Chapitre 3 : Phénomènes.
Ce rêve était flou, sombre, mystérieux. Comme si j'avais un voile opaque devant les yeux, la bouche et les oreilles. Tout me venait de loin et de façon trouble. Isabella et moi discutions près de la forêt devant le lycée. La lumière ne semblait éclairer qu'elle et très faiblement. Pour la première fois de ma vie j'avais le sentiment d'être moi même, et je compris plus tard pourquoi, je parlais à Isabella de mon "don" sans retenu. Et puis d'un coup la scène se transforma. Isabella devient aussi vaporeuse que la matière qui rendait mon rêve flou. Et je passais la moitié du temps à lui courir après, sans jamais réussir à la rattraper, elle restait toujours à porter de mes sens, je la voyais l'entendais la sentais et pourtant elle restait toujours hors d'atteinte. Je me réveillais d'un coup en sueur et épuisé. Le soleil brillait largement à la fenêtre et j'eu peur d'être très en retard, avant de mon souvenir qu'on était samedi. Je regardais mon réveil 10h30. Je soufflais un bon coup, enfilais un t-shirt et descendit à la cuisine pour manger des céréales. J'y trouvais un mot de Sue « Nous sommes à la Push, rejoins-nous quand tu es réveillé si tu veux. Bises S ». Cette famille a passé trop de temps à se construire des habitudes pour que je vienne tout détruire.
Après mes céréales je remontais prendre une douche. L'eau chaude eut encore le même effet sur moi, elle me détendit et me permis de réfléchir calmement. Bien, reprenons les choses une par une, Isabella Cullen a un secret. Ce secret a un lien avec quelque chose que je ne m'explique pas, qui lui confère une force, une froideur de peau et une capacité de « bouclier mental » qui ne la rend pas « normal ». Cependant je ne crois pas que ce soit tout. Sa beauté n'est pas normale, sa ressemblance et pourtant ses différences physiques si flagrantes entre les membres de cette famille, ça non plus ce n'est pas normal. Il y avait un éclat étrange dans leurs prunelles couleurs or. Et c'est la que je compris quelque chose qui m'avait échappé jusque-là. Les yeux d'Isabella ! Bon sang ! Ils changent ! Le premier jour, son regard était d'un noir d'encre, terrifiant impossible à oublier. Lorsque je l'ai quitté à l'hôpital ses yeux étaient entre l'ambre et l'or, fascinant hypnotisant, tout aussi difficile à oublier. Je ne fus pas surpris de ressentir du soulagement et non pas de la peur face à la découverte de cette nouvelle. J'étais soulagé de ne pas devenir fou, soulager de résoudre une partie du mystère. Bizarrement, je n'arrivais pas à avoir peur. Quoi que je fasse Isabella ne m'effraie pas. Les Cullen cachent quelque chose et je compte bien découvrir quoi. Je me surpris à regretter être en week-end, le mystère que représentait Isabella me fascinait de plus en plus. Je décidai tout de même de sortir de la douche avant de vider totalement l'eau chaude.
J'avais donc aujourd'hui la maison pour moi. Tant mieux j'avais une tonne de chose à faire, le week-end dernier n'avait pas été de tout repos. Je commençais par écrire à ma mère pour la rassurer et lui rappeler au passage de bien effectuer son transfert d'appel vers son téléphone portable. Elle était capable d'oublier et de laisser filer tous les appels qu'on lui passerait.
Ensuite, je rangeais ma chambre, pris le CD de Debussy le mis dans le lecteur CD et commençai mes devoirs. Des dissertations sur Les hauts du Hurle vent et sur une question contemporaine de société. Rien de bien compliqué. Les choses se compliquèrent un peu quand on n'en arriva aux maths. Mais avec un peu de patience et de réflexion, je réussi à finir tous mes exercices avant 19h. Charlie, Sue et les jumeaux venaient de rentrer pile au moment ou je fermais mon cahier. Quel sens du timing ! Leah et Seth se lancèrent à ma recherche, ils me racontèrent leur journée. Ce soir là, le diner en famille se fit dans le calme et dans la légèreté. Voir mon père aussi heureux me rempli de joie. Pendant trop longtemps il avait souffert du départ de maman.
Au lycée le mois qui suivit l'accident fut difficile, source de tension et de gêne. Je me retrouvais malgré moi au centre de l'attention. Lauren était insupportable me suivant partout obsédée par le besoin de se racheter. Je m'évertuais à la persuader que mon désir le plus cher était qu'elle oubliât toute l'affaire et me laisse tranquille, mais elle n'en démordait pas. Elle s'était même mise à déjeuner à la même table que Jessica Angela Ben Eric Kate et moi, qui commençait à être surpeuplée. Je la soupçonnais de se servir de cette histoire pour se rapprocher un peu plus de moi, et bien qu'elle soit une très jolie fille, l'idée me dégoutait. Son arrivée à la table ajouta une ambiance lourde à l'heure du déjeuner. Jessica lui manifestait véritablement une grande animosité. Je n'avais vraiment pas besoin d'une nouvelle admiratrice.
Bella n'attisa l'intérêt de personne en dépit de mes assurances répétées que c'était elle qui m'avait sauvé en ayant un grand reflex. Quand on me dit qu'on ne l'avait pas vu à côté de moi, je menti en assurant que nous étions en train de discuter quand je décidais de pousser Angela et qu'elle me poussait à son tour. Je me demandais bien pourquoi j'étais le seul à avoir vu que Bella était à l'autre bout du parking près de sa voiture avant qu'elle vole (quel autre mot pour d'écrire sa rapidité ?) invraisemblablement à mon secours? Je compris que c'était parce que plus aucun autre élève ne faisait attention aux Cullen. J'étais le seul à être fasciné. Pathétique. Jamais personne ne vint lui demander sa version de l'accident, comme d'habitude les autres élèves l'évitaient, elle et sa famille, soigneusement.
Lorsqu'elle était à côté de moi en classe aussi loin que la paillasse le lui permettait, Bella ne m'accordait même pas un regard ou un bonjour. Le message était clair. Au bout d'un certain j'arrêtais aussi de lui dire bonjour, elle voulait m'oublier, grand bien lui fasse. Cependant par moment ses poings se serraient et je doutais alors fermement de son indifférence à mon égard. Elle regrettait de m'avoir sauvé, je ne voyais pas d'autres explications.
J'avais essayé de lui parler. Après tout je n'avais pas failli à ma part du marché, j'avais tenu ma promesse et avais continué à mentir, je n'avais rien ne dit à personne. Je voulais aussi lui montrer de la gratitude. A l'hôpital nous ne nous étions pas quittés en très bons termes alors qu'elle m'avait tout de même sauvé la vie. Dès le lundi suivant l'accident j'essayais. Elle était déjà installée quand j'arrivais au labo.
Je m'installais, pensant qu'elle allait tourner la tête vers moi, elle n'en fit rien.
Bonjour Bella dis-je avec bonne humeur en prononçant son prénom presque comme
une prière.
Sa tête pivota d'un millimètre, et si je ne l'avais pas observée je ne l'aurais même pas vu bouger, elle bougea le menton en évitant mes yeux et ce fut tout. Notre dernier contact. Elle était à côté de moi j'étais pleinement conscient de sa présence et pourtant, elle n'aurait pas pu être plus loin plus distante. A l'instar de ce qui se passait dans mes rêves, Bella restait insaisissable, hors d'atteinte. Je l'observais régulièrement à distance : à la cafèterait, sur le parking, à travers l'esprit des autres. Je voyais ses yeux s'assombrirent de jour en jour, à la même vitesse que mon humeur, confirmant néanmoins ma théorie. En cours cependant je me montrais aussi indifférent. Hors de question de lui dire que, malgré le peu de contact que nous avions eu, elle me manquait. Elle en savait déjà trop sur moi, la partie était inégale. J'étais malheureux et mes rêves se poursuivaient.
Il n'y eut que Jessica pour se réjouir de la froideur de mes relations avec Bella. Je compris au cours de nos conversations qu'elle avait eu peur que l'accident nous ait rapprochés. Voir que cela avait produit l'effet inverse la rendait particulièrement heureuse. Elle devint de plus en plus incontrôlable, de plus en plus pot de colle. En science-nat elle arrivait même maintenant à se poser au bord de ma paillasse pour discuter, et placer dans toute la conversation des sous-entendus douteux à propos d'une hypothétique relation entre nous, jusqu'à l'arriver de Monsieur Banner, snobant Bella aussi bien qu'elle nous snobait.
La neige disparut pour de bon après ce jour de verglas dangereux, mais mon moral ne remonta pas. Alors un jour pris d'une impulsion je fuyais Jessica à la cantine pour me diriger directement vers la table des Cullen. Je partageais mon cours d'Anglais avec Alice. Si je ne pouvais pas parler à Bella rien ne m'empêchait de parler à sa sœur n'est-ce pas ? Ils semblèrent surpris de moi voir, Bella ne releva même pas la tête.
Salut Alice ! dis-je avec entrain, bizarrement j'étais à l'aise avec elle.
Cette dernière répondit à mon salut avec autant d'enthousiasme
Je voulais te demander, tu sais pour l'exposé sur les personnages féminins dans
l'œuvre de Shakespeare, ça te dirait qu'on travaille ensemble ? En vérité j'ai vu que tu étais toute seule et tu me rendrais un grand service parce...
J'allais lui expliquer que cela me permettrait de ne pas être avec Jessica quand elle me coupa la parole
Parce que comme ça tu éviterais le pot de colle qu'est Stanley.
Je lui souri, décidément nous étions sur la même longueur d'onde !
Effectivement c'est un argument qui n'est pas vraiment négligeable.
Toute la famille me sourit Alice eut même un rire discret, sauf Bella et Rosalie.
Avec plaisir Edward !
Parfait et bien (et je jetais un regard à leur plateau rempli) bon appétit alors lançais-je
espiègle. J'avais aussi remarqué qu'il ne mangeait jamais.
Sans regarder leur réaction mais en sentant tous leurs regards braqués sur mon dos je tournais les talons, persuadé qu'ils comprendraient. Bella n'avait pas relevé la tête. Une attitude exagérée alors que je me présentais directement à sa table pour parler à un membre de sa famille. Elle se force à m'ignorer, c'était devenu évident.
Mike m'alerta d'une nouvelle menace à laquelle je n'avais pas absolument prêté
attention lorsqu'il m'appela le premier mardi de mars pour me demander la permission d'inviter Jessica au bal de printemps qui aurait lieu dans deux semaines.
Tu es sûr que ça ne t'embête pas mec ? Tu ne comptais pas lui en parler ? instit a-t-il quand je lui eus répondu que je n'avais aucune objection (bien au contraire !).
Non Mike, je n'irai pas j'ai déjà quelque chose ce week-end-là.
Danser dépassait largement mes compétences et je ne savais que trop bien ce qu'une cavalière attendrait de moi à ce genre de soirée.
Tu sais c'est drôlement cool pourtant ! Les filles sont beaucoup plus sympas dans ce
genre de moment si tu vois ce que je veux dire !
Ses tentatives pour me convaincre de venir n'étaient guère très enthousiastes. Il préférait surement ma proximité parce qu'elle lui permettait d'être avec Jessica que, véritablement ma compagnie.
Amuse-toi bien avec Jess, tu me raconteras !
Le lendemain, en cours de Maths et d'espagnol je trouvais une Jessica bien songeuse et silencieuse. Elle avait perdu son entrain coutumier. Et c'est quand nous arrivâmes à la cantine que je compris pourquoi. Elle s'assit le plus loin possible de Mike et n'y résistant plus je fouillais leurs esprits respectifs. Alors c'était ça. Jessica n'avait pas décliné purement et simplement l'invitation j'en fus soulagé. Cependant elle n'avait pas répondu tout de suite et Mike avait compris pourquoi, elle attendait de savoir si j'allais l'inviter. Hum il allait falloir que je la joue finement pour qu'elle comprenne qu'elle n'irait pas avec moi et accepte l'invitation de Mike, cela arrangerait ma situation.
Jessica semblait gênée quand nous arrivâmes en biologie. Et c'est seulement lorsque je fus assis, retenant un frisson à cause de la proximité de ma partenaire de paillasse, qu'elle aborda le sujet. Comme toujours j'étais électrisé par la proximité d'Isabella (j'aurai pas la toucher, je sentais son odeur) et de sa distance (à croire qu'elle n'était pas la, qu'un mur de vitre nous séparait) et je ne prêtais qu'une oreille distraite au discours de Jessica.
Tu sais, continua-t-elle de parler les yeux vissés sur le plancher, Mike m'a invité au bal.
Ah c'est génial ça m'exclamais-je en feignant la surprise et le ravissement. Vous allez
vous éclater et faire un super couple ! Vous serez peut-être même élus rois et reine de la soirée qu'est-ce que t'en pense ?
En temps normal je ne me serais pas autant attardé sur ce genre de chose, mais je voulais définitivement que le message soit clair, sans la vexer.
C'est que ...
Elle hésita, étudia mon sourire, attristée par ma réaction. Je le lu dans sa tête et elle me fit de la peine. Elle m'appréciait plus que ce que je pensais et n'était pas qu'une fille superficielle.
Je lui ai répondu que j'avais besoin d'y réfléchir.
Et bien quelle idée. Mike est la personne la plus parfaite pour toi dans ce lycée.
Façon discrète de lui dire que ce n'était pas mon cas.
Je me demandais si… Enfin si toi, Ed tu ne voulais pas m'inviter.
Je gardais le silence un instant pour fouiller son esprit, elle avait compris que j'étais retissant à sortir avec elle. Je ne voulais cependant pas la vexer, elle avait été très prévenante avec moi quand je suis arrivée ici. Je vis la tête d'Isabella pivoter vers nous imperceptiblement, en un geste instinctif. Je retins encore un frisson.
Jess je crois que tu devrais accepter.
Tu as déjà quelqu'un ?
Bella remarqua-t-elle la façon dont les yeux et les pensées de Jessica papillotèrent dans sa direction ?
Non, mais je ne peux pas aller au bal. Et je pense vraiment que Mike et toi êtes parfaits
pour aller ensemble ajoutais-je en lui faisant un clin d'œil.
Pourquoi tu ne seras pas là ?
Peu désireux d'entrer dans des explications sur le défi périlleux que danser représentait pour moi et sur ma détestation de ce genre de soirée je lui donnai le premier prétexte que je trouvais et qui me vint en mémoire.
Je vais à Seattle pour un concours de piano ce samedi-la.
J'avais lu les affiches pour ce concours en ville, je n'avais pas voulu m'inscrire par peur d'être ridicule sans piano pour m'entrainer, mais finalement ce concours tombait à merveille.
A c'est dommage que cela tombe le même week-end. Tu ne pourrais pas venir après ?
Non désolé, ce genre de concours finit toujours tard et le temps que je rentre après, le
bal sera surement terminé. En tout cas tu ne devrais pas faire languir Mike plus longtemps, c'est impoli ! Et puis je crois qu'il en pince pour toi lui dis-je sur le ton de la confidence et pour essayer de lui remonter le moral.
Tu crois ? Oui tu as peut être raison marmonna-t-elle.
Et, découragée et vraiment triste, à ma grande surprise, elle regagna sa place. Je fermais les yeux et appuyais mes doigts sur mes tempes pour repousser la culpabilité et la compassion que j'éprouvais pour elle. Monsieur Banner se mit à parler, je soupirais rouvris les yeux et saisis mon crayon pour composer un nouveau morceau à jouer à ce concours. J'avais déjà étudié ce cours de toute façon. Un courant électrique, d'une violence que je ne connaissais que trop bien maintenant, me parcouru et je tournais instinctivement ma tête vers Isabella. Elle me dévisageait avec cette touche de frustration familière dans les yeux, et c'est la que je me rendis compte qu'en plus de l'électricité, l'attaque contre mon crâne persistait. Déconcerté je soutins son regard, m'attendant à ce que, comme d'habitude, elle détourne le sien aussitôt. Au lieu de quoi elle continua de me scruter de façon pénétrante. Je ne voulais pas céder le premier, alors je lui parlais.
Tu veux bien arrêter ton attaque contre ma tête s'il te plait ? Je ne sais pas quelles
barrières tu cherches à percer mais tu n'y arriveras pas j'entendis ma voix de façon voilée, perturbé par le trouble que son regard provoquait en moi.
Elle fut sous le choc et se détourna. Mes mains se mirent à trembler
Mademoiselle Cullen ? appela le prof, attendant une réponse à sa question que je
n'avais pas entendu.
Le cycle de Krebs Monsieur; répondit-elle avec un sourire dans sa superbe voix en
s'arrachant à la contemplation de mon visage avec une réticence évidente.
Je me concentrais à nouveau sur Banner, pour me donner une contenance. " Je ne vois pas pourquoi je m'entête à l'interroger, les Cullen ont toujours réponse à tout…"
Je me plongeai ensuite immédiatement dans mon livre, plus pleutre que jamais. J'étais incrédule devant la bouffée d'émotion qui m'avait traversé juste parce qu'elle avait daigné me regarder et que j'avais (enfin) pu lui parler directement depuis plus d'un mois. Jamais personne n'avait eu une telle influence sur moi, c'était misérable plus, c'était malsain et je ne devais pas permettre ca. Je fis mon maximum pour l'oublier pendant le reste de l'heure. J'eu beaucoup de mal à me concentrer sur le morceau que j'essayais de composer avec en mémoire les yeux les lèvres et la voix de Bella. Au bout d'un certain temps j'y parvins et j'oubliais tout le reste, tout ce qui ne fut pas mon morceau. Quand la cloche sonna enfin ce fut comme si je sortais d'une transe. Je rassemblais mes affaires en priant pour qu'elle file tout de suite, comme d'ordinaire.
Edward ?
Sa voix n'aurait pas dû m'être aussi familière elle n'aurait pas du me donner immédiatement envie de coucher toutes ces notes sur un papier à musique comme si j'en avais connu le timbre toute ma vie et non depuis quelques petites semaines. Je me retournais en sachant pertinemment ce qui allait se passer : un courant électrique puissant allait encore me traverser. J'étais méfiant, elle avait un visage incroyablement parfait et une expression indéchiffrable.
Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ? Tu me parles de nouveau ça y est ? finis-je par
demander une note d'amertume dans la voix. Trahison de la peine qu'elle m'avait causée en me snobant.
Non pas vraiment admit-elle tandis que ses lèvres retenaient un sourire.
Alors qu'est-ce que tu veux Bella ?
Je fuyais son regard conscient que je perdrais la bataille conter ma colère si je la regardais, déjà son nom résonnait comme une douceur dans ma bouche.
Je te prie de m'excuser (elle paraissait sincère mais sans accès à son esprit, difficile de
vérifier). Je ne suis pas très courtoise, je sais. Mais c'est mieux comme ça crois-moi.
Cette –fois je fus obliger de la regarder, elle était très sérieuse et son regard était empli d'une incroyable tristesse.
Je ne te comprends pas répondis-je avec précaution. J'aurai eu envie d'effleurer son
bras, de toucher sa main, de remettre une mèche de ses cheveux à sa place. Je me retins, surpris par ce genre de sentiment, c'est la première fois que quelqu'un me faisait cet effet-là.
Il vaut mieux que nous ne soyons pas amis, fais moi confiance.
Je fronçais les sourcils, j'avais plutôt envie de lui crier qu'effectivement être son ami ne m'intéressait pas. Pour cacher ma peine je me fis glaciale.
Dommage que tu ne t'en sois pas aperçu plus tôt. Tu te serais épargné tous ces regrets
grondais-je.
Des regrets ? (Le mot et mon ton l'avaient apparemment désarçonné). De quoi ?
De ne pas avoir laissé cet imbécile de fourgon me réduire en bouillie.
Ebahie et éblouissante elle m'observa un moment. Quand elle reprit la parole elle était en colère.
Tu penses vraiment que je regrette de t'avoir sauvé ? Pour quelqu'un de plus intelligents avec d'autres capacités, tu ne comprends vraiment rien à rien !
Je le sais aboyais-je. Ma réaction était démesurée c'est vrai mais j'explosais sans vraiment pouvoir me contenir.
Tu ne sais rien du tout.
Cette fois elle fut vraiment en colère sa voix en était presque rauque (si le velours
pouvait l'être). Cependant je lus autre chose dans son attitude. Elle était triste. Incroyablement triste.
Cependant mon orgueil incroyablement mal placé de personne de sexe masculin me força à ne pas m'en attendrir. Je tournais les talons en serrant les mâchoires et en tâchant de retenir des accusations délirantes que j'avais envie de lui cracher à la figure. Trois pas plus tard je fis tomber mes livres à cause des tremblements dû à la colère. J'eu à peine le temps de me pencher pour les ramasser qu'elle me les tendit, le visage plus tendre et encore un peu de tristesse dans les yeux.
Merci répondis-je attendri malgré tout.
Je t'en prie Edward.
Sa voix était d'une douceur envoutante quand elle prononça mon prénom. J'en fus incroyablement troublé.
Je me redressai avec difficulté et parti encore engourdi par le son de sa voix vers le gymnase, sans regarder derrière moi. La séance de sport fut brutale et me ramena d'un coup à la réalité. J'étais obnubilé par Isabella et je passais le ballon que j'avais dans les mains sans même en avoir conscience. Lorsque le cours prit fin, ce fut une vraie délivrance. Je rejoignais ma voiture en courant presque parce que je souhaitais éviter un maximum de gens. Je fus interrompu par une petite voix fluette qui cirait mon prénom
Edward ! Edward !
Alice ? Qu'est-ce qui se passe ?
Isabella ne te l'a pas dit apparemment mais mon père voudrait te voir. Il a des choses à te dire.
Oh très bien je penserai à l'appeler alors. C'est urgent ?
Pas spécialement, il a précisé de l'appeler que quand tu ne te sentirais prêt. Il a ajouté que tu comprendrais dit –elle.
Alice me sourit et je lui souris à mon tour. Spontanée et agréable, rien ne semblait compliqué avec elle, pas comme avec sa sœur.
Je manquai d'avoir une crise cardiaque quand, au détour d'un bâtiment je distinguais une petite silhouette appuyée contre le flanc de ma voiture. Puis je compris que ce n'était que Kate une amie de Lauren et Jessica, je continuais mon chemin en bougonnant.
Salut Kate !
Salut Ed
Quoi de neuf ?
Euh … Je me demandais juste… si tu accepterais d'aller au bal avec moi.
Sa voix dérailla sur le dernier mot elle était terrifiée comme me le montrais ce que je voyais dans sa tête. Ma réponse la terrorisait. Bon sang je n'ai jamais eu autant d'effet sur les gens à Phoenix ! C'est vraiment bizarre ce qui se passe à Forks !
Ce n'est pas au garçon d'inviter les filles normalement ? ripostais-je peut être un peu trop sèchement.
Euh oui normalement oui… Mais je me suis dit que comme tu avais l'air timide ce serait plus facile pour toi comme ça enfin… et elle n'acheva pas sa phrase, trop penaude.
Recouvrant mon sang-froid je m'arrachai un sourire chaleureux. J'entendis ses pensées se réchauffer à l'idée que je pourrais accepter.
Je serais à Seattle ce jour-là, mais merci quand même.
Oh. Une autre fois, peut-être ?
Oui oui c'est ça me dérobais-je
Elle prit mes paroles aux sérieux en les fixant dans sa tête. Zut je devrais trouver une autre dérobade au moment voulu ! Kate s'éloigna mollement en direction du lycée, je soufflais un grand coup. Un ricanement étouffé me parvint, je l'aurai reconnu entre mille, Bella passait devant ma voiture le regard fixé sur l'horizon et les lèvres serrées. Bondissant dans l'habitacle, je claquai rageusement la portière. Je mis le contact et le moteur démarra au quart de tour. Bella était déjà dans sa voiture en compagnie d'Alice et Jasper était au volant, à deux places de la et il déboîta en douceur, me coupant la route. Puis il s'arrêta pour attendre son frère et sa sœur qui s'approchaient, ils se trouvaient encore au niveau de la cantine cependant. J'envisageai de démolir l'arrière de la Volvo mais il y avait trop de témoins, et puis Jasper ne m'avait rien fait lui. Une queue avait commencé à se former. Juste derrière moi je vis Lauren. Elle agitait la main assise dans sa vieille Suzuki tout récemment acquise. Enervé, je ne lui répondis pas. Tandis que je patientais en regardant partout sauf en direction de la voiture stationnée devant moi, j'entendis qu'on frappait à ma vitre. C'était Lauren. Surpris je vérifiai dans mon rétro : sa voiture tournait, portière ouverte. Je baissais la fenêtre et me penchais en avant.
Excuse moi Lauren, je suis coincé derrière les Cullen lui dis-je agacé.
Je vis Bella se retourner, j'aurai juré qu'elle était entrain de rire et de parfaitement entendre ma conversation.
Oh je sais, je voulais juste te proposer un truc pendant qu'on est bloqués ici répondit-elle avec un sourire jusqu'aux oreilles.
Je plongeais dans sa tête avant même qu'elle ne formule sa demande. Non ! Pas encore ce n'était pas possible.
Tu veux bien m'inviter au bal ? continua-t-elle
Je ne serais pas la Lauren rétorquai-je sèchement.
Elle ne méritait pas une telle rebuffade mais Jessica et Kate avaient épuisé mes réserves de tolérance pour la journée, je n'ai pas l'habitude d'éconduire des filles.
Ah oui Jessica m'en avait parlé !
Je ne lui demandais même pas pourquoi elle avait alors insisté, son esprit m'appris tout. Elle pensait juste que c'était un moyen poli de ne pas inviter Jessica. Après tout je l'avais pardonné tellement vite de cet accident que je devais forcément ressentir quelque chose pour elle. Cette confiance en elle m'horripilait. Lauren n'avait décidemment aucune humilité.
Eh bien je ne serais effectivement pas là.
Pas grave il nous restera toujours le bal de promo mon chou.
Et avant même que j'ai le temps de répliquer elle partit vers sa voiture. J'étais sous le choc et j'avais envie de vomir. Je fermais la fenêtre, montais le chauffage et mis un CD, la musique, toujours la musique mon échappatoire. A travers le pare-brise je vis Emmet et Rosalie approcher doucement mais surement de la Volvo. Bella me fixait dans le rétroviseur. Aucun doute, elle s'amusait beaucoup. Elle devait effectivement avoir capté toute ma conversation avec Lauren. Elle voulait s'amuser ? Très bien, moi aussi je peux jouer à ce jeu tu ne me fais pas peur Cullen. Je sortis de ma voiture et allais frapper à la vitre de Jasper, sans jeter un seul regard à Bella.
Salut Jasper, je sais que tu attends ton frère et ta sœur, mais tu ne pourrais pas te mettre sur le côté qu'on puisse passer ? Ce n'est pas le tout mais j'ai aussi mon frère et ma sœur a allé récupérer.
Jasper ne me répondit pas. Il se tourna vers Bella presque paniqué, incrédule. Parfait, c'est exactement l'effet que je voulais lui faire. J'avais déjà remarqué par le passé que Jasper était le moins à l'aise en présence de personne qui ne sont pas de sa famille. Jamais je ne l'ai vu s'adresser directement à un élève du lycée. Que je le fasse et avec insolence en plus, allait chambouler leurs habitudes. J'enchainais trop fière de mon effet.
Ça ne va pas Jasper ? Tu es encore plus pale que d'habitude …
C'est Bella qui réagit.
Oui nous allons partir excuse-nous, nous pensions qu'Emmet et Rosalie arriveraient plus vite.
Parfait ! Merci répondis-je chaleureusement pour ne pas casser mon effet. Les Cullen n'étaient pas habitués à ce qu'on soit à l'aise avec eux, tant mieux je n'allais pas me gêner.
Mais il n'y a pas de quoi. A plus tard « mon chou » répondit Bella.
Je dus devenir blanc moi aussi. Bella rit et Alice aussi. Je partis en agitant une dernière fois la main comme un zombie pour faire bonne figure. Je ne m'étais pas trompé, elle avait tout entendu.
Une fois à la maison, je me mettais à chercher un lieu ou je pourrais avoir accès à un
piano et m'inscrivit au fameux concours. J'allais aider les jumeaux à faire leur devoir pendant que Sue préparait des enchilidas. Pendant que Seth et Leah ouvrait leurs cahiers de textes, le téléphone sonna. Sue me demanda d'aller répondre et j'eu presque peur de décrocher.
C'était Mike et il jubilait. Jessica l'avait rattrapé à la fin des cours pour lui annoncer
qu'elle acceptait d'être sa cavalière. Je me réjouis de la nouvelle tout en regardant les jumeaux s'installer. Il était pressé, il devait appeler Tyler Ben et Eric pour organiser la recherche de costumes. Je suggérai avec une innocence étudiée que Ben invite Angela (cela ferait tellement plaisir à cette dernière). Tyler pourrait inviter Lauren et Eric quant à lui pourrait inviter Kate (après tout à part aujourd'hui je ne suis même pas sur un jour d'avoir déjà entendu le son de sa voix) j'avais entendu dire qu'elle était encore libre. Mike trouva que c'était une idée excellente. A présent qu'il était certain d'avoir Jessica à son bras il parut plus sincère lorsqu'il affirma qu'il regretterait mon absence. Je lui servis l'excuse de Seattle il rit en me traitant de vieux. Soit, j'avais l'habitude et je n'en attendais pas moins de l'esprit superficiel de Mike.
Après avoir raccroché, je me concentrai sur les jumeaux, mais j'avais l'esprit ailleurs et
ne cessai de revenir sur chacune des paroles qu'avait prononcées Bella. Qu'avait-elle voulu dire en affirmant qu'il valait mieux que nous ne soyons pas amis ?
Je pensais d'abord naïvement qu'elle avait remarqué l'effet qu'elle avait sur moi et
qu'elle ne voulait pas m'encourager. Et puis je me mis à repenser au vrai sens de ces mots. Bella m'avait prévenu, c'était une menace à peine voilée. Elle était dangereuse, j'avais déjà eu une vague idée d'à quel point elle était forte. Elle voulait me protéger d'elle-même.
A force de lire dans les esprits, décrypter les gens (même ceux que l'on n'entend pas)
est quelque chose de plus facile et cette conclusion me convint plus. Cependant je ne pu m'empêcher de trouver cela totalement ridicule. Elle m'avait sauvé la vie, comme un reflexe. Sa force m'avait sauvé et je n'imaginais pas qu'elle puisse servir à autre chose.
L'idée cependant que je puisse tout simplement ne pas l'intéresser persistait dans mon
esprit. Elle si fascinante, si brillante, mystérieuse, forte et tellement tellement belle… Eh bien tant pis, je n'avais qu'à la laisser tranquille. Je l'avais fait pendant un moi, je pouvais bien continuer. A la fin de mes études à Forks, je partirai dans une fac au soleil, ou alors j'irai en Europe découvrir les lieux sacrés de mes musiciens préférés. J'imaginais Paris Londres Rome ou encore Vienne quand les jumeaux m'appelèrent pour la vérification des exercices et de l'apprentissage des leçons.
Papa lançais-je une fois que nous fûmes installés à table
Oui Edward ?
Euh je tenais juste à te dire que je me suis inscrit à un concours de piano pour samedi de la semaine prochaine et que je passerais donc la journée à Seattle, si ça ne t'embête pas. Enfin ne vous embête pas.
Je ne voulais pas vraiment demander sa permission et encore moins celle de Sue, j'étais un grand garçon et si j'avais envie d'aller à Seattle à un concours de piano j'y allais et puis c'est tout. Cependant il aurait été quelque peu cavalier de les mettre devant le fait accompli.
Pourquoi passer toute la journée à Seattle ? s'étonna-t-il, comme s'il était inconcevable que Forks ne répondit pas à tous mes désirs.
J'aurai besoin de nouvelles fringues, et de quelques livres et CD aussi.
J'avais plus d'argent que prévu grâce à Charlie.
Pas de problème alors. Tu t'arrêteras à Montesano et Olympia voire Tacoma si nécessaire. Tu veux vraiment y aller seul ?
Il s'inquiétait que je ne m'intègre pas au lycée, que je ne m'y fasse pas d'ami, l'esprit de Charlie était embrouillé. Il voulait m'en parler mais refusait de le faire en même temps.
Oui il ne vaut mieux pas être avec moi avant un concours ni quand je suis dans une librairie !
Il rit et je vis dans sa tête le souvenir de moi petit garçon assis dans les rangés de livre, incapable de me détacher d'un bouquin.
Bon et bien c'est d'accord.
Merci !
Tu seras rentré à temps pour le bal ? Tu as invité une fille ?
Il n'y avait que dans une ville aussi minuscule que le père (d'un garçon qui plus est !) puisse être au courant de la soirée organisée par le lycée.
Non. Je n'aime pas danser de toute façon.
Lui, il pouvait comprendre ca. Ce n'était pas de ma mère que j'avais hérité mes problèmes
d'équilibre. Par bonheur il comprit.
Le lendemain matin en arrivant sur le parking, je me garai volontairement le plus loin possible de la Volvo argent. Je me rendis compte d'à quel point c'était ridicule. Rien que cette volonté de vouloir me garer le plus loin possible montrait à quel point je n'étais pas indifférent à Isabella. Je sortis de la gofle et me débattis avec mes clés, qui tombèrent dans une flaque. Alors que je me baissais pour les ramasser une main blanche, que je n'aurai pas voulu reconnaître aussi vite, s'en empara avant moi. Je me relevai d'un bond, en essayant de rester digne. Isabella s'adossait avec décontraction à ma voiture.
Merci, mais tu peux m'expliquer pourquoi tu fais ça ? braillai-je à la fois surpris et irrité.
Elle leva un sourcil interrogateur à mon ton et me tendit les clés.
Fais quoi ?
Surgir à l'improviste !
Edward, je ne suis quand même pas responsable si tu es particulièrement inattentif.
Du bluf, c'est évident. Nous étions parfaitement conscient tous les deux, que j'étais très attentif, trop même. Comme à l'ordinaire ses intonations étaient douces, veloutées, assourdies, comme un piano à queue de qualité dont on aurait enclenché la sourdine. Je la regardai, pour mon plaisir c'est évident, mais aussi pour essayer de la comprendre. Ses yeux étaient mon seul accès à son esprit. Ils étaient redevenus clairs d'une couleur miel doré assez soutenue. La plus belle couleur que j'eu jamais vue. En fait, toutes les plus belles couleurs que j'eu jamais vu se trouvaient sur ce visage : ses cheveux, ses yeux et ses lèvres… Je fus obligé de baisser la tête pour reprendre mes esprits.
Pourquoi ce bouchon hier ? Je croyais que tu étais censée te comporter comme si je n'existais pas. Pas t'arranger pour me rendre fou et en retard. Hum et au fait, je n'ai pas peur de toi, ni de ta famille. D'ailleurs j'aime bien Alice lui dis-je d'une traite. Et rien que pour l'air ébahi sur son visage, je fus content de ma petite tirade.
La laissant sur cette réflexion je commençais à me diriger vers mon premier cours.
Je sentis encore une fois le froid de sa main même à travers mes vêtements quand elle tira sur mon bras. Assez fort pour que cela me stop net. Décidément, cette fille est pleine de ressource !
Je ne prétends pas que tu n'existes pas et je voulais juste rendre service à la gente féminine.
C'est donc bien ma mort que tu souhaites puisque le fourgon de Tyler n'y a pas suffi ?!
Un éclat de fureur traversa ses pupilles fauves. Ses lèvres se pincèrent en une ligne mince, toute trace d'humour s'évapora. Elle était encore plus belle que jamais.
Edward (et malgré la fureur j'eu l'impression d'une caresse quand elle prononça mon prénom), tu es complétement absurde…
Je n'avais pas envie de me disputer, encore moins avec elle. Alors je me détournai et filai.
Attend appela-t-elle
Je continuai d'avancer, mais malgré tout d'un peu plus lent. Elle n'eut aucune difficulté à me rattraper. Bon sang comment pouvait-elle faire ça ?! Je fais au moins deux têtes de plus qu'elle !
Excuse-moi pour ces paroles désagréables, s'excusa-t-elle en m'accompagnant. Non qu'elles soient fausses, mais je n'étais pas obligé de les dire ajouta-t-elle.
Bon écoute Bella (et malgré tout ma colère je caressais son prénom), je sais qu'en règle générale les filles sont difficiles à comprendre d'accord. Mais là c'est presque du ressort médical. Tu devrais parler à ton père de ta bipolarité. Tu me fuis, puis me fais la conversation, tu me sauves pour m'ignorer, tu provoques des bouchons pour m'énerver que cherches-tu ? Et si tu me fichais la paix plutôt hein ?
Je voulais juste te poser une question c'est toi qui m'as fait perdre le fil rigola-t-elle l'air d'avoir retrouver sa bonne humeur. Bon sang quel merveilleux son. Pourquoi à chaque fois que je l'entends j'ai envie de composer ?!
Tu devrais quand même vraiment parler à ton père de ton dédoublement de la personnalité. D'ailleurs je dois y aller ce soir tu devrais m'accompagner. J'avais appelé l'hôpital plus tard dans la soirée. Apparemment, j'étais attendu.
Voilà que tu recommences !
Très bien, vas-y pose la ta question. Et malgré moi, j'étais déjà plus curieux qu'en colère.
Je me demandais si samedi, de la semaine prochaine, tu sais le jour du bal…
Tu te trouves drôle Bella ? Oh et puis tu sais quoi d'accord ! Isabella Cullen voudrais-tu aller au bal avec moi ?
La pluie lui trempait la figure et collait ses cheveux magnifiques sur son visage encore plus beaux. Elle était bouche-bée. Après tout, elle m'avait cherché ! Une lueur malicieuse allumait ses yeux.
Je suis honorée Edward vraiment mais si tu me laissais terminer avant hum ?
Me mordant l'intérieur des joues je rangeai mes mains dans les poches de mon jean, incarnation parfaite de la nonchalance.
J'ai appris que tu allais à Seattle ce jour-là, pour un concours de piano et j'ai pensé que tu avais peut-être besoin d'une autre voiture, de quelqu'un pour te soutenir et puis surtout, de quelqu'un avec un piano pour t'entrainer. Et puis si nous sommes rentrés à temps, oui j'irai au bal avec toi. La dernière phrase résonna presque comme une promesse.
Voilà qui était inattendu. A mon tour de rester bouche bée. J'étais persuadé qu'elle allait refuser, qu'elle se moquait juste de moi.
Quoi ? balbutiai-je pas sûre de comprendre ou elle voulait en venir.
As-tu envie qu'on t'accompagne là-bas ?
Qui donc ?
Moi évidemment. Je pourrais proposer à Alice de venir si ça te fait plaisir aussi. Ajouta-t-elle en haussant les épaules.
Elle articulait chaque syllabe, comme s'il s'adressait à une demeurée.
Pourquoi ? m'écriai-je ébahi
Disons que j'avais l'intention de me rendre à Seattle pour ce concours moi aussi, j'adore la musique et puis j'ai besoin d'acheter de nouveaux livres. Et pour être honnête je ne suis pas persuadée que ta voiture tiendra le coup.
Tu joues toi aussi ? je décidai de ne pas relever la provocation concernant la golfe.
Plus ou moins. Surement moins que toi, je ne suis pas capable de réinterpréter. Et pour être honnête je préfère écouter. En revanche, la lecture me passionne mais là n'est pas la question. Un seul réservoir ne te suffira pas pour aller jusqu'à Seattle n'est-ce pas ?
Décidément elle avait vraiment une dent contre ma voiture.
Ecoute je ne vois pas en quoi ça te concerne. Si j'ai envie de dépenser mon argent en essence c'est mon problème non ?
Crétine de propriétaire de Volvo.
Le gaspillage des ressources naturelles devrait être l'affaire de tous. Et puis je serais plus rassurée si je savais que tu fais ce trajet dans une voiture qui tient vraiment la route. Et avec une voiture qui va plus vite nous serons rentrés à temps pour que tu m'emmènes danser !
Franchement Bella ! (Prononcer son prénom déclencha des frissons en moi, je me serais donné des gifles !) Ton comportement m'échappe. Je croyais que tu ne désirais pas être mon amie et maintenant tu me propose de m'accompagner à ce concours et que je t'emmène danser ?
J'ai dit que ce serait mieux que nous ne le soyons pas, pas que je n'en avais aps envie…
Bien tiens ! Voilà qui éclaire ma lanterne ! raillai-je. Vous êtes toutes aussi compliquées ou c'est une spécialité Isabella Cullen ?
Je m'aperçu que je m'étais de nouveau planté devant elle. Nous nous trouvions maintenant sous l'auvent de la cantine et il m'était plus facile de regarder son visage. Ce qui naturellement ne m'aida pas à éclaircir mes idées.
Il serait plus prudent pour toi de ne pas être mon ami expliqua-t-elle Mais j'en assez d'essayer de t'éviter Edward. Je n'en ai plus envie et je devine que toi non plus.
Ses yeux rayonnaient d'une intensité fabuleuse et sa voit était incandescente lorsqu'elle prononça cette phrase. J'en eu le souffle coupé.
Viendrais-tu avec moi à Seattle ? Me laisseras-tu t'accompagner ? Insista-t-elle.
J'en restais coi.
Evidemment, avec plaisir même. J'étais subjugué et le filtre entre mon cerveau et ma bouche ne fonctionna pas.
Elle eut un sourire éclatant et tout aussi rapidement elle retrouva sa gravité.
Tu devrais vraiment garder tes distances me prévint-elle. On se voit en cours.
Cette menace voilée, encore une fois. Ce fut la phrase de trop et cette fois ce fut moi qui l'attrapais. Je la touchais, pour la première fois. Mais je ne l'attrapais pas par le bras, enhardi par ma nouvelle force, je lui attrapais la main et tirais dessus. Elle s'arrêta d'un coup. Regarda nos mains entremêlées, puis me regarda à nouveau.
Isabella, tes menaces ne servent à rien. Quoi qu'il se passe, tu ne me fais pas peur. Au contraire, je me sens plus fort quand tu es la. Alors arrête. Le seul élément qui peut m'empêcher de te parler, de passer du temps avec toi, c'est toi.
Je lâchais sa main à regret. Et malgré le froid de sa peau, la mienne brulait. Sur ce je tournais les talons et repartis vers le parking.
J'allai en anglais dans un tel état que je ne remarquai même pas que le cours avait commencé quand j'entrai en classe.
Merci de nous honorer de votre présence Monsieur Masen ! m'apostropha mon professeur acide.
Je gagnai ma place sans même prêter attention à son hostilité.
Ce ne fut qu'à la fin de l'heure que je m'aperçus que Jessica avait désertée sa place habituelle
à côté de moi. Je ressentis un élan de culpabilité. Mais vu qu'elle m'attendait à la sortie avec Angela comme d'ordinaire, j'en conclu que je n'étais pas totalement en disgrâce. Jessica parut d'ailleurs redevenir peu à peu elle-même, cédant à l'allégresse au fur et à mesure qu'elle évoquait les précisions météorologiques du week-end. La pluie était censée s'accorder un maigre répit, rendant l'excursion au nord de la mer éventuellement possible. J'essayais d'avoir l'air enthousiaste histoire de rattraper la déception que je lui avais infligée la veille. Ça me fut difficile, pluie ou non, il ne ferait, avec un peu de chance, guère plus de dix degrés. Et puis, j'avais plus important en tête. L'heure de cours que j'avais en commun avec Bella approchait, l'heure de retrouver son père à l'hôpital aussi. Je savais d'avance que ce n'était pas pour une visite de routine. Et cela m'effrayait au plus au point. J'avais toujours gardé pour moi ce dont je suis capable. En parler avec quelqu'un c'était prendre le risque qu'on me prenne pour un fou. J'avais passé trop de temps à me préserver pour courir un tel risque.
Le reste de la matinée passa à toute vitesse. J'avais du mal à croire que je n'avais pas imaginé ce que Bella venait de me proposer, ni la lueur dans ses yeux quand elle avait « accepté » d'aller au bal avec moi. Il s'agissait peut-être d'un rêve très convaincant que je confondais avec la réalité. Ce qui me semblait cependant moins absurde que d'envisager que maintenant elle me tolérait, ou encore plus fou, que je lui plaisais un tant soit peu.
Bref j'étais aussi impatient qu'angoissé lorsque Angela et moi entrâmes dans la cafétéria. Je voulais voir son visage, vérifier si elle n'était pas redevenue l'être froid et indifférent que j'avais côtoyé ces dernières semaines. Jessica babillait sur ses projets de bale Lauren Katie et Angela avaient été invitées par leurs cavaliers et ils comptaient s'y rendre tous ensemble. Ça me laissait pleinement l'occasion d'être inattentif et dans mes pensées sans que personne ne s'en rende compte.
La déconvenue s'empara de moi quand mes yeux, conformément à leurs habitudes se posèrent sur sa table. Les quatre autres étaient la, Alice me fit un signe de la main auquel je répondis, mais Bella manquait à l'appel. Etait-elle rentrée chez elle ? Elle avait l'air en forme pourtant ce matin. Accablé et perplexe j'accompagnai cette pie de Jessica dans la queue. Cependant il en faudrait plus que ça pour me faire perdre mon appétit face à une part de pizza et une bouteille de limonade. Je désirai une seule chose cependant : m'asseoir manger et réfléchir. Bon d'accord, ça faisait trois choses.
