Ceci est une fiction inspirée du manga de TOBOSO Yana et de l'animé écrit par OKADA Mari.
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Chapitre 3
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La voiture continua son chemin en laissant le comte et son servant derrière elle. Le ciel était dégagé, clair, d'un bleu si vif que le jeune héritier se sentait sur un autre coin du globe. Il faisait rarement beau sur les îles brumeuses de la Grande-Bretagne.
- Que souhaitez-vous faire, mon maître, demanda Sebastian d'une voix creuse et apaisante.
- Je m'en remets à vous, répondit simplement Ciel, en traversant la rue de terre battue.
- Nous devrions chercher un château abandonné pour y vivre, mon seigneur, ajouta Sebastian, suivant le jeune démon.
- Oui, bien sûr..
Sebastian fronça les sourcils, il n'avait jamais vu Ciel aussi peu entreprenant. Il suivait l'enfant, laissant une courte distance entre eux. Les cheveux fins, couleur cendre, de Ciel bougeaient faiblement sous la vibration de ses pas. Un chapeau haute-forme couvrait le dessus de sa tête et Sebastian pouvait voir les rubans qui soutenaient son cache-oeil danser faiblement sur sa nuque dégagée. Sa peau lui semblait moins vivante, plus mate, les pores semblaient s'être refermées, lui coupant la respiration. Sa peau était morte, comme tout le reste. Sebastian soupira.
Ciel se retourna vers lui, l'air interrogatif. Ses sourcils étaient froncés d'une incompréhension.
- J'ai l'impression que tu es différent de moi, lança Ciel, faisant face à l'autre démon.
- Nous le sommes, en effet, ajouta simplement Sebastian, intrigué.
- Je n'ai pas envie de soupirer, parce que je possède qu'un nombre limité d'émotions, continua Ciel, le ton grave et sec.
- C'est exact, il se pourrait que vous en développiez de nouvelles avec les siècles, répondit le domestique, peu convaincu de sa propre réponse.
Ciel le fusilla du regard, et paru accepter cette affirmation. Il continua de marcher lentement en suivant la route sinueuse bordée de plusieurs petits commerces. Au bout de quelques minutes, il s'arrêta devant une sorte de boulangerie qui servait également quelques plats.
- Je ne prendrai qu'une seule tasse de thé, fais le nécessaire, ordonna l'enfant sans regarder son interlocuteur.
- Oui, mon maître, répondit le domestique en ouvrant la porte pour le comte.
Sebastian disparut en un éclair remplir la mission qui lui avait été confiée. Il questionna quelques enfants sur son passage en leur demandant quel château était hanté dans le coin. Il confirma leur dire avec quelques adultes qui expliquèrent qu'un certain domaine avait brûlé, laissant la bâtisse à moitié en ruine. Sebastian s'élança dans une dense forêt de feuillus, à toute vitesse. Il trouva rapidement un petit château, qui ressemblait plus à une maison fortifiée, dont la construction devait remonter au 15e siècle considérant les matériaux employés et la forme de la structure.
Le majordome restaura la demeure en un claquement de doigts. Quand les pierres s'assemblèrent, il entendit un cri de stupeur provenant de l'intérieur de la bâtisse qu'il avait préalablement senti habitée. Il se rua à l'intérieur et attrapa le squatteur qui s'y était installé. Il lui avait saisi le cou et l'avait levé du sol à l'aide d'une seule main. Il appuya simultanément sur deux points de pression sur la nuque et l'itinérant s'endormit aussitôt. Il l'enferma dans un vieux donjon minuscule qu'il avait trouvé au sous-sol. Sebastian réapparut dans le hall d'entrée éclairé par une dizaine de chandeliers. Il sortit sa montre gousset, sculptée dans l'argent, appuya sur le remontoir qui ouvrit le couvercle, laissant deviner l'heure au servant.
9 minutes...
Sebastian replaça la montre dans son gilet, et s'envola auprès de son maître. Arrivé devant la boutique, il se fixa impassiblement sur ses longues jambes, changea ses gants souillés, replaça ses cheveux faiblement et tourna la poignée. Il pénétra dans la pièce, la démarche assurée. La boutique était petite, ne possédant que quatre tables pour deux personnes. Un grand présentoir faisait face à la porte principale. On y trouvait quelques sortes de pain, sans plus. Les employés s'étaient étirés derrière le comptoir afin de voir le client qui venait d'entrer. Il s'agissait d'une boulangère bien portante, peu agréable à l'oeil et de sa fille, encore jeune, mais dont le visage était couvert d'ecchymoses. Le père devait se trouver à l'arrière-boutique, avec d'autres hommes, probablement ses fils.
Un seul autre client était présent en plus de l'héritier Phantomhive. Il s'agissait d'un quinquagénaire qui ne semblait ni pauvre, ni riche, laissant deviner une certaine aisance par son hygiène presque impeccable. Celui-ci mangeait une soupe peu consistante, coulée dans un bol fait de pain endurci par une longue cuisson.
Sebastian regagna les côtés de son maître. Celui-ci avait déjà déposé une pièce sur la table et n'avait bu son thé qu'à demi. Le majordome s'inclina devant le jeune démon, se glissa derrière sa chaise qu'il tira avec grâce. Toujours derrière lui, il prit la main frêle de l'enfant et la leva doucement en l'aidant se lever.
Ciel s'avança mollement vers la sortie, sans regarder le propriétaire de l'endroit. Quant à Sebastian, il inclina la tête vers l'hideuse femme couvrant son visage d'un sourire radieux et quitta la boutique, suivant son maître sur les talons.
- Le thé était exécrable.
- Tout vous semblera ainsi, mon seigneur, répondit le domestique, affichant un sourire artificiel.
- La demeure est prête?, continua Ciel sans faire attention aux commentaires du servant.
- Oui, mon maître.
- Et bien, allons-y, ajouta Ciel, irrité de l'inactivité de son domestique.
Sebastian souleva le petit corps contre lui et rattrapa le haut de forme qui glissa sur les cheveux lisses de l'enfant. Il partit à toute vitesse, sans que personne vît la scène. Il regagna la demeure en laissant l'héritier Phantomhive sur le pas de la porte.
Les chaussures du majordome claquèrent faiblement sur la pierre constamment humide par le trop-plein d'ombre que créaient les arbres. Il atteignit la poignée, la tourna sans un bruit, et plaqua son dos doucement contre la porte en fonte. Sebastian leva son bras perpendiculairement au reste de son corps en pointant l'intérieur de la demeure. Il s'inclina et pria son maître d'entrer.
Ciel s'avança tranquillement et passa le cadre de la double porte qui semblait trop grande pour sa petite taille. Il déposa ses chaussures compensées sur un tapis épais et violacé. Celles-ci se renfoncèrent légèrement donnant une impression de mollesse au sol. La lumière du soleil traversait difficilement les feuilles de la forêt qui entourait la maison fortifiée. C'est pour cette raison que des chandeliers devaient être allumés en permanence. Les plafonds étaient immenses, laissant suspendre des dizaines de lustres éclairant le sombre corridor. Sebastian referma la porte derrière eux et guida le nouveau propriétaire vers le hall qui était beaucoup plus petit que celui de la résidence familiale des Phantomhive.
Un escalier de pierre meublait presque tout l'espace de la maison qui semblait plus haute que large. Sans le monter, le domestique indiqua à son maître une porte à leur droite qui était ouverte. Ils pénétrèrent dans la pièce qui rayonnait de chandelles. C'était une majestueuse salle de bal, entièrement vide, laborieusement décorée. De longs rideaux opaques, également d'un mauve sombre, tombaient sur les immenses, mais étroites fenêtres. Sebastian s'avança vers l'une d'elle, la dégageant, afin de montrer la vue sur la dense flore qui entourait le domaine. Ciel n'y jeta qu'un coup d'oeil distrait et s'avança vers la porte au fond de la salle qui menait à un salon. Des fauteuils importés d'orient remplissaient la pièce de leurs teintes bourgogne et rose, dont les tissus étaient ornés de motifs floraux.
- On dirait que M. Lau a choisi la décoration, dit Ciel, un sourire amer et moqueur couvrant ses lèvres.
- Si vous n'aimez pas, je peux tout changer, annonça le servant, s'inclinant faiblement, en guise d'excuses.
- Non... marmonna Ciel. ...Je n'ai pas envie de tout oublier.
Sebastian se redressa nerveusement, empli d'une excitation qu'il avait du mal à contenir. Il fixa son maître avec espoir. Ciel ne luit rendit qu'un regard interrogatif.
Un noeud se forma dans la gorge du majordome qui camoufla son malaise en guidant son maître vers la salle annexe à la présente pièce. L'endroit était circulaire, sans coin, et les murs étaient couverts de livres. Il y avait un escalier en colimaçon au centre même de l'étroite salle et qui donnait sur un deuxième étage également couvert de livres. Ciel posa son pied sur la première marche et décida de les monter rapidement, à la vitesse d'un démon. Il dévoila un sourire charmant quant à la prise de conscience de ses nouvelles habiletés. Il s'effaça aussitôt puisqu'il arriva après Sebastian, qui s'était pratiquement téléporté en haut, prêt à lui ouvrir la porte qui menait sur le couloir du deuxième étage.
Autrefois, Sebastian aurait pris un malin plaisir de voir l'héritier perdre de sa jovialité par l'un de ses tours, mais là, à cet instant précis, il regretta presque d'avoir accompli sa mission de domestique. Il avait entrevu, pour une fraction de seconde, un sourire si franc que son évanouissement l'avait poignardé douloureusement.
Le visage de Ciel était à nouveau stoïque. Il pénétra le mince couloir qui provoquait chez celui qui s'y avançait un sentiment de succion, comme si les murs essayaient d'avaler le passeur. L'étage ne comptait que trois pièces, deux chambres et un bureau. La chambre la plus proche de la bibliothèque était celle du maître. Elle était grande, épurée, malgré la couleur bleu nuit du papier peint. Elle était peu meublée, ne comportant qu'une armoire, un fauteuil, une petite table et un lit immense, sans baldaquin. Il n'y avait pas de fenêtre dans la pièce ce qui lui donnait une ambiance étrange, troublante même. À la droite du lit se trouvait une porte mince et longue qui menait probablement sur une salle de bain de taille respectable, donnant sur l'arrière de la bibliothèque. Le domestique s'avança vers la gauche du lit, vers une porte qui connectait vers la pièce voisine. Il s'agissait du bureau, possédant une énorme fenêtre qui trônait derrière le meuble principal. Ciel s'enfonça dans la pièce peinte de gris et garnie d'une bordure de tapisserie bleu foncé. Il s'assit sur la chaise du propriétaire et se tourna vers l'immense coucher de soleil qui fondait presque sur les deux démons.
- Le lever du soleil est clair, brillant, couvert de bleu, de blanc, de jaune, commença Ciel, d'une voix douce, tandis le coucher du soleil est teinté de rose, de sang écarlate, de sang séché, foncé...il est magnifique. Il me parait si cruel, mais à la fois si réconfortant et sécurisant, parce que je sais que la nuit s'annonce...
Sebastian ne répondit pas et se dirigea vers l'autre porte qui donnait sur le corridor. Ciel le suivit. Ils ne visitèrent pas la chambre secondaire qui possédait également une salle de bain et une antichambre avec quelques divans.
Ils se retrouvèrent face à l'escalier d'entrée et le suivirent. À leur droite se trouvait une salle à manger qui connectait avec le précédent salon oriental. Ciel ne tint pas à la voir non plus.
- Montre-moi ce que tu caches dans le sous-sol, demanda trop gentiment l'enfant démon.
- Yes, my Lord, répondit le domestique dont les yeux s'illuminèrent comme autrefois.
