Chapitre 2 : Nethuns Okeanos

Ce soir-là, Sally Jackson rentra chez elle épuisée. Une serveuse n'avait pas pu prendre son service et Sally avait du la remplacer à l'improviste sous l'ordre express de son patron. Il était plus de onze heures du soir lorsqu'elle quitta enfin le restaurant et à peine eut-elle tourné au coin de la rue qu'un homme et quelques un de ses copains qui sortaient d'un bar et n'avaient visiblement pas soif la sifflèrent.

-Hé, chérie, t'viens boire un verre ? beugla le premier

-Sans façon, répliqua Sally avec dégout en reprenant son chemin.

Elle avait pris l'habitude de ce genre de petites scènes lorsqu'elle finissait tard le soir. Il suffisait généralement de les rabrouer avec conviction pour pouvoir poursuivre sa route sans encombre. Mais il semblait qu'il ne s'agissait pas d'un de ses jours car elle n'avait pas fait trois pas qu'elle sentit une main se poser sur son épaule et une odeur de whisky la frappa au visage.

-Allez, chérie, fais pas ta mijaurée !

-Viens boire avec nous ! renchérit un deuxième en s'approchant à son tour. J't'invite.

-Non ! répliqua Sally en se dégageant rapidement.

Un autre homme la saisit par le bras et la tira vers une petite cours sombre derrière le bar. Il était si ivre qu'il semblait ne pas pouvoir fixé son regard sur elle, paraissant porter toute son attention sur un point situé au-dessus de son épaule.

-On va s'amuser, qu'on te dit !

-Lâchez-moi ! cria Sally en tentant vainement de se dégager.

L'homme était peut-être saoul mais sa force ne s'en retrouvait en rien amoindrie.

Devant l'insistance et la violence que ces trois hommes commençaient à manifester, Sally prit peur. Mais alors que la panique commençait à l'envahir. Une voix grave et chaude qui lui donna des frissons retentit d'un ton dangereusement calme derrière elle.

-Il me semble que cette demoiselle a dit « non ». Qu'y a-t-il dans ce simple mot qui soit hors de votre portée ?

Sally se sentit soulagé en percevant cette voix qui lui paru familière bien que ne sachant pas où l'avoir entendue. Elle tourna la tête pour découvrir son sauveur. C'était un jeune homme qui devait être légèrement plus vieux qu'elle, autour des vingt cinq ans. Il avait des cheveux noirs corbeau qui brillaient à la lueur des réverbères et sa peau était foncée, bronzée par le soleil. Il se tenait nonchalamment debout à quelques mètres d'eux, calme, les mains dans les poche de son blue-jeans sans montré le moindre signe d'intimidation. La brute numéro une releva la tête et nargua le nouvelle arrivant.

-T'es qui toi, d'abord ? Le prince charmant ?

-Ouais, mêle-toi de tes affaires, espèce de touriste ! renchérit le second.

Le nouveau venu, nullement effrayé, s'avança calmement d'un pas, un sourire aimable aux lèvres.

-Veuillez m'excusez, mais il s'agit belle et bien de mes affaires étant donné que c'est avec ma femme que vous vous entretenez.

Sally fit de son mieux pour ne pas afficher un air surpris et les trahir. Peut-être que la croire mariée suffirait à les décourager. Mais ce ne fut apparemment pas le cas car l'alcoolique numéro 2 éclata de rire en lui prenant le visage pour la forcer à le regarder.

-Ta femme, hein ? Bah dis donc, t'sais bien les choisir. T'permets que j'te l'emprunte ?

-Non, répondit simplement l'inconnu.

Sa réponse ne sembla pas impressionner les trois brutes. Le numéro 2 lui lâcha finalement le visage pour s'approcher de l'homme et lorsqu'il fut face à lui, il lui décrocha un crochet du droit. Mais il était trop saoul et ne savait plus très bien mesuré l'effet de la gravité. L'homme n'eut qu'à faire un pas de côté et son assaillant, déséquilibré, s'effondra au sol.

Ses deux copains, cependant, ne semblèrent pas ravis de sa défaite et celui qui l'avait abordé et qui paraissait dans un de sobriété légèrement plus prononcé s'éloigna d'elle pour chargé à son tour. Avec une agilité et une force dont Sally ne l'aurait jamais cru capable, l'homme para ses coups, l'immobilisa et, d'un coup de pieds bien placé à l'arrière du genou, l'envoya s'écraser contre son camarade vaincu.

Le troisième parut hésiter mais décida après quelques secondes de réflexion de la lâcher et tenter sa chance. Il s'avança mais déjà l'homme était sur lui et l'attrapait par les bras, le fit tourner et rejoindre ses amis qui se redressaient avec peine, les repoussant au sol. Les brutes 1 et 2 jugèrent la partie terminée et prirent leurs jambes à leur cou en titubant dans la rue, leur compagnon se trainant derrière eux sous le regard soulagé de Sally qui les vit s'éloigner et disparaître au coin d'une ruelle.

-Est-ce que ça va ? demanda son sauveur.

Sally leva les yeux vers lui et lui adressa un sourire reconnaissant.

-Oui, je vais bien. Merci beaucoup de m'avoir aidée.

L'inconnu hocha la tête et s'avança de quelques pas pour être à sa hauteur. Sally put alors sentir cette sorte d'aura rassurante qui l'entourait et la réchauffait jusqu'au fond de son corps, lui faisant rapidement oublié sa peur passagère. Cet homme lui en rappelait un autre, le vieux pêcheur qu'elle avait rencontré le lendemain de son installation. Lui aussi semblait entouré de cette aura de puissance. Mais celui-ci semblait bien plus sociable car il demanda courtoisement :

-Permettez moi de vous raccompagner jusqu'à chez vous, afin que je puisse m'assurer qu'il ne vous arrive rien.

Devant une telle gentillesse, Sally ne put qu'accepter. Ils prirent alors tous deux la direction de la plage.

-Pourquoi êtes-vous sortie si tard, Sally ? demanda l'inconnu

La jeune femme releva la tête, surprise.

-Vous connaissez mon nom ? s'étonna la jeune femme avec suspicion.

L'homme acquiesça lentement.

-Je l'ai lu sur votre uniforme, expliqua-t-il après un court silence.

Sally lui lança un regard en coin et elle se su alors pourquoi ce visage lui semblait familier. C'était…

-Vous êtes le client du restaurant ! Celui que je servais avant que mon patron ne m'appelle, c'est ça ?

Une fois de plus, l'homme hocha la tête.

-J'espère que vous n'avez pas eu trop d'ennuis.

-Non, répondit-elle. Une de mes collègue était simplement absente et j'ai du la remplacer. Raison pour laquelle j'ai terminé si tard. Ajouta-t-elle, pour répondre à sa question.

L'homme sourit.

-Si cela se reproduit, je vous conseillerais d'évider les bars et plus particulièrement les personnes victimes des effets de l'alcool qui en sortent.

-Je tacherai de m'en souvenir, promit Sally dans un éclat de rire. Et vous, que faisiez-vous dans les rues, si ce n'est pas indiscret ?

-J'allais à la plage, répondit-il au moment où ils quittaient justement la ruelle qui donnait sur les premiers grains de sables. C'est seulement en début et fin de journée qu'elle est suffisamment calme pour pouvoir en profiter. Ajouta-t-il en laissant son regard se perdre sur la surface paisible de l'océan qui brillait sous l'éclat de la lune.

Pendant quelques minutes, ils se contentèrent de rester là, à contempler la mer et les reflets à sa surface de la lune qui était progressivement masquée par d'épais les nuages et à écouter le flux et reflux apaisant des vagues tout en respirant l'air marin.

-Je suis du même avis que vous, acquiesça Sally. Parfois… souvent même, j'aime errer le long de la plage. C'est reposant.

L'homme eut un sourire en coin comme celui qui sait quelque chose que l'autre ignore mais Sally n'eut le temps de s'interroger sur ce qu'il pouvait cacher car une pluie drue s'abattit sur eux sans crier garde.

-Venez, dit Sally en se mettant à courir. J'habite tout près, nous pourrons nous abriter.

L'homme la suivit le long de la plage vers le bungalow dans lequel ils firent irruption, trempée jusqu'au os mais Sally était tout sourire, comme une enfant venait de participer à une course amusante avec des camarades de classe. Elle referma la porte alors qu'un éclair déchirait le ciel. Elle se tourna ensuite vers le placard à la recherche de serviettes et ne remarqua pas la tension qui apparut chez l'inconnu alors qu'il regardait la foudre tomber dans l'océan à travers la fenêtre avec une certaine… crainte ?

-Et voilà ! lança Sally triomphante en lui tendant une serviette. Tenez… D'ailleurs je viens de penser que je ne connais pas votre nom.

L'homme se passa rapidement la serviette sur le visage avant de répondre.

-Je m'appelle Nethuns Okeanos, mais tout le monde m'appelle Neth.

-Vous avez des origines grecques ou italiennes ? demanda Sally sur le ton de la conversation.

Neth eut un sourire étincelant.

-Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?

Sally haussa les épaules en mettant de l'eau à chauffer.

-Okeanos est un nom grec signifiant « océan ». Qu'en à Nethuns, c'est une divinité étrusque qui équivaudrait au dieu latin Neptune ou au dieu grec Poséidon. Alors, ajouta-t-elle en sortant deux tasses, ai-je résolu l'énigme ?

-Avec succès. Répondit Neth, les yeux pétillant de satisfaction pour une raison qui lui échappait. Je suis bien, si l'on peut dire, d'origines grecques. Vous avez cité « Poséidon », vous vous y connaissez en mythologie ?

Sally, remplit sa tasse de thé brulant avant de se servir elle-même et de s'asseoir.

-J'ai des notions, dirons-nous. J'ai suivi des cours d'art et littérature. Dans la Grèce antique, qui a eu un grand impact dans l'art, les dieux étaient souvent représentés.

-C'est pour cela que vous êtes venue ici ? Pour étudier l'art ? demanda-t-il avec intérêt.

-Pas vraiment, répondit vaguement Sally qui n'avait pas très envie de s'étendre sur ce sujet et fit dériver la conversation. Et vous, pourquoi êtes-vous venu ici, à Montauk ?

Neth haussa les sourcils.

-Comment savez-vous que je ne suis pas de la région ?

-D'après Lindsay, peu de personne vivent dans le coin à l'année et l'homme du bar vous a traité de touriste. Répondit Sally d'un ton d'excuse. Alors, vous venez réellement pour visiter ?

Neth prit une gorgée de son thé avant de formuler une réponse

-A vrai dire, je suis étudiant. Je travaille sur une thèse sur les effets de l'activité humaine sur la faune et la flore marine.

-Ça doit être passionnant.

L'homme acquiesça.

-J'aime l'océan. C'est un peu mon habitat naturel, ajouta-t-il avec un sourire en coin. Je connais des endroits sous les eaux absolument magnifiques.

-J'aimerais les voir. Ajouta Sally d'un ton rêveur.

-Qui sait ? répliqua Neth d'une voix mystérieuse, peut-être qu'un jour je te les montrerai !

Sally sourit d'innocence et il s'en suivit une agréable conversation sur des sujets banals mais Sally était contente de pouvoir discuter librement avec quelqu'un, choser qu'elle n'avait pas vraiment eut l'occasion de faire depuis qu'elle était arrivée à Montauk. Neth l'écoutait avec attention; comme si chacune de ses paroles étaient d'une richesse incroyable, et semblait posséder une culture incroyable, la poussant à approfondir sa réflexion sans qu'elle ne se sente idiote ou critiquer. Alors qu'ils parlaient littérature, il l'interrompit plusieurs fois pour donner son avis, proposer une autre interprétation possible et citait des auteurs comme s'il les avait connu personnellement. Sally devait reconnaître qu'elle se sentait bien avec le jeune homme charmant et si aimable avec elle. Leur conversation ne s'arrêta que tard dans la nuit après que l'orage s'en fut allé. Neth prit congé et Sally espéra sincèrement le revoir un jour. Elle n'eut pas à attendre longtemps.

Bonsoir tout le monde! Je sors d'une journée de tests horrible mais je pense quand même à vous pour vous poster un petit chapitre. Ne suis-je pas gentille? J'espère qu'il vous aura plus et que je pourrais vous poster la suite rapidement mais rien n'est moi sûr. Une chance, j'ai plusieurs chapitres d'avance. En tous cas, je vous remercie tous de me lire. C'est ma première vraie fic et c'est très encourageant de voir qu'elle est appréciée. Ma seule crainte à présent est de vous décevoir. Quand je pense que j'ai un passage en mode « demoiselle en détresse » ! Je me surprends moi-même en bien ou en mal, ce sont vos reviews qui me le diront !

Bon, je vais vous laisser, et essayer d'écrire quelques petites phrases avant de me coucher. Bonne soirée à tous et à la prochaine!

NH!