Note de l'auteure :

Bonjour à tou(te)s,

Je poste le troisième chapitre un peu plus tôt que d'habitude, parce que je n'aurais pas le temps de le faire ni ce soir, ni demain.

Pour ce chapitre, on va enfin s'attarder sur quelqu'un que vous attendiez certainement.

Je remercie les personnes ayant pris le temps de me laisser une trace de leur passage : review, fav ou follow. C'est très encourageant.

J'espère que ça vous plaira.

Disclaimer :

Je précise que l'univers et les personnages appartiennent à leur auteure J K Rowling, je n'ai fait que les emprunter.

Tous les éléments (ou presque) des livres ont été conservés, excepté l'épilogue.

Rating :

Il s'agit d'une fiction classée M, en raisons d'un langage parfois vulgaire et de relations homosexuelles explicites, et détaillées, un peu plus loin dans le récit.


Chapitre 3 – Cadeau d'anniversaire

Comme presque tous les matins, Harry se réveilla fatigué avec la gorge sèche et irritée. Il se frotta longuement le visage, assis au bord du lit, pour tenter de sortir son cerveau du brouillard. Il repoussa le plus loin possible de sa conscience les mauvais rêves qui avaient, une fois de plus, peuplé sa nuit. Il était sept heures et une journée harassante l'attendait. Encore.

Il rejoignit la salle d'eau à l'étage inférieur et prit une longue douche brûlante pour réveiller ses muscles engourdis. Il s'habilla, prépara son sac avec sa tenue de Quidditch et descendit le déposer dans le grand hall de la maison. Il aimait particulièrement pouvoir y être bruyant et se souvenait avec horreur des hurlements du portrait de la mère de Sirius. Il lui avait fallu plusieurs années de tentatives avant de trouver la solution au sort de Glu Perpétuelle de cet objet hideux. C'était la pièce qu'il avait rénovée en dernier, n'arrivant pas à retirer le tableau. Et puis un jour, en se promenant dans le Londres moldu, il avait assisté à un grand chantier, des ouvriers détruisaient un bâtiment. Il avait aussitôt compris que de détruire partiellement au marteau piqueur le bout de mur où se trouvait le tableau était la solution à son problème. Cela avait bien sûr provoqué énormément de gravats et nécessité de gros travaux pour reboucher le trou, mais cela avait largement valu le coup.

Il prit l'escalier qui menait à la cuisine, se prépara un petit déjeuner copieux et se sentit plus réveillé après avoir avalé deux cafés serrés. Il n'avait jamais très faim le matin, mais il mangeait par obligation. Son entraîneur insistait sur l'alimentation de ses joueurs, et il tenait à Harry comme à la prunelle de ses yeux. Pour ne pas s'attirer d'ennuis, Harry se forçait à nourrir son corps devenu athlétique depuis qu'il jouait dans l'équipe des Canons de Chudley. Cinq années de sport intensif l'avaient sculpté, et ses muscles consommaient beaucoup d'énergie.

Il se sentait bien seul dans cette immense cuisine du Square Grimmaurd, même si elle était bien plus accueillante qu'à l'époque de l'Ordre du Phénix. Il avait repeint les murs en blanc cassé et changé tous les vieux meubles. Il regrettait l'absence d'une personne qui pourrait partager sa vie, mais il savait également qu'il ne se sentait pas prêt pour ce genre de choses. Sa tentative avec Ginny avait viré au fiasco trois ans plus tôt, et en y repensant il ne voulait pas risquer de revivre ce type d'évènements. Cet échec avait été très pénible, et il avait déjà connu suffisamment de moments difficiles pour ne pas en rajouter.

Après Poudlard, Harry était venu habiter Square Grimmaurd et avait entrepris des études pour devenir Auror tandis que Ginny était entrée rapidement dans l'équipe des Harpies de Holyhead. Ginny avait emménagé avec Harry deux ans après Poudlard même si elle passait déjà toute sa vie chez lui bien avant. Entre-temps, Harry avait abandonné le cursus d'Auror, car cela entretenait trop ses mauvais souvenirs. Leur relation avait connu des hauts et des bas, mais les années, les séquelles de la guerre, leurs occupations, les non-dits, avaient eu raison de leur couple. Il s'était progressivement délité la dernière année et ils s'étaient séparés, difficilement. Harry avait mis un an à surmonter cet épisode de sa vie.

Ressassant ses douloureux souvenirs avec Ginny, Harry rangea la cuisine d'un coup de baguette et emporta un petit plateau de nourriture jusqu'au deuxième étage. Il cogna à la porte de la chambre qu'il avait un jour occupée avec Ron, quand l'Ordre du Phénix utilisait les lieux. Un grognement lui répondit, il entra dans la pièce.

Il déposa le plateau sur une commode et ouvrit les rideaux pour laisser pénétrer les doux rayons du soleil levant. La chambre contenait également un tout petit lit et une armoire. Dans le lit se trouvait une silhouette fripée de petite taille enfouie sous un monceau de couvertures. Harry s'agenouilla à son chevet.

— Kreatur, je t'ai déposé un plateau sur la commode. Je m'absente presque toute la journée.

— Merci, maître Harry, croassa Kreatur, Kreatur regrette de ne pas pouvoir servir maître Harry.

— Je t'ai déjà dit un million de fois de m'appeler par mon nom, répondit Harry, et arrête de dire des sottises, tu es trop malade pour t'occuper de qui que ce soit. Repose-toi, maintenant.

Harry ressortit silencieusement de la pièce et soupira en refermant la porte. Le pauvre Kreatur allait de plus en plus mal depuis quelques mois. Il avait fidèlement servi Harry depuis la fin de ses études à Poudlard, de son propre chef puisqu'il avait été affranchi à l'été 1998. Seulement, il se faisait vieux et était tombé malade, et Harry ne savait plus quoi faire pour le soulager. L'hôpital Ste Mangouste n'acceptait pas d'hospitaliser les elfes et c'était avec de grandes difficultés, en faisant jouer ses relations, qu'il avait pu obtenir une consultation deux mois plus tôt avec un médicomage. Pourtant cela ne l'avait pas vraiment avancé, le guérisseur ne savait pas de quoi souffrait l'elfe, il avait supposé qu'il allait simplement mourir de vieillesse. Depuis, Harry avait interdit à Kreatur le moindre effort et lui avait ordonné de garder le lit le plus possible. L'affaiblissement de Kreatur, qui était devenu un ami, lui rappelait le douloureux souvenir de la mort de Dobby bien des années plus tôt. Comme bien souvent, il ne ressassait que de mauvais souvenirs.

Harry transplana directement depuis le perron de la maison jusqu'au terrain d'entraînement de son équipe de Quidditch. Il faisait beau et une petite brise soufflait, c'était un climat idéal pour voler. Il prit le temps de fumer deux cigarettes puis se rendit dans les vestiaires pour se changer. Il était le premier, comme d'habitude.

Harry avait ses petites habitudes. Les jours d'entraînement, il arrivait toujours le premier sur le terrain, suffisamment tôt pour éviter les cohortes de journalistes qui passaient leur temps à le poursuivre partout, de son domicile jusque chez ses amis. Les gratte-papiers avaient, depuis peu, interdiction de le suivre quand il était seul, les juges avaient considéré cela comme du harcèlement. Cependant, certains avaient trouvé la parade, et profitaient des occasions où il était accompagné pour lui coller au train, le photographier ou tenter de l'interroger. Harry ne leur répondait jamais, ne posait jamais pour les photos, et ne se privait pas de leur envoyer discrètement des sorts d'immobilisation ou de confusion quand ils lui tournaient le dos. Heureusement, les entraînements étaient privés et personne ne pouvait y assister sans autorisation.

Il aimait se retrouver seul pendant trente minutes dans les vestiaires, à revoir les stratégies de l'entraîneur sur le tableau magique, avant l'arrivée du reste de l'équipe.

Ils ne tardèrent pas à le rejoindre et le saluèrent chaleureusement, sans effusion déplacée, malgré quelques regards admiratifs de la part du dernier membre recruté. William Grant était un jeune homme de vingt ans, blond aux yeux bleus, avec une carrure impressionnante. Il venait remplacer un de leurs batteurs qui avait décidé d'arrêter sa carrière le mois précédent.

Une fois que l'équipe fut en tenue, l'entraîneur les réunit autour du tableau magique qui lui servait à dessiner ses stratégies. La première fois que Harry l'avait découvert, il avait été enthousiasmé. Malgré de nombreuses années dans le monde des Sorciers il n'était toujours pas habitué à voir certains objets, utilisés par les Moldus, devenir fabuleusement pratiques une fois enchantés. Comme pour les photos, le tableau était ensorcelé pour permettre une animation précise des stratégies dessinées par l'entraîneur.

— Aujourd'hui, nous allons continuer à nous focaliser sur la mise à niveau de William. Il est extrêmement important que tous les membres de l'équipe soient au même niveau. N'oubliez pas que la saison du championnat commence dans quelques semaines seulement et je veux gagner la coupe de la Ligue cette année, c'est bien clair ?

L'ensemble du groupe acquiesça et écouta attentivement les explications de l'homme. Jack Parker était l'entraîneur de l'équipe des Canons de Chudley depuis seulement trois ans. Son prédécesseur avait été gentiment remercié par les recruteurs, en réponse à l'insistante demande de Harry d'en changer.

Quand Harry avait décidé de commencer une carrière dans le Quidditch, il n'avait pas voulu user de sa notoriété pour bénéficier de passe-droits. Il avait donc postulé dans la plus mauvaise équipe de la Ligue, espérant que son talent d'attrapeur suffirait. Il avait obtenu le poste très facilement, ce qui lui avait semblé un peu suspect, mais compte tenu du niveau de l'équipe il n'avait jamais réussi à savoir si c'était son nom ou ses compétences qui le lui avaient valu. Pendant deux ans, Harry avait fait gagner les Canons assez régulièrement, mais pas suffisamment pour se hisser dans le haut du classement. Après de nombreuses demandes auprès des recruteurs et du président du club, ceux-ci avaient accepté de changer d'entraîneur. D'après Harry, il était, en grande partie, la cause de leurs mauvaises performances, du fait de stratégies fragiles ainsi que d'une équipe sans cohésion et mal choisie. Le nouvel entraîneur avait rapidement changé la donne, modifiant toutes leurs tactiques et recrutant de nouveaux joueurs. De ce fait, depuis trois ans, les Canons de Chudley ne faisaient que remonter dans le classement et Harry espérait pouvoir tenir la coupe de la Ligue entre ses mains d'ici quelques mois.

Les deux premières heures furent consacrées à l'endurance, la musculation et la course de vitesse sur balai. Jack était américain et s'était inspiré du sport moldu pour entraîner son équipe. Et cela portait ses fruits. La première semaine où Jack avait imposé ces exercices, Harry et ses coéquipiers avaient particulièrement souffert de courbatures. Cependant, en voyant leurs performances au Quidditch s'améliorer ils avaient compris que ce n'était pas de la torture gratuite comme ils le soupçonnaient.

Les deux heures suivantes, Jack divisa l'équipe en deux. Les poursuiveurs et le gardien allaient travailler à conserver une bonne cohésion dans les passes du souaffle et essayer les nouvelles tactiques. Les batteurs et Harry allaient s'entraîner ensemble. William devait protéger Harry, l'attrapeur, des cognards que lui envoyait Sara, l'autre batteur de l'équipe.

Ce dut deux heures assez épuisantes pour Harry qui devait constamment s'assurer qu'aucune balle noire n'allait lui rentrer dedans, puisque William n'était pas encore parfaitement au point et ratait parfois son coup. Et il faisait confiance à Sara pour la justesse des trajectoires de ses cognards, s'ils n'étaient pas déviés par William, ils arrivaient toujours droits sur Harry. Malgré tout, la séance se révéla très utile et instructrice pour le jeune batteur.

La dernière heure était traditionnellement consacrée aux étirements, à la relaxation et au débriefing de l'entraînement.

— C'était une très bonne journée pour tous et toutes. Je vous remercie de votre implication, je pense qu'on a bien progressé, les félicita Jack. Allez, on remballe, on se voit demain à neuf heures.

À quatorze heures trente, Harry quitta enfin les vestiaires, épuisé et affamé. Il rentra directement au Square Grimmaurd où il déjeuna et fit une sieste.

oOoOooOoOo

Il mit beaucoup de temps à se décider comment s'habiller pour ressortir, et hésita longuement entre deux tenues. Il lui semblait toujours aussi difficile de se vêtir quand il se rendait quelque part où Ginny était également invitée. Il ne voulait pas peiner à la jeune femme en mettant certaines chemises qu'elle aimait particulièrement ou qu'elle lui avait offertes, alors que c'était souvent ce qui lui allait le mieux. Même s'il savait parfaitement qu'elle ne lui en tiendrait pas rigueur. Cependant il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle le détaillerait des pieds à la tête et noterait mentalement ce qu'il portait, elle l'avait toujours fait.

Avant de partir, il monta un nouveau plateau de nourriture à Kreatur, et lui indiqua qu'il rentrerait sûrement assez tard. Il referma les rideaux et borda l'elfe, puis quitta la pièce. Il espérait que Kreatur vivrait encore quand il reviendrait ce soir.

À dix-sept heures trente, Harry se posta sur le perron de la maison et transplana vers le Chemin de Traverse. Il trouvait contraignant de devoir sortir de la bâtisse pour transplaner, mais les défenses magiques l'en empêchait depuis l'intérieur. La demeure était restée incartable et protégée par les enchantements de l'époque de l'Ordre du Phénix. Cela l'arrangeait bien parfois, il devait bien l'avouer. Il prenait également bien soin de ne pas dépasser la première marche du perron, qui faisait partie intégrante du sort d'incartabilité qui empêchait les Moldus, et les gens ne connaissant pas ce lieu, de le voir.

Le Chemin de Traverse était relativement peu fréquenté à cette heure de la journée. Harry fut d'abord surpris d'y trouver si peu de monde, mais il se rappela que c'était un lundi, que les gens allaient sortir du travail et probablement rentrer directement chez eux pour la plupart.

Il commença à se promener, une cigarette à la main, en regardant attentivement les différentes vitrines des magasins, espérant pouvoir trouver ce qu'il était venu chercher. Il n'avait pas la moindre idée du cadeau qu'il allait pouvoir offrir à Hermione. Il savait qu'en allant chez Fleury et Bott il dénicherait sûrement un livre qui lui plairait, mais il n'avait pas envie de faire dans la facilité. Il voulait un présent original.

En passant devant chez Madame Guipure il eut une impulsion soudaine et passa la porte. La propriétaire n'était pas occupée et vint tout de suite proposer son aide.

— Bonjour, Monsieur. En quoi puis-je vous être utile ? demanda-t-elle aimablement.

Puis elle reconnut Harry.

— Oh, Monsieur Potter, quel plaisir de vous voir ici ! Que puis-je faire pour vous ? ajouta-t-elle d'une voix enjouée.

— Je cherche quelque chose à offrir à une amie.

— Connaissez-vous ses mensurations, Monsieur Potter ? Et quel genre d'articles souhaitez-vous ?

Harry réfléchit quelques instants en parcourant la boutique des yeux.

— Ce n'est pas pour elle-même, mais plutôt pour un bébé. Je voudrais un cadeau original, mais pas trop sérieux.

— Je vais voir ce que je peux vous trouver, installez-vous ici, Monsieur Potter, répondit-elle en montrant un siège.

Madame Guipure partit ensuite fouiller dans les rayonnages, puis dans l'arrière-boutique. Harry l'entendait de loin marmonner toute seule, elle semblait agacée. Il eut peur d'avoir dérangé et d'avoir demandé quelque chose d'impossible.

Elle revint au bout de vingt longues minutes. Harry avait cru qu'elle s'était perdue ou peut-être même enfuie en réalisant qu'elle ne pouvait pas satisfaire la requête du grand Harry Potter, Héros du monde sorcier. Sa propension à s'inquiéter pour rien le fit sourire intérieurement.

Madame Guipure revint avec quelques articles et les lui présenta : un petit chapeau pointu de couleur noire, une paire de gants en peau de dragon qui tenait dans la paume de sa main et une robe de sorcier qui semblait taillée pour une poupée.

— Je suis désolée, Monsieur Potter, je n'ai que peu de choix concernant les articles pour les enfants. Je peux vous en fabriquer sur mesure si vous le souhaitez, mais cela prendra quelques jours, s'excusa la femme avec un air gêné.

Harry observa les objets et se décida pour le petit chapeau, qu'il trouvait définitivement trop mignon, et la paire de gants en peau de dragon. Après tout, le bébé de Ron et Hermione aurait sûrement des prédispositions pour le Quidditch. Et si ce n'était pas le cas, il s'occuperait de les créer.

La propriétaire lui sourit aimablement et reprit quelques couleurs. Elle semblait soulagée que son riche et célèbre client ait trouvé quelque chose qui lui convenait. Elle emballa les deux articles dans du joli papier de soie et les glissa dans un sac à petites anses en ruban rouge. Harry paya et récupéra ses achats.

— Merci beaucoup, Madame Guipure, c'est parfait. Bonne fin de journée à vous, salua poliment Harry en partant.

— Ce fut vraiment un plaisir de vous servir, Monsieur Potter, répondit-elle en inclinant la tête.

Harry ressortit de la boutique et souffla. Comme cela pouvait l'énerver, tous ces gens bien trop polis avec lui, tout le temps à l'appeler par son nom comme s'il était précieux ! C'était excessivement agaçant et il rêvait de pouvoir faire du shopping dans des conditions normales. Il ne connaissait aucune solution pratique pour cela, excepté le polynectar. Mais il se savait parfaitement incapable d'en fabriquer, n'ayant de toute façon pas la patience d'essayer. Il existait aussi certains sortilèges de modifications de l'apparence, mais ils étaient compliqués et il ne voulait pas risquer de se retrouver avec une oreille en trop ou un nez en moins. Ce genre de prouesses était plutôt du ressort de sa meilleure amie. Qui n'aurait de toute façon pas approuvé le subterfuge.

Harry se dirigea ensuite vers la boutique de Florian Fortarôme, espérant y trouver la glace préférée de Hermione. Cette échoppe avait rouvert l'année passée, rachetée par un proche du fameux glacier qui avait trouvé la mort pendant le court règne de Voldemort. Le nouveau propriétaire des lieux avait décidé de conserver le nom de la boutique, en l'honneur du décédé, et d'ajouter le sien en dessous. Harry n'arrivait jamais à se souvenir du nom de ce type, mais il faisait de très bonnes glaces et ne salissait pas l'ancienne réputation du lieu.

Tout en marchant d'un pas tranquille vers le glacier, situé plus loin sur le Chemin de Traverse, Harry continuait le lèche-vitrine et s'arrêtait de temps en temps pour regarder des articles. Évidemment, il passa au moins un quart d'heure à observer le dernier balai de Quidditch présenté dans le Magasin d'accessoires de Quidditch. Il se promit de revenir une autre fois pour se l'offrir. Après tout, il avait largement de quoi se le payer, et vu la direction que prenait sa vie sentimentale il n'aurait personne à qui léguer sa fortune à sa mort, alors autant se faire plaisir !

Il s'arrêta quelques instants, en plein milieu de la rue, pour s'allumer une nouvelle cigarette, face à une boutique condamnée depuis des années. Il ne se rappelait plus ce que c'était avant le saccage par les Mangemorts, mais quelque chose attira son œil. Oui, c'était ça, il distinguait de la lumière à l'intérieur, malgré l'épaisse couche de crasse sur les fenêtres du bâtiment. Et à l'étage, les vitres étaient propres en plus d'être éclairées. Ça alors, quelqu'un avait racheté le lieu, certainement pour ouvrir une nouvelle boutique. Harry se félicitait de ce genre de choses, il aspirait à la normalité, à ce que toute trace du règne de Voldemort disparaisse. Cela ne voulait pas dire qu'il fallait oublier, mais les gens devaient continuer à vivre, et réparer les dégâts matériels faisait partie de la thérapie du monde magique. Il espérait également secrètement que sa notoriété diminuerait en même temps que les traces laissées par le Lord Noir disparaissaient. Il ne voulait être que Harry, joueur de Quidditch.

Il se demandait quel genre de magasin allait bien pouvoir se créer ici quand la porte délabrée s'ouvrit sur une haute silhouette longiligne. Le soleil avait déjà basculé derrière les bâtiments et la faible luminosité ambiante était trop faible pour distinguer, d'aussi loin, le visage de la personne. Un frisson hérissa ses poils, il avait comme un drôle de pressentiment, il savait qu'il connaissait cette silhouette. L'homme s'avança dans la rue, sans faire attention à lui, et se retourna vers l'échoppe, levant la tête vers une fenêtre de l'étage qui s'était ouverte sur quelqu'un d'autre. Harry n'en revenait pas, il s'agissait de Drago Malefoy !

Malefoy héla la personne à l'étage.

— Théo, je te confirme que ton sort est parfait. On ne voit que la lumière depuis l'extérieur, rien à l'intérieur de la pièce.

Harry était resté planté là, la bouche ouverte de stupéfaction, à regarder son ancienne Némésis discuter avec ce qui semblait être Théodore Nott Junior. S'il n'avait pas vu son visage, Harry aurait pu penser que Lucius Malefoy s'était échappé d'Azkaban, Drago, avec les cheveux longs, ressemblait terriblement à son père. Il se fit la réflexion que ça lui allait cependant bien mieux qu'à son paternel.

Drago Malefoy était en train de rejoindre le bâtiment quand Harry sortit de sa torpeur.

— Hey Malefoy ! le héla-t-il d'une voix forte.

Drago se retourna vers Harry en une fraction de seconde et s'avança vivement vers lui. Un grésillement à sa main droite rappela à Harry qu'il en avait oublié de fumer, la cigarette s'était complètement consumée. Il mit le mégot dans sa poche juste au moment où l'ancien Serpentard le rejoignait.

— Ah… Bonsoir, Potter. Tu m'as surpris, dit-il.

— Bonsoir, Malefoy. Excuse-moi, j'ai sûrement été un peu brusque… répondit Harry.

Ils se regardèrent quelques instants sans rien dire, mal à l'aise de se retrouver face à face après tant d'années, sans y avoir été préparés.

— Alors, qu'est-ce que tu fais par ici ? demanda finalement Harry, un peu gêné.

— J'ai racheté cet endroit. Je vais y ouvrir une boutique de potions.

— Toi ? Commerçant ? Tu aurais dû me prévenir, j'ai failli tomber à la renverse ! s'esclaffa Harry.

Inexplicablement, Malefoy répondit à sa pique par un sourire indulgent. Harry était surpris que Malefoy ne daigne pas rebondir sur sa critique. Décidément, il n'avait pas changé que ses cheveux.

— C'est plutôt marrant, j'ai croisé Granger au Ministère ce matin. Et elle m'a dit à peu près la même chose que toi. Excepté le fait qu'elle a montré de la subtilité et de la politesse, répondit finalement Malefoy, un sourire narquois sur les lèvres.

— OK, j'ai compris, j'ai manqué de tact, répliqua Harry d'un ton faussement contrit. Je suppose que les habitudes ont la vie dure…

Un nouveau silence envahit la rue. Quelques passants évitèrent les deux hommes sans même les remarquer. Harry n'arrivait pas à détacher ses yeux de son vis-à-vis. Il essayait de superposer l'image qu'il avait de lui à Poudlard avec la personne qui lui faisait face. Et il avait changé, disparu le garçon lâche et effrayé d'avant la chute de Voldemort, disparu l'adolescent qui se cherchait encore pendant leur année de rattrapage. Harry se trouvait devant un homme grand et mince qui soutenait son regard avec calme et assurance. Avait-il toujours eu des yeux aussi gris que l'acier ?

La voix de Malefoy le sortit de sa rêverie.

— Hé ! Potter, tu dors ? Je te parlais là !

— Pardon, Malefoy, j'étais perdu dans mes souvenirs, s'excusa Harry.

— Ai-je bien entendu ? Ça fait deux fois que tu me demandes pardon, Potter. Es-tu sûr d'aller bien ? Qu'as-tu fait de tes gros sabots de Gryffondor ? ricana Malefoy, visiblement très amusé de la situation.

Harry reconnaissait bien là le Serpentard, et cela le fit rougir. Il était cependant de trop mauvaise foi pour se rendre compte qu'il était responsable de cette réponse, c'était tellement plus facile d'accuser Malefoy.

— Ne me pousse pas, Malefoy, grommela Harry. Et puis, arrête de te comporter comme si on était encore des gamins de quinze ans. On est plus à Poudlard depuis des années, nous sommes devenus des adultes et nos querelles d'enfance n'ont plus lieu d'exister, tu le sais très bien.

— Si tu le dis, répondit-il en avec un sourire en coin.

— Bon, je dois y aller, Ron et Hermione m'attendent pour dix-neuf heures, et elle ne me pardonnera pas facilement d'arriver en retard pour son anniversaire. Bonsoir, Malefoy.

— J'espère qu'elle te passera un savon dans ce cas, répondit-il avec un large sourire. Bonsoir, Potter.

Malefoy tendit la main à Harry, qui la serra, et celui-ci reprit sa route vers le glacier. Il allait devoir se dépêcher s'il espérait arriver avant la fermeture. Il ne voulait pas que le souhait de Malefoy se réalise, surtout que son amie était devenue susceptible depuis le début de la grossesse. Même si Harry pensait que les hormones avaient bon dos !

oOoOooOoOo

À dix-neuf heures quinze, Harry sonna à la maison de ses deux amis. Il les remerciait silencieusement d'avoir choisi un domicile très proche du Chemin de Traverse, sinon il aurait sûrement été encore plus en retard. Il avait préféré ne pas transplaner avec les glaces.

La porte s'ouvrit sur Ginny, dans une élégante robe bleue toute simple. Il salua la jeune femme par une chaleureuse étreinte amicale et un baiser sur la joue. Leurs relations étaient redevenues très bonnes depuis deux ans environ, les ressentiments de la rupture balayés par leur ancienne amitié, plus importante que tout le reste à leurs yeux. Même s'ils ne s'en étaient pas rendu compte seuls et que Hermione avait dû y mettre son grain de sel.

— Est-ce qu'ils ont remarqué que j'étais en retard ? demanda-t-il tout bas à Ginny.

— Je ne crois pas, tu as de la chance, mais c'est dommage, j'aurais bien voulu voir Hermione te sermonner une fois encore, répondit-elle, amusée.

Il déposa ses affaires dans l'entrée.

— Remarque, reprit Ginny, il est bien possible que tu te fasses houspiller, tu sens la cigarette, Harry.

— Quelle plaie, j'avais oublié.

Il se lança rapidement un sort de nettoyage lui ôtant toute odeur désagréable de tabac et suivit Ginny auprès de leurs hôtes du soir. Hermione lui faisait la morale depuis qu'il s'était mis à fumer, soulevant l'argument de la santé. Mais sa grossesse décuplait son odorat et l'odeur de tabac l'écœurait tellement qu'il devait se lancer des sorts anti-odeur tout le temps.

Les quatre amis échangèrent des nouvelles durant le repas, s'enquérant des uns et des autres. Harry s'intéressait particulièrement au bien-être de Ginny, se sentant encore coupable de la séparation. La jeune femme n'avait personne dans sa vie en ce moment, mais elle semblait heureuse de vivre seule. Elle avait décidé de partir définitivement du Terrier six mois plus tôt, malgré les avis négatifs de ses parents et surtout de sa mère. Molly Weasley avait de très nombreuses qualités, mais elle était vraiment trop mère poule et ses enfants finissaient tous par se sentir étouffés. Ginny était la dernière à quitter le nid, pour la deuxième fois, et elle avait dû batailler pour lui faire entendre raison.

Prendre des nouvelles de Ginny était également stratégique pour Harry, il essayait discrètement de savoir comment se passait sa vie professionnelle, et tentait de lui soutirer des informations sur l'équipe des Harpies de Holyhead.

— Harry, cesse donc de me parler du Quidditch. Je sais parfaitement ce que tu essayes de faire, et ça ne marche pas ! râla la benjamine des Weasley.

— Peu importe, cette année on vous battra à plate couture ! répondit Harry, vexé de s'être trahi.

Au moment de servir le gâteau, Harry et Ginny offrirent leurs cadeaux à la future mère. Harry était très impatient de voir sa réaction à la découverte des présents pour le bébé, et espérait qu'elle apprécierait tout autant la glace. Il trépignait presque pendant qu'elle ouvrait les paquets.

— Oooooh Harry, mais c'est tellement mignon ! s'exclama Hermione.

— Ouvre aussi l'autre. Même si l'emballage a été ensorcelé, j'espère que ça n'a pas bougé.

Hermione fut également ravie de la glace et promit de la déguster avec une part du gâteau prévu en dessert. Puis elle remercia chaleureusement Harry en le serrant dans ses bras.

Ginny lui avait offert un livre original qu'elle avait acheté au Canada pendant ses vacances cet été. Hermione était bien entendu très enthousiaste à l'idée de lire une œuvre qu'elle ne connaissait pas.

Pendant la dégustation du dessert, la conversation tourna autour des souvenirs de Poudlard, ravivés par le cadeau offert par Ron, un album animé de leurs années à l'école.

— Ça me semble de circonstance d'avoir des photos de nous dans nos jeunes années, étant donné que nous allons définitivement basculer dans le monde des adultes d'ici peu, avait expliqué Ron.

Ils étaient tous d'accord à ce sujet et les anecdotes fusèrent. C'était à qui raconterait le moment le plus drôle de leur scolarité.

— Oh, je me rappelle d'un évènement particulièrement savoureux, certainement l'un de mes meilleurs souvenirs, commença Ron. En quatrième année, Fol-Œil, enfin le faux Fol-Œil, avait changé Malefoy en fouine* pour le punir d'avoir tenté d'envoyer un sort dans le dos de Harry ! termina-t-il en explosant de rire.

Le rire de Ron était communicatif et toute la petite tablée s'esclaffa en se rappelant ce moment cocasse. Ils eurent besoin de quelques instants pour calmer leur hilarité.

— Tiens, en parlant de Malefoy, je l'ai croisé au Ministère ce matin, dit Hermione une fois son fou rire passé. Il est revenu de France, il a décidé de s'installer sur le Chemin de Traverse pour ouvrir un magasin de potions.

Ron manqua s'étouffer à cette nouvelle. Il n'avait jamais vraiment réussi à croire au repenti du Serpentard. Il continuait de le considérer comme un Mangemort vaguement honteux de ses actes, ni plus ni moins. Cela avait donné lieu à d'innombrables discussions durant leur dernière année à Poudlard, et provoqué de sérieuses disputes avec Hermione qui le défendait.

— Il ne pouvait pas rester là-bas plutôt ? On s'est passé de lui pendant six ans, il était pas obligé de revenir s'installer presque sous notre nez ! grogna-t-il, mécontent.

— Oh, Ron, ça ne va pas recommencer ! se plaignirent en cœur Hermione et Ginny.

— Moi aussi je l'ai croisé aujourd'hui, c'est drôle quand même, ajouta Harry. Je suis tombé sur lui en allant chez Fortarôme. Très franchement, il m'a plutôt fait bonne impression, je dois dire que cela m'a surpris !

— Bon, d'accord. Si vous êtes tous contre moi. Mais vous verrez que j'ai raison de ne pas lui faire confiance, râla Ron.

Harry donna un léger coup de poing sur l'épaule de son ami, pour le dérider, et la conversation s'orienta naturellement vers d'autres sujets. Harry profita autant que possible de la présence de ses amis, rares éclats de lumière dans sa triste vie.

Harry repartit par Cheminette, trop éméché pour transplaner sans danger. Il retrouva Kreatur endormi, mais encore vivant, et alla se coucher, soulagé. Il sombra rapidement dans le sommeil, et ses rêves, pour une fois, ne furent peuplés que de souvenirs de Poudlard.


*Je suis fidèle à la version VF de Harry Potter. Cependant, pour une raison que je ne connais pas, le traducteur des livres a décidé de traduire l'original « ferret » (= furet en français) par « fouine ». Et j'ai décidée d'être le plus possible fidèle aux livres (lus uniquement en VF).

Et pour ceux qui auraient un doute, je confirme que dans le film il s'agit bien d'un furet à l'écran.

Voilà, ce troisième chapitre est terminé, j'espère qu'il vous a plu.

J'attends vos retours avec impatience !

A la semaine prochaine :)