Chapitre 2,5 – Guerre et Pets


Minuit sonne. L'heure des ombres.

Pas un seul son ne vint troubler l'ambiance morbide dans laquelle se trouvaient les adolescents. Tous retenaient leurs respirations. IL allait bientôt revenir. Alors, sonnera le glas, funeste messager d'une mort certaine, humeur glauque et vicieuse, empoisonnant l'air autrefois pur de la modeste tente...

« Prooooooooooout. Prot.

- Antonio ! C'est dégueulasse !

- J'en ai marre, je vais dormir dehors.

- Mais c'est pas ma faute ! »

Ludwig, fièrement armé de son sac de couchage, sortit en quête d'oxygène.

« C'était quoi ça ?! s'alarma Francis, depuis son propre lit.

- Moi je dis, c'est un défi ! répondit énergiquement Alfred avant de lâcher un millésime de son cru.

- C'est tout ce que t'as dans le ventre ? s'écria Gilbert. Goûte moi ça, tu m'en diras des nouvelles ! »

Les bords de la tente se soulevèrent, révélant un Francis au visage délicatement teinté de vert sombre, et un Matthew en train de vomir dans un coin. Arthur affligeait quant à lui un flegme purement anglais.

Soudain, tandis que les plus téméraires riaient de bon cœur, préparant leur prochain assaut, une douce voix féminine se répercuta sur les murs de la cour.

« Tafioles ! ProooooOOOOOOOoooooooOOOOOOOoooooUUUUUUuuuuuUUUUtt tt ! »

Cette nuit-là, Elizaveta tua cinq de ses consœurs, et gagna le respect éternel de ses confrères. Une fois qu'ils se furent remis de l'onde de choc.


Séverin entendit un bruit sourd et sentit son lit trembler. Cela ne pouvait dire qu'une chose...

« On nous attaque ! Romain, rassemble nos troupes ! Armance, prépare les tours de siège !

- L'Albion ne passera pas nos murs ! Paris flotte mais ne sombre jamais ! hurla la jeune femme dans son sommeil. »

L'italien se releva d'un seul coup et tendit le bras devant lui, manquant de tomber du lit.

« Pour César !

- Putain les mecs, vous avez vu l'heure ? grommela Nadira. »

Les yeux de Spartacus s'ouvrirent démesurément.

« L'ennemi Perse est parmi nous !

- Un Sarrasin ! ajouta Armance, pour faire bonne figure, avant de retourner câliner sa peluche. »

Nadira se passa la main sur le visage. Séverin pointait sur elle un double-décimètre flex (Flex-Calibur, d'après les gribouillis d'Armance), Romain s'était endormi visage contre le sol, fesses en l'air, et l'artiste pelotait son coussin. Celui avec un jeune homme rougissant et fort peu vêtu imprimé dessus.

Après avoir fait un délicieux thé à la menthe pour tout le monde, la jeune femme ferma hermétiquement les fenêtres. La fosse sceptique avait dû déborder, une affreuse odeur fécale flottait dans la cour. Dans le doute, elle fit également brûler un peu d'encens. Sans savoir que Séverin y était allergique, ce qui le fit rendre tripes et boyaux sur le sol soigneusement astiqué par ses soins. A cet instant, Nadira songea à ouvrir la fenêtre, histoire d'en finir avec la vie.


Ah, le matin. Heure fébrile suspendue entre nuit et jour, où viennent mourir les rêves et naître les aventures. Les rayons du soleil réchauffent doucement la terre, éveillant chaque être de ce monde dans la plus grande harmonie. Les oiseaux chantent, les fleurs fleurissent, les enfants vomissent, la rosée perle sur l'herbe verdoyante, et le ciel s'illumine d'un bleu cristallin.

C'est en sifflotant gaîment que la jeune fille aux cheveux de feu disposa cuillères, bols et autres verres sur la table massive où tout repas se prenait. L'air enjoué de sa chanson parlait de blanche hermine, de camarades, de fusils chargés, d'embuscades et d'armées. Une chanson du matin, que l'on accompagne volontiers d'une petite bolée. Dans la cuisine, pièce étriquée et embarrassée d'années d'empilements hasardeux, se pressaient autours de la cafetière quatre adultes bien fatigués.

« Je vous hais, commença Nadira en guise de salutations.

- Flibidi à toi aussi mon amie... répondit sa collègue en baillant.

- Pardon ?

- Non rien, laisse tomber. On a quoi de prévu aujourd'hui ?

- Début du chantier, ceux du jardin on va bien leur trouver quelque chose à faire et il faut que les intendants trient les casseroles.

- Je peux faire le jardin ? demanda Romain avec une voix mignonne, qui fit immédiatement fondre le cœur de Spartacus. Je voudrais creuser des tranchées autours du fortin ! »

Le bel italien pouvait être si choupikawai quand il s'y mettait... Avec ses cheveux sombres et soyeux, sa peau tannée par le soleil, et ses yeux subtilement striés d'or, il ressemblait à un joli petit chaton. Un chaton expert en maniement d'armes blanches, mais ça il fallait le voir pour y croire.

« Je me réserve le chantier, déclara Armance. »

Elle et Nadira étaient en effet des architectes de renom, la première spécialisée en Moyen-Age européen, et plus particulièrement en cathédrales la deuxième en pyramides et autres mausolées orientaux.

Spartacus quant à lui était ex-cloon dans un cirque itinérant avant d'avoir son BAFA.


Gilbert s'affala sur sa chaise, attrapa le cacao, et en remplit son bol. Puis il mit un peu de lait dessus, histoire de liquéfier la chose. A sa droite, toujours la hongroise, resplendissante malgré ses exploits de la veille. Le jeune homme avouait n'être pas capable de rivaliser avec le Cor de Chasse, comme on l'appelait. Même Alfred, qui avait été pourtant un adversaire de taille, avait dû déposer les armes devant la Déesse Gastrique.

Lénaïg, la cousine bretonne de Francis, et donc sa propre cousine par association, s'arc-bouta à travers la table pour attraper le beurre salé, manquant de tout faire valdinguer. Elle avait les cheveux courts comme ceux d'un garçon, et d'un rouge pétant à souhait, mais bizarrement ça lui allait bien.

Francis, de son côté, râlait. A croire que c'était son occupation favorite du matin en écoutant la radio : râler. Stéphanie, de même, râlait en consultant le cours de la Bourse sur sa tablette numérique dernière génération, voyant que le Qaq 40 était encore en baisse.

« Et là, tu vois, genre, ben je me suis pas réveillé !

- Da, tu étais torché comme un Polonais.

- Aha, totalement trop drôle. »

Soudain, un bruit de balançoire à ressort suivit d'un fracas cristallin informa l'assemblée que Katyushka était sensée porter le plateau des verres. Ivan jura au nom du Tsar qu'il n'avait rien fait pour hériter d'une famille pareille, tandis que Natalya jouait avec les éclats de verre, une aura démoniaque autours d'elle.

« Quelle disgrâce, fit remarquer la monégasque.

- Je ne peux qu'approuver, chère amie, répondit Francis.

- Estie marde de tabarnac ! Tu bardasse dès l'matin l'épaisse ? »

Tous les regards convergèrent vers le jeune homme qui, les pieds sur la table, astiquait ses lunettes.

Alfred éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux, ce qui lui plut moyennement.

« Vous inquiétez pas les gens, il est juste en mode québecois, ça va passer. Par contre même moi je comprend pas ce qu'il dit. Francis ?

- Me regarde pas comme ça, je comprend que dalle avec son accent.

- C'té qu'a l'accent ! »

C'est alors qu'une aura de charisme fit vibrer l'air. Cet être scintillant faisait converger toute lumière vers sa personne, tout en rayonnant doucement dans la salle commune. Un parfum enivrant de musc et de cannelle se répandit, tandis que d'une voix grave et sexy, Romain leur demanda de fermer leurs gueules cinq minutes parce que les anims se tapent une cuite de chez cuite, et que le premier qui fait chier devra balayer toutes les demi-dalles de la cour du château. Le tout, avec un sourire sublime et un regard de braise.

Gilbert se sentit ce matin là à deux doigts de virer sa cutie*.


Je suis le Comité, qui salue le Public xD

Alors oui, ce chapitre est un peu court (comme ma.../PAN), et ne fait pas du tout avancer l'histoire, mais l'humour est tellement au ras des pâquerettes qu'il vaut mieux qu'il reste comme ça x).

Pour ce qui est du québecois, je me suis débrouillée un peu comme je pouvais avec des dictionnaires en ligne, n'hésitez donc surtout pas à me corriger. Nan parce que moi non plus je comprend rien quand mes potes québecois me parlent xD.

Estie marde de tabarnac ! : flûte de zut, purée !

Bardasser : mettre le bronx

Epaisse : empotée, idiote

*virer sa cutie : expression signifiant « tourner gay », je le sais grâce aux épisodes des CDZ Abrégé, que je vous conseille de regarder parce que c'est très drôle.

Voilà, rendez-vous au véritable chapitre 3 !