Dernier jour de liberté 2

La jeune femme se faufila le long des baies vitrées des autres cadets et prit un peu d'élan pour se jeter d'un bâtiment à l'autre, se rattrapant à un conduite de gaz pour se rediriger sur la droite, retombant lestement sur le balcon d'un niveau inférieur. Elle scruta les alentours et se colla à la vitre en passant sa main derrière elle, le long de la large porte fenêtre. Sous ses doigts, le digicode de son appartement...
On frappa à la vitre et elle fit volte face, alors qu'on ouvrait en grand les panneaux de sûreté. L'homme qui avait cogné à la vitre dévisagea Sam de la tête aux pieds et son masque se tendit alors qu'il souriait. Sam se pencha sur le côté, une équipe de vandales était en train de fouiller son appartement.
- Qu'est-ce que vous faites ?! articula-t-elle en direction du masque de plastique qui la fixait toujours.
Il haussa les épaules et se retourna quand un des hommes le rejoignit, avec une carte ID.
- Ma carte... Laissez ça !
Le masque observa la carte qu'il fit tourner avec dextérité entre les doigts d'une main. Puis il se retourna d'un coup, plaquant la carte sur la vitre. Il sourit encore et se passa un doigt sous la gorge pour signifier à Sam que sans ça, elle était perdue.
- Mon examen, murmura-t-elle. Cet examen, c'est ma seule raison de vivre... Qui vous êtes ?
Le masque leva une main, toujours figé devant la vitre, et les hommes coururent vers la porte d'entrée.
- Arrêtez ! Leur cria-t-elle en frappant la vitre.
Une sirène se mit à sonner ; Sam secoua la tête. Elle qui ne voulait pas se faire remarquer, la veille d'un examen où le moindre point était important. Là, c'était un cas de force majeure !
Le masque la salua bien bas, lui adressant une révérence, un pas en arrière et elle chercha autour d'elle. Elle s'empara d'une chaise et la souleva au-dessus de sa tête. Le masque s'arrêta, visiblement amusé, et la chaise heurta la vitre dans un bruit sourd qui raisonna dans le quartier. La vitre était intacte. Le voleur secoua la tête et salua Sam avant de d'enclencher la fermeture des battants métalliques.
- Une patrouille, se retourna Sam en entendant les moteurs vrombirent dans le lointain.
Elle se pencha au balcon et vit les hommes en combinaison noire s'éparpiller discrètement.
- Ca ne se passera pas comme ça, enragea-t-elle.
Les battants métallique finissaient de se refermer ; elle s'empara du tissu qui recouvrait le coussin de son fauteuil d'extérieur. Elle l'enroula prestement autour de son poing et fit un pas en arrière, projetant son coude à la hauteur de son visage. Le pas d'élan suffit à lui procurer suffisamment de puissance. Elle heurta la vitre de plein fouet et la transperça, repoussant les volets intérieurs. Elle retira son poing et fit un bond sur sa rambarde pour se propulser contre la vitre fendue. Elle traversa le panneau et roula dans son salon. La porte claqua devant elle et elle partit à sa suite dans les escaliers.
Elle gagnait du terrain et elle déboucha dans la rue, certaine de retrouver l'homme au masque. Ce sont les gyrophares des hommes de la sécurité qui la freinèrent. Elle se protégea le visage avec les bras et chercha une trace du fuyard tout autour d'elle... Comment avait-il pu disparaître ? Comment était-ce possible ?

On la poussa dans un petit local et on referma derrière elle.
- Laissez-moi sortir ! Je suis un Cadet ! Vous ne pouvez pas me garder !!
Elle inspecta la pièce : une vulgaire salle d'interrogatoire avec système d'observation ridicule... Pour qui la prenait-on ? Elle soupira en secouant la tête et se posta au milieu de la salle, croisant les bras.

- Que doit-on faire ?
L'homme qui se tenait dans l'obscurité, appuyé contre des écrans éteints releva sa manche et se massa l'avant bras, remettant de l'ordre entre les fils de son poing en acier. Il redescendit sa manche et souleva à peine le visage en direction des écrans de contrôle sur lesquels Sam s'étaient figée.
- On ne l'empêchera pas de participer à ce concours.
- Mais techniquement, elle n'est plus valide, souleva l'ancien commandant qui patientait devant les écrans, les mains dans le dos.
- Ce gang de voleurs lui a dérobé sa carte... Et elle n'est pas la première !
- Exactement. Et sans carte, elle n'est plus Cadet. Comme les autres... ils savent bien. Cette carte contient leur code génétique. La perdre revient à ne plus exister chez nous.
L' homme de l'ombre sourit et perçut le regard de Sam dans leur direction.
- Elle a compris de quels côtés nous l'observons, regardez !

A force de concentration, Sam parvint à percevoir les mouvements des capteurs optiques qui la dévisageaient. Elle s'agenouilla et passa ses mains sous elle.
- Que fait-elle ?
- Elle veut sortir...
Sam arracha un à un les embouts métalliques des attaches de sa chaussure droite, puis elle se releva et sourit, plutôt fière de son idée. Elle passa le premier morceau sur sa langue pour l'humidifier et elle le projeta sur le premier capteur.
- Elle a masqué le capteur, lança un des soldats.
- Elle ne peut pas tous les avoir vus, se retourna le commandant.
- Et d'un, sourit l'homme de l'ombre en baissant la tête.
Un à un, Sam masqua de sa place les yeux qu'on dirigeait vers elle.
- Plus aucun angle de vue, se retourna le soldat.
Le commandant leva les yeux sur le panneau principal qui leur montrait la salle. Un faux revêtement les dissimulait et il se retourna vers l'homme de l'ombre. Ce dernier se redressa et s'approcha du mur qui les séparait encore de Sam.
- Que faites-vous ? s'étonna un soldat.
- Je vous protège... je connais le Cadet Aran, je l'observe depuis suffisamment longtemps. Vous n'avez pas idée de ce dont elle est capable.
Sam inspira profondément et regarda le dernier morceau de métal qu'elle avait en main. Elle s'approcha du mur et le plaça elle même, du bout du doigt, désirant les narguer. Puis elle se pencha vers le mur :
- C'était un test ? Vous faites quoi là-dedans ?
Le vieil homme sourit nerveusement.
- Vous m'ouvrez où je viens vous voir ? demanda-t-elle en levant le poing.
- Elle ne peut pas venir ici, ce mur est épais... Nous devons l'empêcher... de... bredouilla-t-il en reculant.
- Voulez-vous vraiment la radier ? demanda l'homme en posant une main sur le mur en question.
- Mais... la loi...
- Voulez-vous réellement la radier à cause d'un gang qui vole les cartes ID des Cadets prochainement présentés au test ? Est-ce là ce que dicte la loi, vraiment ?
Sam leva le bras et recula son poing, prête à donner à ce mur le même traitement que sa propre baie vitrée.
- Je... je... Non, vous avez raison... Ce ne serait pas juste... reconnut le vieux commandant.
L'homme sourit et posa sa main de fer contre le mur alors que Sam lançait son poing contre la paroi. Elle frappa de toute ses forces mais le poing placé derrière encaissa le coup et le mur se mit simplement à vibrer, se lézardant de toute part.
- Ou... ouvrez-lui... bafouilla l'ancien commandant encore remué par le coup. Je vais.. je vais lui parler...
- Altriark ! le retint l'homme. Ne lui parlez pas de moi.
- Oui, oui, monsieur.
Il sortit alors, rejoignant Sam.
- Bien, cette année, le concours va être intéressant, sourit l'homme, une main sur son avant bras métallique, en abandonnant les soldats à leur stupeur.
Et il éclata de rire.