Jour 2 : une promesse à tenir
Gabby venait de passer une mauvaise nuit, à se tourner et se retourner dans son lit, en pensant à Matt. Où était-il, était-il en sécurité, avait-il vraiment été enlevé... Tant de questions et aucune réponse à l'horizon. Elle était perdue sans Matt à ses côtés. Elle se sentait vide. Cela faisait à peine une nuit qu'elle n'avait pas de nouvelles de lui, et l'unité de renseignements n'avait toujours aucune piste, Nesbitt n'avait toujours pas parlé. Et elle était toujours en colère envers Antonio à cause de cette promesse qu'il n'avait pas su tenir, cette promesse de protéger Matt, dire qu'il ne lui arriverait rien. Elle lui en voulait à en mourir, mais elle était consciente que c'était sans doute le seul à pouvoir aussi le retrouver sain et sauf, pour retrouver l'amour de sa vie. Elle sortit alors de ce lit chaud, frissonnant lorsqu'elle mit un pull sur ses épaules. Elle s'avança pour se retrouver dans la cuisine, regardant dans le vide à chaque pas. Elle ressemblait à un zombie. Elle vie alors un mot de Brett sur la table : elle était partie de bonne heure pour rejoindre Roman et déjeuner avec lui. Elle resta là, à regarder ce papier pendant de longues minutes, sans bouger. Elle était en quelques sortes jalouse de son amie car elle pouvait partager son temps avec celui qu'elle aimait. Mais pas elle. Elle reposa le papier, se décidant à faire à manger pour elle et Kelly. Elle sortit le bacon et les œufs, puis sortit le pain pour le toaster. Elle cassa les œufs dans un bol pour pouvoir faire des œufs brouillés et coupa le bacon en morceaux. Sans prévenir, une vague de nausées s'empara d'elle d'un coup. Elle avala sa salive, pensant que ça allait passer. Voyant et comprenant que cela n'allait pas passer, elle passa sa main sur son ventre.
« Des brûlures d'estomac ? »
Elle sursauta, retirant sa main et se tournant vers cette voix. C'était Kelly qui arrivait, toujours à moitié endormi.
« En quelques sortes. Je fais à manger ».
De longues secondes passèrent avant que l'un d'eux se remit à parler.
« Tu as dormi ? » demanda-t-il sur un ton inquiet.
Elle soupira, fermant les yeux. À la fois par exaspération mais aussi à cause des nausées qui ne passaient pas.
« Non. J'y suis pas arrivée. Et toi ? »
Lui aussi soupira, s'asseyant sur une chaise.
« Non plus. J'ai essayé mais... Je crois que je ne dormirai pas avant de savoir que Matt va bien ».
Pendant que les œufs cuisaient, elle prit deux assiettes, deux couteaux et deux fourchettes et mit la table. Kelly se leva pour aller prendre le jus de fruit dans le frigo, mais il se tourna presque aussitôt lorsqu'il entendit Gabby courir en direction de la salle de bain et fermer la porte. Et finalement l'entendre vomir. Il fronça les sourcils, inquiet et intrigué, et marcha vers la salle de bain à son tour, pensant à quelque chose d'important. Au bar, il se souvint qu'elle avait demandé à Otis de retirer les cornichons de sa vue car l'odeur lui avait donné l'envie de vomir. Une main sur son ventre ? Des vomissements matinaux ? Des nausées à cause de certaines odeurs ? Il avait beau être un homme, il reconnaissait ces signes. Il était sûr de lui. Il ouvrit la porte de la salle de bain après avoir frappé, et il vit alors Gabby au-dessus du lavabo en train de se passer de l'eau tiède sur le visage, les yeux fermés.
« Depuis combien de temps ? »
Elle ouvrit les yeux, regardant dans le miroir le reflet de Kelly.
« Quoi ? » dit-elle étonnée. « Je ne vois pas de quoi tu parles ».
Il sourit.
« Tu vois parfaitement de quoi je veux parler Gabby. Alors, ne me mens pas. Depuis combien de temps ? »
Elle soupira, baissant la tête et fermant ses yeux à nouveau. Avant de tomber au sol, sur ses genoux. Les yeux de Kelly s'écarquillèrent, et il courut vers elle et s'agenouilla. Il pouvait la sentir trembler sans la toucher, prête à pleurer d'un instant à l'autre.
« Quand... Quand on était dans les urgences, et... Et que ce taré s'est fait exploser... Tu as été grièvement blessé, tu te rappelles ? »
Il commença à acquiescer avant de se raviser : Gabby ne le regardait pas, son regard était posé sur le carrelage.
« Ouai. J'ai beaucoup de chance d'être encore en vie. Halstead voulait me passer la corde au cou si j'ai bien compris ».
« Il n'y a pas eu que ça ».
Surpris, Kelly la regarda attentivement, voulant comprendre ce qu'elle voulait vraiment dire.
« Il... Il a dit qu'il portait Ebola, mais c'était bien pire que cela : il était porteur du virus Marberg. Lorsque le temps d'incubation est passé, le virus est hautement contagieux et il tue en moins d'une journée. Quand il s'est fait explosé, il a répandu le virus dans l'air et nous avons été exposés. Toute la journée, nous avions tous pensé mourir, mais... Mais le temps d'incubation n'était pas encore passé, et le virus est mort avec lui ».
Gabby tremblait, pleurait légèrement. Puis elle s'effondra en larmes.
« Nous étions soulagés ! Tu était tiré d'affaire, et il n'y avait plus de virus, et... Nous sommes tous allés au Molly's après cette journée. Et... Et Matt et moi avons passé la nuit ensemble ».
Kelly se mit à sourire. Il connaissait Matt, et il connaissait Gabby : avec toute la tension à évacuer après cela, cela ne l'aurait pas étonné si ils avaient décidé de coucher ensemble.
« Tu veux dire ensemble, ensemble ? Ou... Ensemble ? »
Gabby leva la tête, ouvrant les yeux et fronçant les sourcils. Elle éclata de rire.
« Je croirais entendre Shay ! » plaisanta-t-elle avant de reprendre son sérieux. « Nous... On a couché ensemble ».
Kelly était sans voix, la bouche ouverte. Il avait pensé que cela arriverait, mais il ne pensait pas qu'il l'avait vraiment fait.
« Nous nous sommes mis d'accord que... Que nous étions sous le choc et que nous n'avions pas les idées claires. Et on a alors agi comme si rien ne s'était passé ».
Kelly venait de tout comprendre : ils s'étaient quittés non pas parce qu'ils ne s'aimaient plus, mais parce qu'ils n'avaient pas réussi à séparer leur vie privée et leur travail. En fait, Gabby et Matt s'aimaient toujours plus que tout au monde.
« Quand vous vous êtes disputés lors de sa dernière garde, j'ai eu des vertiges et des nausées. Je pensais que c'était parce que j'avais attrapé un rhume ou quelque chose du genre, mais au bar, les nausées sont revenues à cause de l'odeur des cornichons. Et j'ai tout de suite compris ce qu'il se passait. Alors je suis allée chercher un test de grossesse ».
« Et il était positif. C'est ça ? »
Elle acquiesça, fermant les yeux à nouveau et se remettant à pleurer de plus belle.
« Je... Suis venue à... À l'appartement immédiatement pour lui parler mais... M-mais la p-porte était ouverte et... Et il n'était pas là ! Et... Et i-il y avait c-cette femme ! Je... Je ne sais pas, je... Je... »
Gabby était trop confuse, et triste pour pouvoir parler de façon compréhensible et cohérente. Elle ne pouvait même as finir sa phrase tant elle était choquée. Kelly se décida à l'enlacer, aussi longtemps que Gabby en avait besoin.
« Je suis là Gabby », lui murmura-t-il. « Je suis là et je ne vais nulle part. Matt va bien, et ton frère va le retrouver, j'en suis certain. Je te le promets ».
Elle tremblait comme une feuille dans ses bras musclés. Mais malgré son état, elle hocha la tête légèrement de haut en bas entre deux larmes. Elle prit cinq minutes pour se calmer, pour arrêter de pleurer.
« Personne ne sait à part toi à présent », dit-elle en essuyant son visage. « Je t'en supplie ne dis rien à personne. Je... Matt doit le savoir avant les autres ».
« Je comprends. Je ne dirai rien, pas un mot. C'est promis ».
Elle soupira, laissant Kelly l'aider à se relever.
« Je crois que les œufs sont brûlés », se mit-elle à dire sans cohérence.
Ils rirent ensemble, commençant à sentir l'odeur de brûler provenant de la cuisine.
« On... Prendra le petit-déjeuner en chemin », assura Kelly. « On va être en retard pour notre garde ».
Gabby acquiesça, partant vers sa chambre pour s'habiller tandis que Kelly s'occupait de la cuisine car il l'était déjà. Vers onze heures, les pompiers n'avaient encore reçu aucun appel. Kelly et Gabby avaient expliqué la situation à tout le monde, et le chef Boden leur avait accordé de prendre quelques jours de congés, mais ils avaient insisté pour faire leur garde, espérant penser à autre chose plutôt qu'à toute cette histoire. Hermann avait alors été désigné en remplacement de Casey. Cela ne lui plaisait pas, mail Boden ne lui avait donné aucune alternative. Une heure plus tard, le facteur passa pour donner le courrier.
« Il y avait aussi une enveloppe devant l'entrée au nom de... Gabriela Dawson et Kelly Severide ? »
Les deux intéressés se retournèrent, se posant beaucoup de questions sur l'arrivée de cette enveloppe. Elle la prit dans les mains, la retournant pour voir qui l'avait envoyé, mais rien n'était marqué dessus.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Je ne sais pas, c'était devant notre entrée. Je l'ai juste prise et je vous l'ai améné. Mais elle n'a pas été distribué par nous, il n'y a aucun cachet. C'est quelqu'un qui l'a déposé ici ».
Le facteur reprit sa route pour distribuer le courrier alors que Gabby et Kelly regagnait la salle commune. Ils s'assirent au bord de la grand table, se regardèrent dans le blanc des yeux et Kelly acquiesça. Il fallait ouvrir l'enveloppe. Ce que fit Gabby après avoir inspiré profondément. Elle en sortit un disque précieusement déposé dans une boîte à CD.
« C'est quoi ? »
« Un seul moyen de le savoir ».
Kelly regarda avec insistance la télévision, celle que regardait tout le temps Mouch sans se lasser une seule seconde.
« Mouch ? Est-ce qu'on peut t'emprunter la télé cinq minutes ? »
« Aucun soucis, elle est toute à vous ».
Il leur donna la télécommande mais ne bougea pas de sa place confortable. En réalité, tout le monde était curieux de savoir ce que contenait le DVD, et regardait d'un œil ce qu'il se passait autour de la télévision. Gabby inséra alors le disque dans le lecteur, et il mit quelques secondes avant de le lire. À la première image, tous laissèrent échapper un cri d'horreur ou fermèrent les yeux. La plupart les deux à la fois.
« Je crois qu'on ferait mieux d'appeler Antonio ».
Gabby laissa couler quelques larmes sur ses joues avant d'acquiescer. Elle prit son téléphone et composa le numéro de son frère tout en continuant de regarder les animations sur l'écran.
« Antonio ? Il faut que tu viennes à la caserne. Immédiatement ».
Elle raccrocha aussitôt, ne voulant pas attendre une réponse de sa part. Elle voulait simplement qu'il vienne et le plus vite possible.
« Kelly, je t'en supplie », murmura-t-elle tout en pleurant. « Arrête ça ».
Gabby s'effondra sur les genoux, pleurant toutes les larmes de son corps. Tous les pompiers avaient gardé leur main tremblante sur les lèvres. Ils avaient été curieux, mais ce qu'ils venaient de voir était d'un violence tellement inouïe et inimaginable qu'ils n'en revenaient pas. Le district 21 étant à l'autre bout de la rue, Antonio arrive en courant deux minutes plus tard.
« Je suis venu tout de suite. J'ai compris que c'était important ou grave quand tu m'as raccroché au nez. Alors, qu'est-ce qu'il y a ? »
Gabby tourna la tête vers Kelly, fermant les yeux et hochant la tête.
« Vas-y ».
Kely baissa les yeux et ralluma la télévision. Le visage d'Antonio se décomposa en cinq secondes.
« Oh mon Dieu... »
Sur l'écran apparaissait un homme ligoté avec de la corde, les bras en l'air et les pied ne touchant pas le sol, portant un boxer pour seul vêtement. Et il se faisait frapper sans ménagement. Il semblait se débattre au début, mais au bout de plusieurs coups très bien placés, cet homme ligoté ne bougeait presque plus, la tête baissée. Il se laissait faire. Et cet homme, c'était Matt.
« Qui l'a déposé ? Vous l'avez reçu quand ? »
« On ne sait pas, et à l'instant. Le facteur a dit que... Que l'enveloppe était devant la caserne, et... Et... Et je ne sais pas... »
Gabby était hors de soi, déconnectée, affolée, apeurée. Pleurant comme jamais elle avait pleuré auparavant.
« Je sais que ce que je vais vous demander va sans doute être la chose la plus difficile à cet instant. Mais je vais devoir mettre le son ».
Gabby ne pouvait pas regarder cela une seule seconde de plus. Elle se leva brusquement et quitta la pièce. Elle ne voulait pas non plus entendre ce que subissait Matt. Kelly activa le son, remettant en route la vidéo.
« Alors Casey. Je vais reposer ma question. Où. Est. L'agenda ? »
Matt redressa la tête doucement, le sourire aux lèvres.
« Je vais te redonner ma réponse : tu ne le trouveras jamais ».
Dès qu'il eut fini sa phrase, Matt reçut un violent coup de poing dans l'estomac, le faisant grincer des dents et froncer les sourcils.
« J'ai besoin de ces informations Matt ».
Toujours souriant, Matt redressa à nouveau la tête.
« Tu peux... Toujours aller courir... Je ne te dirai rien ».
Une nouvelle fois, les kidnappeurs lui assénèrent des coups dans la poitrine, sur l'estomac, sur ses côtes. Mais encore une fois, Matt ne hurlait pas de douleur. Cela impressionnait Antonio.
« Je ne te le redemanderai pas une troisième fois ».
Antonio pouvait voir que Matt souffrait, le voyant grimacer de douleur. Mais il tenait tête à ces hommes.
« Et je ne te donnerai pas ma réponse une troisième fois non plus ».
Ils entendirent tous un rire. La caméra se baissa vers le sol, l'homme la tenant prenant une barre de fer dans les mains, tournant autour de Matt. La caméra s'éloigna, et revint plus près très rapidement. L'homme à la caméra venait de frapper Matt très violemment dans le dos. Et cette fois, les pompiers et le policier pouvait entendre Matt hurler de douleur. Plus les coups étaient portés, plus ses cris devenaient puissants. L'homme n'était pas seul dans la pièce, ils pouvaient entendre des rire.
« Toujours rien ? »
Quelques secondes passèrent dans un silence de plomb. Avant que Matt ne réponde.
« Si... J'ai encore le dos qui gratte, juste en dessous des omoplates. Tu ne pourrais pas... »
L'homme à la caméra rigola à nouveau. Il s'éloigna encore, revenant alors encore plus vite que la première fois, lui assénant un coup terriblement violent, assez violent pour faire saigner Matt et tordre la barre en métal sous la force du coup. Antonio pouvait même voir le corps de Matt trembler de douleur.
« Je vais te faire ravaler ta fierté. Matthew Casey ».
Alors cet homme continua de frapper Matt, encore et encore. Jusqu'à ce que Matt arrête de bouger, jusqu'à ce qu'il arrête de crier à cause de cette douleur atroce. Quelques minutes plus tard, les coups avaient cessé, faisant alors rire l'homme à la caméra.
« S'il perd connaissance avec cela, il ne tiendra pas longtemps ».
Kelly mit la vidéo sur pause et regarda Antonio. Lui aussi était choqué par la violence de la vidéo qu'il venait de voir.
« Je... Je vais prendre le disque, et... Et le donner à Mouse pour qu'il puisse... En tirer quelque chose ».
Kelly sortit le disque du lecteur et le donna à Antonio. Personne n'avait bougé, tout le monde était paralysé, tétanisé par ce qu'ils venaient de voir, ce qu'ils venaient d'entendre. Leur propre lieutenant, leur ami, leur frère, venait d'être torturé sous leurs yeux. Tout le monde était choqué. C'était un cauchemar.
