Disclamer : Harry Potter appartient à JKR , mais cette histoire est à moi.

NdA: Cette suite vient de la suggestion de Fatme1 qui m'a soumis l'éventualité d'une suite dans un autre monde. Si tu atterris un jour sur cette page, sache que si je ne t'ai pas répondu, c'est parce que ton mail n'est pas apparu dans ton com. J'espère que cette suite ne te décevra pas.

Un grand merci à Pulcotinette pour la correction.


Se retrouver : partie 2

Je commence à perdre espoir. Je meurs d'angoisse. Après la découverte de l'identité de l'homme de ma vie, j'ai fait mener une petite enquête discrète, et je sais à présent presque tout sur lui. Je sais qu'il a le même âge que moi, c'est-à-dire vingt-cinq ans ; qu'il est le fils unique de l'un des hommes d'affaires les plus riches et les plus influents du pays ; que tout comme moi, il est passé à deux doigts de la mort suite à un grave accident. Cet accident l'a privé de sa mémoire et a changé sa personnalité par la même occasion. C'est tout de même étrange cette ressemblance qu'il y a entre nous deux, vous ne trouvez pas ? Parce que moi, si ... Mais passons pour le moment.

D'après ce que m'a rapporté le détective Lupin, mon ange blond est devenu suicidaire après sa sortie d'hôpital. Je me demande ce que les médecins lui ont fait fumer pour qu'il en arrive là ? Mais bon, nous ne le saurons sans doute jamais. Quoi qu'il en soit, il a attenté plusieurs fois à sa vie, mais heureusement pour moi, il y a toujours eu une âme bienveillante pour lui porter secours. Personne ne sait ce qui est la cause de son état actuel, même les médecins sont perdus. Mais venant d'eux, cela ne m'étonne pas vraiment ... Je sais que je suis injuste avec eux, mais après avoir passé un an à les attendre me dire que je ne marcherais certainement jamais, et que mes efforts étaient vains, j'ai gardé une dent (et pas qu'une) contre eux. Mais bon, ce n'est pas le sujet.

Donc, personne ne connait l'origine de sa dépression. Je trouve la tristesse qui l'accompagne depuis sa mésaventure très curieuse, d'autant plus que d'après ce que j'ai pu comprendre sur lui, avant ce tragique coup du sort, c'était le jeune homme le plus joyeux et fêtard de la terre. Il passait son temps à s'amuser sans se soucier de rien. Il avait même été surnommé "le roi de la nuit" par ses amis et connaissances. Avec une telle réputation, je me demande comment sa vie a fini par prendre un virage aussi brutal ? Et je suis sûr de ne pas être le seul à me le demander.

À la fin de ma petite enquête, j'ai tenté d'entrer en contact avec lui, mais sans succès. Je comprends qu'étant un parfait inconnu pour mon ange, cela est tout à fait normal. Si je veux avoir une chance de le connaitre, je dois me faire présenter à lui officiellement. Ce qui m'est actuellement quasi impossible, étant donné qu'il est dépressif et qu'il s'est enfermé chez lui depuis presque deux mois maintenant.

Vous voyez maintenant pourquoi je commence à perdre espoir ? Et comme un malheur ne vient jamais seul, depuis quelque temps, des idées morbides ont commencées à envahir mon esprit, tandis que des rêves affreux sur sa mort viennent me visiter la nuit. Ces songes me semblent si réels, que j'en tremble encore de peur au réveil. Et non seulement je rêve de son trépas ; mais parfois c'est du mien dont il s'agit. Dans ces cas-là, c'est mon corps que je vois étendu, sans vie, sur le sol d'une grande salle dans un obscur manoir.

Dans ces songes-là, il se tient toujours au-dessus de moi, un homme portant une longue robe noire, dont le visage ressemble étrangement à celui d'un serpent. Il se dirige vers moi, une branche à la main : de l'extrémité de ce petit bâton, plusieurs rayons de lumière verte sortent pour aller s'abattre sur mon corps qui est alors pris de violents soubresauts, pendant que la silhouette d'homme explose d'un rire machiavélique. Après un de ces cauchemars, je suis toujours pris d'une rage froide dont je ne connais pas l'origine, au réveil. Je me demande parfois si c'est mon inquiétude pour Draco qui me fait avoir ses rêves étranges ?

_ Harry ? Harry ! Où es-tu mon chéri ? Retentit la voix de ma mère dans le couloir qui mène à ma chambre.

Je me demande ce qu'elle me veut encore. Est-ce qu'elle va de nouveau essayer de me faire changer d'avis sur Ginny ou bien tenter de me faire retrouver mes souvenirs en m'obligeant à agir comme avant mon accident de voiture ? J'avoue qu'aucune des deux options ne me tente vraiment. Mais sur ce coup-ci, je ne dois m'en prendre qu'à moi-même : j'ai fait une petite dépression après ma rencontre avec Draco, et ma mère a déduit que celle-ci provenait de mon rejet un peu trop hâtif de Ginny. Elle est persuadée, qu'inconsciemment, mon ancien moi tente de me faire comprendre que je dois me remettre avec Ginny, car j'ai encore des sentiments pour elle.

Non, mais, et puis quoi encore ? Merlin a vraiment existé, et moi je suis Harry Potter, un sorcier ! N'importe quoi ! Le jour où je commencerais à éprouver le moindre sentiment pour cette folle, je me pendrais, c'est certain ! Mieux vaut la mort que passer un seul jour à ses côtés. Brrr ! Enfin bon, dans son délire absurde de me remettre avec Ginny, ma mère n'a rien trouvé de mieux pour parvenir à ses fins, que de me faire redevenir le Harry d'avant. Ce n'est pas fait méchamment et cela ne veut pas dire qu'elle m'aime moins maintenant, mais elle croit dur comme fer qu'elle le fait pour mon bien. En vérité, je pense qu'elle et mon père apprécient le changement qui s'est opéré en moi.

Car, d'après ce que j'ai compris, l'ancien moi était quelqu'un de très timide, qui n'avait aucune confiance en lui et qui se laissait toujours marcher sur les pieds. L'ancien Harry n'aimait pas les conflits, alors il cédait invariablement devant tout le monde sans prendre en considération ses propres désirs. Je me demande si cela a été le cas avec Ginny. Cela ne m'étonnerait même pas, connaissant maintenant la petite bestiole qu'est cette fille. Enfin, pour en revenir à son idée saugrenue de me remettre avec elle, ma mère, depuis plusieurs jours, invite Ginny ainsi que son frère Ronald à la maison afin qu'ils m'aident à me souvenir de qui j'étais avant. Entre nous, cela n'a pas vraiment l'air de marcher, si ce n'est pour me mettre les nerfs à vif.

La porte s'ouvre sur ma mère. Elle porte un élégant tailleur vert pomme qui lui va à la perfection. Ma mère est une très belle femme, et ce n'est pas parce que c'est la mienne que je dis. Lily Potter, du haut de ses quarante-sept ans, est l'une des plus séduisantes femmes qu'il m'a été donné de voir jusqu'à présent. Mais bon, nous ne sommes pas là pour faire l'éloge de sa beauté. Elle pénètre dans ma chambre sans me demander la permission et ferme la porte derrière elle. S'étant avancé vers moi, elle prend place sur le fauteuil qui fait face au mien, fixe son regard sur le mien et ne dit pas un mot durant une longue minute. Elle se contente de me dévisager avec intensité, comme elle a pris l'habitude de le faire depuis ma sortie du coma : je crois qu'elle n'arrive toujours pas à réaliser que je suis enfin sorti de mon long et interminable sommeil. Je la laisse faire et attends qu'elle se reprenne pour me dire ce qu'elle est venue faire dans ma chambre.

_ Harry, je sais que tu n'aimes pas vraiment ça, mais ton père et moi-même avons besoin que tu nous accompagnes quelque part ce soir, me dit-elle.

_ Où ça ? Je lui demande.

_ Tu sais que ton père a le désir de s'associer avec Lucius Malfoy depuis des années. Me dit-elle comme si cette information m'était déjà connue.

_ Non, je ne sais pas.

L'inconvénient avec ma perte de mémoire, c'est que parfois, mon entourage l'oubli et me parle de chose que je suis supposé connaitre, mais dont je n'ai aucun souvenir. C'est vraiment frustrant et énervant quand cela arrive.

_ Oh, je suis désolée, mon chéri !

_ Ce n'est rien. Où doit-on nous rendre ?

_ Chez les Malfoy. Je ne sais pas pourquoi exactement, mais Lucius Malfoy a envoyé une invitation à ton père hier afin de convier toute la famille à un dîner ce soir. Il n'a pas indiqué le motif de cette surprenante invitation, mais James tient absolument à s'y rendre, car il voit là une chance de pouvoir se rapprocher de Malfoy.

_ C'est à quelle heure ?

_ C'est à sept heures.

_ Très bien, je veux bien vous accompagner si c'est si important pour Papa.

_ Tu vas venir ? Me demande ma mère avec incrédulité.

_ Eh bien, tu viens de me demander de vous accompagner ...

_ Mais, tu ne vas pas protester et te chercher des excuses ridicules pour ne pas venir ? Me demande ma mère très sérieusement.

_ Non.

_ Tu ne vas pas chercher à négocier ?

_ Non.

_ Tu ne vas pas nous annoncer à la dernière minute que tu ne te sens pas bien et annuler ? me demande-t-elle avec méfiance.

_ Encore une fois, non. J'ai dit que j'allais venir et je compte bien le faire.

_ Bien, je vais donc te faire confiance. À tout à l'heure alors ! me dit-elle avant de quitter ma chambre avec précipitation.

Je crois qu'elle a peur que je ne change d'avis. L'ancien Harry avait une sainte horreur des dîners et des sorties en public. D'après ce que je suis parvenu à soutirer à mon parrain Sirius Black, si l'ancien moi n'aimait pas les conflits et préférait céder que de se battre, celui-ci refusait catégoriquement de fléchir quand il s'agissait d'accompagner ses parents dans des diners officiels. Dans ces cas-là, il se bataillait bec et ongle, et négociait jusqu'à épuisement. En sachant cela, je comprends un peu la méfiance de ma mère ! Sinon, avez-vous, vous aussi, compris la même chose que moi ? Que la personne chez qui nous allons dîner mes parents et moi est Lucius Malfoy ! Lucius Malfoy, comme dans Lucius Malfoy père de Draco Malfoy.

Si j'ai raison ; et je suis certain d'avoir raison, je vais enfin pouvoir revoir le jeune homme qui fait battre mon cœur... Je suis impatient d'être à ce soir. Je ne sais pas qui je dois remercier pour ça, mais il a toute ma gratitude ! Tout d'un coup, l'espoir me revient. Je vais le voir. Je vais le revoir. Je vais enfin pouvoir reposer mes lèvres sur les siens… quoi ? Qu'est-ce que je viens de dire ? Comment ça, reposer mes lèvres sur les siens ? Je n'ai pas souvenir de l'avoir déjà fait. Alors, pourquoi ai-je la sensation que cette déclaration n'est pas aussi saugrenue qu'elle en a l'air ? Est-ce qu'avant mon accident, j'entretenais une relation avec Draco que j'aurais oublié par la suite ? Si c'est cela, est-ce ce qui a fait fuir mon ange lors de notre rencontre à l'hôpital ? Je ne sais pas et cela m'inquiète un peu, parce que j'ai peur qu'il m'en veuille et ne veuille plus me voir.

Je passe le reste de la journée à m'interroger sur le sujet, et je finis avec un mal de tête carabiné et une peur inexplicable. Quand l'heure de se préparer arrive, je vais prendre une douche rapide avant de me choisir une tenue avec la plus grande attention. Je veux me faire beau pour lui. Je veux qu'il ne puisse pas détacher son regard du mien quand il me verra. Comme je ne peux pas me pointer en jean, j'arrête mon choix sur quelque chose de simple et classique. Je prends donc un de mes costumes de marque taillés sur mesure. C'est un costume slim fit, en laine vierge de couleur noir, de la marque Hugo Boss qui souligne ma silhouette à la perfection ; avec ça, une chemise du même vert que l'anis de mes yeux. Et pour compléter le tout, j'attrape une paire de mocassins en cuir noir que j'enfile. Je décide de ne pas porter de cravate et laisse les deux premiers boutons de ma chemise ouverts.

Je tente de coiffer ma tignasse indomptable en arrière, mais au bout de dix minutes, j'abandonne. Je les arrange de façon à leur donner le style '' je viens juste de prendre mon pied'' et non celui ''je viens de me battre avec une poule et j'ai perdu''. Après avoir pris ma montre et mon portable, je quitte ma chambre pour me rendre devant la porte d'entrée. Mes parents sont déjà là et ont les yeux braqués sur moi.

_ J'ai dit que j'allais venir, je leur rappelle en descendant les escaliers.

_ Mais nous n'avons rien dit, proteste mon père.

_ Mais vos yeux, oui.

_ Comme tu es beau, mon chéri ! S'écrit ma mère en venant me tourner autour.

_ Le sport te réussit bien fils, me dit mon père en souriant avec fierté.

_ Merci, papa. Tu devrais m'accompagner, faire un peu de jogging de temps en temps.

_ Il a raison, James. Un peu de sport ne te ferait pas de mal à toi aussi. Regarde le résultat sur Harry !

_ Je n'ai pas le temps pour faire du sport ma chérie, ment mon père. J'ai beaucoup trop de travail.

_ Fainéant va !

_ Et fier de l'être. Et puis, ce n'est pas toi qui a dit que tu aimais mon petit ventre arrondi ?

_ Si si, mais je maintiens qu'un peu de sport serait bon pour toi.

_ Et si nous y allions avant d'être en retard ? je les interromps.

Si je les laisse, ils y seront encore demain matin. Nous quittons la maison et montons dans la voiture qui nous attend déjà devant l'entrée, qui démarre dès que nous sommes installés. Alors que nous roulons en direction du manoir Malfoy, les battements de mon cœur accélèrent. Je suis tellement impatient de le revoir, que je crois que je vais m'évanouir. Le trajet se fait dans le silence, alors que mes parents me jettent des coups d'œil préoccupés. J'ai l'impression que cela fait des heures que nous sommes dans cette voiture. Quand le chauffeur s'arrête finalement devant l'entrée du manoir, j'ai l'impression que mon cœur va lâcher tant il bat vite. Je sens une main se poser sur la mienne. Je n'ai pas besoin de le voir pour savoir que c'est celle de mon père.

_ Si tu ne te sens pas bien, nous pouvons faire demi-tour Harry. Me dit-il délicatement.

_ C'est bon, papa, je peux le faire. Laisse-moi juste une seconde pour me reprendre.

_ Prends ton temps dans ce cas.

_ Merci papa.

Alors qu'il allait descendre de la voiture, je le retiens par le poignet. Je ne sais pas vraiment pourquoi je le fais.

_ Papa ?

_ Oui ?

_ Je t'aime. C'est sorti tout seul, sans que je ne l'ai prévu.

_ Moi aussi je t'aime Harry, me dit-il avec une émotion contenue.

Je le laisse partir. Je prends ensuite cinq minutes avant de me décider à sortir de la voiture. Mes parents m'attendent patiemment devant la porte d'entrée. Quand j'arrive à leur hauteur, mon père sonne à la porte, qui s'ouvre immédiatement. Je pense que le domestique qui vient de nous ouvrir n'attendait que ça. Il nous invite à pénétrer dans la maison, puis referme la porte derrière lui et nous conduit dans une salle à manger où nous attendent déjà nos hôtes. Sans jeter un regard sur les parents Malfoy, mes yeux se posent sur mon amour. Immédiatement, plus rien n'a la moindre importance pour moi, lui seul existe à mes yeux. Je l'ai enfin retrouvé, c'est tout ce qui compte à cet instant.

TR

(Changement de P.O.V)

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis barricadé dans ma chambre. Le temps n'a plus aucune prise sur moi, je ne le vois même pas passer. Il ne fait que glisser sur moi comme de l'eau un peu froide. Après la vision de lui qui m'a semblait si réelle à l'hôpital, j'ai encore attenté à ma vie. Après m'être enfui de la clinique, je me suis précipité à la maison et me suis enfermé dans ma salle de bain. Sous les coups du désespoir et de la douleur, j'ai réduit à néant tout le mobilier. Quand je n'ai plus eu la force de soulever ce qui restait encore debout, je me suis laissé glisser sur le sol, me suis allongé, replié sur moi-même et j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps.

Et quand les larmes se sont finalement taries, j'ai ramassé un morceau de carrelage brisé et m'en suis servi pour me trancher les veines. Ce n'est pas la plus aisée des méthodes pour parvenir à mes fins, mais c'est tout ce que j'avais sous la main à ce moment-là. J'ai dû m'y prendre à plusieurs reprises avant de parvenir à mes fins. Cela a été très douleur, mais, rien de comparable à la peine provenant de mon cœur. Je me serais bien servi d'un morceau de miroir pour le faire, mais mes parents avaient fait retirer tous ceux de ma chambre pour éviter que je ne m'en serve de cette façon. Je ne sais pourquoi personne n'est intervenu durant tout le temps que j'ai mis à tout casser et à pleurer ; mais étrangement, quand je suis enfin parvenu à me taillader les veines, Dobby et mon père sont intervenus et ont stoppé l'écoulement du sang.

Le regard que mon père a posé sur moi quand il m'a découvert baignant dans mon propre sang dans ma salle de bain, m'a fait bien plus mal que mes coupures. Je me suis alors haï pour ce que je lui faisais endurer malgré moi. Je me suis haï pour ma lâcheté. J'aimerais tant ne plus les faire souffrir, lui et ma mère ! Mais cela m'est impossible. Ma douleur et mon envie d'en finir avec cette parodie de vie, sont plus fortes que tout le reste. Après s'être occupés de mes blessures, Dobby et père m'ont mis au lit. Depuis, je n'en ai plus vraiment bougé. Je ne me lève que pour me soulager et pour rien d'autre. Je ne mange que quand ma mère me supplie, les larmes aux yeux, de le faire. Je ne sais pas à quand remonte ma dernière toilette et je m'en moque complètement. Je suis devenu complètement apathique. Plus rien n'a d'importance pour moi, sinon mourir.

Je ne sais pas pourquoi cette dernière vision de lui m'est aussi pénible. En fait, si, je sais. Peut-être est-ce parce que, contrairement aux autres, dans celle-ci, il me souriait comme avant. Dans cette vision, il ne me reprochait pas sa mort, ne me maudissait pas, ni ne me demandait d'en finir avec la vie. Non, dans cette dernière, il me souriait débilement comme avant. J'ai eu comme l'impression qu'il m'attendait, que si j'avais eu le courage de le toucher, cette fois, il n'aurait pas disparu. Mais le problème est que je savais qu'il allait s'évanouir, comme tous les autres rêves avant lui. Si mes doigts l'avaient touchés, il se serait dissipé comme de la fumée. Et je ne voulais pas voir cette image si heureuse et souriante de lui, disparaitre devant mes yeux. Si je veux être honnête avec moi-même, je dirais, que c'est certainement parce qu'il était si heureux, que cela me fait aussi mal maintenant.

Depuis son apparition, ma compagne, la douleur, ne m'a pas une seule fois quittée, pas même une seconde. Son image n'arrête pas de me passer en mémoire, alors que des idées plus folles les unes que les autres me passent en tête. Je rêve qu'il n'était pas juste une vision, mais un être de chair et sang. Je rêve que j'ai eu le courage de le prendre dans mes bras et qu'il m'a pris dans une tendre étreinte en retour. Je rêve que nous vivons ensemble avec nos familles aimantes à nos côtés. Dans ces songes, je suis heureux. Tellement heureux, que j'en pleure dans mon sommeil les rares fois où celui-ci m'est accordé. Voilà comme je vis depuis cette apparition. Je maudis ce jour. Je le maudis de toute mon âme, car, par sa faute, j'en suis venu à espérer et à avoir des rêves.

Je suis dans un état de demi-conscience. Je perçois des bruits de pas dans ma chambre. Je me demande à qui ils appartiennent, mais je suis trop fatigué pour ouvrir les yeux. Le propriétaire des pas s'approche de mon lit. Il s'assoit près de moi, mais je n'arrive toujours pas à savoir de qui il s'agit. Je sens sa main qui vient se poser avec douceur et tendresse sur ma tête. Elle fait de paresseux aller-retour, c'est agréable et reposant. Nous restons dans le silence, moi, parce que je n'ai pas la force de parler et lui, pour je ne sais quelle raison. Je ne sais pas combien de temps nous restons dans cette position, mais je me sens tellement bien ainsi, que cela m'importe peu. Lentement, une douce mélodie s'élève dans les airs. Je ne mets que quelques secondes pour la reconnaitre. C'est impossible ! Comment ? Si c'est une blague, elle est de très mauvais goût.

La colère me prend. Je veux qu'il se taise ! Je veux qu'il ferme sa bouche ! Je ne veux plus l'entendre ! Qu'il se la ferme par Merlin ! Qu'il se la ferme avant que je ne l'y oblige…il n'a pas le droit, il n'a pas le droit. Il ne peut pas chanter cette chanson. Il ne peut le faire. Elle est à nous. À nous seuls. Il n'a pas le droit…pas le droit. Les larmes coulent toutes seules, et c'est la seule chose que je suis présentement capable de faire. Par Merlin, que quelqu'un me vienne en aide ! Je ne crois pas que je puisse en supporter davantage. Je ne sais ni pourquoi, ni grâce à qui, mais ma prière est pour une fois entendu. Le fredonnement s'arrête. Le soulagement me gagne alors. Je mets plusieurs minutes pour m'en remettre. Et si j'y arrive, c'est en grande partie grâce aux caresses que l'inconnu me procure.

_ Soit patient enfant, bientôt vous serez réuni.

Après cette étrange et énigmatique phrase, l'inconnu disparait, comme par magie. Je trouve cela étrange, dans la mesure où la magie n'existe pas dans ce monde. Petit à petit, je sens le sommeil m'attirer à lui. Quand je me réveille le lendemain matin, je n'ai plus aucun souvenir de l'inconnu, et je me sens aussi léger qu'une plume. J'ai comme l'impression que tous mes soucis ont disparus. C'est tellement étrange que je prends peur : qu'est-ce que cela veut dire ? Où sont passés ma douleur, ma déprime et mon inconfort ? Je me creuse la tête pendant de longues minutes, mais je n'arrive pas à trouver la raison de mon changement de comportement. Comme je ne trouve rien, je laisse tomber pour l'instant avant de me rendre dans la salle de bain. Une toilette s'impose ... Et pas qu'une !

Douché et habillé, je quitte ma chambre et me rends au salon en fredonnant un air joyeux. À mon passage, les domestiques me regardent étrangement. Je les comprends parfaitement au vu du changement : moi-même, je suis choqué par ma personne ! Curieusement, depuis mon réveil, je n'ai pas une seule fois pensé à lui. L'aurais-je oublié ? Je m'arrête la peur et la panique au ventre. C'est impossible, je ne peux pas et je ne veux pas l'oublier ! C'est impossible. Jamais je ne pourrais. Il est l'amour de ma vie. Comment pourrais-je l'oublier dans ce cas ? Bizarrement, cette petite crise de panique me rassure. Si je l'avais vraiment sorti de ma tête, je ne serais pas aussi touché.

Je reprends donc ma route en sifflotant cette fois. Quand j'arrive au salon, mes parents sont déjà là. Je m'en vais faire la bise à chacun d'eux, ce que je ne fais jamais. Ils sont très surpris, mais ils ne disent rien. Toujours en sifflotant, je tire une chaise et m'installe. Je me sers ensuite, une généreuse assiette, parce que j'ai une faim de loup. Je dévore plus que je ne mange le contenu de mon assiette sous les regards médusés de mes parents. Quand mon estomac se calme enfin, je me sers un café bien chaud et le bois lentement.

_ Draco, mon poussin, tu vas bien ? me demande ma mère avec un peu de peur dans la voix.

_ Oui mère, parfaitement. Pour tout vous dire, je ne me suis pas senti aussi bien depuis très longtemps. Je ne sais pas pourquoi, mais à mon réveil ce matin, j'ai eu l'impression que tous mes soucis s'étaient envolés comme par enchantement. Je ne sais pas ce qui est à l'origine de cela, mais je ne vais pas me plaindre non plus.

_ C'est… c'est merveilleux, mon chéri ! s'exclame ma mère en se levant pour venir me prendre dans ses bras.

Elle pleure tout en riant, alors que ses bras m'enlacent avec une force dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Mon père, un peu plus réservé, vient se joindre à nous. Il verse lui aussi une unique larme avant de me prendre dans ses bras. La sensation est étrange, car c'est la première fois que Lucius Malfoy me prend dans ses bras. Tout ce que j'ai toujours reçu de mon père jusqu'à ma mort, fut des sortilèges de tortures. Jamais un seul câlin. Je sais bien que mes actuels parents ne sont pas mes vrais parents, mais nous partageons toutefois le même sang. Étonnamment, après mon réveil et après avoir compris ce qui se passait, je n'ai jamais eu de mal à les voir autrement qu'en tant que parent. Et depuis mon éveil dans ce monde, la seule chose dont j'ai toujours été reconnaissant, c'est leur présence près de moi. Si seulement Il pouvait être là, tout serait parfait.

C'est en me promenant dans le jardin que l'idée m'est venue en tête. Elle m'a sauté aux yeux, si je peux dire. Pourquoi n'y ai-je jamais pensé avant ? Je me demande. Pendant tout ce temps passé dans ce monde, comment j'ai fait pour n'y avoir jamais pensé ? C'est tout de même aberrant, non ! Au lieu de passer mon temps à me morfondre, à pleurer sur mon triste sort et à attenter à ma vie, pourquoi n'ai-je pas usé de celui-ci pour chercher à savoir s'il ne se trouvait pas lui aussi dans ce monde ? Comment ai-je pu être aussi bête ? Je n'en reviens pas. Cette idée en tête, je retourne à l'intérieur de la maison et me rends directement au bureau de mon père. Je frappe et attends qu'on m'invite à entrer.

Je pousse la porte et pénètre dans la pièce.

_ Draco, que viens-tu faire ici ? me demande-t-il avec un sourire joyeux aux lèvres.

_ Je ne te dérange pas ? je lui demande avant de prendre place sur la chaise en face de lui.

_ Non, pas le moins du monde. Je viens justement de finir. Que puis-je faire pour toi ?

_ Si je devais trouver quelqu'un, comment devrais-je m'y prendre sans passer par la police ?

Même si cela fait maintenant des années que je suis ici, je ne sais pas vraiment comment tourne ce monde empli de moldus et privé de magie.

_ Qui veux-tu trouver ? me demande Père avec curiosité.

_ Un homme.

_ Qui est-ce ?

_ Celui que j'aime.

Pour la première fois, et depuis que mon psychiatre a dit à mes parents que c'était parce que je refusais d'accepter mon homosexualité que je déprimais, je lui en suis reconnaissant. Car, grâce à cela, je n'aurais pas à batailler avec mes parents.

_ Quel est son nom ? se contente-t-il de me demander.

_ Harry Potter. Il s'appelle Harry Potter.

_ Laisse-moi passer quelques coups de fil, me dit-il avant de prendre son portable.

Assis sur ma chaise, je regarde mon père appeler différentes personnes. Après avoir salué le dernier, il me dit que cela va prendre quelques heures avant d'avoir des réponses. Ensuite, nous parlons un peu de tous, mais à aucun moment de lui. Je lui en suis reconnaissant, parce que je ne sais pas quoi lui dire sur lui. Deux heures après le premier appel, le téléphone de mon père retentit. Nous jouons aux cartes quand l'appel arrive. Il décroche, parle durant une bonne quinzaine de minutes avec son interlocuteur avant de couper.

_ Alors ? je le presse comme il ne dit rien.

_ Eh bien, les Potter habitent non loin d'ici. On est presque voisin si tu veux savoir.

_ Et leur fils ? je demande en craignant la réponse.

_ Il vit avec eux.

Donc, il est ici. Il est ici. Il vit à quelques mètres seulement de moi. Il est ici. Je suis tellement, tellement heureux de l'apprendre, que je m'exclame sans réfléchir :

_ Donne-moi l'adresse, je vais leur rendre visite !

_ As-tu déjà été présenté à lui ? me demande Père.

_ Non, pas dans cette vie. Lui dis-je.

_ Donc, si je comprends bien, tu comptes te rendre dans la maison d'un inconnu sans invitation ?

_ Harry n'est pas un inconnu, je proteste.

_ Ne viens-tu pas de me dire que vous n'avez jamais été présenté l'un à l'autre ?

_ Si, mais….

_ Il n'y a pas de mais.

_ Je dois le voir. C'est impératif, Père. Je dois absolument le voir pour lui dire à quel point je l'aime. Ma voix est tellement pressante et désespérée, que mon père prend peur.

_ Calme-toi fils, je te promets que tu vas le voir.

_ Comment ?

_ Laisse-moi faire. Retourne dans ta chambre, je viendrais te mettre au courant des avancées.

_ Ne puis-je pas rester avec toi en attendant ?

_ Non. Va, je viendrais te trouver.

Je me rends donc dans ma chambre en trainant les pieds. Durant mon attente, je ne peux m'empêcher de faire des allées et venues. Trente minutes après avoir quitté son bureau, mon père vient me voir et m'explique qu'il a invité les Potter le lendemain soir pour le diner. Quand je lui demande si ces derniers vont accepter l'invitation, il me sourit en me disant qu'il n'a aucun doute là-dessus, mais sans me donner la raison. Je suis impatient d'arriver au lendemain soir ; le temps ne m'a jamais paru aussi long. Ce soir, je compte les heures qui me séparent de lui, sans pouvoir trouver le sommeil.

Au matin, je passe ma garde-robe en revue. Je choisis avec minutie ce que je vais porter pour le dîner : je veux être irrésistible. J'arrête mon choix sur un costume sur mesure entièrement blanc, une cravate rouge et des chaussures Richelieu vernies. Tout au long de la journée, je n'arrête pas demander à mes parents si les Potter vont vraiment venir. L'invitation a été faite de façon très cavalière et j'ai peur que cela nous porte préjudice. Mes parents me rassurent comme ils peuvent. Quand l'heure tant attendue arrive, je me prépare avec le plus grand soin et me coiffe élégamment. Mais quand j'aperçois mon image dans la glace qui se trouve dans la chambre de mes parents, je ne suis pas très content de ce que j'y vois. Même si mon costume est fait sur mesure, ma perte de poids fait que je nage un peu dedans.

Je m'en veux de ne pas l'avoir essayé un peu avant. Outre le costume un peu trop grand, mon visage me fait grincer des dents. J'ai les joues très creuses, certainement dues à mon manque de nourriture, les yeux un peu enfoncés et de grosses valises sous ceux-ci. Je suis affreux ! Je ne peux pas rencontrer Harry dans ces conditions. Pourquoi personne ne m'a dit à quoi je ressemblais ? Si Harry me voit dans cet état, il va me tourner le dos. Je pars à la rencontre de mes parents afin de leur dire d'annuler le dîner. Quand je fais part de ma décision à mon père, il me regarde longuement avant de me dire qu'il en est hors de question. Je n'en pas crois mes oreilles, comment peut-il me faire ça ?

Avant que je ne puisse protester, il me dit que les Potter sont déjà arrivés. Quand je lui fais remarquer que ce n'est pas encore l'heure, il me montre l'horloge se trouvant dans la salle à manger, et c'est là que je me rends compte que j'ai mis trop de temps à m'observer et me lamenter sur mon état physique. Je m'apprête à dire quelque chose, je ne sais même pas quoi, quand un domestique vient nous annoncer que les Potter arrivent. Je me dépêche de m'asseoir, car je ne sais pas si mes jambes auront la force de me porter lorsque je le verrai. Et même si je suis honteux de mon apparence, je ne peux enlever la joie que j'éprouve à la seule idée de le revoir.

Le cœur en alerte, les yeux posés sur les battants de la porte, j'attends. Mon attente n'est pas très longue, et seulement quelques secondes après m'être assis, la porte s'ouvre sur lui et ses parents. Mon regard se fixe immédiatement sur mon ancien amant : il est aussi beau que la dernière fois que je l'ai vu. Alors que je me fais cette remarque, l'ironie de la situation me saute aux yeux : c'était aussi lors d'un repas de famille, avec ma famille, que nous nous sommes vus pour la dernière fois. C'est aussi au cours de ce repas, que tous deux, avons perdu la vie : lui lâchement assassiné avec le concours de mes parents, et moi en emportant ses meurtriers dans la mort. Alors que ces pensées me traversent l'esprit, deux autres s'imposent à moi. Est-ce mon Harry, celui de mon monde d'origine, que se tient devant moi, ou bien est-ce un autre ? Et si c'est bien lui, a-t-il lui aussi gardé toute sa mémoire ? J'ai peur des réponses à ces interrogations.