Il se trouvait à son bureau une fois encore. La semaine avait été chargée, mais pourtant, il refusait de rentrer chez lui pour se reposer. Il s'efforçait de faire bonne figure auprès de la femme qu'il aimait, mais il savait qu'elle n'était pas dupe. Il la sentait s'éloigner doucement de lui au fur et à mesure que les jours passaient et qu'il continuait à lui mentir. Il savait que ce qu'il faisait était mal, qu'elle avait raison, qu'il n'avait pas à l'éloigner de lui alors qu'il était fou amoureux d'elle. Mais William ne pouvait en faire autrement. Il devait coincer cet homme qui avait juré leur perte, pour qu'un jour, enfin, il puisse la demander en mariage et la rendre heureuse. Il espérait simplement ne pas la perdre une fois encore jusque là.

La nuit était tombée depuis un bon moment déjà. Le poste de police était vide. Les deux seuls officiers de garde avec lui était partis dans un bar pour une bagarre au coin de la rue, et William était la seule silhouette à encore hanter les lieux. Perdu dans ses pensées, il sursauta en entendant le téléphone sonner. Dans un soupir las, il décrocha.

-Inspecteur William Murdoch.

-Un…mort, vite, il…

-Calmez-vous Madame, lança William d'une voix calme, où vous trouvez-vous?

-Queen Street, club Lupius, dans l'impasse.

-Bien Madame, surtout ne bougez pas et ne touchez à rien, nous arrivons…madame? Madame?

La seule réponse qu'il reçut fut la tonalité du téléphone. William se leva dans un bond, il raccrocha, prit son chapeau et quitta rapidement les lieux sans prendre la peine de laisser une adresse ou un nom, sentant que cette femme devait être en danger et que ses minutes étaient comptées.

Il prit sa bicyclette et pédala à toute vitesse à l'adresse indiquée, arrivant quelques courtes minutes plus tard. Il la posa contre le mur en briques et fit le tour du bâtiment pour s'engouffrer dans une ruelle sombre. William regarda tout autour de lui, s'avançant avec précaution, tendant devant lui la lampe qu'il avait pris au passage avant de quitter le poste de police. Arrivé au bout de la ruelle qui était en réalité un cul de sac, il trouva un cadavre au sol, un homme. William se pencha vers lui et le tourna doucement pour regarder son visage. Il se figea alors sur place. Cet homme ressemblait à s'y méprendre à celui qu'il traquait depuis des semaines.

-James Gillies, murmura-t-il.

-Pas tout à fait Inspecteur, fit une voix d'homme dans l'obscurité.

Il se tourna dans sa direction mais une seconde après, il sentit un objet le frapper violement à la tête et il perdit connaissance. Son corps tomba sur le sol froid, la lampe s'échoua à côté de lui, sa vision se brouilla. Il vit pourtant un autre homme le regarder en souriant, un homme qui semblait être celui qui était mort devant lui. Il tenta de tendre la main dans sa direction, mais il ne pu plus lutter et il ferma les yeux, s'évanouissant.


Le jeune homme reprenait doucement conscience. Pourtant une affreuse migraine le paralysa. Il se redressa avec difficulté. Assit sur le sol, il porta la main à l'arrière de sa tête et sentit quelque chose de moite et de tiède se glisser entre ses doigts. Il approcha sa main de ses yeux et fit une grimace. Du sang. Il s'apprêta alors à se lever, tentant de se souvenir des derniers évènements lorsque ses yeux se posèrent sur son autre main. Ses doigts se resserraient sur un couteau, imbibé de sang. Il le lâcha aussitôt. Ses yeux se posèrent sur son torse, sur le corps qui se trouvait à côté de lui, sur tout ce sang qui imbibait ses vêtements, sur cette marre sombre près de laquelle il se trouvait et dans laquelle baignait l'autre corps. Il jeta un regard vers celui-ci, il n'avait pas bougé.

-Police de Toronto, ne bougez pas.

William sursauta en entendant cette voix qu'il connaissait bien.

-Lâchez votre arme et levez doucement les mains au-dessus de votre tête.

William s'exécuta en silence.

-Levez-vous et tournez-vous.

Il le fit avec difficulté et croisa alors le regard de son supérieur qui pointait un fusil vers lui avant de voir George à ses côtés.

-Murdoch?

-Monsieur?

Firent ses amis à l'unisson avant de baisser leur arme. Ils s'approchèrent et regardèrent avec plus d'intérêt ce qu'il se trouvait sous leurs yeux. Malgré la faible luminosité, Brakenreid avait une idée très précise de ce qu'il se passait.

-Vous l'avez tué? Vous avez tué Gillies?

-Ce, ce n'est pas lui et…

-Vous vous êtes planté de type?

-Je…ne l'ai pas tué je…

Ils entendirent une calèche approcher et George prit la parole.

-Vous feriez mieux de partir Monsieur et vite.

-Quoi? Je…

-Tirez-vous, ordonna Brakenreid.

-Mais je n'ai rien fait je…

-Vous êtes couvert de sang, vous teniez l'arme du crime, vous étiez à côté d'un homme qui ressemble à Gillies et il est mort. Alors moi je veux bien vous croire lorsque vous affirmez que vous n'êtes pas coupable, mais personne au monde ne le croira à part nous deux, si vous voulez éviter la corde, partez Murdoch.

-Mais…je…bredouilla William incapable de dire un mot de plus.

-Murdoch, murmura son supérieur, allez-y. Allez-vous cacher à un endroit ou vous serez en sécurité et nous en reparlerons. Mais pour l'instant personne ne doit vous voir ici.

-Je ne peux pas fuir si je suis innocent.

-BON SANG ! Dégagez ou je vous tire dessus, c'est clair?

Bien qu'il savait que son supérieur n'était pas capable de lui faire du mal, William acquiesça simplement. Après un dernier regard à la scène de crime, il emprunta la ruelle à nouveau pour se diriger vers le fond de celle-ci et grimper sur des cagots et des boites en bois pour escalader le mur. Il adressa un dernier regard à ses amis avant de voir d'autres policiers s'engouffrer dans la ruelle et il se laissa glisser de l'autre côté du mur. Il s'y adossa quelques secondes à peine, avant de partir, rapidement, aussi rapidement qu'il lui était donné possible de marcher dans son état. Il ne savait pas où aller. Il devait rentrer chez lui, se laver, se changer et remettre ses idées en place. Mais cette affreuse migraine semblait s'intensifier. William marcha, encore et encore dans les rues désertes. Il jeta alors un regard à sa montre, il était près de minuit. Il avait été inconscient pendant une heure au moins, une heure qui avait suffit à James Gillies à mettre son plan en action. William était furieux et ne remarqua pas qu'il se trouvait déjà aux abords de la maison où il vivait. Il se figea pourtant sur place en voyant des policiers entrer, laissant une Madame Kitchen effrayée sur le pas de la porte. Il se cacha alors un peu dans les fourrés et ferma les yeux. Il devait aller quelque part où il serait en sécurité. Mais ou? Il n'avait que cette minuscule chambre, son bureau et la morgue du poste de police. Julia. Il n'y avait qu'en elle sur qui il pouvait compter à cet instant. Il jeta un dernier regard vers la maison et fit demi-tour, longeant les murs des propriétés, se retournant souvent pour vérifier qu'il n'était pas suivi. Il emprunta plusieurs rues avant d'arriver dans celle où vivait la jeune femme. Lorsqu'il atteignit la grille de son jardin son cœur se serra dans sa poitrine l'espace d'une seconde. Il ignorait s'il faisait le bon choix, s'il ne la mettait pas, elle aussi, en danger. Il ferma les yeux quelques secondes et ce fut son visage à elle qu'il vit, ce fut sa voix qui résonna dans sa tête.

-Vous pourrez toujours avoir confiance en moi William, toujours.

Il soupira profondément et poussa la grille, il emprunta l'allée pavée, il monta les marches en bois et après une dernière hésitation, il tira la sonnette et attendit.


à suivre...