Désolée pour l'attente, en vous souhaitant une bonne lecture! :-)
CHAPITRE 2 – Frissons roses sous la chaleur de sa voix
Les rayons du soleil
qui réchauffaient
sa peau/
Le vent du nord
qui soufflait
dans ses cheveux/
L'herbe de la clairière
qui chatouillait
ses chevilles/
Le murmure de la nature
qui caressait
ses tympans.
Bras tendus sur les côtés, menton relevé vers le ciel, yeux fermés face au soleil, sourire apaisé aux lèvres, ses genoux cédèrent pour se reposer sur le sol vert tendre. Tout autour d'elle, de la végétation à perte de vue, bouillonnante de vie et de couleur. Le Paradis sur Terre peut-être, son Eden personnel le temps d'une courte pause. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas sentie aussi en harmonie avec la Nature ? Depuis combien de temps n'avait-elle pas pu sentir la sérénité l'inonder ainsi ? Depuis combien de temps ne s'était-elle pas accorder un instant de répit, un instant comme celui-ci, à l'abri de tout, de la mission qu'elle venait de remplir, du village vers lequel elle se dirigeait à présent ?
Encore une vingtaine de kilomètre avant d'atteindre Konoha, elle aurait largement pu y parvenir avant la nuit. Mais à quoi bon si elle pouvait profiter ne serait-ce qu'un bref moment de cette nature idyllique ? Elle pouvait bien planter la tente pour la nuit, elle avait pris de l'avance sur son temps de mission. Juste une nuit pour elle, sans inconnu, sans ami, sans petit-ami, sans rien qui pût lui occuper l'esprit. Juste une nuit de solitude, juste une fois.
Tandis que Sakura installait son bivouac, elle perçut le clapotis d'une eau légèrement agitée par le vent, à quelques centaines de mètres de sa position. Elle savait qu'elle avait établi campement près d'une rivière – juste à la lisière de la clairière se trouvaient les premiers arbres qui bordaient la fameuse Vallée de la Fin où le cours d'eau devenait torrent puis cascade.
Sa gourde étant presque vide, elle décida d'aller la remplir d'eau fraîche avant de préparer son dîner. Elle se concentra une ou deux secondes à peine, le temps de camoufler son chakra – pas aussi efficacement que durant ses missions d'espionnage, mais encore assez pour être sûre de ne pas avoir d'ennuis trop facilement. Elle était dans une forêt appartenant au domaine de Konoha, il y avait a priori peu de chance qu'elle fît une mauvaise rencontre. Elle laissa donc ses affaires choir dans la clairière et s'avança sans crainte vers la rivière.
Elle progressait malgré elle vers Madara Uchiha, trônant fièrement plus loin sur sa droite, dos à elle, statue de pierre imposante érigée en la mémoire de ce Dieu des Shinobis - deuxième du nom, oui, oui, seulement deuxième, après feu le grand Hashirama Senju qui lui faisait face de l'autre côté de la vallée.
Elle atteignait la bordure de la forêt et se dirigeait sans crainte vers le bras du fleuve, juste avant que celui-ci ne se mût en cascade, lorsqu'elle eut une vision parfaite du sommet de la tête rocheuse de Madara Uchiha. Les yeux mi-clos par le feu du soleil et l'apaisement qui l'étreignait, elle pensa succinctement, avec une certaine nostalgie, que c'était là que s'était tenu Sasuke lorsqu'il avait échangé ses poings et son cœur avec Naruto avant de rejoindre Orochimaru.
Cet instant fut succinct, en effet, bref comme un battement de paupières, une fraction de seconde à peine – la focale se corrigea, la vue s'aiguisa soudain, l'image précise apparut enfin. L'information était là, à portée de main, elle l'effleura à peine, puis elle la toucha ave plus de fermeté, enfin elle l'empoigna avec ardeur. Une fraction de seconde plus une autre. La réalisation éclata dans son esprit. L'alarme se déclencha sans crier gare – alerte, tous aux abris, TOBI INDIVIDU EXTREMEMENT DANGEREUX, là, juste, là, à soixante-trois mètres et demi à peine de sa propre position, assis nonchalamment, là, juste là, sur la tête de Madara, pas d'erreur possible, là, juste là, il était là, comme si de rien n'était, comme s'il ignorait qu'elle était là, alors qu'il savait, alors qu'il savait. Quelle horreur. Quelle horreur.
Elle n'était même pas invisible comme à leur première rencontre, et déjà là il avait su, alors là c'était sûr qu'il savait, il savait !
Comment pouvait-il se tenir ainsi, si calme, si immobile, respirant la sérénité, une jambe pendant au-dessus du vide avec un léger mouvement de balancier, comme un enfant qui n'y prenait pas garde alors que l'ennui pointait le bout de son nez – comment pouvait-il fixer l'horizon sans crainte alors qu'il savait qu'elle était là, juste là, à côté de lui – comment pouvait-il alors qu'elle commençait déjà à suffoquer, alors que la peur était déjà là bien ancrée autour de son cœur comme un étau, alors qu'elle tremblait comme une feuille autant par angoisse suprême que parce qu'elle bandait ses muscles comme une folle en pleine crise de démence ?
Elle n'osait même plus bouger d'un cil, trop peur pour ça. Alors qu'elle aurait dû prendre ses jambes à son cou, abandonner son campement, courir plus vite que jamais vers Konoha et dire à tout le monde ce qu'elle aurait dû dire des mois auparavant déjà. Tobi n'était pas Tobi, Tobi était EXTREMEMENT DANGEREUX et s'amusait à la tourmenter comme un diable ! Après tout, il savait. Il savait et ne bougeait pas d'un poil, qu'elle restât ou qu'elle fuît, quelle différence, puisqu'il savait.
Est-ce que sa tête venait-elle juste de pivoter/pivoter vers elle/pivoter de deux degrés à peine mais quand même/est-ce que venait-elle juste de pivoter un peu pour lui montrer/pour lui montrer enfin qu'il savait/lui montrer qu'il savait et qu'il savait qu'elle savait/sa tête n'était plus à la même place/elle en était certaine/certaine qu'il avait bougé la tête vers la gauche/vers la gauche juste un peu pour la faire se torde encore plus de peur/cette enfoiré/ce connard fini/ce taré subliminal/quel diable/quel démon !
Et elle, Sakura Haruno, quelle gourde avec sa gourde en main, incapable d'esquisser le moindre mouvement, qu'est-ce qu'il pouvait bien penser d'elle – quoi ? mais qu'est-ce qu'elle en avait à foutre de ce qu'il pensait d'elle ? il fallait qu'elle se barrât au plus vite, qu'elle se carapatât vite fait, mais oui, idiote, arrête de pense et va-t-en !
SA TÊTE AVAIT ENCORE BOUGE ! Deux degrés en plus, presque perpendiculaire à son corps maintenant, il la voyait, il la voyait pour de bon cette fois, plus aucun doute du tout, plus rien, il la voyait ! Par son orbite ronde, son orbite béante, son orbite vide, unique et sombre, noire, si noire, d'un noir d'encre, impénétrable. Que s'y cachait-il ? Un œil, vraiment ? L'œil du démon !
Il ne dit rien. Pourquoi ne disait-il rien ? Bon dieu, pourquoi ? Qu'il lui facilitât donc la vie, qu'il lui dît quelque chose, qu'il bougeât même plutôt que ça, ça, le silence profond, le silence infini, le silence qui lui déchirait les tympans et lui labourait le cœur.
Alors, toi, bouge, bouge ! Un pas en arrière – allez ! Oui, oui, c'est ça, un pas en arrière ! C'est bien, ma belle. Un autre, encore un autre. Mais ne le quitte pas du regard surtout, tant pis si le putain de trou dans son masque orange dégueulasse est vide, ne le quitte pas des yeux ! Deux pas en arrière, excellent. Mais qu'est-ce qu'il peut bien penser de moi ? Ta gueule, c'est pas le moment ! Et s'il sourit comme un fou derrière son masque, s'il se moque de moi comme d'un nouveau-né tremblant et apeuré ? Tant pis, tant pis, pour ça, c'est ce que t'es juste là alors cherche pas ! Mais je crois que je ne veux pas. Tu veux pas quoi, abrutie ? C'est pas le moment ! Je ne veux pas qu'il pense que je suis faible. Pourquoi ? Qu'est-ce que t'en as à carrer, sérieux ?! … Réponds ! …
Cette tête, cette tête juste face à elle. Cette tête fixe, le regard fixe aussi sans doute, intimidant, si intimidant. Les cheveux noirs balayés à intervalles réguliers par de légères bourrasques de vent. Le corps tendu maintenant mais la position négligée, presque indolente, tentatrice. Une aura, tout autour de lui, indéniablement, une aura de secrets qui le nimbait de mystère. Quel charme. Quel charme.
Elle ne voyait pas son putain de visage et voilà qu'un frisson d'excitation la prenait. Etait-il bel homme, sans sa cape, sans son masque ? Oui. T'es devenue complètement folle, ma pauvre. T'aurais dû continuer à fuir, on était bien parties. Tu t'es perdue, je te jure t'es perdue et je viendrais pas te récupérer là où tu t'es réfugiée, dans ton inconscient tordu qui te fait confondre la peur et l'excitation. Regarde-toi, je suis sûre que tu trembles d'admiration maintenant.
« Va-t-en. »
Bah tiens, cet idiot est plus intelligent et sensé que toi. Cours, cours vite. Il te l'a dit, tu peux le faire maintenant. Ecoute-le. Non ! Ne pense pas que sa voix est grave et chaude, qu'elle te donne des frissons rien qu'avec trois mots. Cours et c'est tout. Point barre. Chapitre clos. Tu chercheras pas ton eau aujourd'hui, rentre au village et surtout raconte rien à personne. Cours. C'est bien, un pied après l'autre. Tombe pas. Tu peux le faire. Un pied après l'autre. Plus vite. Encore plus vite.
Une heure seulement après ces évènements, la nouvelle était tombée.
Sakura avait tout juste eu le temps de ralentir avant d'atteindre les portes du village, de calmer sa respiration, de recoiffer sa crinière sauvage, d'amoindrir le rose de ses joues, de réajuster ses vêtements et de laisser à nouveau la place à son « moi », à la partie consciente et intègre de son cerveau. Elle avait pu franchir le pas de Konoha avec sa fraicheur habituelle, avec sa bonne humeur usuelle et son sourire devenu si commun pour les gardes.
Elle avait même pu faire son rapport oral au Godaime sans attiser le moindre soupçon au fond des prunelles noisette de son maître à l'œil aiguisé pour lire le cœur des gens. Quelle actrice Sakura, vraiment !
Mais pas le temps de se remettre pour de vrai cette fois. Surtout pas. Parce que la nouvelle était tombée.
On avait retrouvé la trace de Sasuke Uchiha.
Ou tout du moins on avait retrouvé la trace d'Itachi Uchiha, et celle de son idiot de petit frère dans son sillage. La bataille finale allait enfin se jouer, apparemment. Naruto et son équipe rassemblée à la va-vite avaient déjà requis une mission exceptionnelle – ainsi, l'équipe 8, Kakashi, Yamato, Sai et la tête blonde brûlée jusqu'à la racine s'étaient déjà envolés loin et attendaient que leur précieuse Sakura les rejoignît.
Rejoindre l'équipe de récupération de Sasuke Uchiha avant la nuit, retrouver ledit Sasuke Uchiha dès l'aube, mort ou vif, le convaincre de revenir au village ou simplement le ramener au village, selon s'il était retrouvé vif ou mort. Bien reçu.
Dans son esprit malmené par le trop-plein d'informations, Sasuke Uchiha avait souvent migré d'un tiroir à l'autre. Il avait toujours eu le don de foutre le bordel dans son cerveau sans même le vouloir – il n'y avait qu'elle, pauvre conne, qui se rendait malade pour lui.
Aujourd'hui, elle était malade de lui.
Le meuble premier amour n'avait plus suffi à le catégoriser quand ils eurent atteint l'âge tendre de douze ans et furent placés dans la même équipe, alors elle l'avait déplacé dans celui des amis, mais c'était devenu trop peu pour ses émotions trop abondantes finalement. Elle l'avait ainsi rangé dans une troisième tentative dans l'armoire dédiée à la famille. Quelle erreur ! Ça ce serait su s'il l'avait un jour considérée comme un membre de sa famille. En dépit de cause après sa trahison qui avait malmené son pauvre petit cœur plus que de raison, il avait migré dans la case solitaire de premier amour blessé à jamais. Quelle niaiserie ! Il y était resté longtemps, là, accompagné de ses sentiments à la fois déçus et toujours vibrants d'un espoir malsain. Il lui en avait fallu, du temps, pour qu'elle l'enfermât enfin à double-tour dans une case enfin solitaire pour de bon, isolée complétement d'elle-même, celle destinée au traître qui avait blessé sa vraie famille.
Plus d'espoir inutile pour lui, trop de fatigue émotionnelle vaine.
S'il devait rentrer, il rentrerait. S'il devait mourir, il mourrait. Mais jamais plus elle ne l'aimerait.
Peut-être qu'aujourd'hui serait l'occasion de lui foutre un bon gros coup de poing dans la gueule. Un bon point. Ca égaierait sans doute son humeur. Après tout, elle en avait bavé, pendant plus de trois ans. Elle avait dû fournir de très gros efforts, compenser son absence de talents héréditaires et rattraper le retard qu'elle avait pris dans cette équipe où elle n'avait jamais vraiment trouvé sa place. Elle s'était frayé un chemin avec ses poings et avait enfin trouvé comment utiliser son grand front qui cachait une intelligence toute aussi grande à bon escient.
Il ne lui manquait plus qu'une bonne opportunité pour le prouver à Monsieur Arrogant.
Soit une heure et demie environ, le temps de rejoindre ses camarades, amis et famille, en progression au nord/est de Konoha.
Croquer dans une pilule de soldat, déglutir la soudaine montée de chakra, infuser de l'énergie dans la plante de ses pieds, foncer jusqu'à ses amis, dépecer Sasuke – oui, elle pouvait le faire.
Si seulement l'occasion se présentait.
« Bonjour à tous ! » cria une voix nasillarde dont l'aigu fit écho dans toute la clairière. Elle fut suivie d'un éclat de rire aberrant de bêtise et de mépris.
On aurait dit Monsieur Loyal qui hélait la foule avant de présenter son spectacle. En un peu plus sadique.
La huitaine de ninjas présents sur les lieux se crispa à l'entente de cette mélodie de mauvais augure. Sakura, en particulier, heureusement à l'arrière du groupe et cachée de la vue de ses coéquipiers, sentit ses yeux se révulser – pas à quelques heures d'intervalle à peine, pas deux fois en deux jours seulement !
« Un seul contre huit ! Ah la, la, Tobi n'a décidément pas de chance aujourd'hui ! »
Il apparut alors affublé de son masque orange sur une branche d'arbre, au-dessus d'eux minuscules sur l'herbe en contrebas. Sakura serrait les poings et les dents, espérait ne pas trop dévoiler la crainte, l'excitation, tous les sentiments contradictoires et pas qui faisaient pulser l'adrénaline dans ses veines. Sa personnalité stupide et maladroite était sans doute plus malsaine et terrifiante que la véritable. Parce qu'elle prouvait avant tout qu'il était un marionnettiste aguerri qui usait de tout le monde comme d'un simple pantin dont il tirait les ficelles, exactement comme à leur première rencontre.
Si Kiba, encore peu expérimenté de l'Akatsuki, se moquait aisément de celui qu'il croyait n'être qu'un simple énergumène, Kakashi et Yamato arboraient l'air de ceux qui ne se laisseraient pas duper par des pitreries de bas étage. Il portait le manteau, il portait la bague. Il était à prendre au sérieux. Hinata, la face blême et les yeux écarquillés, paraissait en mesure de percevoir l'immense puissance de son chakra au travers de ses byakugans.
« Personne ne bouge ? Quel mauvais spectacle ! Tobi se sent très vexé. »
Des mots. Juste des mots. Rien qu'avec des mots il parvenait à la mettre dans tous ses états. Pourquoi donc semblait-elle être la seule à percevoir le venin dans chacune des syllabes prononcées, la menace derrière chaque terme employé, la seule à ressentir le paroxysme de la peur à la tournure de chaque phrase ? Pourquoi l'orbite vide semblait-elle sans cesse la narguer, ne regarder qu'elle autant qu'elle put seulement regarder quoi que ce fût, comment une chose inexistante put-elle être aussi mortifiante ?
Son effroi fut subitement brisé par la réaction sanguine de Naruto. Un Kage Bunshin armé d'un rasengan surgit derrière Tobi et le frappa en plein dans l'échine.
Mais le bras
sortit par le ventre
et l'attaque
tra-ver-sa
le corps
de Tobi.
« Ta la !, chantonna ce dernier en levant les bras théâtralement. Vous y avez cru ? »
Il se foutait d'eux. Complètement !
Sakura avait envie de hurler à tout le monde de s'enfuir, de s'enfuir loin, et tant pis pour la mission, tant pis pour Itachi, tant pis pour Sasuke, tant pis pour la raclée monumentale qu'elle s'était promise de lui donner.
Au moins, ses camarades semblaient enfin tous comprendre la gravité de la situation et l'étonnante puissance cachée derrière le masque incongru.
« Formation B ! » cria Yamato.
L'interrupteur pilote automatique sembla se déclencher dans le cerveau de tous les shinobis qui se mirent en branle d'un même élan hypercalculé. Leur numéro démarra avec le mouvement de Naruto qui s'élança pour faire diversion pendant que Sakura et Kiba préparaient leur tour. Après avoir traversé une seconde fois le corps de Tobi, le blond se réceptionna plus loin, aux aguets. Sakura profita de cette brève ouverture pour envoyer un poing chargé de chakra vers son ennemi, mais il lui agrippa le poignet. Fortement. Grippage dans la machine, déjà, pas prévu ça, pas prévu ! Elle sentait le corps de l'homme sous tension, puissant, les muscles de son bras crispé sous la cape trop large. L'orbite à quelques centimètres d'elle était toujours vide - noire, atrocement noire. Elle esquissa inconsciemment un mouvement d'approche pour tenter de scruter plus intensément. Il lui broya presque le poignet à force de pression et la projeta au loin. Kiba suivit alors avec un centième de seconde de retard en exécutant une de ces acrobaties qu'il effectuait en coopération avec Akamaru, mais Tobi parvint à l'esquiver. Finalement, Naruto revint à l'attaque avec un Rasengan qui encore une fois ne fit que traverser leur ennemi.
« Tobi a vu mieux, commenta innocemment Tobi qui paraissait se délecter de la situation. Un autre tour à montrer à Tobi ? »
Invoquant son élément bois qui surgit des tréfonds de la terre, Yamato parvint à immobiliser Tobi pendant une fraction de seconde avant que ce dernier ne pût s'en libérer en traversant la matière. Il époumona de suite après le nom d'un jutsu au nom affreusement long et compliqué – mais surtout, surtout, très stupide – qui aboutissait par « technique interdite ». Pour une fois, Sakura ne se crispa même pas. Rien ne se passa. Car Tobi jouait avec eux et elle en comprenait enfin toute la mesure.
« Oups, on dirait que le numéro à Tobi aussi manque d'entraînement », fit-il avec une fausse voix gênée et un haussement d'épaules.
Il usait inexplicablement d'une technique spatio-temporelle très puissante. Il pouvait faire disparaitre partiellement son corps lorsqu'on lui portait une attaque directe, donnant ainsi l'illusion que l'attaque le traversait. Cela paraissait fonctionner un peu comme… le sharingan de Kakashi ? Quand il utilisait son kamui pour transférer des êtres ou des objets dans une autre dimension ? En encore plus puissant et maîtrisé ? … Tobi était-il un Uchiha ? Un voleur de dojutsu ?
Perché sur sa branche d'arbre, il fut soudain rejoint par un deuxième homme qui surgit du bois même. Cape noire aux nuages rouges, le visage exactement délimité en sa moitié en une partie blanche et une autre noire, deux appendices vertes pour encadrer sa tête comme s'il incarnait une plante carnivore. Un camarade à lui, donc.
« C'est terminé, annonça placidement le nouveau venu. Sasuke a gagné et Itachi est mort.
- Parfait. »
Erreur système, la voix qui venait de surgir de derrière le masque n'avait rien d'enfantin et de foutrement énervant. Elle était plutôt grave et foutrement chaude.
L'air changea, se chargea d'une intensité nouvelle, pesante, presque insupportable.
« Tout se passe comme prévu », continua-t-il de son timbre flambant neuf.
- Sasuke est dans un sale état. Que devons-nous faire ?
- Amène-moi à lui. »
Il se tourna ensuite vers ses adversaires, tendus mais effarés, impuissants spectateurs de la conversation qui avait pour objet leur mission – peut-être leur ami.
« Je m'occuperais de vous plus tard. »
La pupille rouge aux virgules noires était désormais parfaitement visible au travers du trou percé dans son masque. Sakura en versa une larme, unique, qui eut à peine le temps de briller dans la lumière de jour qu'elle l'effaça d'un revers de main. Elle avait eu raison, c'était bel et bien le sharingan. Elle en savait enfin plus sur lui. Elle possédait désormais un morceau d'explication sur sa puissance hors-norme et la pression-attraction qu'il exerçait sur elle. Ces yeux maudits ne lui avaient jamais bien réussi, après tout.
Après une dernière révérence ironique, sublime à vrai dire dans l'arabesque élégante du dos de Tobi, ce dernier disparut avec son compagnon en s'enfonçant dans le bois tendre de l'arbre.
End of showtime.
Ce qui fut jadis le temple des Uchihas n'était en ce jour morne plus que ruine.
La bataille avait dû être grandiose dans toute l'expérience des deux shinobis, feu contre foudre, triple tomoe face au redoutable Mangekyou Sharingan, majestueux dans la violence des sentiments qui s'étaient entrechoqués, mélange de haine, de mépris, peut-être d'un brin de mélancolie. La pluie, cependant, avait déjà lavé le sang et la sueur versés. Ne restait plus que la pierre bleue - amas de gravats, pans de murs miraculés, colonnes qui avaient su tenir bon. Au centre, l'éventail sacré des Uchihas s'effritait en poussière, fracturé.
Aucune trace ni d'Itachi ni de Sasuke. Plus d'odeur ou de traces non plus à suivre, tout effacé par les trombes d'eau qui battaient la terre fangeuse.
Des cris de rage vrillaient péniblement les oreilles de Sakura. Naruto ne saurait abandonner si proche du but, quand bien même il réalisait douloureusement lui aussi que Sasuke continuait encore et toujours à leur filer entre les doigts. Elle aurait voulu réagir convenablement. Agir comme la coéquipière, amie, et même membre de la famille qu'elle était. Elle s'apprêtait déjà à s'approcher de lui, une main apaisante tendue devant elle, pour la lui poser sur l'épaule, avec tendresse, pour le rassurer, pour lui assurer qu'elle était là pour lui et que cette défaite ne marquait pas la fin de tous leurs efforts de recherche. Elle l'aurait même pris dans ses bras et il en aurait été agréablement surpris, elle en était sûre. Elle aurait vraiment voulu faire ça pour lui.
Cependant, un éclat orangé attira son attention au loin, et un sentiment devenu bien trop familier lui empoigna le cœur et l'esprit pour les faire hurler d'angoisse. Alors, tandis que le reste de l'équipe, désappointé, tentait de réconforter Naruto, elle, s'éloigna de lui. Elle marcha en direction de l'un des rares pans de mur encore debout et, au détour de la pierre, le vit.
Tobi.
Pour la troisième fois consécutive.
Caché aux sens des ninjas, il s'était adossé au mur, les bras nonchalamment croisés sur son torse. Elle, les bras ballants le long du cops, les épaules tombantes, demeurait glacée. Encore lui, toujours elle – quelle machination cruelle était-ce donc là ? La révulsion première la poussa à chercher une issue du regard – à droite, devant, à gauche, derrière, au-dessus, en-dessous ? -, mais ce léger signe, ce putain de signe du menton qui lui intimait indolemment de venir se placer en face de lui pour la protéger elle aussi des regards, la perdit. Ses pieds avancèrent d'eux-mêmes sur le sol détrempé – plic, ploc, plic, ploc –, peut-être même que ces traîtres en eurent profité pour se rapprocher d'un pouce de l'homme. Lui, tandis qu'elle décrivait ce mouvement légèrement plus ovale que circulaire, la suivait de son œil narquois, rouge qui jurait avec l'orange bien allumé dans son orbite. Révulsion-attraction. Etait-ce la pluie glacée qui dégoulinait le long de son échine qui lui donnait des frissons jusque dans sa boîte crânienne, ou l'œil unique de l'homme puissant face à elle qui narguait son visage d'une caresse ironique ?
Avec des mouvements lents et calculés, il déplia ses bras. Elle remarqua seulement à cet instant, en l'observant avec attention, hypnotisée par l'élégance de ses gestes, qu'il était aussi trempé qu'elle/que ses cheveux imbibés d'eau brillaient d'un éclat bleuté parmi les mèches brun foncé/que les gouttes glissaient dessus langoureusement jusqu'aux pointes pour ensuite s'écraser sur le sol/plaisir éphémère des larmes du ciel/que sa cape gorgée de pluie collait à la peau de ses bras/que les muscles roulaient sous le tissu/qu'ils s'actionnaient bien visibles maintenant/que ses prunelles voilées de confusion s'en délectaient/plaisir éphémère d'une kunoichi au bord de la folie.
Et elle, de quoi avait-elle l'air avec ses cheveux dégoulinants – d'un chien -, rendus rose terne sous le ciel gris – d'un chien délavé -, collés sur son front trop grand – d'un chien délavé énorme -, avec sa peau blême de ressentir le froid de la pluie mordre sa peau – d'un chien délavé énorme qui tremble -, avec sa cape brune informe – d'un chien délavé énorme qui tremble et inspire la pitié -, avec son expression hagarde – d'un chien délavé énorme qui tremble et inspire la pitié et à l'air stupide -, avec sa posture amollie par l'aura pesante qui l'enveloppait toute entière ? – d'un chien délavé énorme qui tremble et inspire la pitié et à l'air stupide et faible, il est bien loin l'oiseau pour lequel il te prenait au début, quelle déception.
Tobi décroisait les bras, lentement, très lentement, avec une lenteur exagérée qui accélérait la respiration de Sakura. Il laissa son bas gauche choir le long de son corps redressé, amorça le geste d'un bras droit tendu vers elle. L'appendice se levait, se levait, inexorablement, se dépliait de l'épaule au coude, puis du coupe au poignet, puis le dos de la main s'aligna au poignet, puis les phalanges s'étirèrent une à une, et
les
doigts
se
re
-fer
-mèrent
sur
son
col.
Il agrippa avec force le tissu de sa cape brune – tension de tout son corps mâle, muscles du bras qui roulaient sous la cape, regard de lion affamé dans son œil rouge démoniaque – et tira la jeune femme vers lui. Le corps et l'esprit féminins, l'un trop mou et l'autre trop lent, n'opposèrent aucune résistance à cette violence soudaine. Leurs torses maintenant connectés, une seule pensée fila au galop dans sa conscience : s'il n'avait pas porté son masque affreux, elle aurait pu l'embrasser.
Et puis, dans son orbe là, juste là, tout au fond, dans l'endroit le plus profond et intime de son unique pupille enflammée de sang, ne décelait-elle pas la même confusion qui régnait en maître dans sa propre tête ?
« Ton nom ? asséna-t-il d'une voix bourrue, la note grave déformée par le masque en une intonation caverneuse.
- Sakura Haruno », répondit-elle dans un murmure vague, sans même y réfléchir, sans même bafouiller une seule fois.
La prise de l'homme se resserra autant qu'il était possible tant son poing était déjà blanc de crispation. Il colla son masque au front de sa prise.
« Je m'appelle Madara Uchiha. »
Et sa voix était terriblement menaçante - grave et chaude avec des relents de caverne, mais vénéneuse - peut-être un brin exaspérée, rien qu'un peu désespérée.
Uchiha… Madara ?
Crac.
« Madara » retint un juron de souffrance sous son masque tandis qu'il relâchait prestement Sakura. Le bras mou avait fini par reprendre de la consistance et la main s'était faufilée jusqu'à celle de son tortionnaire pour la broyer d'une pression sèche chargée de chakra.
Il était donc possible de prendre cet homme par surprise ?
Une main soutenant l'autre, le regard indéchiffrable planté dans l'émeraude aiguisée, il disparaissait dans un tourbillon spatio-temporel.
« Madara Uchiha », chuchota Sakura en serrant les poings, en relevant des yeux brûlants vers son maître.
Le reste de l'équipe s'était déjà dispersé après avoir effectué son rapport et ravalé sa frustration. Ne restait plus que la rose dans le bureau, face à son Hokage au sourcil circonspect relevé sur le front.
« Tobi est Madara.
- Et d'où vous vient donc cette information, Jounin Haruno ?
- De Tobi lui-même. »
Le regard noisette sévère se battait en un duel féroce contre les prunelles vertes inébranlables.
« Tiens donc, quelle aubaine.
- Tobi m'a approchée dans les ruines du temple Uchiha.
- Et il s'est lancé dans une confession, comme ça ?
- Il semblerait, Tsunade-sama.
- Comme c'est arrangeant. »
Silence.
« Pourquoi t'avoir approchée toi et pas quelqu'un d'autre ?
- Je ne saurais le dire, Tsunade-sama. »
Silence.
« Que t'a-t-il confié d'autre ?
- Rien, Tsunade-sama. »
Silence.
Echange de regards déterminés.
Long.
Très long.
Soupir.
Décrispation.
Frottement du pinceau imbibé d'encre sur un parchemin.
« Ces informations ont été entendues et seront prises en compte. Tobi se clame donc être Madara Uchiha et pourrait hypothétiquement être le véritable chef de l'organisation Akatsuki. »
Un temps.
« Merci pour votre travail, Jounin Haruno. »
La kunoichi hocha la tête et tourna les talons pour prendre congé.
« Sakura. »
La jeune fille fit légèrement pivoter sa tête.
« Tout va bien ? »
L'inquiétude perçait dans la voix de son mentor.
Sakura sourit doucement avant de franchir le seuil du bureau.
Au moment où elle inséra la clef dans la serrure de son appartement, la porte s'ouvrit sur Raido. Les cheveux brun foncé emmêlés, un tablier de cuisine bleu autour des hanches, le sourire visible jusque dans ses yeux noirs, il respirait le réconfort dont Sakura avait besoin.
« Bienvenue à la maison. »
Sa voix était chaude et grave - douce et joviale.
Sakura admira le visage de son amant au travers de ses prunelles voilées de fatigue et tendit la main pour caresser sa cicatrice du bout des doigts, juste sur l'arête du nez.
« Je suis rentrée. »
N'hésitez pas à me laisser vos avis!
