Chers lecteurs,
Après une longue année de panne d'inspiration j'ai décidé de reprendre la plume afin de publier le troisième chapitre de mon histoire "Offrez-moi l'oubli". J'espère que vous me pardonnerez mon retard que le résultat sera à la hauteur de vos attentes.
Je publierais très bientôt le 4ème chapitre de mon histoire... mon petit lemon que vous attendez tous avec impatience. ;)
D'ici là je vous souhaite une bonne lecture et espère pouvoir compter sur de nombreuses critiques.
A bientôt! Miosyz
Sa tête légèrement penchée par-dessus l'épaule de sa voisine, sa bouche frôlant son oreille, Sweeney Todd pouvait alors deviner les merveilles se dissimulant derrière cette écorce abîmée et blafarde. Le léger parfum vanillé et la chaleur qui s'en dégageait éveillait en lui une gourmande curiosité. Tel un enfant collant son nez contre la vitrine d'une boulangerie, il ressentait le besoin de toucher la texture satinée de sa surface, de s'enivrer de ses parfums exotiques pour enfin porter à sa bouche cette délicieuse friandises et en libérer toutes ses saveurs. La gourmandise n'est après tout pas un péché s'il on sait en user avec modération, n'est-ce-pas ? Mais tout comme cet enfant tirant la main de sa mère, il lui faudrait attendre l'accord d'une tierce personne pour assouvir ses irrésistibles desseins. La patience n'étant pas la premières de ses vertus, cette pensée le mettait au supplice. Mais comment refuser de se plier aux règles de la courtoisie lorsqu'un met des plus tentants se tient à portée de la main ?
Il glissa donc avec douceur sa prière au creux de l'oreille de Madame Lovett avant de s'écarter de celle-ci. L'attitude qu'affichait alors la boulangère ne put que grandement le décevoir. Pas un rougissement, pas un rictus ne vint troubler la quiétude de ce joli visage au teint cadavérique. Pétrifiée par la remarque de son voisin, elle demeurait immobile et plus aucun de ses muscle ne bougeaient. Semblable à une statue de sel, seules deux billes d'un brun profonds scrutant avec attention le visage du barbier, témoignaient encore de la réceptivité de cette dernière. Avait-elle seulement compris le sens des mots qu'il venait de prononcer ? Etait-il seulement possible que ce barbier, qui depuis bien longtemps feignait jusqu'à sa présence, puisse soudainement s'intéresser à elle ? Elle ne savait que penser mais le trouble qu'elle avait ressenti devant son effronterie était toujours présent à son esprit, chassant toutes ses interrogations. En cet instant elle aurait pu tout donner pour revivre encore de semblables émotions. A son approche, les battements de son cœur avaient frappé dans sa poitrine comme jamais auparavant. Sa respiration s'était accélérée en voyant sa silhouette se penché sur elle. L'haleine du barbier brûlant sa gorge et ses épaules l'avaient plongée dans un état de quasi-inconscience et c'est le souffle coupé qu'elle reçu la requête de son tendre ami. S'arrêter de manière aussi brutale après un tel élan de tendresse avait été bien cruel de sa part. Nellie ne pouvait se contenter d'une pareille audace. Il lui en fallait à présent bien plus pour la satisfaire. Si seulement il pouvait encore jeter sur elle le même sourire carnassier, s'approcher une nouvelle fois à pas de loup, projeter sur elle son ombre terrible et menaçante avant de la serrer avec force dans ses bras. Il l'emporterait alors avec lui dans un tourbillon de violence et de passion avant de rendre son dernier souffle dans les bras de sa victime toute tremblante de plaisir et d'amour pour son bourreau. Elle désirait plus que tout lui offrir son corps et son cœur qui ne vivaient plus que dans cette attente.
Relevant son visage vers elle, elle lui sourit et attendit patiemment de recevoir le baiser de son ange démoniaque. Satisfait de sa bénédiction, le barbier ferma les yeux et se pencha sur elle afin de ceindre ses lèvres aux siennes. Curieusement il n'y rencontra pas une bouche brûlante de désir mais un front glacial aussi froid que le regard qui le scrutait tantôt. La boulangère aurait-elle donc pu changer d'avis ? Ce n'était pas possible. Pas maintenant qu'il se tenait si près de son but. Pourtant il fut obligé de constater que l'attention de Madame Lovett s'était détournée de son amant pour se porter sur la bouteille de gin posée nonchalamment sur la table. Devait-il alors croire à un acharnement renouvelé de son destin s'opposant une fois de plus à ses projets ? Une illusion supplémentaire envolée à jamais ? Brusquement, Nellie se releva et se dirigea vers le comptoir sans que le barbier n'ait la force de la retenir. S'asseyant machinalement sur l'une des chaises, il jeta un œil noir sur le récipient qui brisait tous ses espoirs. La cuisinière quant à elle, tournant le dos à son bel ami se plongeait dans de profondes réflexions. La seule vue du flacon lui avait enfin permis de comprendre le curieux comportement du barbier. Si cet homme, à la fidélité plus qu'agaçante, lui avait proposé de partager son lit ce n'était du qu'à l'ivresse brouillant son esprit. Pourquoi prendre alors le risque de s'abandonner dans les bras d'un homme qui la repousserait dès leurs premières étreintes ? Non, elle si refusait. Si le manque d'attention à son égard la faisait souffrir, un brutal refus lui aurait brisé le cœur. Soudainement, elle entendit la voix grave du barbier qui laissait deviner un profond agacement.
- Dois-je comprendre Madame Lovett que vous refusez ma requête ?
- Ce que vous me proposez là n'a rien d'une requête mon ami. Il s'agit tout au plus d'un délire lié à votre surconsommation d'alcool… De grâce ne prenez pas une initiative qui ne pourra que nous faire souffrir tous deux.
Le ton incertain de madame Lovett et le profond soupire qu'elle poussa par la suite fit comprendre au barbier qu'elle manquait quelque peu de franchise. Se relevant subitement de son siège il rejoignit sa voisine et fit à nouveau preuve d'une audace étonnante
- N'est ce cependant pas ce que vous désirez depuis toujours ? Pourquoi cherchez-vous à repousser mes avances ? Je connais vos sentiments pour moi…
Malicieusement lancée par le barbier, cette remarque rempli la boulangère de colère. Lui faisant soudainement volte-face, elle lui coupa ainsi la parole
- Tout comme je connais votre attachement au souvenir de votre femme M. Todd… Je vous en prie laissez donc de côté votre bouteille de gin et rejoignez de ce pas votre boutique. Je ne pourrais que vous en être reconnaissante.
- Ne comprenez-vous donc rien Madame Lovett ? Ma décision ne tient aucunement aux deux malheureux verres que je viens de boire. Je l'avais prise bien avant de vous rejoindre.
- Alors expliquez-moi comment une telle idée a-t-elle bien pu vous traverser l'esprit… Je voudrais comprendre.
Incapable de trouver une réponse à sa question, le barbier la laissa à ces interrogations pour se rendre devant la vitrine qui lui faisait front. L'aube à peine amorcée, il ne se trouvait encore pas grand monde dans les rues de Fleet Street. Le silence et l'obscurité régnaient encore en maîtres dans ce quartier putride. Une ambiance portant à la réflexion et à la mélancolie et à laquelle le barbier n'était pas insensible. Après un long soupir, il tenta de trouver les mots les plus appropriés pour se justifier.
- Si seulement vous pouviez savoir à quel point le fardeau que la vie m'a attribué me semble lourd à porter. Pas un jour ne se passe sans que le destin ne se joue de moi. Aucun répits ni aucune consolation d'aucune sorte ne vient apaiser mon désespoir… Je voudrais seulement l'espace de quelques heures pouvoir m'en délivrer… Ne croyez-vous pas qu'il serait grand temps pour vous d'en faire de même ?
Les paroles de Sweeney Todd résonnèrent étrangement aux oreilles de la pâtissière. Jamais encore cet homme ne s'était livré aussi ouvertement et cette brutale confession emplie le son cœur de fierté et d'amertume. Ces sentiments de détresse et de solitude, elle les connaissait également. Depuis des années déjà, ils la suivaient comme une ombre détestable et ne la délaissait jamais. Elle s'en était faite des alliés, des amis, bien plus fidèles que ceux qu'elle avait jusqu'à présent côtoyer. Même la présence du barbier miraculeusement revenu de son exil n'avait pu y changer quoique se soit. L'idée de partagé sa peine avec son ami était des plus séduisantes mais le prix à payer ne serait-il pas trop élevé ? Pourrait-elle supporter de ne passer qu'une nuit dans les bras de son bel et tendre amour tout en sachant que le lendemain ils se seraient à nouveau rien de plus que des étrangers ? Avec une douceur infinie, les mains de son complice saisirent ses épaules et la ramena lentement à lui. Ses yeux emplis d'une profonde tristesse se posèrent avec délicatesse sur elle et il poursuivit ainsi son discours
- Nellie, je ne vous demande en cela rien d'impossible. Je ne vous ferais pas un serment, pas une promesse que je ne pourrais tenir. Je souhaiterais simplement vous voir hotter ce masque le temps d'une soirée… montrez-moi ce que vos sentiments pour moi vous inspirent… Inspirez-moi ce que la vie se refuse à m'accorder… de la pitié ! Je vous en prie mon amie, donnez-nous cette chance !
Sa proposition était ainsi faite, que pouvait-elle bien donc y rajouter ? En cet instant, Sweeney Todd et Nellie Lovett n'était plus que ce qu'ils avaient toujours été. Deux âmes émiettées par les épreuves qu'ils avaient traversées. Deux cœurs qui dans un effort violent se dressaient face à ce monde cruel qui s'acharnaient contre leurs rêves et leurs bonheurs. Ce soir, ils conjugueraient à l'unisson leur destin, uniraient leurs pensées et leurs corps afin de trouver dans leur ivresse ce qui leur manquait tant, une raison d'espérer. Madame Lovett frôla d'un doigt la bouche charnue de son partenaire et après avoir lui caresser brièvement le visage joignit ses lèvres aux lèvres aux siennes, deux larmes de joie coulaient le long de leurs joues.
