Bonsoir à tous !
J'ai enfin bouclé ce troisième OS. J'ai pris un pari un peu risqué cette fois, donc j'ai hâte d'avoir vos retours pour savoir si j'ai bien fait ça (ou pas !) ^^
Je remercie énormément Katkitten4, Jane Doe51, LaPlumeDeJoy, tearesa, Paiw, CL13 et chou05 pour leurs reviews !
Bonne lecture !
3. Sept mois et deux semaines
Lisbon était en train de discuter d'une affaire avec Cho dans l'open space du FBI. Wylie pianotait sur son ordinateur un peu plus loin. Il ne restait plus qu'eux trois de l' « ancienne » équipe. Les agents Casey et Robinson, une femme et un homme, les avaient rejoints il y a quelques mois pour compléter le groupe. Pour remplacer Abbott et Vega. Cho s'en sortait brillamment en tant qu'agent senior.
Et donc, Lisbon était en pleine conversation lorsque la première contraction de la dernière ligne droite survint.
- Ça va ? s'inquiéta Cho lorsque Lisbon s'interrompit et posa sa main sur son ventre arrondi.
Lisbon fit une petite grimace et alla s'asseoir.
- Ça va passer…
Cho croisa les bras.
- Combien de temps ?
- Je n'en suis qu'à sept mois, Cho…
Devant le regard de ce dernier, elle continua.
- Sept mois et deux semaines…
- Plus de terrain pour vous. J'aurais déjà dû faire ça il y a un moment.
Lisbon soupira et capitula. De toute façon, elle savait bien que ce n'était plus possible. Et ça devenait trop risqué.
- Je vais vous chercher un verre d'eau, déclara Cho en s'éloignant.
- Merci.
Lisbon s'efforça de respirer profondément. La contraction passa, puis recommença un instant plus tard. Ça n'avait jamais été aussi douloureux. Elle passa à nouveau les mains sur son ventre et le massa. La douleur se calma. Puis reprit si fort que Lisbon laissa échapper un gémissement et se baissa en avant, tendue. Wylie se tourna vers elle.
- Lisbon, ça va ?
Elle ne répondit pas, les yeux fermés, se concentrant sur ce qui n'allait justement pas. Cho revint, un verre à la main. Voyant l'agent ainsi prostrée, il posa le verre et s'accroupit près d'elle.
- Lisbon, vous devriez rentrer chez vous.
Elle releva la tête, le souffle court.
- Cho… Le bébé va arriver. Je perds les eaux.
Sa voix trahissait sa panique. Fidèle à lui-même, Cho garda son sang-froid et plaça sa main dans le dos de Lisbon.
- D'accord. On va à l'hôpital.
Lisbon secoua la tête.
- Non… Ce n'est pas… Sept mois et deux semaines…
- Il faut qu'on y aille, Lisbon. Je ne pense pas être capable de transformer Wylie en sage-femme.
Il l'aida à se lever et ils se dirigèrent vers l'ascenseur. Entre-temps, le génie de l'informatique s'était levé, regardant la scène bouche-bée.
- Wylie, tu es en charge jusqu'à mon retour, lui lança Cho en entrant dans l'ascenseur.
- Heu… Mais… D-D'accord, répondit celui-ci.
Une fois dans la voiture, Lisbon sortit son portable et composa le numéro de Jane. Elle respirait avec difficulté.
- Allô ?
- Jane, c'est moi. Cho m'emmène à l'hôpital, je vais accoucher.
Il y eut un bref silence.
- J'arrive tout de suite.
- Jane, reprit Lisbon, incapable de cacher sa peur. C'est trop tôt…
- Ecoutes-moi, Teresa. Essaies de garder ton calme et de bien respirer. Je te retrouve dans quelques minutes. Tout va bien se passer.
Lisbon étouffa un cri.
- Accélère, Cho, souffla-t-elle. A tout à l'heure, Jane.
- A tout à l'heure.
Cho passa à la vitesse supérieure et ils se retrouvèrent à l'hôpital en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Jane les retrouva quelques minutes plus tard. Lisbon venait de se faire examiner par une sage-femme qui confirma que l'accouchement n'allait plus tarder. Les infirmières allaient arriver pour prendre Lisbon en charge. Jane la prit dans ses bras.
- Jane, mon Dieu, souffla-t-elle en s'accrochant à lui.
Il la serra contre lui.
- Teresa, il y a des centaines d'enfants prématurés qui naissent chaque jour en bonne santé. Ca va bien se passer.
Il se recula et prit son visage entre ses mains.
- Je suis terrorisée, lâcha-t-elle.
Il plongea son regard dans le sien.
- Je te promets que tout ira bien. Dans quelques heures tu vas être maman, d'accord ? Et les couches sales, c'est ça qui devrait vraiment te terrifier à mon avis.
Jane relativisait. C'était vrai, la prématurité était presque courante de nos jours et les hôpitaux performants. Bien-sûr, il aurait préféré que tout se passe normalement, mais il n'était pas affolé. Lisbon continua de le regarder, tétanisée.
- Cette petite crapule en fait déjà voir de toutes les couleurs à ses parents, tu peux le croire, ça ? ajouta-t-il avec un sourire qui se voulait rassurant.
Lisbon eut un petit sourire en retour. Il avait toujours le bon mot.
- Madame Jane, vous allez pouvoir entrer en salle d'accouchement, annonça l'infirmière. Il ne peut y avoir qu'un seul accompagnateur, précisa-t-elle en jetant un œil à Cho et Jane.
- Je m'en vais, fit Cho.
Jane lui tapota le bras.
- Merci de t'être occupée d'elle.
- Pas de quoi, répondit l'asiatique avec un hochement de tête. Portez-vous bien.
Deux heures et demie plus tard, le bébé commençait sa descente sous les efforts de Lisbon. A ses côtés, Jane lui tenait la main et l'encourageait. L'état de panique de Lisbon s'était momentanément envolé, remplacé par la concentration, la douleur, la chaleur, et l'envie de faire naître son enfant.
- Tu y es presque, Teresa, c'est bientôt fini, dit Jane.
Lisbon laissa retomber sa tête sur l'oreiller le temps d'une seconde pour souffler et le regarda.
- C'est bientôt le début, corrigea-t-elle, haletante.
Il lui sourit et pressa sa main, puis Lisbon poussa une dernière fois et sentit enfin le petit être sortir de son corps. Tout lui sembla se passer très vite, elle entendit le médecin annoncer que c'était une fille –ce qu'ils savaient déjà-, elle vit Jane couper le cordon les mains tremblantes, des blouses blanches s'activer autour d'elle et elle réalisa.
- Elle ne pleure pas ! s'écria-t-elle tandis que les sages-femmes prenaient le nouveau-né en charge.
Lisbon attrapa à nouveau le bras de Jane pour qu'il la regarde.
- Elle ne pleure pas Jane, qu'est-ce qu'il se passe ?
Elle avait déjà des sanglots dans sa voix, elle était à bout de nerfs. Jane, quant à lui, avait le regard rivé sur l'équipe médicale qui s'affairait autour du bébé. Il avala sa salive, l'inquiétude le submergeant. Aurait-il dû s'inquiéter, finalement ?
- Ils s'occupent d'elle, Teresa…
Sans quitter les médecins des yeux, il s'assit sur le rebord du lit et se mit à caresser distraitement la main de Lisbon. Il refusait de vivre une autre tragédie. Il le refusait catégoriquement. Lisbon suivit son regard et porta une main à sa bouche.
- Elle ne respire pas… Oh mon Dieu…
Des larmes lui brouillaient la vue et Jane l'attira contre lui, incapable de dire quoi que ce soit.
Les secondes passèrent.
Lourdes.
Silencieuses.
Puis soudain, un cri résonna dans la pièce, des pleurs, telle une mélodie, telle une délivrance. Lisbon sentit un énorme poids se retirer de sa poitrine et se mit à sangloter de soulagement. Un large sourire fendit le visage de Jane, barrant la route aux larmes qui coulaient aussi sur ses joues. Lisbon porta une main à sa croix et remercia Dieu. Un instant plus tard, une sage-femme s'approcha d'eux et Lisbon prit pour la première fois Emily dans ses bras.
Elle était minuscule et on lui avait mis un bonnet sur la tête. Jane et Lisbon admirèrent avec émerveillement son visage renfrogné, son petit nez, sa petite bouche en cœur, ses petites oreilles. Elle avait cessé de pleurer. Elle ouvrit doucement ses paupières sur deux petites perles sombres.
- Salut toi, fit Lisbon, émue. Elle balada ses doigts sur le visage d'Emily et lui caressa la joue.
Jane chercha la main de sa fille et d'instinct, le bébé referma sa main autour de l'index de son père. Bouleversé, il eut du mal à trouver les mots.
- Petite poupée, tu nous as fait peur. Bienvenue par ici.
Lisbon se détacha de la contemplation d'Emily pour regarder Jane. Ce dernier lui essuya ses joues humides de sa main libre.
- Ça y est, nous sommes parents, dit-elle.
La gorge nouée, submergé de bonheur, Jane se pencha pour embrasser le front de sa femme.
- Nous sommes parents.
Ils regardèrent à nouveau la petite en silence, incapable d'arrêter de la dévisager. Puis la sage-femme revint pour les féliciter et les informer qu'Emily devrait rester à l'hôpital pendant au moins trois semaines à cause de sa prématurité mais que pour l'instant elle était en bonne santé. Fou de joie, Jane se leva pour enlacer la sage-femme.
- Merci pour tout, mademoiselle ! Et remerciez toute l'équipe médicale pour moi !
Lisbon eut un petit rire et regarda Emily.
- Je suis désolée de te l'annoncer mais ton papa est un peu cinglé.
La petite lui répondit par un bâillement. Jane laissa la jeune femme tranquille et elle quitta la chambre, un peu embarrassée.
- Tu veux la porter ? proposa Lisbon.
Tout sourire, Jane prit Emily dans ses bras et, comme il l'avait fait il y a quelques instants avec Lisbon, lui embrassa le front.
- Tu es aussi jolie que ta maman.
Lisbon roula des yeux et reposa sa tête sur l'oreiller. Maintenant que l'adrénaline était passée, la fatigue l'envahissait. Après un moment à la bercer, Jane habilla Emily avec une grenouillère. Refaire ces gestes réveillait forcément des souvenirs en lui, mais de bons souvenirs, et rien ne pouvait gâcher ces premiers instants qu'il passait avec sa fille. Il la déposa délicatement dans son berceau en plastique. Il revint ensuite auprès de Lisbon. L'agent le regardait avec tendresse. Jane lui caressa les cheveux.
- Je vais dormir un peu.
- Dors autant que tu veux. Je gère la situation.
- Il va falloir prévenir tout le monde…
- C'est prévu.
Ils se sourirent mutuellement. Puis Jane fit glisser sa main jusqu'à la joue de Lisbon et son sourire s'estompa quelque peu.
- Teresa… Tu sais que je n'aurais jamais pu espérer avoir une famille à nouveau. Et sans toi… Ça ne se serait jamais arrivé. Merci.
Teresa hocha la tête, touchée. Jane eut un petit sourire et se leva.
- Et, Jane, si tu pouvais…
- Empêcher les gens de débarquer dans la chambre avant quelques heures ? C'est prévu aussi, dit-il avec un clin d'œil.
Lisbon sourit à son tour, et cette simple phrase, cette phrase qui lui rappelait finalement tout ce pourquoi elle aimait Jane la poussa à le retenir par la manche.
- Jane… Je veux te dire…
Intrigué, il s'assit à nouveau.
- Il faut que tu saches… que… Tu penses peut-être être le seul à avoir de la chance, mais c'est faux. Je me sens chanceuse aussi. Il y a quelques années, l'idée de fonder une famille ne me préoccupait absolument pas et… T'avoir rencontré m'a changé. Même si les circonstances n'étaient pas idéales, c'est la plus belle chose qui me soit arrivé, Jane. Et je t'aime depuis si longtemps, et maintenant nous sommes mariés et nous avons Emily… Et je voulais aussi te dire que tu mérites ce qui t'arrives. Ne pense plus jamais le contraire. Tu as fait des erreurs, mais tu as profondément changé et tu es quelqu'un de bien. Tu es quelqu'un de merveilleux, Patrick Jane. Tu me rends heureuse et… tu vas être un père génial pour Emily.
Les larmes étaient à nouveau montées aux yeux de Jane. Pour toute réponse, il se pencha vers elle et l'embrassa longuement. Quand ils se détachèrent, Jane la regarda dans les yeux.
- Tu n'as pas idée de combien je t'aime.
- Tu crois ça ? répondit-elle avec un sourire.
- Il faut que tu te reposes. Je reste dans le coin.
Lisbon hocha la tête et se remit en position couchée, sur le côté, tandis que Jane quittait la pièce. Elle posa son regard vers le berceau en plastique. Emily dormait, à présent.
- Ton papa et moi, nous ferons en sorte que chaque jour, tu sois heureuse, mon amour. Chaque jour.
