Auteur : Drusilla
Paring : HG/SS, on ne se refait pas.
Rating : R
Disclaimer : Severus et Hermione seront restitués à leur heureuse propriétaire à la fin de cette histoire. La chanson est J'ai mal, d'Amel Bent.
Résumé : Au début, c'est amusant. Puis c'est sa vie. Ensuite ça ne le regarde pas. Enfin ce n'est qu'une coïncidence. Mais finalement Severus ne peux plus fermer les yeux.
Chapitre 3 : Survis. Pour lui.
Si le corps humain pouvait parler, il aurait surement bien des choses à dire sur la manière dont on le traite. Mais malheureusement, quand il se décidait à s'exprimer, il était trop tard. C'est une chose que la vie nous apprend, ça vient avec les rides et les cheveux blancs. Minerva McGonagall était pourvu des deux. Elle avait surtout des yeux qui lui servaient à observer son élève préférée se détruire.
Longtemps elle se demanda où elle avait échoué. Si elle n'avait pas fait une erreur quelque part. Si laisser la jeune fille rentrer chez elle en première année n'aurait pas été préférable à la regarder se détruire. Peut-être que son élève ne trouverait jamais sa place. Son instinct lui hurlait qu'Hermione devait rester à Poudlard tandis que son cœur se brisait de la voir ainsi.
Chaque soir elle espérait entendre frapper à la porte de son bureau et voir entrer Hermione. Mais la jeune fille ne semblait pas vouloir lui rendre le retourneur de temps. Elle s'enfonçait lentement mais surement dans le surmenage. Si bien que peu avant Noël, elle se décida à convoquer son élève. Cette dernière se présenta à son bureau avec près d'un quart d'heure de retard, occupée d'après ses excuses par son devoir d'arithmancie, qu'elle n'avait d'ailleurs pas terminé.
- En ce cas Miss Granger, je vais faire court. Je vous demande de reconsidérer votre emploi du temps. Vous ne finirez pas l'année si vous n'abandonnez pas une ou deux matières.
- Vous aviez promis que je pourrais étudier autant que je voulais. Sans jamais me restreindre.
- Miss Granger, comprenez-moi, je m'inquiète pour vous. Vous êtes de toute évidence à bout. Personne avant vous n'avait osé tenter quelque chose d'aussi grand. Nous savons maintenant toutes les deux que ce n'est pas possible.
- Non. Je n'abandonnerai pas. Vous aviez promis, hurla la jeune fille.
Elle sortit en claquant la porte, stupéfiant Minerva. La femme resta figée, l'œil vide, se demandant ce qu'il venait de se passer exactement. L'éclat brutal de Miss Granger lui confirmait que cette dernière était à bout. Ce qui ne la rassurait pas du tout. Elle poussa un long soupir et pria Merlin qu'il vienne en aide à l'enfant.
Maman j'ai mal, Maman je souffre
Je ne sais vers qui me tourner
Pour m'aider à sortir du gouffre
Dans lequel la vie m'a jeté
Maman j'ai peur, Maman je brûle
Hier le ciel m'était offert
Aujourd'hui le monde bascule
Je vis tous les feux de l'enfer
Je reste seule
Quand tout s'effondre autour de moi
Je reste seule
Quand tout me file entre les doigts
Je reste seule
En perdant mes rêves et ma foi
Je reste seule
Sans lui, sans joie
Severus s'inquiétait. Cela lui arrivait rarement et ce qui l'inquiétait était justement qu'il s'inquiétait. Depuis quand lorsqu'un élève autre que Serpentard s'endormait dans son cour il n'en profitait pas pour faire passer sa maison dans les négatifs ? Surtout Griffondor.
Non, vraiment, il devait sérieusement se remettre en question. Il avait sous ses yeux l'occasion de ridiculiser Miss-je-sais-tout et ne pouvait la saisir. Son regard mort la hantait. Bien. Même sans la faire passer dans les négatifs, il devait faire quelque chose avant que son chaudron n'explose. Il prit donc sa voix la plus froide et murmura dans le silence de mort.
- Ma classe n'est pas un dortoir Miss Granger. Vingt points en moins et une retenue ce soir à 20h. Et si votre chaudron explose, ce sera cinquante points.
Ce qui évidement ne pouvait arriver. Si elle parvenait à récupérer les potions de Longdubat, elle devait bien pouvoir sauver la sienne. Il continua donc son chemin sans se soucier d'elle. Inutile de rapporter l'incident à Minerva, elle n'était pas parvenue le mois dernier à lui retirer le retourneur de temps.
Cependant pressentiment ou pas, il avait la certitude que son Ange ne lui aurait pas permis une telle autodestruction. Où était-il ? Il se promit ce soir d'en savoir plus.
Je reste seule
Avec mes doutes et mes peurs
Je reste seule
Quand tout me trahit et tout meurt
Je reste seule
Sur les débris de mon bonheur
Je reste seule
Toute seule
A huit heures précises, des coups retentirent à la porte du bureau de Severus. Il l'autorisa à entrer et ne put de nouveau retenir un frisson devant son visage si triste. Pourquoi ne parvenait-il pas à ignorer sa douleur. L'aurait-il vu si elle n'était pas entrée dans sa vie, doucement, presque par erreur ?
Elle le fixa de ses yeux morts, attendant sa punition. Il se demanda si lui faire récurer des chaudrons jusqu'à l'épuisement pouvait la pousser à exprimer autre chose que le vide. Mais cela aurait été une insulte à son intelligence.
- Vous allez m'aider à ranger ma réserve. Je dois en faire l'inventaire. Je vous fais confiance pour savoir comment manipuler les ingrédients. N'hésitez cependant pas à me demander en cas de doute. Je ne veux pas que vous gaspilliez de précieux ingrédients.
- Oui monsieur.
Elle se dirigea vers la réserve sans rien dire de plus, posant son sac au passage et retirant sa robe pour être plus à l'aise. Il garda la sienne malgré la gêne occasionnée car il était torse nu dessous. Bien qu'il soupçonna qu'elle ait déjà vu pire, il préféra la conserver.
Il laissa planer le silence la première demi-heure, le temps qu'elle prenne ses marques puis dès qu'elle eut trouvé son équilibre, triant efficacement les ingrédients, notant ceux qui manquaient, il aborda en douceur le sujet qui lui tenait à cœur.
- Miss Granger, j'ai entendu dire que vous aviez claqué la porte du bureau de Minerva. Je dois avouer que vous devez être la première à oser.
- Oh. En fait, ce n'était pas la seule fois. En première année déjà j'avais éclaté. Elle ne voulait pas me laisser rentrer chez moi.
- Le voulez-vous toujours ?
- Claquer la porte de son bureau ?
- Rentrer chez vous Miss.
- Non.
- Pourquoi ? Il n'est pas dure de comprendre que vous n'êtes pas heureuse ici. Vous noyer dans le travail n'est pas une solution.
- Je ne serais pas plus heureuse chez moi.
- Je sais que cela ne me regarde pas, mais pensez-vous que votre copain soit fier de vous ?
- Effectivement, cela ne vous regarde pas.
Il se hérissa devant sa familiarité, tout en sachant qu'il ne pouvait l'en punir puisqu'on était loin d'une conversation de professeur à élève. Il avait touché une corde sensible. Elle ne voulait pas parler de son copain. Soit. Il n'était pas autrefois un espion pour rien.
- Vous n'êtes pas rentré pour Noël. Vos parents ne vous manquent pas trop ?
- Professeur ? Cessez ce petit jeu stupide. Vous vous en moquez, et moi je me moque de satisfaire votre curiosité. Continuez et vous finirez seul votre inventaire. Peu m'importe combien de points cela peut coûter à Gryffondor.
Il grimaça. Elle était trop en colère pour être manipulable. Il allait devoir attendre un peu. Et puis c'était surement qu'une mauvaise passe, dès cet été ils se remettraient ensemble et tout irait bien. Si elle tenait toute l'année avec son emploi du temps. Pourtant il ne pouvait que s'inquiéter devant la douleur qu'exprimait le visage de son élève. Ce n'était pas une simple dispute.
Maman je suis à l'agonie
Que vont être mes nuits, mes jours
Pourrais-je supporter la vie
Sans la chaleur de notre amour
Maman je suis face à moi-même
Ridicule, cherchant mes mots
Avec des milliers de "je t'aime"
Noyés de larmes et de sanglots
Mine de rien, le soucis Granger préoccupa Severus. Il avait décidé de l'observer discrètement et plus il le faisait, plus il avait la certitude qu'elle risquait à tout moment de faire une connerie. Il imaginait des scénarios de pires en pire pour expliquer la souffrance de son élève. Il s'inquiétait. Le froid mangemort qu'il était s'inquiétait. Parce que pendant quelques minutes, dans ce magasin trop cher des beaux quartiers de Londres, elle lui avait rappelé ce qu'était ce bonheur qu'on lui refusait.
Son visage si rayonnant lui avait appris mieux que ces livres absurdes pour adolescentes pré-pubère ce qu'était la vie. Miss Granger avait tout ce qu'elle pouvait désirer, tout ce qu'il pouvait désirer lui. Tout ce qu'il n'avait jamais eu, et n'aurait surement jamais.
Je reste seule
Quand tout s'effondre autour de moi
Je reste seule
Quand tout me file entre les doigts
Je reste seule
En perdant mes rêves et ma foi
Je reste seule
Sans lui, sans joie
Je reste seule
Avec mes doutes et mes peurs
Je reste seule
Quand tout me trahit et tout meurt
Je reste seule
Sur les débris de mon bonheur
Je reste seule
Maman regarde-moi
Je reste toute seule
Sans joie
Les rumeurs grondantes de la salle commune des Serpentards lui rendirent pourtant brièvement l'espoir. Elle avait giflé Malfoy. Elle avait enfin exulté sa souffrance. Sa léthargie due à la douleur cédait la place à une colère ravageuse. La pente n'était plus si difficile à remonter soudain. Elle pouvait y arriver. Il en était sûr.
