Titre : Tread Softly.
Auteur : Dius Corvus.
Traductrice : Eliane.
Disclaimer: Rien à moi, ni les personnages, ni l'histoire. A peine la traduction.
Avertissement : Cette histoire traite de relations homosexuelles, donc pour ceux que ça dérange… De plus, le rating est amplement mérité, et les situations sont parfois très dures.
Note : La fic est déjà finie et comporte 21 chapitres dont le prologue et l'épilogue donc inutile de s'inquiéter, vous aurez la fin de l'histoire. :-)
L'histoire se base sur les cinq premiers tomes d'Harry Potter.
Voilà à quoi servent mes insomnies. A traduire plus rapidement. :-)
J'espère que ce chapitre vous plaira, et le prochain bientôt, vu que j'ai un peu de vacances. (enfin chez nous on n'appelle pas ça des vacances mais une semaine de relâche pédagogique, ha ha.)
Had I the heavens' embroidered cloths, --William Butler Yeats; "He wishes for the Cloths of Heaven"
Enwrought with golden and silver light,
The blue and the dim and the dark cloths
Of night and light and the half-light,
I would spread the cloths under your feet:
But I, being poor, have only my dreams;
I have spread my dreams under your feet;
Tread softly, because you tread on my dreams.
Chapitre 2.
La pluie ne dérangeait pas Harry. Elle bruinait sur lui et sur les autres première année, glissant sur sa peau et trempant ses vêtements et alors qu'il lançait un charme pour repousser la pluie sur sa malle, il n'en jeta pas un sur lui-même. La sensation du léger ruissellement courant le long de son visage et s'infiltrant à travers ses robes lui donnait le sentiment d'être rafraîchi, propre, et d'une certaine manière, rattaché au monde – tout ce qu'il ne pouvait pas ressentir lorsqu'il ruminait sa situation et repensait à l'étrange rêve.
Il fronça les sourcils lorsqu'il se remémora, une fois encore, le rêve qu'il avait fait la nuit dernière. C'était incroyablement vivant – presque une vision plutôt qu'un rêve et pourtant, ce n'était pas la même sensation en se réveillant que lorsqu'il avait une vision. Cela ressemblait presque à un… souvenir. Il se souvenait de la haine grandissante qu'il avait – non que le garçon de son rêve – avait ressenti, et frissonna. Il leva la tête et ferma les yeux alors que les gouttes de pluie se rassemblaient sur ses sourcils et sur ses cils. Quelque soit le jeu auquel tu joues, Voldemort, pensa-t-il, je ne te faciliterai pas la tâche.
« Premières années, suivez-moi » aboya Mac Gonagall.
Le château était exactement le même que dans son souvenir, et des pensées de rêves remplis de haine et de Voldemort furent aisément chassées lorsque Peeves caqueta et que Mac Gonagall cria, et que les premières années hurlèrent. Harry laissa un petit sourire se glisser sur son visage.
Le sourire se fana, toutefois, lorsqu'il aperçut le Choixpeau effiloché au milieu du Grand Hall.
Mac Gonagall s'avança jusqu'au centre du Hall et d'un regard sévère mis fin aux rires et aux bavardages. Puis elle ramassa le parchemin et cria le premier nom : « Adams, Nathaniel. »
Alors je vais être réparti de nouveau, pensa Harry avec ironie. Le bref bonheur d'être de retour à Poudlard se dissipa alors que ce qu'il avait su tout du long et réussi à ne pas y penser réapparut : il ne serait probablement pas réparti à Gryffondor parce qu'il n'avait plus été un Gryffondor depuis bien longtemps. Il se souvint des mois d'entraînement dans le Nid des Fondateurs, le masque de Gryffondor qu'il avait appris à porter, la baguette d'Yggdrasil qui n'était pas la sienne, le rêve qui ne pouvait pas être sien –
Tu ne sais jamais, murmura une petite voix, inexorablement, tu as sorti cette épée du Choixpeau en deuxième année, n'est-ce pas ? Le petit et terrible espoir s'éleva, comme une vrille de fumée, et Harry déglutit durement et essaya de le repousser avant qu'il ne puisse enflammer ses pensées et rendre la déception encore plus douloureuse.
« Hudson, Frederick ! »
Harry leva les yeux brièvement vers la table des professeurs. Je suppose que je serais réparti en dernier, songea-t-il, et regarda un des première année trotter vers la…
Son souffle se bloqua dans sa gorge. Assis là, acclamant avec joie, il y avait James Potter, avec des cheveux noirs en désordre, les lunettes brillantes, et à côté de lui il y avait Lily Evans, les cheveux roux en arrière et un sourire sur son visage, à côté d'eux il y avait Sirius Black et Remus Lupin et – et Peter Pettigrew. Harry sentit un sentiment froid serrer son cœur alors qu'il scrutait l'homme qui, plus tard, trahirait ses parents. Il ne ressemblait pas à un traître. Il y avait un certain degré d'idolâtrie ou d'indécision idiote mais Harry pouvait aussi voir le courage qui l'avait fait atterrir à Gryffondor. Le courage de se tourner vers Voldemort lorsque ses amis étaient dans le besoin, pensa Harry sombrement, et chassa la pensée avec qu'elle ne puisse s'envenimer. Il se rappela qu'il ne pouvait pas changer le futur – qu'il ne pouvait pas changer son passé.
« Lee, Michael ! »
Il sentit le poids d'un regard et leva les yeux pour voir James Potter qui lui lançait un regard menaçant. Harry détourna les yeux rapidement, se demandant si l'hostilité s'était vue sur son visage. Il sentit sa gorge se serrer – ses parents avaient été trop bon avec ce rat, et à la fin…
« Mattingly, Kathyl ! »
Il vaut peut-être mieux que je ne sois pas réparti à Gryffondor, songea Harry. Il avait su qu'il les verrais un jour ou l'autre – ses parents, et Sirius, et Remus, et Pettigrew, et il n'avait pas ressenti qu'une petite appréhension à cette perspective, mais c'était plus douloureux que son imagination. Ca va être l'enfer de m'habituer à les voir et ne pas rester bouche bée ou m'étrangler, ou ne pas faire quoi que ce soit d'autre. Je suppose que n'importe quelle autre maison fera l'affaire du moment que je ne suis pas à Serpentard. Il jeta un regard à la grande table. Albus s'étoufferait de soupçons si j'étais réparti à Serpentard. Il frissonna et ferma les yeux un moment en se souvenant des mots que le Choixpeau avait eu pour lui lors de sa première répartition – « Tu pourrais être grand tu sais… » Un petit soupçon d'excitation surgit en lui – « tu pourrais être grand et puissant… »
Il se secoua, vaguement troublé, et tourna sa tête avec détermination pour examiner la grande table.
« Turner, Megan ! »
Dumbledore était là, resplendissant dans des robes de violet et d'argent, Flitwick, ressemblant énormément à ce dont Harry se souvenait, regardait les première année avec indulgence, Chourave avait l'air de s'ennuyer. Harry ne reconnut aucun autre membre de l'équipe, mis à part Rusard, qui avait une lueur mauvaise d'un l'œil, comme toujours. Ce dernier aspect était étrangement réconfortant.
« Zwelling, Asmot ! »
« Pouffsouffle ! »
Le dernier première année s'en alla en trottant et Harry réalisa tardivement qu'il était la seule personne debout, là où se tenaient auparavant les première année.
Albus Dumbledore se leva, le visage couronné d'un sourire. « Cette année je vais vous présenter un invité spécial : nous avons ici un étudiant transféré de l'Ecole de Magie Merrimane. Il sera en septième année et je suis sûr que nous nous efforcerons tous de l'aider à se sentir chez lui. Tout le monde, veuillez s'il vous plait accueillir Jonathan Frost ! »
Le directeur se rassit et il y eut des applaudissements sommaires.
« Frost, Jonathan » aboya McGonagall.
Harry s'avança vers le milieu de la salle, trop habitué à être l'objet des regards pour en avoir conscience. Il sentait le regard incessant d'Albus et fit attention à ne pas regarder vers la table des Gryffondors – cela ne lui ferait aucun bien de trébucher au milieu de la Grande Salle mais alors qu'il levait le chapeau et le laissait s'installer au-dessus de ses oreilles, il jeta un regard à la table des Serpentards et il rencontra carrément le regard de Severus Snape. Il hésita, capturé par l'intensité, et ferma les yeux et attendit que le Choixpeau parle.
« Je vois que je t'ai déjà rencontré plusieurs fois auparavant. Etrange que je ne me rappelle pas de toi. »
« Ah », pensa Harry en réponse, sentant une soudaine poussée de plaisir à parler au Choixpeau. Peut-être parce qu'il n'avait rien à cacher – parce qu'il ne pouvait rien cacher – au Choixpeau. « Je présume que tu sais aussi pourquoi ? »
« Hmmm, oui. Et, bien évidemment, je garderai le secret. »
Harry laissa un sourire se glisser sur son visage. "Merci. Et où me placeras-tu ?"
« Tu es quelqu'un de difficile. Tu es travailleur et patient, mais seulement pour parvenir à tes fins. Tu es pourvu d'une grande intelligence, mais tu ne peux pas et ne veux pas te distancer du monde. Une vie de livres n'est pas faite pour toi. Tu as du courage, oui, des monceaux de courage mais tu n'es certainement pas téméraire –»
« Désormais » intervint Harry.
Le Choixpeau eut l'air vaguement amusé. « Oui, désormais. Et tu détestes plutôt les feux de la rampe et la gloire imprudente qui caractérisent si bien les Gryffondors. Serpentard maintenant – tu as de la ruse, tu peux être impitoyable, tu – » Il y eut une pause. Puis, le Choixpeau dit lentement : « Comme c'est intéressant. Il y a… quelque chose avec toi que je n'avais jamais vu, ni que je m'attendais à voir. Et ce n'est pas à moi de te le révéler. »
Harry fronça les sourcils. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Rien » dit le Choixpeau dédaigneusement, mais Harry sentit une once de préoccupation dans sa voix joyeuse. « Tu serais très bien à Serpentard mais l'ambition ne te sied pas. Où vais-je te mettre, M. hummm –»
« Frost » répondit Harry. Il haussa les épaules. « Mets moi où tu voudras. » Il eut un moment d'hésitation en se souvenant du visage souriant de James Potter et du sourire de Lily Evans, et il sentit une pointe de douleur étouffée ; mais il se souvint, aussi, du regard inscrutable dans les yeux bleus de Dumbledore et du frisson d'excitation lorsqu'il avait contemplé la possibilité du pouvoir, et il était douloureusement conscient de la baguette de trente trois-centimètres et soixante-quinze millimètre d'Yggdrasil sur son avant-bras droit. Il poussa un soupir intérieur. « Serdaigle ou Pouffsouffle, s'il te plait. Ce sera moins douloureux et cela ôtera un peu de suspicion alors que j'essaierai de trouver un moyen pour rentrer – à la maison. »
Le chapeau eut un rire. « Une pensée plutôt Serpentarde. Serdaigle ou Pouffsouffle ? Hmm, mais c'est difficilement là où tu appartiens. Tu iras bien dans chacune des deux mais tu ne découvriras pas ce que tu as besoin de découvrir. Il vaut mieux que ce soit… »
« SERPENTARD ! »
Harry enleva le chapeau de sa tête, sachant, sans regarder, que le regard pesant qu'il sentait était celui d'Albus Dumbledore. Evitant une fois de plus de regarder vers la table des Gryffondors, Harry fit son chemin jusqu'au bout de la table des Serpentards. Il hésita un moment lorsqu'il se rendit compte qu'il serait assis à côté de Severus Snape qui regardait sinistrement vers la table des Gryffondors, mais Harry se glissa tout de même dans le siège.
Alors je suis un Serpentard, pensa Harry. La notion n'était pas particulièrement odieuse et des parties de lui qui avaient toujours été déracinées se sentirent immédiatement chez elles, mais d'autres parties de lui, des souvenirs précieux, et ce sentiment fragile d'identité – chancelèrent, et tombèrent dans un gouffre sans fond de brouillard. Arrête ça, pensa-t-il, irrité. Cela fait difficilement une différence. Tu es toujours Harry Potter, tu es toujours le sujet de la prophétie, et peu importe la Maison dans laquelle tu es.
Il savait qu'il devait avancer avec prudence. Il savait sans aucun doute que les suspicions d'Albus s'étaient aiguisées et qu'il serait observé avec plus d'attention que jamais. Mais il connaissait les artifices d'Albus et lorsqu'il aurait trouvé une solution à ce problème de sort de pistage il aurait accès au Nid des Fondateurs et il trouverait un moyen de rentrer.
Il tenta d'ignorer le désespoir étouffé qui lui tombait dessus à cause du fait qu'Albus et lui étaient, une nouvelle fois, adversaires. La meilleure chose que Voldemort ait faite pour moi, pensa Harry, est de nous avoir poussé à devenir ce que l'on était, Albus et moi. De vieux vétérans à la camaraderie étrange. Puis il stoppa le train de pensées avant qu'il ne puisse agrandir le vide en lui et il souhaita que Snape fût le genre de personnes à tenter une petite discussion. Au moins, de cette façon, il aurait été diverti.
Il sentit un léger tapotement sur son épaule et il se tourna pour voir Lucius Malfoy le scruter avec ses yeux gris et froid. Harry cligna intérieurement – il avait oublié qu'il aurait affaire à cet imbécile – mais il se consola : cela aurait pu être pire, bien pire. Dans une autre année, il aurait pu avoir à endurer Macnair ou Rockwood ou Rodolphe Lestrange. Malfoy n'avait jamais été un bon Mangemort : ses intérêts pour la famille Malfoy avaient toujours dépassés sa loyauté pour Voldemort. C'est ce qui avait, au final, causé sa chute.
« Frost » dit Malfoy avec arrogance, « Je suis Lucius Malfoy. »
« Comment vas-tu ? » répondit Harry froidement, se surprenant lui-même de voir comme il était facile de garder son visage calme et froid, sa voix sans expression et suave. Comme c'est facile d'être un Serpentard, pensa-t-il.
« L'idiot amoureux des Moldus dit que tu es un étudiant transféré, » continua Malfoy. « J'ai entendu que l'école de magie Merrimane n'accepte pas les Sangs de Bourbe. »
« Vraiment » dit Harry en haussa un sourcil. Il jeta un regard furtif à la Grande Table et, comme il l'attendait, Albus le regardait. Harry ricana. « Celui qui t'a dit ça est un menteur, » dit-il avec un air désinvolte. « Je suis ce que tu appelles un Sang de Bourbe. »
Le visage de Lucius Malfoy s'ouvrit en un grand sourire méprisant. « Je vois, » jeta-t-il et il se détourna. Harry se détourna également, mais il ne put s'empêcher de regarder la Grande Table une nouvelle fois.
Dumbledore cacha la suspicion qui brûlait encore dans ses yeux bleu pâle seulement une seconde trop tard.
Harry soupira. Il admit que c'était une chose plutôt stupide de se faire des ennemis parmi ses camardes dès le premier jour de l'année mais il avait espéré que cela allègerait quelque peu les doutes d'Albus et c'était bien plus important que la bonne volonté des bigots au sang pur de Serpentard.
Son assiette commença à se remplir de pommes de terre bouillies lorsqu'il leva les yeux pour surprendre Severus Snape qui le regardait avec intensité.
« Quoi ? » demanda Harry sur ses gardes.
Snape ricana et retourna rapidement à son dîner. Ses cheveux noirs plongèrent de chaque côté de son visage. « Tu dois être toqué pour faire de Lucius Malfoy ton ennemi, » dit-il avec condescendance au bout d'un moment.
Harry haussa les épaules, se sentant étrangement réchauffé. Au moins, Snape était toujours Snape – peut-être pas aussi amer, son masque de dédain pas encore parfait – mais Snape tout de même. Personne d'autre ne pouvait ricaner et vous donner l'impression d'être un imbécile comme Severus Snape le faisait. « Il y a une raison pour laquelle je ne suis pas à Serdaigle, tu sais… » dit Harry, la bouche pleine de pommes de terre.
L'autre Serpentard lui jeta un regard foudroyant et Harry répondit avec un sourire qui, il le savait, irriterait le futur maître des potions.
Un lourd éclat de rire attira son attention et avant que Harry ne puise s'en empêcher, il regarda vers la table des Gryffondors. Son appétit s'enfuit. Cela faisait mal de les voir si jeunes, si insouciants… Sirius venait, de toute évidence, de faire une blague et James hurlait de rire. Remus et Lily essayaient de rester en dehors mais de petits rires leur échappaient. Pettigrew avait l'air un air de révérence nostalgique. Sirius tendit un bras et donna un coup dans l'épaule de l'animagus pour jouer.
C'est l'enfer. Je ne peux pas rester ici, pensa Harry férocement alors qu'il retournait à son dîner froid, gardant son visage lisse et dépourvu d'expression alors qu'il levait mécaniquement la cuillère à sa bouche. Je vais rentrer, je vais rentrer bientôt. Il pouvait se remémorer avec une clarté absolue le Nid des Fondateurs et les ordalies que l'on devait subir pour l'ouvrir. Cela serait bien plus difficile cette fois sans l'aide d'Albus et d'Hermione mais il l'avait déjà fait une fois, il le referait une seconde fois.
Il mangea rapidement, avec efficacité, et ne remarqua pas Severus Snape lui lançant des regards curieux régulièrement.
« Le mot de passe et carnificina » dit le préfet de Serpentard, un jeune homme mince, aux cheveux noirs et aux traits aristocratiques.
Au temps pour les mots de passe sympathiques, songea Harry alors qu'il suivait les autres Serpentards dans la salle commune. Elle ressemblait en gros à ce dont il se souvenait : grande, spacieuse, plutôt sombre avec pour seule lumière les faibles flammes du feu et des quelques torches le long des murs. Il y avait des tables à côté des torches et de grands fauteuils verts sentant le renfermé dispersés à travers la pièce.
« Tout le monde devrait aller au lit » dit le préfet. « Je doute que notre directeur de maison, le Professeur Camentum, donne un discours de bienvenue. » Il y eut quelques rires secs et les étudiants commencèrent à se diriger dans les corridors qui les mèneraient à leurs dortoirs.
Harry suivait des garçons dans l'un des couloirs lorsqu'il entendit une voix s'adresser à lui : « Pas si vite, Frost ! »
Il s'arrêta et se retourna pour faire face à Malfoy. Harry eut un moment de déjà-vu lorsqu'il remarqua sur la droite de Malfoy un garçon taillé comme un gorille et sur sa gauche un autre, plus petit, à l'instar d'un singe. Crabbe et Goyle, pensa Harry. Au moins, ils ne sont pas de nouveau dans la même année. Ca aurait été… perturbant.
« Malfoy » dit Harry avec une froide inclinaison de sa tête. Il remarqua, du coin de l'œil, le préfet aux cheveux sombres se tenant carrément en travers du passage des dortoirs – bloquant mon échappatoire apparemment, songea-t-il.
« Nous nous demandons vraiment comment tu as pu tromper le Choixpeau pour qu'il te mette à Serpentard » ricana Malfoy. « Les Sangs de Bourbe dégoûtants ne sont pas admis. »
Harry haussa un sourcil alors qu'il regardait la foule sans passion. Un cercle d'étudiants plutôt âgés s'était formé autour d'eux et Harry eut un autre flash de déjà-vu, cette fois de capes noires et de masques blancs du cercle des Mangemorts de Voldemort. Il chassa rapidement la pensée et remarqua que seulement un tiers des Serpentards faisait parti de cette troupe. Le reste, à l'exception d'un ou deux première année aux yeux grand ouverts, était disséminé à travers la salle commune, agissant comme s'ils n'avaient rien remarqué.
Comportement typiquement Serpentard, songea Harry, en reniflant mentalement. Son regard vagabonda jusqu'à un recoin sombre et il remarqua Severus Snape recroquevillé là, dans un canapé vert. Leurs yeux se rencontrèrent un instant avec que Snape ne se détourne un peu trop rapidement. Le rideau noir de ses cheveux tomba devant son visage.
L'attention d'Harry se reporta brusquement sur les Serpentards autour de lui lorsqu'une fille s'approcha de Malfoy et déclara avec une voix emphatique qui fit ciller Harry : « Nous devrions remettre ce Sang de Bourbe à sa place, n'est-ce pas ? »
Laissons-les essayer, pensa Harry bien conscient que l'importance du pouvoir qui serait déterminé par cette confrontation. Il ourla sa lèvre supérieure et adopta une pose désinvolte, les bras croisés, et la tête légèrement dressée. Le cercle se rapprocha un peu plus. Malfoy poussa Crabbe et Goyle d'un coup de coude, et ils s'avancèrent comme des zombies.
Harry fit un pas de côté paresseusement et mit son pied en avant d'un mouvement presque imperceptible, et les deux idiots tombèrent par-dessus une chaise. Quelqu'un ria avant de se taire rapidement.
Deux cercles colorés apparurent sur le haut des joues de Malfoy. Il sortit sa baguette et siffla : « Adligo ! »
Harry l'esquiva facilement et aurait ricané et se serait glissé dans le couloir vers les dortoirs s'il n'avait pas senti une vague de magie derrière lui. Il l'esquiva immédiatement également et fut vaguement alarmé par la brume de chaleur, par sa méchanceté et sa puissance alors qu'elle volait à côté de lui et s'évanouissait dans les airs avant de pouvoir atteindre Malfoy.
Harry se retourna et son regard rencontra celui du préfet qui avait sa baguette sortie et un sourire froid sur son visage. Intéressant, songea Harry, les yeux rétrécis. Il fit un pas en avant et vit le préfet agiter sa baguette. Une magie froide se regroupa vers lui. Instantanément, Harry agita sa baguette en réponse coupant à travers la magie hostile et les yeux du préfet s'agrandirent. Harry sourit froidement en retour, bien qu'intérieurement il fût plutôt alarmé par la puissance et la complexité de la magie de son adversaire. Je me demande qui il est, pensa-t-il. Il est dangereux. Je ne me souviens pas de lui comme étant l'un de Voldemort mais il… me rappelle quelqu'un.
Leurs yeux se rencontrèrent un instant. Harry sentit un vague, et futile effleurement de ses barrières mentales avant que le préfet ne fasse un pas sur le côté, avec grâce. En défaite, pensant Harry avec une lugubre satisfaction. Il entendit Malfoy crachoter mais il l'ignora et se dirigea vers le couloir. Il ne fit pas attention non plus au regard ferme du préfet aux cheveux sombres, bien qu'il puisse encore le sentir brûler dans sa nuque après qu'il ait disparut au détour du corridor.
Il s'arrêta, se rendant compte qu'il n'avait aucune idée d'où aller. Calme-toi Potter, ne sois pas téméraire, se reprocha-t-il. Bien qu'il ne pensait pas vraiment qu'il ait pu y avoir un piège mortel dans le dortoir des garçons. Le corridor était long, venteux, sombre et pour le moment, vide. La seule source de lumière était une torche à l'autre bout, qui dépassait du haut d'une tapisserie qui était si sombre qu'il ne pouvait deviner ce qu'elle représentait. Il y avait sept portes, quatre à sa droite, trois à sa gauche.
Je suppose que je devrais passer l'une d'entre elles, pensa Harry, bougeant rapidement et trouvant une porte marquée « Septième Année » d'une écriture étrangement serpentine. Il l'ouvrit en poussant, et se trouva en train de regarder d'autres portes. Il cilla. Le doroir des Gryffondors était tellement plus simple…
« Des problèmes, Frost ? »
Harry se tendit et se retourna. Le préfet aux cheveux noirs se tenait nonchalamment appuyé contre le mur, un petit sourire jouant sur son visage.
« Je ne suis pas sûr de quelle porte prendre » dit Harry froidement.
« Ah, » le préfet se redressa, « Avec toi nous avons cinq Serpentards en septième année. Il y a trois chambres dans les dortoirs, deux élèves par chambre. Celle-ci » il indiqua paresseusement vers la porte la plus à droite, « est celle de Winston Crabbe. Celle-là » il pointa la porte à côté, « est là où Lucius Malfoy et moi dormons. Celle-là est celle de Severus Snape. » Harry ne put s'empêcher de remarquer comme les lèvres du préfet se retroussèrent à la mention de Snape. « Et celle-là, c'est là où il y a les toilettes. »
Harry acquiesça.
« Tu peux soit partager ta chambre avec Crabbe ou Snape. » ajouta le préfet. Il avança sa main droite : « Je suis Terrance Lestrange. Ravi de faire ta connaissance. »
Lestrange, pensa Harry. Pas étonnant qu'il ait l'air familier. Rodolphe doit être son frère. Il prit la main de Lestrange et la serra brièvement. « Jonathan Frost. » Leurs mains se séparèrent et Harry eut l'envie immédiate d'essuyer sa main sur sa robe. "J'ai eu une journée fatigante" dit-il alors que Lestrange le regardait d'un air calculateur. « Excuse-moi. » Il se tourna et se dirigea vers la troisième porte à partir de la gauche.
« J'irais avec Crabbe si j'étais toi » appela Lestrange. « A long terme, c'est une meilleure compagnie. »
« Je ne pense pas, » répliqua froidement Harry, sans se retourner, et entra dans la chambre qu'il partagerait avec Severus Snape. Plus tard, lorsqu'il s'assit sur l'un des quatre, larges lits à baldaquin, il se demanda s'il y avait un autre niveau de compréhension aux mots de Lestrange.
Il descendit le long du corridor, frottant son coude blessé, sans croiser les yeux de personne. L'eau de pluie collait toujours à ses robes en lambeaux et il frissonna : il faisait si froid dans les donjons et il ne voulait vraiment pas être malade pour le premier jour de classes.
Il s'approcha de la porte qui disait « Première année » et il manqua de tomber, il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui l'avait poussé.
« Monstre au sang-mêlé » ricana le grand garçon aux cheveux noirs, avant de descendre tranquillement dans le couloir. Quelques autres garçons pouffèrent, le regardant avec dédain, de sa charpente maigrelette à ses robes usées.
Faisant comme si rien ne s'était passé, il poussa la porte du dortoir des première année et, jetant un bref coup d'œil aux quatre portes, plongea à travers l'une d'elles.
Il y avait déjà quelqu'un là, et son cœur se noya lorsqu'il reconnut les traits de l'autre garçon.
« C'est ma chambre » railla le blond de là où il était allongé, sur l'un des quatre grands lits à baldaquin. « Les monstres au sang-mêlé ne sont pas admis. »
Il ne bougea pas pendant un moment, trop plein d'une colère bouillonnante et du désir de crier son héritage réel, avant de partir docilement.
« Pars » cria le garçon, levant sa baguette.
Il serra les dents, se retourna, et sentit une chaude brume de magie frapper son dos. Il se cogna contre la porte et glissa à terre, sa tête tournant. Quelqu'un ouvrit la porte de l'extérieur, il se précipita au travers, le rire des autres garçons se mêlant avec la haine et la colère du monde et de lui-même, qui brûlait, brûlait, brûlait dans son cœur –
Harry se réveilla en sursaut et sa baguette était déjà dans sa main lorsqu'il s'assit bien droit.
Il cilla. Son cœur faisait pulser son sang en une piscine qui faisait de son esprit un fouillis jusqu'à ce qu'il ne puisse plus former une seule pensée cohérente. Il regarda sans voir le mur de pierre blanche légèrement rougi par la faible lumière des braises brûlant lentement de la petite cheminée.
Il s'allongea en arrière, glissant sa baguette en dessous de son oreiller.
C'est un rêve, pensa-t-il, un autre rêve, comme celui d'hier soir. Sauf que ce n'était pas un rêve : ça ne pouvait pas être un rêve. Aucun rêve n'était aussi brut, aussi réel, empli à ce point d'émotion et de douleur ; il pouvait encore sentir le bleu sur son coude, la légère pulsation de douleur dans son dos… Et ce n'était pas une vision, il était sûr de cela. Ce qu'il voyait dans son sommeil ne venait pas de ses murs brisés, et du lien d'une cicatrice maudite, cela venait de quelque part, à l'intérieur de lui.
Vas te faire voir, Voldemort, pensa-t-il férocement, les yeux fixés sur le baldaquin vert, noir dans la pénombre. A quoi joues-tu ? Le garçon dans le rêve – ou le souvenir – ou quoi que ce soit – dans le corps dans lequel il avait été – était incroyablement familier. Comme si c'était le sien. Mais, malgré tout, il ne savait toujours pas du corps de qui il s'agissait, (parce que ça ne pouvait pas être le sien, peu importe à quel point cela avait l'air familier ; il n'avait jamais eu ces souvenirs, il était sûr de ça). Et il avait reconnu le couloir, il n'était qu'à quelque pas de lui après tout : le rêve avait, de toute évidence, prit place ici, dans la section de Poudlard réservée aux Serpentards. Il pouvait encore sentir les visages arrogants se mêler avec les échos de haine et sentir ce ressentiment brûlant, permanent envers lui-même et le monde…
Je ne te laisserais pas faire, Voldemort, pensa Harry avec colère. Il savait que tout ceci devait avoir quelque chose à voir avec Voldemort, et ce brouillard argenté et cette douleur atroce, mais comment, et pourquoi, et même quoi exactement –
Il ferma les yeux. Les réponses étaient si proches, il le savait, si proches et si frustrantes, mais lorsqu'il tentait de les attraper, elles s'enfuyaient comme des ombres et de la fumée voilées par les souvenirs de haine qui rendaient confuses toutes ses pensées.
Il soupira et se retourna. Il n'obtiendrait aucune réponse en ruminant et en se retournant. Dès demain, il s'occuperait de trouver un moyen de contourner le sort de pistage de Dumbledore, et d'ouvrir le Nid des Fondateurs. Là, il trouverait ce dont il avait besoin : des millénaires d'informations précieusement archivées et gardées…
Il fronça les sourcils, ouvrant à nouveau les yeux. Il avait été si occupé à se remémorer le rêve et faire des plans qu'il avait oublié comment il s'était réveillé. Ce n'était pas le rêve lui-même qui l'avait réveillé ; d'une manière, il se rappelait d'un bruit sourd, et de quelque chose heurtant ses poignets. Il se tourna de l'autre côté et regarda le lit de Snape.
La pièce était silencieuse. Des rideaux verts tombaient autour du lit de Snape, cachant son occupant de sa vue. Snape, se souvint Harry, avait eu l'air passablement revêche à l'idée de partager sa chambre avec quelqu'un. Ils n'avaient pas échangé un seul mot ce soir là, à l'exception de Snape lui indiquant brièvement quel lit était le sien. La respiration de Snape, qu'Harry pouvait entendre distinctement malgré le fait qu'elle soit très silencieuse, était calme et contrôlée – trop calme, songea Harry, et remarqua que sur le sol, entre son lit et celui de Snape, il y avait une chaussure qui, il s'en rappelait clairement, n'était pas là avant.
Il se replongea dans son lit, et quelque chose se fraya laborieusement un chemin à travers les souvenirs de rêves perturbants et de pénombre frémissante, et joua sur ses lèvres : ressemblant quelque peu à la pluie, rafraîchissante, nettoyante. Alors c'est de là que venait le bruit, pensa Harry. Il avait une idée plutôt bonne de la façon dont il avait été réveillé et de qui l'avait fait. Il prit une profonde et calmante inspiration et poussa les draps doux plus près de son cou. Puis, se souvenant de toutes ses (efficaces) leçons d'Occlumencie, il tenta de glisser dans un sommeil méditatif et de réussir, enfin, à se reposer.
Le sommeil ne vint pas avant un long moment.
Voilà, voilà. :-)
Prochain chapitre, début des cours et des ennuis. Oui, plus qu'il n'y en a déjà.
