Le jour s'était levé sur les deux corps assoupis sur le futon, et Tsukane s'était levée sans un bruit. Elle devait partir, vite, oublier ce qu'il s'était passé, ce dont elle avait toujours rêvé lui semblait soudain la plus épouvantable des erreurs. Aller faire ses entraînements matinaux, vérifier que les divisionnaires n'avaient pas mis le Seireitei à feu et à sang pendant la nuit, des taches quotidiennes et routinières dont elle s'acquitterait presque avec joie, ne voulant pas rester plus longtemps avec cet homme qu'elle aimait plus que tout, qu'elle désirait bien plus qu'elle ne s'en serait cru capable. La rousse se rhabilla sans un mot ni même un regard pour celui avec qui elle avait passé la nuit, le souvenir de ses mains sur sa peau, des baisers qu'ils avaient échangés, de toute la nuit en fait, était bien trop présent à son esprit. Elle, la guerrière froide et au fonctionnement presque mécanique, s'était laissée aller dans un débordement de passion et de désir, chose qu'elle n'avait plus connu depuis...trop longtemps... Elle ne devait pas lui accorder un regard, sous peine de vouloir le rejoindre immédiatement et se blottir contre lui, oublieuse du monde entier. Elle finit de s'habiller, ajustant son hakama avec une lenteur cependant volontaire. Il aurait suffit que le troisième se réveille, qu'il prononce un mot, un seul...bon peut-être deux ou trois autres...et elle serait retournée auprès de lui. La jeune femme se maudissait intérieurement de ce comportement presque frivole, cette facilité qu'avait son cœur à espérer des mots qui n'existaient que dans ses songes. Cédant néanmoins à son cœur qui lui hurlait de regarder une dernière fois le doux visage de l'homme qu'elle aimait, elle contempla son corps nu alangui, paisible, le doux sourire qui trônait sur ces lèvres qu'elle voulait encore embrasser.

Et elle partit, sa mémoire encore pleine des soupirs de plaisir qu'il avait laissé échapper, de la sensation de ses mains sur sa peau. La jeune femme devait se convaincre que cette nuit n'avait été qu'un rêve, un fantasme parmi ceux qui la hantaient depuis bien longtemps, un produit de son imagination un peu trop fertile ces derniers temps. Pas le temps de s'entraîner, elle était déjà en retard sur son emploi du temps quotidien. Tsukane passa rapidement dans ses appartements pour se changer, redonner un peu d'ordre à sa chevelure...et son reflet dans le miroir lui confirma que tout cela avait bien été réel. Tranchant parfaitement sur sa peau blanche, à la jonction entre le cou et la clavicule, trônait un petit suçon, discret et pourtant bien visible. Impossible de le cacher sous son col...Sentant le rouge lui monter aux joues, la Roku Seki chercha dans ses affaires un objet rond qui sentait la poussière : une femme lui avait donné de retour de mission dans le monde réel, prétextant que cela lui donnerait meilleure mine...« Fond de teint »...Fronçant les sourcils, elle ouvrit le pot, dégageant un petit nuage de poudre qui se colla à son uniforme. Génial ! Et ce truc était bien trop foncé pour sa peau blanche ! Elle soupira, hésitant encore quelques secondes, alors que ses yeux remontaient vers son reflet et l'objet du délit. Rougissant de plus belle, elle s'empressa d'appliquer de cette étrange produit sur le petit hématome sans un regard pour vérifier si cela restait discret. Un regard à la pendule, elle était encore plus en retard ! Tsukane courut jusqu'à son bureau, entrant en trombe dans la pièce et referma la porte violemment. Il n'était pas là fort heureusement, aussi elle s'assied devant la tonne de paperasse qui trônait sur la table centrale, tachant de trouver une certaine concentration. Nulle trace de la petite fukutaisho ou du narcissique Cinquième siège. Tant mieux. Elle s'étira et se plongea dans l'étude des dossiers tous plus ennuyants les uns que les autres. Son esprit vagabonda bien vite hors de la pièce, de retour la nuit qui s'était terminée bien trop vite à son goût...

On voit que ça...

La rousse demoiselle sursauta et tomba à la renverse, emportant dans sa chute un pile de papiers qui la recouvrirent. Cette voix...Soit elle était en plein délire, soit celui qui hantait ses pensées se trouvait juste en face. Elle se releva, récupérant au passage les feuilles pour les remettre en tas sur la table et jeta un regard noir au Troisième Siège qui était effectivement devant elle. Vu le franc sourire qu'il affichait, elle n'avait pas du se montrer bien convaincante, alors qu'elle laissait sa tête tomber en avant pour rencontrer le bois, dépitée. Elle était incapable de se comporter normalement, son cœur menaçait d'exploser à chaque fois qu'elle l'apercevait. Ses yeux se fermèrent pendant qu'elle réfléchissait à toute vitesse : lui mentir et dire que la nuit passée avait été une gigantesque erreur, lui avouer qu'elle l'aimait depuis toujours et risquer de passer pour une folle, garder le silence sur tout en espérant que le temps effacerait ce passage de sa mémoire ? Inspirant un grand coup pour retrouver un minimum son calme, elle ne put hélas pas s'empêcher de sentir l'odeur de l'homme...Bon dieu ce qu'il sentait bon...Stop ! Elle ne devait pas penser à ça, ce n'était vraiment pas le moment.

Madarame-sama...cette nuit...je...

Elle ne trouvait absolument aucun mot, ils avaient apparemment décidé d'un commun accord de déserter le cerveau de la rouquine, la laissant se débrouiller avec ses sentiments face à l'homme qu'elle aimait plus que tout. Il lui avait demandé de l'appeler par son prénom, mais elle ne pouvait pas, cela prouverait seulement qu'elle avait perdu face à sa rationalité, à son fierté. Un léger mouvement, elle cru que le vent jouait dans les rideaux habillant la fenêtre, le crâne toujours posé sur la table qui semblait soudain sa meilleure amie.

C'était une...

Tsukane ne put hélas continuer sa phrase, son cœur manquant plusieurs battements. Deux bras étaient soudain passés autour de sa taille, un souffle chaud dans son cou lui rappelait des sensations qui la firent rougir à l'abri du bouclier que formait sa longue chevelure. Qu'est-ce qu'il faisait ? Ils étaient dans le bureau voisin de celui du taisho, si celui-ci décidait de débarquer ils finiraient tous les deux encastrés dans un mur. Un frisson lui parcourut le dos, remontant sa colonne vertébrale avec une lenteur sadique, alors qu'il murmurait à son oreille.

Une erreur ? Et si j'ai envie de recommencer, ça reste une erreur ?

Mayday, mayday, Tsukane en arret cardiaque...Le souffle coupé, la demoiselle ne savait vraiment plus quoi faire : elle l'aimait, et malgré ça elle doutait du bien fondé de cette relation. La Onzième Division n'était pas le bastion de l'amour, loin de là, ils étaient fait pour se battre et mourir, pas pour les contes romantiques et dégoulinants de douceurs écœurantes. Et pourquoi fallait-il qu'il lui dise ce genre de choses alors qu'elle ne pouvait absolument pas lui faire face ? Elle sentit la main du Troisième Siège caresser son cou, passant sur la marque qu'il avait laissé, avant de se faufiler sous son haut. Il l'attira contre lui, s'emparant d'autorité de la bouche de la jeune femme pour y déposer un baiser des plus doux. Relâchant ses lèvres, il lui mordilla le lobe de l'oreille et murmura tout bas.

Il n'y a personne à la division, le capitaine les martyrise un peu.

Un fin sourire se dessina sur le visage de Tsukane et elle se retourna pour embrasser cet homme qui était tout pour elle. Les regrets et les flagellations mentales viendraient après, elle voulait juste profiter de cet instant avec lui, caresser cette peau qui lui avait tant manqué en quelques heures à peine. Après tout on apprenait de ses erreurs...