Et voici le chapitre II ! J'espère qu'il vous plaira !

Hansol Aha, j'aime beaucoup ce couple aussi, mais tu verras, la suite risque de te surprendre un peu ;) Merci de ta review, j'espère que la suite te plaira !

Bonne lecture !


Chapitre II – Et s'il m'aimait, un peu, beaucoup, à la folie

Pansy a la tête qui tourne. Elle se redresse lentement, doucement, surtout difficilement. Le monde bouge autour d'elle, le sol semble se fondre sous ses pieds. Vraiment, quelle idée de vouloir faire plaisir à Drago. Drago. Brusquement, Pansy a les yeux plus ouverts que jamais et tous ses sens lui sont revenus. Où est-il ? Elle a affreusement mal dormi, cette nuit, le voyant mourir à chaque instant où ses paupières se fermaient. Quel imbécile, franchement, à lâcher une bêtise pareille avant d'aller se coucher ! Elle saisit sa baguette, mais à peine a-t-elle fait un geste de plus qu'un elfe de maison apparait devant elle, jus de citrouille et potion anti gueule de bois dans les mains. Prête à adresser une prière éternelle à ce petit être qui tombait à point nommé, Pansy saisit avec précipitation les deux gobelets et les ingurgita en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Avec un soupir de soulagement, elle sentit le monde autour d'elle se stabiliser et sa tête, surtout, arrêter de la heurter comme si toutes les églises du monde s'étaient mises à y sonner toutes ensemble.

- Où sont Blaise et Daphné ? s'exclame-t-elle brusquement, alors que ses yeux se posent sur le canapé dorénavant vide où trainaient pourtant hier la carcasse de ses meilleurs amis.

- Monsieur Blaise et Miss Daphné sont rentrés chez eux, Miss Pansy. Monsieur Blaise a parlé d'urgence familiale et Miss Daphné doit revenir avant dix-sept heures, voulant simplement rentrer pour…, semble alors réciter la chose qui lui fait face, d'une petite voix fluette et asservie.

Pansy ne la regarde même pas, et continue de déambuler dans son salon parfaitement propre, comme à la recherche d'une quelconque saleté qui lui permette de remettre en cause le service de ses elfes – elle peut être franchement capricieuse, parfois. Elle a arrêté de l'écouter dès la première phrase et à vrai dire, elle ne sait même plus pourquoi elle a posé la question, parce qu'elle s'en fiche totalement, au fond. Tout ce qui l'inquiète, c'est de ne voir nulle part Drago.

- Et Drago ? l'interrompt brusquement la jeune Serpentard en se tournant vers son elfe de maison, un air agacé plaqué sur le visage.

- Monsieur Drago dort toujours dans la chambre d'amis, Miss Pansy.

Sa maitresse pousse un soupir de soulagement et passe une main fatiguée sur son visage. Très bien. Tout le monde est en vie, Drago occupé à ronfler, il n'y a aucune traces de bouteilles ou de poudre de Mandragore, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'est bon. Tout va très bien. Alors, c'est quoi, cette douleur au cœur ? Pansy soupire. Cependant, elle n'a pas le temps d'y réfléchir davantage, car une blonde aux grands yeux bleus, brillants, et les joues d'un rose soutenu, débarque brutalement dans son salon privé. Les sourcils foncés, Pansy observe Daphné qu'elle n'a jamais vu aussi heureuse, aussi enthousiasmée. Elle peut presque voir une centaine de petits cœurs flottants voler autour d'elle et tout son corps irradier d'une onde gigantesque d'amour. Elle sourit largement alors que Daphné hurle d'une voix aiguë qu'on est ensemble Blaise et moi ! et elle la rejoint dans son cri haut perché de demoiselles adolescentes qui se réjouissent des amours des autres. Et, alors que Daphné lui prend les mains et fait quelques pas de danses dans la salle, tout en balbutiant un flux de paroles impressionnant sur comment Blaise est fabuleux, sur comment elle est heureuse, sur comment la vie est belle, Pansy oublie complètement la douleur qui lui nouait le cœur, et elle ne fait que sourire, et rire, et discuter. Elle est heureuse pour Daphné, vraiment. Comme quoi, ses paris auront fait des heureux. C'est dommage, tout de même, qu'ils ne se soient pas tournés autour plus longtemps. C'aurait été amusant. Enfin, elle a perdu, pour le coup. En cinq jours, à peine, ils brillent au bras l'un de l'autre. Cela en est presque écœurant. Ce n'est pourtant que deux longues heures plus tard, après avoir analysé cette nouvelle relation sous tous les points de vue possibles et imaginables que Pansy se remémore le pari sur lequel elle se base. Pari dont elle va subir la conséquence.

- Du coup, qu'est-ce que je dois faire, vu que j'ai perdu notre pari ?

Un grand sourire enfantin fleure sur les lèvres de Daphné, qui se permet quelques secondes de réflexion, avant de décréter :

- Tu sais quoi ? Je te le donne la semaine prochaine, une fois de retour à Poudlard. Ça sera bien plus amusant !

Pansy lève les yeux au ciel. Bien plus amusant. Tout est relatif, évidemment. Les deux jeunes filles demeurent, un instant, silencieuses, chacune perdues dans ses pensées. Pansy a les yeux fixés sur la porte derrière laquelle se trouve un Drago endormi, et elle se rappelle combien tout ceci va être différent à Poudlard. Combien ils ne seront plus juste une bande d'amis plus que soudée, mais différents individus détestés par la moitié de Poudlard, des personnes qui prennent tout le monde de haut et qui sont pris pour des monstres calculateurs. Au fond, évidemment, ce n'est pas totalement faux. Mais Pansy a souvent rêvé de pouvoir rire sans y penser, juste gonflé d'amitié, comme une Poufsouffle, s'amuser à stresser à voix haute comme des Serdaigle ou bien même encore courir dans tous les sens, faire des choses stupides, comme un pauvre Gryffondor. Pourtant, non, ils sont des Serpentard, ils sont froids et dignes et elle, elle est la petite coqueluche de Drago, celle à ses pieds, répondant aux moindres de ses ordres et envies. Il est vrai que ce jeu de rôle stupide s'arrête une fois qu'ils sont dans le dortoir des garçons, où ils se réunissent tous les soirs, pour médire et rire, mais ce ne sont que quelques heures dans une longue journée. Et, tous les ans, Pansy se dit qu'il faudrait mettre une fin à tout ceci. Qu'elle devrait s'imposer, oublier cet amour destructeur qu'elle voue à Drago – qui jamais ne l'aimera comme elle le fait – mais c'est tellement dur, de tirer un trait sur tout ce qui vous porte depuis si longtemps.

Aussi, encore, comme toujours, Pansy s'aplatit devant Drago, elle s'aplatit devant tous ceux qui la regardent à Poudlard, elle fait la marionnette manipulable. Après tout, Drago les préfère ainsi, les filles, n'est-ce pas ? Délicate mais pourtant dévouée. Elle se rappelle tellement bien, ces années, plus jeunes, quand Drago ne pouvait détacher son regard de Daphné, Daphné qui était simple, gracieuse, légère. Tellement belle. Son regard se pose sur sa meilleure amie et, aussitôt, elle oublie tout le ressentiment que lui apporte Poudlard, ces temps-ci. Elle ne voit que son amie, son léger sourire alors qu'elle est perdue dans des pensées qui doivent certainement être des plus romantiques qui soient, elle ne voit que ses yeux bleus pétillants, ses joues légèrement rosées et ses lèvres entrouvertes parce qu'elle est loin. Elle la voit, et une chaleur lui monte au cœur. Pansy en rougit, mais passe outre, parce qu'après tout, Daphné fait cet effet-là à tout le monde, pas vrai ? Cette chaleur, ce bien-être. Ce sentiment de paix. Oui, bien sûr, elle le fait à tout le monde. Alors elle sourit, Pansy, et elle observe son amie, tranquillement, paisiblement.

Daphné n'a pas changé, elle, au fil des années. Elle est toujours cette petite poupée de porcelaine, fragile et en même temps si forte. Imposante, gracieuse, magnifique ; on la regarde, on l'écoute, on l'aime, dusse-t-on en souffrir. C'est Daphné. Et puis, il y a quelque chose que Pansy a toujours admiré en elle. Daphné va toujours bien. Elle garde le sourire en n'importe quelle occasion. Là, par exemple, cet été, Daphné pourrait être la plus abattue d'eux cinq, avec son père enfermé, et pourtant, c'est elle qui sourit le plus. Comme si... Comme si Daphné occultait tout ce qui ne va pas. Pansy fronce les sourcils en pensant à ceci. Évidemment, c'était fantastique, d'aller bien. Mais si Daphné vit dans le déni, n'est-ce pas pire ? Ou, après tout, peut-être qu'elle se fait de fausses idées, peut-être que son amie est bien consciente de tout, mais qu'elle parvient à les mettre de côté et relativiser, parce qu'il y a toujours du bien dans du mal. Au fond, son père est peut-être détenu, mais cela l'éloigne encore quelques temps du Seigneur des Ténèbres et des missions horribles qu'il donne à tout le monde. Pansy frissonne en y repensant.

C'est horrible, cette période. Tous leurs parents en souffrent ; même les siens qui pourtant n'ont jamais souhaité s'impliquer. Certes, on suppose que les moldus sont légèrement inférieurs, parce qu'il faut bien des êtres supérieurs pour qu'un monde fonctionne convenablement, mais jamais Pansy n'a été partisane de la violence, et telle est la pensée dans sa famille. Ses parents n'ont jamais souhaité s'impliquer outre mesure, cependant, comment refuser les invitations d'un homme comme Lord Voldemort ? Comment refuser face à son importance, sa grandeur, sa puissance ? Un seul geste, et ils sont tous morts. Alors, évidemment, on suit le mouvement, le troupeau, comme d'imbéciles moutons esclavagistes, aux cerveaux complètement retournés et contrôlés. C'est véritablement cela, des pauvres moutons.

Et c'est triste, vraiment, qu'ils en soient arrivés là. A vivre dans la peur, peut-être même autant que ces moldus et sang-de-bourbes qui craignent de mourir pour leur sang. Eux, ils mourront s'ils ne sont pas assez horribles. N'est-ce pas ridicule ? Ce sont eux, les sangs-purs, les être supérieurs, selon sa fichue doctrine, et pourtant eux aussi, ils risquent tout. Qu'est-ce une société qui n'assure confort à personne ? Aux yeux de Pansy, c'est un monde qui ne s'assure que sa propre destruction. Suicide volontaire. Et cela lui fait peur, parce qu'elle aime la vie, Pansy. Peut-être qu'elle réfléchit trop, peut-être qu'au fond d'elle, elle est trop mature, mais elle aime bien faire l'imbécile, faire la fête, partir dans des délires, passer les soirées à médire avec Daphné. Elle aime bien être jeune et insouciante, mais ce n'est plus possible, à présent. Un mot de travers, un délire incompris, et c'est un Avada Kevadra qui fuse. Ce n'est pas une vie, ça.

Pansy s'est finalement endormie sur son divan, la tête sur les jambes de Daphné, qui s'est elle-même assoupie sur l'accoudoir. C'est l'état dans lequel Drago les retrouve lorsqu'il s'éveille, deux longues heures plus tard, un mal de tête lui martelant le crâne. Plus jamais, qu'il se dit, en s'asseyant en face d'elle, avant de réaliser ce qu'il pense. Plus jamais. Et ça lui fait peur, parce qu'avec cette menace qui pèse sur lui, à présent, ce plus jamais, il pourrait véritablement avoir lieu. Il frémit. Il faut qu'il en parle à quelqu'un, sinon, ça le tuera de l'intérieur avant que tout cela ne soit terminé, mais à qui ? Pansy, Pansy, elle paniquera. Elle aura peur, et comment pourra-t-il l'en blâmer ? Blaise, il ne comprendra pas. Et puis, de toute manière, il n'en a pas le droit. Et si une information filtrait ? C'est signer sa mort assurée. De plus, en leur en parlant, Drago sait très bien qu'il les mène directement à l'abattoir, avec lui, et cela, il ne le peut pas. Foutue amitié, foutue loyauté. Père avait raison, c'est un mal de s'entourer, de s'embarrasser de sentiments aussi naïfs, aussi humains. C'est réducteur, piégeant. Il ne peut rien faire contre eux, il ne peut pas les utiliser, il ne peut pas leur en parler. Bordel, il est tout seul, là-dedans. Tout seul, contre le monde entier, tout seul, pour tuer Albus Dumbledore. Bordel.

Drago s'apprête à transplaner, à rentrer chez lui, lorsqu'il voit Blaise apparaitre subitement dans les appartements privés de Pansy. Il hausse un sourcil et ce dernier lui offre un large sourire en pointant du doigt Daphné. Les yeux du blond se mettent à pétiller, ce qui entraine l'éclat de rire de son ami basané. Depuis le temps que ce dernier est amoureux de Daphné, il est temps qu'ils soient enfin ensemble ! Drago, dans sa jeunesse, a lui-même été fou de la blonde délicate, mais plutôt parce qu'elle était la plus jolie et distinguée de toutes les filles qu'il connaissait alors. C'est fou, tout de même, songe-t-il en posant les yeux sur Pansy, combien il haïssait la brune à cette époque. Collante, à faire son intéressante, sans aucune personnalité… et pourtant, voilà qu'aujourd'hui, elle doit certainement être celle qui en sait le plus sur lui et ce qui lui traverse véritablement l'esprit. Tout comme elle est incapable de lui mentir, il ne sait lui cacher quoique ce soit. Cependant, cette fois-ci, c'est différent. Il ne doit rien lui dire. Absolument rien. Il a bien vu, hier soir, malgré son esprit embrumé, combien la jeune fille a été vexée par son mutisme et, surtout, son air agacé par ses incessantes questions ; ça l'a irrité, évidemment, mais plutôt à cause de sa frustration de ne rien pouvoir lui raconter, à elle plus qu'à d'autres. Et il pressent, c'est obligé, que Pansy ne s'arrêtera pas là et qu'elle le questionnera jusqu'à tout savoir, absolument tout… Cela ne doit pas arriver. Il va lui falloir trouver quelque chose, n'importe quoi, pour qu'elle cesse de l'interroger. Il faut l'éloigner de lui. Après tout, cette année, moins il sera proche de ses amis, moins le danger sera prêt d'eux, plus il sera rassuré. Merlin, ils allaient le haïr. Le fustiger. Le traiter de gamin, à faire sa crise d'adolescence retardée ; mais comment faire autrement ? Oui, il va falloir s'éloigner d'eux. Il va être détestable, arrogant, il va se faire haïr. C'est certain, avec leur fierté, avec leur honneur, jamais ils ne s'abaisseront à se faire traiter comme des moins que rien comme s'ils étaient des premières années de Serpentard. Non, ils vont l'abandonner, se détourner de lui. Il les connait bien, c'est évident. Oh, Pansy s'accrochera, peut-être plus que les autres, parce qu'elle sait voir les failles en lui. Mais elle comprendra, à force, elle verra qu'il le souhaite vraiment, même si ce n'est pas pour les raisons qu'il leur exposera. Alors, son amour pour lui se tarira et, au moins, elle n'en souffrira plus. Deux cramés d'un jet de dragon ; n'est-ce pas cela qu'on appelle le talent ? se dit alors le jeune garçon, alors qu'un sourire triste effleure ses lèvres. Merlin, ça allait être une année horrible. Détestable. Mais il n'a pas le choix. C'est cela, ou la mort de ses parents, sa mort, la mort de tout ceux qu'il aime. Potter a beau dire, il n'a jamais vu plus courageux que lui.

- Drake, chéri, t'es avec nous ? entend-il alors s'exclamer une voix, le sortant de ses pensées.

Devant lui se tient Pansy, les cheveux accrochés en arrière avec une barrette noire, qui dégage son front et yeux ; il se retrouve plongé dans leur océan sombre et ténébreux, ses prunelles étant d'un marron tirant sur le noir. Il cligne des paupières et lui adresse un sourire :

- Je suis toujours avec toi, amour.

Il la voit lever les yeux au ciel devant l'interpellation, bien qu'un sourire étire le coin de ses lèvres, et Drago s'en veut soudainement de faire durer ce jeu stupide, cette relation en laquelle il ne croit pas. Pour lui, c'est parti d'un acte charitable, d'un souhait de la rendre heureuse, parce qu'il a bien vu, qu'elle l'aime, sa Pansy. Seulement, chacun de ses mots d'amours est mensonge, ce n'est qu'une mascarade dans l'espoir de lui faire plaisir, et si elle sait qu'il ne l'aime pas comme elle le souhaiterait, sa jeune amie ne peut s'empêcher de croire, au moins un peu, à tout ce qui se cache derrière ces mon amour. Daphné lui a dit, que c'est mal, qu'il la détruit plus encore en faisant ceci, mais malgré tout, il voit le pétillement dans ses yeux quand il l'embrasse, il voit le rire sur ses lèvres quand il la taquine, et Drago se dit que c'est un mal pour un bien, parce que cela lui fait oublier tout le reste ; c'est une fille après tout, son esprit est embrumé par cette relation, par cet amour, elle est plongée dans une bulle naïve et romantique. Du moins, c'est ce qu'il pense. Ce qu'il espère. Et il se sent mal, une fois encore, en se disant qu'il va devoir lui retirer cette bulle, très rapidement, parce qu'elle doit le haïr, le détester. C'est Daphné, qui va être heureuse. Il va rendre sa liberté à Pansy. C'est fini, les jeux de rôle en public. C'est fini, les baisers en privé. C'est fini, le bonheur dans ses yeux. Ah, c'est ça, de vouloir être sa meilleure amie ? Souhaiter son malheur ? Drago soupire ; jamais il ne sera d'accord avec Daphné. C'est impossible. Ils pensent beaucoup trop différemment. En tout cas, il souhaite bien du courage à Blaise. Ce n'est pas simple, d'être avec cette fille. Il a essayé, il y a un ou deux ans ; personne ne l'a jamais su, personne ne le saura jamais. Ce n'était qu'un amour d'enfance, qu'ils ont cru encore vivant. Et c'était loin d'être le cas. Leurs baisers n'avaient aucune saveur, leurs mots d'amour sonnaient creux. Ça n'avait duré qu'une dizaine de jours, peut-être même moins, il ne sait plus. C'est il y a longtemps. Aucune importance, vraiment. Daphné, c'est quelques lignes dans sa vie, en tant qu'amante ; des pages et des pages en tant qu'amie. Pansy, ça sera la même chose, finalement. C'est mieux, au fond. Il n'est pas un homme pour lui. Vraiment pas. Mais, après tout, elle lui assure une sécurité, une couverture. Il n'aura pas à gérer les demoiselles amoureuses et folles dingues durant sa sixième année, si ils sont toujours ensemble, n'est-ce pas ? Et Drago se déteste, vraiment, d'utiliser Pansy ainsi, parce que c'est sa meilleure amie, cette idiote, mais il ne peut pas faire autrement. Qu'est-ce, une fausse relation, face à l'assurance d'être en vie ? Seulement, il va lui falloir mettre les choses au point. C'est en public seulement. En privé, maintenant, c'est fini. Elle l'aime, c'est sûr, elle sera d'accord. Bordel, à peine quelques heures qu'il est condamné, et déjà c'est un salaud de la pire espèce. Il a honte, affreusement honte, mais c'est trop tard. Tout est enclenché. Il va manipuler, se faire détester, se faire aimer et...

- Tu viens manger des pancakes, Drago ? l'interrompt une nouvelle fois Pansy, ses doigts froids effleurant sa joue pour le faire revenir à eux.

Il lève les yeux vers elle et lui adresse un sourire. Oui, d'accord. Allons manger des pancakes. Après tout, il faut continuer à vivre, normalement. Il a encore une semaine, une semaine de répit, sept jours pour les aimer, les adorer, en profiter, avant d'être le pire des cons. Peut-être qu'il pourra se soulager de cette frustration et de cette colère de les abandonner sur Granger, Potter et ces imbéciles de Gryffondor ? Qu'ils servent à quelque chose, pour une fois.

Et il se redresse finalement, prenant les doigts de Pansy dans les siens, les entremêlant presque tendrement, et la jeune fille sent son cœur bondir, et elle le déteste de la faire se sentir ainsi. Elle n'a pas oublié la manière dont il a agi hier, comment le pourrait-elle ? mais le voir aujourd'hui, si tendre, pourtant si loin, comme si tous les maux du monde pesaient sur lui et qu'il tentait pourtant de l'aimer comme si rien ne changeait, voir tout cela, c'est un poing au cœur, c'est tellement de bonheur et d'inquiétude à la fois, qu'elle est incapable de lui en vouloir de quoique ce soit. Il la mène, la contrôle, la dirige comme une triste marionnette et, le pire peut-être, c'est qu'elle se laisse faire. Parce qu'elle l'aime. Lucius a raison, songe-t-elle tristement, les yeux posés sur leurs mains enlacées, l'amour, cela rend faible. Elle aurait dû l'écouter, quand il l'avait prise à part, un jour, envoyé par sa femme ; parce que Narcissa a depuis longtemps arrêté d'essayer de la faire changer d'avis sur Drago d'elle-même, c'est impossible. Elle a espéré que la puissance, l'aspect imposant et respectable de Lucius la ferait fléchir, mais Pansy lui a ri au nez et lui a répondu qu'il faudrait l'empêcher de les voir, durant des milliers d'années, pour que son amour s'éteigne. Vraiment, est-elle aussi mordue ? Elle n'en sait rien, elle ne l'espère tout de même pas, même si elle sent bien son cœur battre fort, oh si fort, alors même que seuls leurs doigts se touchent. Pathétique. Tellement, tellement risible. Mais, après tout, cela, personne ne le voit. Il n'y a qu'elle pour réaliser l'ampleur de son amour, l'ampleur de sa faiblesse. Alors, tant pis. Elle ne peut rien y faire, après tout. Ce n'est pas comme si Drago faisait quoique ce soit pour qu'elle ne l'aime plus, lui aussi. C'est presque même le contraire. Peut-être cela veut dire qu'il l'aime bien, au fond ? Peut-être qu'inconsciemment, il profite de cette relation, soi-disant fausse, pour jouir de l'aimer sous couvert ?

Pansy ferme un instant les yeux et, alors qu'ils sortent tous de sa chambre pour rejoindre la salle à manger privée, elle se permet de rêver un peu, de se dire " et si il m'aimait, un peu, beaucoup, à la folie"… ?