Bonjour, j'espère que la suite vous intéressera. Je remercie une nouvelle fois Soran-M et Ceaglio pour leurs commentaires justes, ça fait plaisir.
Bonne lecture !
Gally était avachi contre le canapé en cuir, il refusait de quitter des yeux son téléphone sur lequel il jouait vaguement à un jeu sans chercher à réaliser un bon score. Il n'avait qu'une seule envie : attraper Ben et quitter la maison des enfers afin de squatter le reste de la nuit chez lui. Il saisit son verre de vodka et but une gorgée avant de reprendre son jeu. Autour de lui, les gens dansaient comme des idiots sur une playlist abominable qui témoignait du mauvais goût musical de leur hôte. Lorsqu'il levait ses yeux de son écran, il avait l'impression d'être au zoo et de voir des animaux étranges. L'humain était un animal insolite et incompréhensible. Les danses faussement sensuelles lui donnaient l'impression d'assister à une danse nuptiale de créatures en rut.
Il sentit vaguement le canapé s'affaisser à côté de lui.
« Hey, Gally, je voulais te présenter ma copine. »
L'interpellé lui aurait bien répondu qu'il en avait rien à foutre même si Alby était l'une de ses vagues connaissances et que la bienséance voulait qu'il s'y intéresse. Il leva avec mauvaise grâce la tête vers le couple.
Malgré l'alcool, il reconnut sans mal la jeune femme et se figea. Il fallut quelques secondes avant qu'il sente la colère montait en lui.
« Teresa.
- Tu la connais ? »
Gally ignora délibérément la question de l'hôte, son regard fixé sur la brune. Le calme absolu de celle-ci l'énerva davantage. Comment pouvait-elle rester si inexpressive alors que ses yeux bleus le transperçaient ?
« J'hallucine, c'est une putain de blague. » Cracha-t-il en se levant, non sans attraper au passage le reste de son verre.
Il manqua de trébucher contre la table basse, il scruta rapidement chaque personne présente dans la pièce, à la recherche de Ben. Son absence ne fit qu'accroître son irritation.
Il s'engouffra dans le couloir, bousculant au passage des invités. Il devait quitter cet endroit le plus vite possible, il refusait de la revoir après tout ce temps où Teresa avait simplement disparu sans laisser de nouvelle au moment où il en avait le plus besoin. Malgré les années d'amitié passées, il était certain de ne jamais la pardonner.
Gally ouvrit à la hâte la porte de la cuisine et s'immobilisa le temps de comprendre la scène qui se dressait sous ses yeux. Ben se trouvait bien là, assis sur le comptoir en présence de Minho et d'un autre élève dont il avait totalement oublié le nom, seul un vague surnom « Fry » ressortait de ses pensées décousues. Les deux étaient hilares autour d'une table envahie de verres abandonnés. Ben était tout aussi hilare.
« Gally ! » s'exclama-t-il en le voyant enfin « Tu participes à notre after ? »
Il tapota le comptoir pour l'inviter à s'installer à son tour. Galy, lui, pointa du doigt l'asiatique, ouvrit la bouche, prêt à demander des explications sur la présence de ce type. Il chercha les mots qui refusaient de sortir, il abandonna :
« Et puis merde, rien à foutre. On se casse.
- Quoi ? Non, on n'a pas fini. Viens ici, t'as déjà bu du soja ?
- Du soju. » Rectifia aussitôt Minho.
« Soju. C'est vraiment intéressant.
- Ecoute moi bien Ben, t'as dix minutes pour bouger ton cul et me rejoindre dehors. »
Tout de suite, il se foutait royalement de voir son meilleur ami avec ce tocard d'asiatique et cet autre élève. En réalité, il se sentait bouillir, il haïssait le fait de ne pas avoir le contrôle sur tout. Là, chaque chose lui échappait l'une après l'autre.
Il avait l'impression que les battements de son cœur, qui résonnaient dans ses oreilles, surpassaient le volume de la musique qui n'était plus qu'un vague bruit. À moins qu'il ne s'agisse en réalité des basses qui se répercutaient à travers tout son corps. Non, c'était forcément son cœur, il sentait cette douleur étouffante.
Il sortit, respirant enfin un grand coup. Ses jambes flageolantes l'obligèrent à s'assoir sur les marches du perron. Il était perdu. Il but d'une traite le reste de son verre qu'il laissa sur le sol.
« Gally…
- Dégage. »
Mais la jeune femme vint s'assoir à côté de lui, plus attristée qu'apeurée par le regard noir que lui lançait le lycéen.
« Je suis de retour, je te le promets.
- C'est ça, et puis tu vas te recasser trois ans encore. Trois ans, putain.
- Je sais. Je suis là maintenant, je vais t'aider. »
Elle passa sa main sur son bras mais il s'en dégagea aussitôt. Il avait envie de la frapper, de lui faire mal.
« Je n'ai pas besoin d'aide, arête de faire ta sainte.
- J'ai entendu des choses sur toi…
- Merveilleux, vraiment c'est génial. T'as dû être ravie. » Le coupa-t-il, amer.
« Je sais que ce n'est pas toi, tu as besoin d'aide. »
Le ton de la brune s'était fait suppliant. Gally, qui s'obstinait à regarder la rue, ne vit pas le visage inquiet de son interlocutrice.
« J'en avais besoin il y a trois ans, maintenant le mal est fait Teresa. Alors, sois mignonne et casse-toi. »
La jeune femme ne répondit d'abord rien. Elle se releva lentement, comme pour laisser le temps à son ami de la retenir.
« On finit tous par faire son deuil, même si ça doit prendre des années, Gally. »
Elle retourna dans la maison, le laissant seul sur le perron.
« Elle est bien bonne celle-là. » Grommela-t-il.
Comme si on pouvait oublier quelqu'un qui avait eu autant d'importance dans sa vie. C'était qu'un mensonge éhonté. Jour et nuit, depuis maintenant trois ans, il repensait à son frère. Pire encore, il revoyait le regard apeuré de Chuck. « Je suis là », lui avait répété Gally jusqu'à la dernière seconde. « Je suis là. ». Qu'est-ce qu'elle était douloureuse cette phrase, ce n'était que des mots. Toujours des mots, jamais des actions.
Un rire nerveux lui monta dans la gorge puis s'amplifia peu à peu. C'était un rire fou qui envahissait la rue déserte alors que dans la maison, la fête battait son plein.
Le bruit de moteur d'une moto l'aida à se calmer. Il était juste bourré, pas hystérique, et légèrement shooté. Mais il n'était pas fou.
Il regarda le nouveau venu et se fit la réflexion qu'il était tard – déjà deux heures du matin – pour participer à la soirée. L'homme retira son casque et se recoiffa avant de se diriger vers le perron.
Gally reconnut alors Newton. Ce dernier venait aussi de remarquer la présence de son camarade de classe. Il s'était figé quelques secondes avant de venir s'adosser à la rambarde. Aucun des deux ne dit un mot, préférant sortir leur téléphone et s'ignorer. Cependant, Gally ne pouvait s'empêcher de l'observer. Avec sa veste en cuir et sa paire de Doc Martens noire aux pieds, le blond donnait une image tout autre que celle du lycée. Newton avait plutôt l'image du mec classique mais aussi celle du gendre idéal. Ce genre de garçon parfait et bien sous tous rapports. Tout ce qu'il fallait à Gally pour le détester.
« T'as enlevé le balai de ton cul finalement, Newton ? » Demanda-t-il finalement.
La tentation était trop forte, il n'arrivait pas à saquer ce mec, le fait qu'il soit ami avec Thomas n'arrangeait rien. Il vit clairement la moue dégoûtée sur le visage de l'anglais.
« Je joue le taxi pour un ami.
- Bah oui, tiens, faudrait pas que le joli-cœur boive. Ça pourrait le décoincer. »
Pacifique, Newt ne répondit pas. Il en fut presque déçu. Le silence retomba pendant plusieurs minutes jusqu'à que la porte d'entrée s'ouvre derrière eux. En tournant la tête, ils virent tous les deux leur meilleur ami respectif bras dessus dessous et chancelants. Dans une parfaite synchronisation, Newt et Gally froncèrent des sourcils à cette vue pour le moins surprenante.
« Fais chier Ben, j'avais dit dix minutes, pas vingt.
- 'Cuse.
- Ho Newtie, mon sauveur, ça te dit de prendre une bière avant ? Il y a une super ambiance. » Proposa difficilement Minho.
L'anglais leva les yeux au ciel. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait répondu à l'asiatique lorsque ce dernier lui avait envoyé un sms qui le suppliait de le reconduire. En voyant l'état d'ébriété de son ami, Newt se dit qu'il était préférable qu'il dorme chez lui. Les parents de Minho n'allaient certainement pas aimer l'état de leur fils.
« Ma parole que t'es con, toi. Il conduit, tu veux te foutre en l'air ? » Intervint Gally avec une telle véhémence que tout le monde resta déconcerté.
Surtout Newt, qui fut médusé d'entendre une remarque lucide sortir de la bouche de l'élève qui l'avait pourtant provoqué quelques minutes plus tôt. C'était tellement paradoxal.
Sans un mot le blond sortit un second casque de son coffre et le donna à son ami tandis que Gally attrapait sans ménagement Ben par le bras. Les deux binômes se séparèrent.
« À plus Ben, ravi d'avoir fait ta connaissance ! » Entendirent-ils néanmoins.
Cette remarque agaça une nouvelle fois Gally qui accéléra le pas malgré le pas chancelant de son ami.
« Il est plutôt cool Minho en fait, faudrait que tu lui parles plus souvent…
- Pour l'instant c'est toi qui vas devoir t'expliquer. »
Soirée de merde, pensa-t-il.
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Une nouvelle semaine commençait depuis que Newt avait dû jouer les taxis pour l'asiatique. Une fois la gueule de bois de celui-ci passée, l'anglais avait posé de multiples questions sur son subit rapprochement avec Ben. Minho s'était contenté de hausser les épaules et de dire que l'élève était de bonne compagnie. Newt n'en sut pas davantage, ils avaient alors regardé des films une bonne partie de l'après-midi. Toutefois, le blond avait été incapable de se concentrer. Le comportement plus qu'étrange de Gally ne cessait de lui revenir. Il l'avait entendu rire en arrivant à la fête, un rire inquiétant qu'il mettait sur le compte de l'alcool. Mais le moment où il avait fait la morale à l'asiatique restait inexplicable. Cela énervait de plus en plus le lycéen, il détestait être sans réponse. Ce simple détail devenait obsédant.
Newt essaya de chasser ses pensées en reportant son attention sur l'appareil photo qu'il tenait entre les mains. Qu'allait-il pouvoir tirer de lui ? Il n'avait pas la moindre idée de sujet pour l'exposition de fin d'année. Il avait des mois avant que celle-ci se produise, toutefois Martha était venue l'informer d'un détail bien plus problématique. En effet, la jeune fille avait décidé de collaborer avec le club de journalisme du lycée. Ils devaient donc fournir des photographies pour illustrer les articles. Si cela ne tenait qu'à Newt, il aurait utilisé Google image.
« Tu pourrais te charger de la section sport, comme ça t'auras une bonne excuse pour immortaliser mes exploits. » Déclara Thomas à côté de lui après être sortis de la cantine.
« Excellente idée Tommy, je pourrais te photographier à ta prochaine chute. Ce serait vendeur mais ta popularité chuterait en même temps que toi. Ce sont les dures lois du business. »
Le brun marmonna et se plaignit. Newt et Minho ne manquaient jamais une occasion de lui rappeler la fois où il était tombé lamentablement sur la piste, l'anglais faisait encore parti du club d'athlétisme cette année-là.
« T'es sûr que ça fonctionne encore cette chose au moins ? Ça fonctionne comment d'ailleurs ?
- Affirmatif. Il suffit d'appuyer là, on ne peut pas faire plus simple. Quand je vois le monstre que possède Martha je me dis que je préfère largement mon polaroid…
- On fait un selfie ?
- C'est un polaroid, pas un smartphone. » Expliqua-t-il avait condescendance.
Thomas était définitivement insensible aux charmes de l'ancien.
« Fais pas ton chieur, allez. Juste une, s'il te plaît ! »
Le brun se mit à secouer son ami tout en le suppliant comme un enfant jusqu'à qu'il cède.
« Mais c'est cher les pellicules.
- Dis-le si tu ne veux pas de souvenir de moi, traître. »
Newt capitula, il était impossible d'avoir gain de cause. Il tendit les bras en l'air et tenta de cadrer plus ou moins la photo à l'aveugle. Il sentit Thomas glisser son bras autour de ses épaules et sa tête se coller à la sienne.
« Prêt ?
- Toujours ! »
Il appuya sur le bouton, aussitôt le flash s'enclencha. Newt adorait le son si caractéristique des polaroids. Il se saisit de la pellicule.
« Il ne faut pas secouer pour faire sécher ? J'ai vu ça dans un film.
- Hnhn, très mauvaise idée, ça abîme plus qu'autre chose.
- Oh. » Fit Thomas déçu de ne pas pouvoir montrer qu'il n'était pas si ignare que ça.
Quelques minutes plus tard, ils purent admirer la photographie. Newt avait un visage bien trop sérieux. Il n'aimait pas être pris en photo, il ne savait jamais comment composer son visage. Dès qu'il souriait le résultat n'était pas naturel.
Heureusement que Thomas rattrapait la photographie, comme à son habitude il était radieux, il possédait ce charme inné. La pellicule ferait un bon souvenir.
« T'as peut-être raison, je vais me charger de la rubrique sportive.
- J'ai toujours raison. En plus cette semaine, ce sont les recrutements pour avoir de nouvelles têtes. »
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Les recrutements se déroulaient de la façon suivante : l'athlétisme le mardi, le rugby le mercredi, le basket le jeudi et le cheerleading le vendredi. Autant dire que Newt finissait par le pire. Chaque jour il se rendait aux recrutements, photographiait les prestations à l'aide de son téléphone, puis avec son polaroid, il réalisait une photo de groupe des nouvelles recrues. Chaque jour, il croisait cette fille qui l'avait abordé au club photo. Elle mitraillait les sportifs, et étrangement, elle ne lui adressa pas une seule fois la parole.
Vendredi, poussé par la curiosité, il alla l'aborder. Elle était tellement concentrée qu'elle ne le remarqua pas.
« Hm… Excuse-moi, tu viens pour le journal ?
- Le journal ? Pas du tout, c'est ton cas ? »
New hocha la tête, légèrement déstabilisé, avant de s'assoir sur le gradin à côté d'elle. La jeune fille avait recommencé à photographier les adolescentes qui effectuaient des pirouettes.
« Pourquoi tu es là alors ?
- Pour mon projet, qu'est-ce que tu crois !
- Attends... Tu as déjà ton thème ? C'est quoi ?
- Le corps durant l'effort. C'est fascinant de voir ce que peut accomplir le corps humain, non ? Le cheerleading est souvent moqué mais c'est fou comme c'est physique. Ça demande du talent. »
Au moment où elle parla, une jeune fille manqua sa prestation et tomba de tout son long contre les tapis en mousse. Les deux photographes grimacèrent.
« Bon, ok, le talent n'est pas à la portée de tout le monde… » Admit la jeune fille, « Mais j'aimerais briser les préjugés sur le sport. Je suis grave déçue qu'aucun mec ne postule cette année. Ça aurait été génial pour le projet !
- Mais il n'y a que des filles dans ce club, quel garçon voudrait se risquer à postuler ?
- Je suis bien la seule fille inscrite en boxe là où je vais.
- Oh. »
Newt n'avait plus d'argument valable après une telle révélation. Il n'aurait jamais cru qu'une fille d'un aussi petit gabarit puisse évoluer dans un milieu masculin. Du haut de son mètre cinquante, rien dans son physique portait à croire qu'elle pratiquait un sport de combat. Newt était maintenant prêt à parier qu'elle cachait une certaine musculature sous ses vêtements amples.
« Vu comme ça, tu aurais pu faire un thème sur les préjugés sportifs.
- Bingo. Bon j'ai fini, on se voit lundi au club. Bon week-end Newton !
- Attends, c'est quoi ton nom déjà ?
- Ashton, mais appelle-moi Ash.
- Et toi, Newt alors. »
Elle dévala les marches du gradin et disparut. Un prénom mixte… Newt était à peine étonné de l'apprendre.
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Le soir, l'adolescent traîna devant son ordinateur. Il avait transféré ses photos et les avait triées. Il allait faire une sélection avant de les proposer au club de journalisme. Alors qu'il faisait défiler les photos, il fronça des sourcils et cliqua frénétiquement.
« Le connard, j'hallucine ! »
Mais il dut se rendre à l'évidence que toutes ses photos numériques qui concernées le recrutement de basket étaient gâchées. À chaque fois, il apercevait en arrière-plan Gally en train d'offrir à l'objectif un doigt d'honneur.
« Non mais sérieusement… » Se plaignit-il en se passant une main dans ses cheveux. Il envoya un sms à Thomas pour lui faire part de sa découverte avant de soupirer.
Il décida d'aller prendre sa douche, tant pis, il serait obligé de recadrer toutes ses photos. Depuis la douche, il pouvait entendre bipper de nombreuses fois son téléphone qui traînait sur le lavabo pour diffuser de la musique. Il s'agissait certainement de Thomas qui devait s'échauffer contre le comportement de Gally.
Sa douche brûlante finie, il se sécha. Comme à chaque fois, il s'attarda sur sa jambe infirme où deux longues cicatrices marquaient sa peau pâle. Ces cicatrices que très peu de personnes avaient vues et dont personne ne connaissait la véritable origine hormis sa famille et le personnel médical.
Il releva la tête et se regarda à travers le miroir. Son image donnait-elle l'impression qu'il était un ancien suicidaire ? Y avait-il le moindre indice chez lui qui indiquait qu'il avait passé deux mois en hôpital psychiatrique après sa tentative ? Non, il renvoyait l'image contraire.
Il repensa au projet d'Ash sur les préjugés sportifs. L'idée s'immisça en lui. Les maladies mentales n'avaient pas de visage particulier. Il toucherait un sujet tabou s'il le réalisait. Pour la première fois, il voulait aller à l'encontre des préjugés.
Nous nous retrouvons dimanche prochain !
J'ai une question, quand je finirai Minute par Minute, j'aimerais écrire un recueil d'histoires TMR où le lecteur choisirait le couple et le thème du OS. Est-ce que ce projet vous intéresse ?
Enjoy.
