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— Et surtout vous n'oubliez pas que la date limite à laquelle vous devrez me rendre votre devoir sur le Mimbulus Mimbletonia, c'est lundi. Passez un bon week-end, et pas trop de bêtises à Pré-au-Lard, d'accord ? Les examens des BUSE arriveront plus vite que vous ne le pensez, conclut le professeur Londubat.
Rose avait toujours un peu de mal à appeler Neville « professeur . Elle le connaissait depuis toujours, et elle ne pouvait pas s'empêcher de penser au fait qu'il restait celui sur les genoux duquel elle avait vomi une fois qu'elle avait mangé trop de chocolat, alors qu'elle avait cinq ans. Un souvenir honteux qu'Al, James, Lily et Hugo ne manquaient jamais de lui rappeler mais qui, presque dix ans après, la faisait sourire plus que pleurer.
Elle ramassa ses affaires et mit son sac sur ses épaules. Elle jeta un coup d'œil à sa montre : Neville les avait retenus un peu plus longtemps que prévu, et elle devrait courir si elle ne voulait pas être en retard. Elle devait en effet rejoindre William Finch-Fletchey devant sa salle commune pour qu'ils s'organisent pour leur sortie à Pré-au-Lard, le samedi même. Il l'avait invitée quelques jours auparavant, et si Rose avait été surprise par la demande de ce garçon de Poufsouffle qu'elle connaissait à peine (passer quelques heures par semaine dans une salle de classe avec des gens ne permettant pas vraiment d'apprendre à se connaitre), elle devait néanmoins admettre qu'elle avait aussi été très flattée.
Elle s'approchait de la porte de la serre et s'apprêtait à en sortir lorsque quelqu'un parla derrière elle.
— Rose ?
Elle se retourna pour se retrouver nez-à-nez avec Scorpius.
— Oui ? demanda-t-elle avec un petit sourire.
— Je… euh…
Rose avait beau avoir été dans la même maison que Scorpius pendant cinq ans, elle ne se ferait jamais à l'idée qu'il pouvait être aussi timide et mal assuré. Pourtant, on pouvait dire qu'il avait tout pour lui. Il était de loin le plus intelligent de leur promotion, il était préfet de Serdaigle, il faisait partie de l'équipe de Quidditch de la maison au rang de poursuiveur, il était très populaire dans l'école et les filles n'étaient jamais insensibles à son charme. Mais non, rien n'y faisait. A chaque fois qu'elle avait été en présence de Scorpius Malfoy, il avait toujours été timide et tremblant. Ce garçon était un véritable mystère scientifique à lui seul.
— Tu as fini ton devoir ? finit-il par demander.
— Oui, il ne me reste qu'à le relire pour traquer les erreurs, et il sera prêt à être rendu. Pourquoi ?
— Je n'ai pas commencé le mien et… j'ai peur de ne pas avoir assez de temps pour faire quelque chose de bien…
Rose fut étonnée par cette nouvelle. Depuis les tous premiers jours de leur scolarité, il avait toujours mis un point d'honneur à ce que le meilleur élève de leur année s'appelle « Scorpius Malfoy. » Une compétition amicale était d'ailleurs née entre elle et lui pour cette place, et elle n'était pas peu fière de dire que jusqu'à maintenant, elle avait réussi à avoir de meilleurs résultats que lui à tous les examens qu'ils avaient passés, rendant ses parents très heureux et fiers, notamment son père qui lui avait expressément recommandé d'être meilleure que lui à l'école, alors qu'elle s'apprêtait à prendre le Poudlard Express pour la première fois toutes ces années auparavant. Mais la victoire ne s'était jamais faite sans difficulté : Scorpius avait su se montrer un adversaire de taille, et si Rose avait toujours réussi à être meilleure que lui, ce n'avait jamais été sans effort.
Al aimait beaucoup se moquer d'elle à ce sujet. Selon lui, la seule raison pour laquelle Scorpius Maloy prenait un malin plaisir à écraser les autres en classe mais ne parvenait jamais à la battre elle, c'était parce qu'il était en réalité secrètement amoureux de la jeune fille et qu'il pensait que la laisser être la meilleure de la promotion serait une technique de séduction plus efficace que de lui envoyer des fleurs. Rose trouvait cela parfaitement ridicule. S'ils s'appréciaient et s'ils avaient même travaillé ensemble à plusieurs reprises, elle ne connaissait pas assez Scorpius Malfoy pour qu'un quelconque sentiment romantique se développe entre eux. Et quiconque la côtoyant régulièrement saurait à quel point elle aimait les fleurs et que lui en envoyer serait une technique de séduction efficace.
— Je me demandais si… Si tu pouvais me prêter ton devoir pour que je le lise et que… enfin, que je puisse m'imprégner plus vite du sujet… Enfin, si ça ne te dérange pas…
— Non, bien sûr, répondit Rose.
Elle le sortit de son sac et le lui tendit avec un sourire.
— Tant que tu ne modifies rien dessus pour enfin pouvoir me battre, s'amusa-t-elle.
Scorpius prit son devoir et marmonna que non, ce n'était pas son genre.
— Je sais Scorpius, c'était une blague.
Comment pouvait-il être aussi bon en classe et aussi populaire avec un cerveau aussi étriqué ?
— Bon, je dois y aller, ou je vais être en retard, dit-elle avec un nouveau sourire.
Scorpius leva un sourcil, étonné.
— Où ça ? On a pas cours avant demain matin…
— Si toi, ta vie entière tourne autour de tes cours, ce n'est pas le cas de tout le monde, Scorpius. J'ai rendez-vous avec William.
— Finch-Fletchey ?
— Je te trouve bien curieux, et oui, William Finch-Fletchey.
— Mais pourquoi ?
Rose ne répondit pas tout de suite. Elle s'éloigna en lui tirant la langue et lui dit :
— Parce que certains doivent s'occuper pendant que d'autres piquent leurs devoirs de botanique, voilà pourquoi.
Deux heures plus tard, elle pénétra dans la salle de Serdaigle, les joues rouges et le souffle court. William l'avait embrassée juste avant qu'elle ne parte, et elle avait trouvé cela très agréable. C'était donc cela, dont tout le monde parlait… Un sourire un peu niais sur le coin des lèvres, elle ne vit pas tout de suite Scorpius s'approcher d'elle.
— Tiens, Rose. Merci pour ton devoir… Tu… Ca va ?
— Quoi ? Oh, euh oui, merci, répondit-elle en reprenant distraitement son devoir.
— Tu es sure ? Tu es toute rouge et tu…
— Oui, oui, ne t'en fais pas.
Scorpius haussa les épaules et il se racla la gorge.
— Je… euh… pour te remercier… j'aurais voulu… euh… t'emmener prendre… un… euh… un verre, demain… à Pré-au-Lard… Ca… Ca te dit ?
Rose fut étonnée par son regard réellement effrayé. Elle sut alors, en regardant ses traits inquiets et impatients à la fois, ses joues rouges et ses yeux fuyants, que Al disait vrai, que Scorpius se servait de son devoir de botanique comme d'une excuse pour pouvoir l'inviter à Pré-au-Lard, et que si elle avait toujours réussi à être la meilleure en classe, c'était uniquement parce que Scorpius l'avait toujours laissée l'être, et non pas parce qu'elle était plus forte que lui, comme son père le lui avait demandé, si longtemps auparavant.
Et cette révélation semblait plus douce dans sa bouche que les baisers de William.
— Je… hum… je suis désolée… je… j'y vais déjà avec William… hum… en tant que… enfin… tu vois quoi…
— C'est ton petit ami ?
— Je… euh… je crois, oui…
— Oh.
Scorpius parut sincèrement blessé, même s'il tentait de le dissimuler. Rose se sentit très bête, et assez mal aussi. Elle marmonna un vague « désolée » avant de se diriger vers son dortoir, et elle prit une décision qui lui attirerait surement une retenue et les foudres de son père, mais qui en vaudrait la peine. Le lundi suivant, elle fit quelque chose qu'elle n'avait jamais fait, ou plutôt, elle ne fit pas quelque chose qu'elle avait toujours fait : elle ne rendit pas son devoir de botanique. Neville lui donna en effet une retenue, et elle reçu une lettre agacée de ses parents. Elle eut un pincement au cœur en pensant aux chaudrons qu'elle devrait récurer, au ton glacé de sa mère et surtout à la déception qui transparaissait dans les mots de son père. Son père, qu'elle n'avait jamais déçu, et à qui elle avait presque toujours obéi. Son père qui lui avait demandé d'être toujours meilleure que Scorpius Malfoy, et à qui elle venait en quelque sorte de désobéir.
Mais cela valait le coup, parce que quand Scorpius vint lui demander pourquoi elle n'avait pas rendu son devoir qui était pourtant très bon, elle se contenta de l'embrasser furtivement sur les lèvres et de lui sourire. Et le regard de Scorpius à cet instant valait bien la peine d'endurer celui de son père quand elle rentrerait à la maison.
A suivre…
