Chapitre 3

Lorsqu'ils eurent totalement disparus de leur champ de vision elles rentrèrent dans la maison. Clarke rassembla la vaisselle dans la grande bassine puis partit en direction de la rivière. Elle lava les assiettes et la poêle à l'aide du sable. Elle surprit plusieurs truites nager doucement. Elle sourit sachant ce qu'elle préparerait à manger pour le déjeuner.

Elle revint dans le salon qui faisait aussi office de cuisine. Elle rajouta une bûche dans la cheminée en vérifiant la chaleur du four à pain. Elle se demandait comment elle ferait sans cette merveille.

Elle l'avait toujours connu.

C'était un cadeau du boulanger du village, un remerciement pour Abby qui avait sauvé sa femme et son fils lors d'un accouchement long, et assez difficile. Devant la fatigue et les heures que la guérisseuse avait passé auprès de sa compagne, il avait promis à Jake qui les aiderait aussi. Il leur avait construit ce four, expliqué au maître du lieu comment s'en servir, et des années plus tard, leur père leur avait montré ce qu'il fallait faire.

Ils l'utilisaient tous les jours, pour le pain, les tartes, ou simplement pour des pizzas, un des plats préféré de la famille.

Clarke caressa le livre de cuisine qu'elle avait lu et relu, posé sur la planche clouée à même le mur.

Lorsqu'elle partait au village avec sa mère, elles faisaient systématiquement un crochet par la petite bibliothèque. Elles s'emparaient de deux ou trois livres à chaque fois, incertaines qu'il s'agisse du mot exact pour qualifier ce lieu, même si cette appellation restait encore visible sur certains murs. Clarke suspectait que ce village avait été une petite ville du temps de leurs ancêtres, mais qu'aujourd'hui seules quelques maisons encore debout servaient de toit au peu d'habitants présents. Le bâtiment en ruine n'intéressait pas les villageois, elle en était heureuse, s'ils savaient avec quelle facilité pouvait brûler ces trésors, l'endroit aurait été pillé depuis longtemps. Mais non les livres reposaient là.

Il était vrai que peu de personnes pouvaient lire ou même écrire. Ses parents lui avaient appris car eux-mêmes possédaient ce savoir grâce à leur rang au sein de leur clan.

Aujourd'hui, seuls les prêtres et les leaders comprenaient les écritures.

Clarke sortit de la maison et s'approcha de l'autre petite bâtisse où logeaient les animaux. Elle brossa le cheval en lui parlant avec douceur, vérifia l'état de la paille dans l'enclos et caressa, Blanche leur chèvre, qu'elle adorait et qui leur apportait le lait nécessaire pour l'élaboration du fromage. Elle était à l'origine du nom de cet animal. Maintenant, ce nom la faisait sourire. Elle avait baptisé cette femelle à l'âge de huit ans, alors que Bellamy et Octavia ne faisait pas encore partie de la famille.

Elle pensa à eux et la première fois qu'elle les avait vus.

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Jake parti en forêt, avait refusé de l'emmener avec elle. Clarke était vexée, elle voulait montrer à son père ses progrès avec l'arc qu'il lui avait confectionné.

Il avait été catégorique, sa fille resterait avec sa mère aujourd'hui, elle viendrait avec lui lors de la prochaine chasse.

L'enfant avait passée une partie de la journée à aider Abby à faire la cuisine et ses décoctions. Passionnée par les odeurs et les bruits que dégageaient les aliments qui cuisaient, elle avait vite oubliée la forêt pour s'intéresser au livre que sa mère lui montrait.

C'était ce jour-là que la guérisseuse lui avait donné son premier carnet.

Utilise-le à bon escient, lui avait-elle conseillé en souriant.

Clarke un bout de charbon dans les mains, s'était précipitée dehors, et s'était mise à gribouiller sur les feuilles blanches. Assise dans l'herbe, elle avait essayé de reproduire cet insecte rouge avec des poids noirs, une coccinelle comme elle le lirait plus tard.

Le soir leur père était rentré avec eux. Un garçon et une fille qui avait à peu près son âge.

Abby étudia les deux enfants silencieux qui n'osaient pas la regarder. Elle s'approcha de l'aîné, une bougie à la main, et observa son visage à la lueur de la flamme. Agenouillée devant lui elle sourit tendrement au garçon.

Comment te nommes-tu ? Lui demanda-t-elle.

Bellamy, murmura-t-il en gardant les yeux fixés sur le sol.

La guérisseuse tourna la tête vers la petite fille qui la contemplait avec curiosité de ses grands yeux bleus.

Et toi ma belle, comment t'appelles-tu ?

Octavia, répondit le garçon à sa place… Elle ne parle plus.

Abby reporta son attention sur son époux. Devançant son interrogation il expliqua :

Je les ai trouvés dans les bois, seuls, il m'a simplement dit que leurs parents étaient morts…

Ils nous avaient ordonnés d'aller chercher du bois pour le feu, interrompit l'enfant.

Les deux adultes se turent en écoutant la suite.

On a entendu les cris et on est revenu au camp aussi vite que possible. Ils partaient avec nos chevaux quand on est arrivé et maman et papa ne bougeaient plus. J'ai essayé de leur parler et je les ai appelé mais ils ne répondaient pas, il y avait du sang partout...

La femme regarda avec tristesse le garçonnet dont les larmes coulaient sur les joues. Il essuya son nez avec sa manche en continuant.

J'ai dit à Octavia qu'il ne fallait pas qu'elle regarde mais c'était trop tard, alors je l'ai prise avec moi.

Il releva la tête et regarda devant lui avec colère.

C'est moi l'homme de la famille maintenant, et je dois protéger ma petite sœur… Alors on a marché, on a campé et on est resté dans la forêt pendant trois jours et… Il est arrivé expliqua-t-il en levant la tête vers Jake. Je ne voulais pas le suivre mais… Octavia a froid et elle doit manger.

Jake et Abby se regardèrent, honteux de n'avoir pas proposé leur souper aux enfants plus tôt. Ils les installèrent à la table et les servirent en les encourageant gentiment à goûter.

Octavia attendit l'approbation de son frère avant de s'emparer de la fourchette.

Une fois les enfants repus, Abby les engagea à la suivre dans la cabane où elle les examina, vérifiant qu'ils n'étaient pas blessés, appliquant de la pommade sur leurs égratignures et leurs piqûres.

Ils dormirent dans la même chambre que Clarke qui n'appréciait pas que ces inconnus partagent son chez elle.

C'est avec soulagement qu'elle vit son père les emmener au village le lendemain, pensant que ces deux enfants se feraient certainement adopter par une famille. Mais un jour plus tard, alors que l'homme coupait du bois il les aperçut sur le chemin. Bellamy ne voulait pas des gens du village, il ne faisait confiance qu'à eux. Embêté Jake avait regardé un instant sa femme qui avait simplement hoché la tête et sourit à ceux qui deviendraient leurs nouveaux enfants.

En premier lieu Clarke les avait refusés. C'était sa mère qui lui avait ouvert les yeux sur son propre égoïsme et sa jalousie. Elle avait aussi fini par accepter celle qui la suivait partout, et elle s'était surprise à ressentir un sentiment de protection pour cette fille qui semblait muette.

Clarke lui avait montré son arc et la lueur d'admiration présente dans le regard d'Octavia l'avait touché. Elle avait finalement décidé de lui apprendre à servir de l'arme.

Debout à quelques mètres d'une motte de foin, elle brandit fièrement son arc, récupéra une flèche dans son carquois, la positionna correctement, saisit la corde entre son majeur et index et la tira jusqu'à son menton.

Tu vois, il faut que tu l'amènes jusqu'à ta mâchoire.

Elle inspira, visa le cercle rouge dessiné sur le foin, libéra la flèche qui se ficha au centre de la cible.

Elle sourit toute fière d'elle-même en regardant la petite fille.

– À toi. Attends tu vises de quel œil ?

– …

Clarke soupira, elle espérerait secrètement qu'Octavia lui répondrait, ce ne serait pas pour cette fois. Elle continua.

Ferme un œil, vas-y, répéta-t-elle.

Voyant qu'elle s'exécutait Clarke lui sourit gentiment.

Bien ! Tu vois, tu as fermé l'œil droit, ça veut dire que tu vises avec ton œil gauche, donc il faut que tu tiennes l'arc dans ta main droite.

Elle positionna l'arme sans flèche dans les mains de l'enfant.

Voilà, maintenant essais de tirer sur la corde, avec ces deux doigts… comme ça.

Octavia ne put réussir à tendre la corde plus loin que quelques centimètres. Clarke fronça les sourcils.

Mmh, cet arc est beaucoup trop grand pour toi. Je vais demander à papa de t'en fabriquer un autre, qu'est-ce que tu en dis ?

L'enfant resta silencieuse, mais le sourire qui apparut sur son visage confirma à sa nouvelle grande sœur qu'elle acceptait son offre.

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Aujourd'hui Clarke imaginait mal sa vie sans eux. Octavia était sa petite sœur, meilleure qu'elle avec une épée à la main ou une arbalète mais moins forte à l'arc. Bellamy lui aussi, connaissait le maniement des armes que leur avait appris leur parents, pourtant il n'aimait pas vraiment ça, ce qui lui plaisait c'était de construire, de réparer, d'utiliser ses mains pour créer quelque chose, et non pour le détruire.

Il utilisait les armes essentiellement pour la chasse, mais là encore Octavia brillait par sa dextérité et sa rapidité, Clarke partait avec eux de temps en temps et savait aussi se débrouiller.

La jeune femme se demandait parfois si Bellamy n'aurait pas fait un meilleur guérisseur qu'elle. Il était doux et compréhensif, là où elle-même se montrait impatiente.

Non, bien que parfois soupe au lait, elle aimait la nature et aider les gens, sa mère bien sûr, serait toujours plus sage qu'elle, plus calme mais elle l'avait bien formée et pour être honnête la petite fille égocentrique n'existait plus.

Elle regarda par la fenêtre pour constater que la pluie avait cessé.

« Bien » pensa-t-elle « Les truites n'en seront que plus faciles à pêcher ».

Elle se dirigea vers la rivière, s'arrêtant à la cabane de sa mère.

– Tu as besoin d'aide ? Lui demanda-t-elle

– Pas pour l'instant Clarke je te remercie, j'attends que le saindoux et la cire fondent pour ajouter les pétales de soucis.

La jeune femme sourit.

– Tu fais de la pommade au calendula ?

– Oui, on en a besoin.

– Très bien appelle-moi si besoin, répondit sa fille en fermant la porte.

Abby devant son chaudron observait le mélange fondre dans le bol, le bain-marie prenait quelque fois beaucoup de temps.

Elle en profita pour ranger ses fioles et vérifier ses sachets. Elle caressa la tranche d'un de ses livres préférés, murmurant le titre « Grand Traité de Médecine et de Chirurgie ». Elle le prit entre ses mains et l'approcha de la fenêtre. La luminosité des bougies suffisait largement pour lire, mais ne remplaçait pas celle de la lumière du jour. Elle le feuilleta s'attardant sur les planches anatomiques et les photographies. Ce livre l'avait énormément aidé dans sa compréhension du corps humain.

Elle repensa au jour où elle l'avait trouvé.

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Jake observa son épouse assise sur le rocher.

Qu'elle direction voudrais-tu prendre ?Demanda-t-il doucement.

Elle leva la tête et balaya l'horizon face à elle.

Le sud, répondit-elle après quelques instants.

Elle se leva et montra le chemin. Il la suivit, Abby, celle pour qui il avait tout abandonné. Mais n'en avait-elle pas fait autant ?

Leur clan respectif ne voulait plus d'eux. Pourquoi ? Parce que le prince des Skaikru était tombé amoureux de la princesse des Ices Nation.

Leur amour les avait transformait en Roméo et Juliette, en amants maudits. Leur ascendance à des maisons ennemies depuis si longtemps, leur interdisait la naissance d'un quelconque lien entre eux, transformant ce qui aurait pu devenir un acte de paix, en crime.

Son père ne lui avait pas donné le choix, soit il partait, soit il restait, mais l'abandonnait. Il observa sa femme à sa droite. Abby valait largement le trône. Pour elle, cela fut plus difficile, son oncle, le Roi des glaces apprenant son amour pour cet homme avait essayé de la tuer. Elle ne devait son salut qu'à celle qui partageait la couche de sa cousine Nia, celle-ci, son propre sang, n'avait pas levé le doigt pour l'aider à fuir.

Abby s'était réfugiée chez les Skaikru.

Jake plaida en sa faveur auprès du roi, malheureusement son jeune conseillé Thelonius fut plus convainquant.

Et ils en étaient là, bannis, sans clan, sans toit, sans rien.

Ils marchèrent une grande partie de la journée en silence. Jake se saisit de son arc en approchant des bâtiments et Abby empoigna plus fermement sa dague. Elle fut attirée par la croix rouge d'un des immeubles en ruines.

Ils pénétrèrent par une des portes au verre brisé. Prêts au combat, ils montèrent dans les étages. Le mobilier avait été saccagé, détruit, les matelas des lits éventrés. Ils comprirent que ce lieu avait été abandonné depuis longtemps.

La pièce aux étagères pleines de livres était elle aussi en un piteux état, des pages arrachées jonchaient le sol.

Toux d'eux connaissaient l'existence de ces ouvrages, la mère d'Abby lui avait légué son recueil sur les plantes et ses carnets lorsqu'elle-même avait choisis cette voie plutôt que le trône auquel elle était destinée. Ils levèrent les yeux vers le haut plafond et furent impressionnés par la taille et le nombre de manuscrits réunis ici.

Ils décidèrent d'un comme un accord qu'ils passeraient la nuit là. Abby parcourra les rayons encore debout, les yeux brillants de curiosité, sélectionna quelques livres et choisit ceux qui lui semblaient les plus complet.

Le lendemain, ils passèrent la journée à fouiller les lieus. La guérisseuse dénicha des instruments et une trousse en cuir, des bocaux et des fioles en verres.

Ils reprirent la route. En début de soirée, la ruine se dressa devant eux. Une vieille ferme qui n'attendait que leur venue, ils se sourirent heureux de l'avoir trouvé, ils remercièrent les Dieux et s'installèrent.

Il ne restait pas grand-chose, quelques objets dans la cuisine, un ou deux meubles, mais c'était leur nouveau chez eux.

Plusieurs semaines après leur emménagement, Jake tomba sur le village à une journée de marche à l'ouest, il en parla à Abby qui refusa de faire à nouveau partie d'un groupe d'humains. Ils se présentèrent néanmoins aux villageois méfiants, qui finirent par les accepter au fil du temps.

Abby devint la grande guérisseuse auprès d'eux et dans les environs, voyageant parfois pour soigner les malades ou accueillant simplement chez elle les personnes souffrantes.

L'année qui suivie leur arrivée Clarke vint au monde, comblant les deux parents.

Abby continua à travailler son art encore et toujours, s'inspirant des livres, apprenant les fonctions des organes, du sang, les symptômes, comment se servir de tel ou tel instrument, retournant régulièrement dans cet hôpital à la recherche d'autres enseignements ou ustensiles, ou simplement fouiller avec sa famille le reste des maisons de la ville à la recherche d'objets utiles.

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Abby ferma le livre devant elle et revint vers la cheminée. Elle ajouta les pétales au mélange et laissa doucement frémir. Dans deux heures elle filtrerait tout ça puis laisserait refroidir, obtenant ainsi la pommade dont elle avait besoin.

Elle observa Clarke deux truites à la main, rentrer dans la maison et sourit. Sa fille était douée, elle regrettait qu'Octavia n'ait pas la curiosité de la jeune fille pour la flore ou la médecine, mais ce n'était pas grave, les épreuves vécues par la jeune femme, son traumatisme devant le corps de ses parents n'avait fait que renforcer son besoin de savoir se défendre, elle était toujours sauvage au fond d'elle, cependant elle avait fini par reparler, grâce à leur présence et leur patience.

Clarke posa les poissons sur le plan de travail.

Elle remplit deux bols de noix, cassa les coquilles et hacha finement les cerneaux récupérés. Elle les fit griller à sec dans une poêle. Pendant qu'elle les laissait refroidir, elle s'intéressa de nouveau aux résultats de sa pêche.

Elle s'empara de la paire de ciseaux et égalisa la nageoire caudale de la première truite, elle coupa également les nageoires ventrales. Elle échangea les ciseaux contre un couteau et maintint fermement l'animal par la queue pendant qu'elle l'écaillait. Elle la rinça à l'eau claire pour élimer les résidus, puis dégagea les ouïes pour la vider partiellement, se débarrassant ainsi des viscères. Elle positionna le poisson dans sa paume et incisa la partie ventrale en partant de l'orifice annal en remontant jusqu'à la tête pour dégager les intestins. Toujours à l'aide du poignard, elle élimina l'amas sanguin en prenant soin de ne pas abîmer les chaires. Une fois terminé, elle rinça de nouveau à l'eau claire et recommença l'opération avec la deuxième truite.

Elle enleva le germe des gousses d'ail et les pressa, réfléchit, puis estima que le thym séché serait une bonne idée. Elle mélangea l'ail, les noix, l'herbe aromatique avec de l'eau et un peu d'huile, dont elle badigeonna l'intérieur et l'extérieur des poissons. Elle les remplit de cette farce improvisée, en ajoutant un peu de poivre. Elle les disposa dans un plat en terre, puis le poussa dans le four assez loin des flammes.

Elle prépara une salade et du riz pour finir le plat en attendant sa mère.

Les deux femmes mangèrent tranquillement préparant verbalement l'après-midi.

Il fallait faire bouillir le linge pour les compresses, séparer les fleurs de camomille de leur tige. Clarke devait également entretenir son arc et fabriquer de nouvelles flèches.

Ainsi se déroula la fin de journée des deux femmes, occupées à chacune leur tâche ou se prêtant main forte. Clarke bénit Bellamy d'avoir coupé suffisamment de bois pour qu'elle n'ait pas à le faire. Elle détestait ça.

Elles dégustèrent une soupe ainsi qu'une salade de lentilles froides pour le dîner et s'assirent devant le jeu d'échecs. Il venait du clan de Jake, un cadeau d'adieu de la part de son ami Marcus.

Elles se jaugèrent du regard, puis Clarke baissa les yeux en déclarant d'un air faussement généreux.

– Je te laisse les blancs.

Abby sourit, accepta et déplaça le pion.

Quand la nuit tomba, elles allumèrent quelques bougies continuant à jouer avec assiduité. Le bruit à la porte les fit sursauter toutes les deux.

Avant que la maîtresse des lieux ne parle, elle s'ouvrit dévoilant deux hommes, des guerriers lourdement armés.

Cela faisait plus de vingt ans qu'elle n'avait pas vu un membre de son ancien clan, mais Abby les reconnut tout de suite. Elle comprit à leur expression qu'ils ne venaient pas en amis.

Elle garda son sang froid en se levant pendant que le premier homme demandait :

– Es-tu Abby la guérisseuse ?

Elle s'interrogea un instant sur la présence de ces hommes, étaient-ils blessés ?

– Oui, répondit-elle

L'homme attrapa la fusée de son épée et la sortit lentement du fourreau.

– La Reine Nia veut ta tête, lâcha-t-il froidement. La vieille est à moi, on s'occupera de la gamine après, dit-il à son coéquipier, l'incitant à ne pas intervenir le tout en s'avançant vers les deux femmes.

Clarke capta l'ordre discret de ne pas bouger de sa mère.

Abby saisit sa dague qui ne la quittait jamais. Le guerrier se mit à rire face à ce geste.

Il l'attaqua de front voulant la couper en deux de la tête aux pieds. Grave erreur. Abby se déplaça sur le côté profitant de l'ouverture sur cette partie du son corps de son adversaire, entaillant profondément son biceps gauche, pendant que la pointe de l'épée de son agresseur heurtait lourdement le sol dans un bruit aigu et une gerbe d'étincelles.

Elle fit un autre pas pour s'éloigner de lui et sourit avec dédain à l'homme étonné par cette riposte. Il resta quelques instants interdits, alors qu'elle reprenait d'une voix calme.

– Tu es mort...

L'agresseur observa son bras comprenant que quelque chose n'allait pas, il perdait trop de sang, il leva la tête vers la femme qui venait de lui porter un coup fatal.

– Je viens de sectionner ton artère brachiale, tu te vides de ton sang, un litre par minute… continua-t-elle d'une voix froide.

Il essaya d'avancer vers elle, mais tituba, il fit encore un pas et tomba sur le sol.

Abby leva les yeux vers l'autre homme ébahi près de la porte, lorsque celle-ci s'ouvrit violemment. Une femme à la peau noire l'épée tenue à deux mains coupa la tête du combattant face à elle.

Celle-ci roula jusqu'aux pieds de Clarke qui ouvrit la bouche sans rien dire.

– Je cherche Abby la guérisseuse, dit l'inconnue d'une voix grave sans se préoccuper des gouttes de sang ruisselant sur la lame de l'épée, suivant la gouttière de celle-ci, et se dispersant au niveau de l'arrête centrale pour tomber une à une sans bruit sur le sol.