Chapitre trois : Le récit d'Annabelle
« Mon père est chercheur et professeur d'université à Oxford. Je suis née là-bas. J'y ai passé mon enfance. J'y ai aussi fait mes études. Une maîtrise en littérature classique anglaise. C'est pendant ma dernière année que j'ai rencontré David Hinksey. C'était – c'est toujours – un beau jeune homme qui avait toutes les filles à ses pieds. Il était beau, riche, fils d'un homme célèbre… On se demandait pourquoi il faisait des études ! Bref, il aurait pu se choisir n'importe quelle fille de la fac, elle lui serait tombée dans les bras. Et allez savoir pourquoi, il a jeté son dévolu sur moi.
« Je suis sortie avec lui pendant trois mois mais j'ai rompu à l'époque où on nous a délivré nos diplômes. J'avais compris qu'il n'était pas l'homme qu'il me fallait. Trop imbu de lui-même, pour commencer. Mais il n'a pas accepté que je le quitte.
« Je suis venue à Londres en septembre dernier pour chercher du travail. J'ai pris un petit boulot pour me permettre de payer mon loyer, le temps de trouver quelque chose de mieux. J'espérais qu'en me fondant dans la masse des Londoniens, David ne pourrait pas me retrouver et pourrait ainsi m'oublier.
« Il faut croire que je me trompais… »
Les yeux d'Annabelle se remplirent de larmes et elle dut prendre quelques longues inspirations pour bloquer les sanglots qui tentaient de l'envahir.
« Il m'a retrouvée à la mi-octobre. Comment, je n'en sais rien, mais il m'a retrouvée. Il m'attendait à la sortie de mon travail – j'étais serveuse dans un petit resto indien – et lui et deux gros-bras m'ont forcé à monter dans sa voiture. Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ? Il m'a emmenée dans une maison à lui du côté du Tower Bridge et il m'a enfermée dans la cave… »
Un frisson la parcourut et elle ne put retenir les larmes qui menaçaient de couler depuis un moment. Les gouttes salées roulèrent le long de ses joues en silence, étreignant le cœur de Remus qui les regardait, impuissant à les arrêter.
« Pendant deux semaines, il n'a utilisé que des mots. J'avais un lit de fortune et un petit cabinet de toilettes. Il descendait deux fois par jour pour m'amener mon repas, s'asseyait sur le lit et me parlait. Je crois qu'il pensait vraiment réussir à me convaincre de revenir avec lui.
« Le quinzième jour, il m'a frappée.
« Le seizième jour, il m'a violée. »
Les poings de Remus se serrèrent sous la table. Si David Hinksey avait été présent dans la pièce à cet instant précis, il l'aurait probablement tué à mains nues.
« Pendant un mois et demi, j'ai subi des choses que je ne pourrai jamais raconter. Et pas que de lui… Après un moment, il a invité ses amis à participer. »
Inconsciemment, semblait-il, elle avait relevé ses genoux et les avait entourés de ses bras en baissant la tête, dans une attitude de défense.
« Avant-hier, dans la soirée, l'un d'eux a laissé la porte ouverte pendant qu'il… J'ai réussi à l'étrangler avec sa propre ceinture. Je ne sais pas comment j'ai trouvé la force nécessaire. Je ne sais même pas si je l'ai tué ou non. En tout cas, j'ai réussi à quitter la cave. Je suis sortie de la maison par la porte de derrière. Mais David a vite réalisé que je n'étais plus là… »
Snape continuait à la regarder intensément pour déceler la moindre trace de mensonge. Mais il n'en trouvait pas et ressentait une certaine pitié à son égard, ainsi qu'une colère sourde envers ses bourreaux.
« Il garde des chiens de chasse dans le jardin de sa maison de Londres. Un caprice de fils à papa. Il les a lancés à ma poursuite. Et il a lancé ses amis derrière les chiens. »
Elle se tut. Elle avait terminé son histoire.
Snape et Remus échangèrent un rapide regard et le professeur de potion se leva, passa sa cape et sortit de la maison sans un mot. Remus, lui, se contenta de s'asseoir à côté d'elle et de passer un bras protecteur autour de ses épaules pour lui permettre de pleurer tous ses souvenirs.
Et elle pleura.
