Respire, respire un grand coup. Ca va aller. Ils te prendront pour une folle, c'est tout. Une folle qui veut attirer l'attention. Harry Potter a bien d'autres chats à fouetter que d'écouter les délires d'une gamine stupide qui bave sur son fils.

….

Est-ce qu'il sait que je bave sur son fils? Ce serait horriblement…gênant.

« Ambre ! S'écrie Louis. Hého ! La Terre appelle Ambre, la Terre appelle Ambre….

- Quoi ?

- Tu regardes dans le vide depuis plus de dix minutes. »

Note pour moi-même: s'assurer que Louis n'est pas télépathe.

« Je me demande si c'est vraiment judicieux de tout avouer au père de James, je chuchote à l'oreille de mon ami.

- Avouer ? Ambre ! Tu parles comme si tu étais une criminelle ! Tu n'as rien à avouer du tout.- Alors qu'elle est le terme utilisé chez les Berford pour illustrer ce que je projette de faire ?

- Hmmm, hésite-t-il. Une explication de faits ?

- Par les caleçons de Merlin, Louis tu…

- J'ai du mal à comprendre ta logique.

- Pardon?

- Tu passes d'une explication de faits aux caleçons de Merlin. Déciderais-tu d'exposer aux Potter une obscure théorie sur ce que la veine scatologique à pu apporter à Merlin ?

- Ca t'arrives de la boucler, parfois?

- Rarement. »

Je lève les yeux au ciel, tandis que James, qui n'a entendu que la dernière partie de notre conversation, éclate de rire. Ce que je peux aimer son rire. Ses yeux pétillent, et une fossette se forme sur sa joue gauche. Il secoue toujours sa tête de ce mouvement désinvolte que j'aime tant, tandis que ses mèches de jais désordonnées volettent dans tout les sens. Comme d'habitude, alors qu'il rie, tout les bruits du dîner semblent s'estomper.

Oh oui, décidément, j'adore quand il rie.

« Aie ! Je crie en sursautant. Pourquoi tu m'a pincée, abruti ?

- Ne me traite pas d'abruti. Tu viens de passer une autre dizaine de minutes à fixer le plafond en bavant. C'est de plus en plus fréquent, ces temps-ci. Désolant. Dé-so-lant. L'élagage adolescent, surement.

-Attention Mesdames et Messieurs, déclame James. Louis Berford, le plus grand prédicateur de tout les temps, est en train, sous vos yeux ébahis, de découvrir une énième théorie foireuse. Cramponnez-vous.

- Haha. Marrant. »

Je jette un œil autour de la table. Rose est en pleine discussion avec Victoire, et il me semble deviner qu'elles parlent quidditch, et de la raclée certaine que j'ai infligé à Lily en début d'année, lors des sélections. C'est horrible lutin roux est parti pleurer dans les jupes de sa mère. Cependant, elle a quand même pu participer à certains match, en tant que poursuiveuse de réserve. Je dois admettre qu'elle est plutôt douée, et même franchement efficace à ce poste. Mis qu'elle y reste ! Mon poste d'attrapeur me va très bien.

Teddy, Georges, Ron, Ginny, Angela et Harry ont engagés une discussion passionnée sur les meilleures équipes de quidditch masculine. Cette famille est obsédée par un sort qui requiert un ustensile ménager. Et c'est moi qui suis désolante.

Mme Weasley et Hermione ont depuis longtemps abandonné la conversation. Cette dernière semble désespérée. Alors que je tends l'oreille pour en connaitre la raison, je comprends que la mère de Ron veut à nouveau dispenser à Hermione des cours de cuisine.

Je sens que la maison va être réduite en cendre dans peu de temps.

Mme Weasley est un véritable cordon bleu, qu'on le sache. Elle mitonne des plats exquis. Mais elle n'a transmis sa passion à aucun de ses enfants. Elle a bien tenté de jeter son dévolu sur Angela, ou Harry, mais ceux-ci se sont esquivés à la vitesse de l'éclair. Seule est restée Hermione, qui n'a pas osée dire non à sa belle-mère. Les premiers cours de cuisine commencé, il s'est avéré que la mère de Rose et d'Hugo n'était pas le moins du monde faite pour les fourneaux. Mais ça n'a pas découragé Mme Weasley, bien au contraire. Ainsi, tout les étés, la maison se vide pendant une journée pour laisser à Hermione le champ libre, et éviter, au maximum, de se faire tuer par une casserole en furie ou une salade printanière vengeresse.

Je me tourne vers Louis. Il fixe désespérément son assiette vide. Ses mèches auburn tombent sur son visage, et j'aperçois ses yeux noirs sillonner de long en large l'assiette d'une blancheur immaculée. Il retrousse son nez, et a l'air fort contrarié de cette absence de nourriture.

« Tu sais Louis, commence James, ce n'est pas parce que tu vas fixer l'assiette que les aliments vont y apparaitre…

- Je t'emmerde.

- Sois poli voyons.

- Je t'emmerde.

- Ambre, je crois que Louis deviens comme Trelawney: il radote autant qu'elle. Je ne serais pas surpris qu'il nous révèle tout à coup une sombre prophétie à base de sinistross et feuilles de thé…

- Certainement, je réplique. Mr Berford, vous êtes atteint d'une maladie très grave dont le traitement n'a pas encore été élaboré: la Trelawnite aigue. Nous vous prions de bien gardez votre calme, et de commencer à rédiger votre testament…. »

Tout à coup, la tablée se tait. Une porte vient de s'ouvrir au rez-de-chaussée. Nous entendons deux personnes descendre l'escalier qui mène à la salle-à-manger. Ensuite, la porte s'ouvre doucement. McGonnagal et Londubat apparaissent dans l'embrasure de la porte.

C'est un remake de « Drôle de couple » version sorciers, nan ?

James me lance un regard dans le genre « je te l'avais bien dit ». Mon ventre se tord d'appréhension, et j'ignore si c'est dû au fait que je devrais tout expliquer sur ma véritable nature plus tard ou tout simplement parce qu'il me regarde.

A méditer.

Harry se lève et avance deux chaises aux nouveaux venus. Tout cela dans un silence de mort. Enfin, après avoir passé plus de deux minutes à se tordre sur sa chaise, Ron prend la parole:

« Mrs McGonnagal ! Neville ! Quel plaisir de vous voir ici ! »

Ron a toujours été mauvais acteur, et cette tentative ratée n'a servie qu'à nous mettre un plus dans l'embarras. Hermione regarde son mari d'un air contrit, puis fait un grand sourire au nouveau venu. Cette grimace ressemble pourtant davantage à un rictus qu'à une véritable manifestation de joie. Mme Weasley soupire, visiblement atterrée par le manque de civilité de ses enfants. Alors que j'entends Georges grommeler « On n'a plus qu'à inviter Rusard, et ou pourra faire une méga party enseignante… », la grand-mère de James et son époux, Arthur Weasley, se lèvent pour serrer la main du couple insolite.

Tout de suite après, même si les visages sont crispés, l'atmosphère se détend. Ron, sur l'ordre de sa sœur -ais non sans grommellement- va chercher des bières-au-beurre avec et sans alcool. Les adultes se saisissent rapidement des chopes, tandis que les enfants - et adolescents- regardent avec dépit le breuvage non alcoolisé. Fred ne manque d'ailleurs pas d'intervenir, secouant ses bouclettes noires et regardant sa mère avec désapprobation.

« Pour quoi on en a pas, nous ? Demande-t-il, légèrement irrité.

- Parce que tu n'es qu'un môme, Freddy, lance James, amusé.

- Je te signale que t'en as pas non plus, gros malin.

- Hé ! Je suis plus vieux que toi, alors je te conseille de la boucler.

- Un an ! On a qu'un an de différence !

- Ca fait toute la différence…

- Oh, toi et tes jeux de mots pourris !

- Je te demande pardon ?

- Exactement ! Et je ne vois pas pourquoi tu fais tout un flan de ces un an de différence, ils ne m'ont pas empêché de sortir avec… »

Je m'empresse de donner un coup de pied à Freddy, heurtant au passage la jambe d'Albus, qui pousse un grognement de mécontentement.

Si j'ai stoppé le cousin de James, c'est parce que….J'étais mal-à-l'aise. Je m'explique: il y a deux ans de cela, alors que James avait recommencé à sortir avec Zya, je me suis….Consolée auprès de Freddy. Ce n'étais sûrement pas la meilleur chose à faire, car James m'a fait la tête pendant un mois après cette relation. Louis était tellement déchiré par cette situation qu'il a failli finir à l'infirmerie.

James s'enfonce dans une bouderie suite à cette évocation. Que ce gamin peut-être caractériel ! C'est vraiment un….adorable, adorable gamin. Mais un sale gamin quand même !

« Les enfants ! S'exclame tout à coup Hermione. Il serait peut-être temps de vous lever de table.

- Mais, j'ai pas fini ma bière….

- Hugo, pas de discussions !

- Mais m'man…

- Stop !

- Je te trouve très irritable, tante Hermione…

- James, tais-toi !

- C'est la….commence-t-il en comptant sur ses doigts, trente-troisième fois que l'on me dit ça aujourd'hui. Et la journée n'est même pas finie… Selon toute les prévisions, je crois que je vais battre mon record de….

- FILEZ ! » Hurlent Mme Weasley et Hermione.

Nous nous empressons de nous lever, et je me dirige le plus vite possible vers la porte. Avec un peu de chance, peut-être que….

« Ambre ! Me chuchote James. Tu n'oublies pas quelque chose ? »

Non non, rien de spécial. C'est pourquoi je vais continuer de me…

« Bon d'accord. »

Comment ça d'accord ? Pourquoi ai-je dit ça ? Je ne suis pas d'accord, du tout !

« Papa, commence James. Ambre voudrait vous dire quelque chose…. »

Aucunement !

Je baisse honteusement la tête, et m'avance vers la table. Les enfants ont quitté la salle, et seuls les adultes me dévisagent avec insistance. C'est très gênant. Je me sens devenir plus rouge qu'une tomate, et je préfèrerais subir les hurlements de la vieille d'en haut pendant mille ans plutôt que de subir cet interrogatoire. Car il y aura certainement un interrogatoire. Plusieurs personnes de cette salle sont des aurors, et certains travaillent au département de la justice magique. Je me plains. C'Est-ce qu'on appelle une situation…Délicate.

« James, pas maintenant. Nous n'avons pas le temps, répond son père.

- Mais p'pa…

- Non.

- Ca concerne…

- Plus tard. »

James me regarde avec des yeux suppliants. Il me demande de le soutenir. Hors de question. Ce n'est pas avec ses yeux de chien battu qu'il va réussir à…

« Harry, si je peux me permettre, ce que je vais vous dire pour être vous être fort utile dans les jours à venir. »

Ils me fixent tous, surpris. Même James me regarde avec des yeux ronds. C'est toi qui l'a voulu, mon vieux.

« C'est-à-dire ? Me questionne Ron, suspicieux.

- Je…Je…je sais ce que vous allez affronter, je balbutie. »

Toute la tablée se gesticule, mal-à-l'aise. Ils n'ont pas l'air de me croire. Trouve quelque chose Ambre, trouve quelque chose. Euh….Je suis une elfe ? Nan. Une demi-elfe, une demi. Précisons tout de même. Ma demi-sœur était mon prof de DCFM en première année, et elle avait plus de mille ans? J'ai plus de mille ans ? Ma mère était une reine elfe ?

« Je suis la fille de Serpentard, » je déclare de but en blanc.

Un ange passe. Un troupeau d'anges passe.

« Alors ça, c'est vraiment capilotracté (1) », murmure Georges.

James secoue la tête. Il semble mécontent de la façon dont j'ai annoncé la nouvelle. Il m connait pourtant ! Quand je panique, ou je dis n'importe quoi, ou je dis la vérité.

Pour ceux qui ne suivraient pas, ici, en l'occurrence, c'est la vérité.

« Ambre, ne dis pas n'importe quoi » , m'ordonne Ginny.

Un lourd silence s'installe à nouveau. Tous semblent désemparés. James a l'air de vouloir battre en retraite. Hors de question. J'ai commencé, je finis. Je me campe sur mes deux pieds, bien droite, et inspire un grand coup. Je vais leur conter une longue histoire. Une histoire qui s'étale sur plus de mille ans.