne pouvait s'empêcher d'être impressionné – il se rappelait des articles qu'il avait lus sur le sujet à l'époque, et il n'était pas certain qu'il aurait fait preuve de la même clairvoyance que Lecter s'il avait été à sa place. C'était pour cette raison, probablement, que Lecter était le professeur et que lui-même était l'élève.

Contre toute attente, la conversation bascula naturellement sur un autre sujet ; Will n'était pas quelqu'un de très sociable, ni de très bavard, et le simple fait d'imaginer le trajet en voiture avec son professeur l'avait rendu presque incapable de fermer l'œil la nuit précédente. Il fut donc très surpris de constater qu'il n'avait même pas besoin de (trop) se forcer pour faire rebondir la discussion. De plus, c'était la première fois dans sa vie qu'il parlait réellement avec Lecter, et le moins qu'on puisse dire, c'était que l'homme était intéressant.

Il avait été chirurgien, apparemment, mais avait dérivé quelques années plus tôt vers la psychiatrie, et Johns Hopkins lui avait proposé un poste. (Will retint un soupir admiratif – Johns Hopkins, l'une des meilleures universités des États-Unis, lui avait proposé un poste. Ça en disait long.) Avant ça, il venait d'Europe (d'où l'accent, songea Will), où il avait fait toutes ses études, en particulier à Paris. Il semblait avoir tout vu, avoir tout fait, et Will, qui n'avait jamais quitté les États-Unis une seule fois dans sa vie, se sentait à la fois impressionné et jaloux.

Finalement, au terme d'une heure trente de route, ils arrivèrent à Quantico, où Hannibal et Will reçurent tous les deux un badge visiteur à l'entrée après que le gardien ait vérifié que leurs noms se trouvaient sur la liste. Will, qui avait toujours secrètement rêvé d'entrer au FBI, ne put s'empêcher d'observer les environs avec une attention redoublée ; puis Lecter se gara sur le parking, et Will s'extirpa lentement de la Bentley.

- À vrai dire, dit Hannibal, sans aucun lien avec leur conversation précédente, j'aurais pu venir tout seul et juste vous ramener les dossiers, mais je pense que Jack vous appréciera, et si vous souhaitez faire carrière dans ce domaine, ça ne vous desservira pas de connaître quelques personnes bien placées.

Will, qui fixait en silence les murs ocres de l'Académie du FBI, se tourna vers lui, tellement touché par l'attention qu'il en oublia de ne pas le regarder dans les yeux.

- Merci, Dr. Lecter…

Hannibal lui adressa un petit sourire, et l'invita à le suivre d'un petit signe de tête alors qu'il se dirigeait vers l'entrée. Will essaya de toutes ses forces de ne pas baisser son regard au niveau de ses fesses, fermement emprisonnées dans le tissu soyeux de son pantalon noir.

.oOo.

Le bureau de Jack Crawford n'avait absolument rien de remarquable, à part l'homme qui se tenait assis derrière, à remplir de la paperasse, et que Will avait déjà vu plusieurs fois à la télé, ou dont il avait lu le nom dans le journal. Lorsqu'ils entrèrent, Jack Crawford leva les yeux vers eux, et sourit en découvrant Lecter.

- Hannibal ! s'exclama-t-il aussitôt en se levant. Ravi de vous revoir. Et…

- Will Graham, un des mes élèves, dit Lecter.

- Enchanté.

Crawford lui tendit la main amicalement, mais Will pouvait sentir l'attention dont il faisait l'objet, comme s'il était passé aux rayons X. De son côté, incapable de mettre en veilleuse son don d'observation, il retira de l'homme et de la pièce une multitude de petits détails (marié, problèmes conjugaux, fatigue émotionnelle, tempérament colérique, intelligence aiguë) qu'il s'empressa de ranger dans un coin de sa tête.

- Alors vous voulez faire votre mémoire sur le Chesapeake Ripper ? demanda Crawford sur le ton de la conversation, comme s'ils n'étaient pas en train de discuter du tueur en série le plus cruel et le plus prolifique de l'histoire des États-Unis et qui, par-dessus tout, était encore en liberté.

Will eut un petit sourire embarrassé. Pour être honnête, s'il avait réellement eu le choix, il aurait préféré faire son mémoire sur quelqu'un d'autre, Garret Jacob Hobbs, peut-être, ou Ted Bundy, ou même le Zodiaque, qui n'avait jamais été arrêté ni identifié, mais dont la dernière lettre à la presse datait de 1978, ce qui lui laissait une certaine marge de sécurité. Le dernier meurtre du Chesapeake Ripper datait de l'année précédente.

Néanmoins, il n'allait pas raconter l'histoire du café, ni la façon dont le docteur Lecter lui avait légèrement forcé la main.

- Oui, monsieur. J'espère ne pas vous gêner dans l'enquête. Avec un peu de chance, peut-être que je pourrai vous apporter de nouveaux éléments.

Crawford lui adressa un petit sourire teinté d'incrédulité, avant de tourner son regard vers Hannibal, comme pour lui demander d'où il tirait cette assurance – mais Lecter regardait Will avec une pointe de fierté inscrite sur ses traits.

- Il en serait certainement capable, admit Lecter. Il a beaucoup de discernement et d'intuition. Je vous ai envoyé son exposé – vous l'avez lu ?

Will jeta à Lecter un regard ébahi – son exposé ? Il l'avait envoyé au chef du Département des Sciences Comportementales du FBI ?

Crawford, de son côté, se grattait la tête.

- Pas eu le temps. J'ai été occupé, vous comprenez.

- Bien sûr, dit Lecter doucement. Ça n'a rien de pressant. Ni même d'obligatoire. Je pensais simplement que sa vision des choses pourrait vous aider.

Crawford jeta un regard à Will, et sous l'expression de neutralité qui s'inscrivait sur ses traits, Will remarqua tout de même les légers signes d'irritation d'un homme qui a l'impression qu'on lui fait perdre son temps. Il avait intérêt à assurer s'il voulait que Jack Crawford le prenne au sérieux.

Après un silence, Crawford se détourna et retourna vers son bureau, où il fouilla dans le tiroir pour en sortir trois dossiers, empilés les uns sur les autres. Il les apporta à Will, qui tendit les bras.

- Ce sont les premiers meurtres connus du Chesapeake Ripper, sa première série de trois. Tous les détails sont compris dans les dossiers.

Jonglant avec les fichiers pour ne pas les faire tomber, Will ouvrit le premier d'entre eux, où la photo d'identité d'un homme à l'expression figée était épinglée à une fiche de renseignements.

- De toute évidence, ajouta Jack d'un ton froid, rien de ce qui se trouve dans ce dossier n'est censé être rendu public. Vous ne devez pas en parler avec qui que ce soit, et encore moins à la presse. Si Freddie Lounds vous offre de l'argent, vous refusez

Will s'efforça de ne pas lever les yeux au ciel en face de celui qui serait peut-être un jour son futur chef (avec un peu de chance), préférant les garder obstinément baissés sur la fiche d'identité de la première victime du Ripper.

- Si elle ne sait pas que je suis en possession des dossiers, répondit-il, elle ne risque pas de me faire d'offre, et même si c'était le cas, je n'accepterais pas.

Crawford hocha la tête rapidement.

- Hannibal vous fait confiance, alors je vous fais confiance. Ne nous décevez pas.

Cette fois, Will leva la tête du dossier pour regarder Jack dans les yeux (du moins, si ses yeux se trouvaient au niveau de son nez) et hocher la tête.

- Comptez sur moi.

- Vous aurez les dossiers à votre disposition pendant une semaine. Bien entendu, il vous sera interdit de les photocopier, ou de les reproduire de quelque façon que ce soit, mais vous pourrez prendre des notes et citer votre source. Dans une semaine, vous rendrez ces dossiers – en parfait état, évidemment – à Hannibal Lecter, qui me les remettra. Nous sommes d'accord, docteur ?

- Absolument.

- De toute évidence, continua Jack, le Bureau des Affaires Intérieures ne sait pas que je vous laisse accéder à ces dossiers ; autrement, il faudrait vous faire passer consultant, ce qui impliquerait beaucoup de paperasse et exigerait beaucoup de temps. Autrement dit, Mr Graham, si vous faites la moindre erreur, c'est sur moi que ça retombe. Par conséquent, je vous conseille vivement de ne pas en faire.

Will hocha la tête, la gorge nouée.

- Si c'est clair pour vous, je ne vois rien à ajouter, dit finalement Crawford.

De toute évidence, l'entretien était fini, et Will avait eu ce qu'il attendait ; il se dépêcha de ranger les dossiers dans sa mallette, prenant soin de ne pas les froisser, et après une brève poignée de main échangée avec Crawford, Will et Hannibal reprirent silencieusement le chemin de la voiture.

- J'espère que ces dossiers pourront vous être utile, finit par dire Hannibal une fois qu'ils eurent bouclé leurs ceintures de sécurité.

Will leva les yeux vers lui, un pâle sourire sur les lèvres.

- C'est mieux que rien du tout. Merci encore pour tout ce que vous avez fait, Dr Lecter. Jack Crawford risque de me tuer si je rends ces dossiers avec un jour de retard ou une tache de café dessus, mais c'est toujours un cadavre que le Chesapeake Ripper n'aura pas.

Hannibal se mit à rire, et le son sectionna instantanément toutes les connexions nerveuses dans le cerveau de Will, qui n'eut que la présence d'esprit de ne pas le regarder bouche bée. C'était déjà rare de le voir sourire – Will était persuadé qu'il venait d'obtenir une image absolument collector de son professeur de psychologie.

- Ne soyez pas si pessimiste, Will. Personne ne vous tuera.

Juste réaliste, aurait répliqué Will en temps normal, mais ses pensées étaient toujours brouillées par le rire qui tournait en boucle dans sa tête, et il se contenta de lui offrir un petit sourire en réponse.

Lorsqu'Hannibal le déposa devant chez lui, une heure et demie plus tard, il y pensait toujours.

Et ce n'était pas vraiment d'excellent augure.

TBC...