Hellowww!

Mesdames et ...Messieurs?, je suis heureuse de vous présenter ce troisième chapitre qui aura mis moins de temps que prévu à sortir :D

Me voici enfin en vacances pour une semaine, ce qui me laissera un peu de temps pour avancer dans cette histoire (qui est en train de partir plus loin que prévu à la base).

Bref! En tout cas, je vous remercie, vous qui me suivez, et j'espère que la suite de l'histoire vous plaira toujours ;)

Un grand merci à Mayuno pour sa seconde review qui a bien boosté l'écriture de ce chapitre qui penchait vers une dangereuse stagnation.

Comme d'habitude, les persos ne sont pas a moi mais à Narita-san (quelle chance ;) )

Sur ce, bonne lecture!


Tout était étrange.

Autour de lui. En lui.

Il ne sentait pas, ne ressentait pas.

Il avait l'impression de flotter, sans toutefois ressentir aucun mouvement. Aucune tangibilité ne lui permettait de distinguer le bas du haut, la gauche de la droite.

Et ses sens ne lui étaient d'aucun secours.

Tout était noir autour de lui.

Ou blanc.

Ou bien ni l'un, ni l'autre.

Comment définir une absence de couleur?

Aucune odeur non plus, il ne savait même pas si il respirait.

Des sons, étouffés, déformés, sans sens, effleuraient sa conscience avant qu'il ai pu déterminer si ils étaient réels ou non.

Cela dit, il n'avait pas réellement essayé de comprendre la nature de ses sons.

Il se sentait détaché. Ni inquiet, ni curieux, il ne ressentait que de la plénitude, du calme. C'était si reposant.

Si bien qu'il n'aurait su dire si du temps s'était écoulé. Une seconde ou un an auraient pu passer de la même façon.

Y avait il seulement un Temps ?

Il n'avait même pas une vague conscience de son corps, il avait l'impression de n'être nulle part et partout à la fois.

Par deux fois, il avait eu une sensation étrange de légèreté. Son esprit, enfin ce qu'il supposait être son esprit, s'était à la fois éthéré et aiguisé. Des pensées, lumineuses, fulgurantes, avaient jaillies à mesure qu'il s'allégeait.

Puis, à chaque fois, alors qu'il allait toucher du doigt (de manière métaphorique) la nature de ces songes, une secousse lui faisait perdre pied.

Mais il ne ressentait aucune déception, aucune amertume.

Il ne ressentait pas.


Quelque chose avait changé. Il le sentait. Il sentait. Et c'est précisément en cela que résidait l'anomalie.

Quelque part, un heurt, un martèlement, se répétait régulièrement et inlassablement.

Il sentait également que quelque chose emplissait sa poitrine. Sa poitrine ?

Qu'il sentit aussitôt se vider, pour se ré-remplir.

Ainsi donc, il avait un corps. Qui respirait. Avec un cœur qui tambourinait contre ses côtes.

Il avait un corps. Il en sentait les limites, définies par une barrière de chaire.

Il se sentait de plus en plus dense, concentré, à mesure que ce déferlement de sensations l'envahissait.

Puis, comme on enfile un costume sur-mesure, il se fondit avec facilité dans cette enveloppe chaude et vivante. Vivante ? Etait-il mort ? Non. Et pourtant, c'est la vie qu'il sentait couler en lui.

Sous lui, il y avait le contact d'une surface à la fois ferme et confortable.

A sa gauche, un bruissement. Ou bien était-ce sa droite ? Son esprit peinait à reprendre pied avec le monde physique, débordé par l'afflux d'informations.

Puis, une gène. Quelque chose clochait. Cette sensation se renforçait à mesure qu'il reprenait connaissance de son corps, pour devenir le levier qui permit son retour à la conscience.

Il ouvrit les yeux. Et les referma aussitôt face à la brûlure vive provoquée par une lumière éclatante.

Grognant légèrement, il tenta de détourner le visage, les paupières fermement plissées.

Il avait du mal à respirer. Quelque chose lui obstruait la gorge et il sentait la panique monter en lui.

Aussitôt, le bruit d'une chaise que l'on repousse se fit entendre. Il sentait vaguement que quelqu'un le touchait.

Le quelque chose en question glissa le long de sa trachée.

Il inspira profondément, hoquetant un peu, son corps tremblant encore de la décharge d'adrénaline qui l'avait traversé.

Il battit rapidement des paupières.

Le décor autour de lui se précisa. Une voix, près de lui, porta son attention sur son propriétaire.

- Salut Shizuo. Heureux de te voir aussi en forme.

Il fronça les sourcils, du moins, il essaya. Il avait du mal à appréhender la situation, son esprit en total décalage avec ses sensations. Hésitant, la vision encore un peu floue, il interrogea.

- Shinra?

Du moins, il essaya. Le croassement rauque qui franchit ses lèvres parut incompréhensible, même à ses propres oreilles.

Captant son regard perdu, le médecin repris la parole.

- Ne force pas les choses Shizuo. Tu as dormi un petit moment, c'est normal que tu te sentes un peu déconnecté.

Sa voix, à la fois douce et assurée, rassura le jeune homme qui hocha doucement la tête.

Son regard accrocha un verre d'eau, posé sur un petit chariot métallique près de la porte. C'est alors qu'il se rendit compte qu'il mourrait de soif, sa langue pâteuse collant à son palais.

Shinra, qui avait suivi son regard, sourit.

- Un peu de patience. Les effets de l'anesthésie sont encore trop présents, tu t'étoufferais.

Il s'approcha et entrepris de redresser Shizuo en position semi-assise. Ce dernier sentit presque instantanément ses voies respiratoires se libérer. Il ferma les yeux alors qu'il emplissait ses poumons en plein. Il les rouvrit bien vite quand un quinte de toux le prit et secoua sa poitrine.

La respiration sifflante, il fixa avec reconnaissance le verre que Shinra avait enfin eu l'envie de lui apporter.

- Tiens ! Et bois doucement, ça serait bête que tu te noies dans un lit.

Le jeune homme loucha sur la paille multicolore qui pointait vers lui. Tendant les lèvres, il s'en empara et aspira le précieux liquide, qu'il sentit se répandre dans sa bouche.

Il faillit en gémir de bonheur.

Il déglutissait difficilement mais, contrairement à ce que craignait le médecin, aucune goutte d'eau ne s'égara dans le mauvais tuyau.

Il ne s'arrêta qu'un fois le verre vide.

Laissant sa tête retomber sur l'oreiller, il sentit la fatigue s'abattre sur lui comme une chape de plomb.

Le léger tintement d'un verre que l'on repose lui fit tourner un peu la tête. Son regard rencontra celui de son ami. Il avait l'air à la fois heureux et très fatigué.

- Beaucoup de monde s'est fait du soucis pour toi, tu sais !

Non, il ne savait pas.

- Mais je vais quand même attendre que tu te sois reposé un peu avant de prévenir qui que se soit de ton réveil. Ça te va ?

Shizuo approuva d'un léger mouvement de tête.

- Bon ! Je vais te laisser. Tu as besoin de dormir, d'un vrai sommeil. Tu devrais te sentir bien mieux dans quelques heures.

Le jeune homme, qui sentait déjà ses paupières s'alourdir, grogna vaguement son assentiment.

Le médecin se détourna et alla éteindre la lumière. Il allait quitter la pièce quand un murmure rauque le fit s'arrêter.

- Shin..ra …. merci.

Un petit sourire fendit le visage du médecin.

- Je t'en pris; murmura t-il à son tour.

Shinra referma doucement la porte de la chambre et se retrouva dans la pénombre du couloir.


Il était très tôt et il faisait encore nuit. Il se dirigea vers son salon et s'écroula dans le sofa.

Il était épuisé.

Il avait veillé Shizuo toute la nuit en guettant son réveil, après avoir interrompu sa sédation.

Il avait longuement hésité avant de le faire, mais devant la vitesse de guérison qu'il avait présenté et les dangers que représentait un coma prolongé sur le système cérébral, il s'était décidé.

Compte tenu de l'organisme particulier du jeune homme, il ne savait pas quelle serait sa réaction au réveil. Cela s'était plutôt bien déroulé, à sa grande surprise. Même si le blond s'était révélé être incapable de respirer spontanément sous intubation, ce qui était loin d'être rare, son corps semblait s'être rapidement débarrassé des dernières traces de sédatifs.

Il poussa un long soupir et appuya sa tête contre le dossier en se frottant le visage.

Un bruit dans son dos le fit se redresser. Jetant un coup d'œil par dessus son épaule, il vit Celty s'avancer vers lui. Un large sourire se dessina sur son visage las.

- Salut.

La Dullahan se posta près de lui en pianotant sur son téléphone.

'Shizuo-kun va bien ?'

- Bien mieux que ce à quoi je m'attendait, oui. Il s'est réveillé quelques minutes, il dort maintenant.

Il la vit se détendre un peu à ces mots.

'C'est une bonne nouvelle. Les autres sont au courant ?'

- Pas encore, il n'est pas assez reposé pour recevoir de la visite, je préfère attendre un peu.

'Et pour Izaya-kun ?'

- Comment ça ?

Si la Dullahan aurait pu le faire, elle aurait soupiré.

'Tu sais ce que je veux dire. Tu vas le prévenir ?'

Le sourire de médecin s'effaça, laissant place à une mine sérieuse. Lui ne se priva pas de soupirer.

- Je ne sais pas.

'C'est pourtant lui qui a sauvé la vie de Shizuo-kun'

- Je le sais bien. J'ai toujours un peu de mal à réaliser, d'ailleurs. Venant de lui, je me serait plutôt attendu à ce qu'il l'achève.

'Izaya est bien plus complexe que nous le pensions, n'est ce pas ?'

- Il semblerai. Mais celui que je veux épargner, c'est Shizuo. Je ne veux pas penser à sa réaction quand il apprendra qu'il a une dette envers Izaya.

'Il le saura, tôt ou tard.'

- Je préférerait que ça soit tard. J'espère ne pas être dans la même pièce que lui.

'As tu pensé à quelle serait sa réaction si il venait à découvrir que TU lui a caché l'existence de cette dette? Il te fait confiance.'

Le jeune homme ferma les yeux, la lassitude et le doute tendant ses traits. Après une minute de tergiversions, il marmonna finalement :

- C'est bon, je lui dirai.

'A Shizuo ou à Izaya ?'

Un petit sourire résigné étira les lèvres fines de Shinra.

- Aux deux.

'C'est bien.'

Le jeune médecin bailla alors largement, un long frisson courant le long de son dos.

'Tu devrais te reposer, on dirait que tu vas nous faire une crise de narcolepsie made in Shizuo.'

Le regard de Shinra s'attendrit devant la sollicitude de la Dullahan.

Cette dernière se retourna et se dirigea vers ses appartements. Pour une fois, elle était heureuse de ne pas avoir de tête sur laquelle lire le trouble que ce regard avait provoqué.

- Tu as raison, Celty, je vais aller dormir un peu, moi aussi.

La réponse du médecin lui parvint de loin. Toutefois, elle tressaillis imperceptiblement devant la douceur qu'elle avait perçue quand il avait prononcé son nom.


Shizuo se réveilla de nombreuses heures plus tard. Ses yeux s'ouvrirent sur la pénombre de la chambre dans laquelle il s'était éveillé la première fois.

Ainsi, il n'avait pas rêvé.

Scrutant l'espace devant lui, il fini par distinguer de légers rais de lumière filtrant à travers le volet roulant de la seule fenêtre de la pièce. Cette lueur, bien que diffuse, l'apaisa.

Les dernières brumes de torpeur quittant sont esprit, il entreprit de faire le bilan de son état.

Il se sentait bien, enfin, raisonnablement bien. Pas trop mal.

Non, tout bien considéré, il s'était rarement senti aussi mal.

Son corps entier était perclus de douleurs, sa gorge était sèche et il se sentait aussi faible qu'un chaton paralytique. Sa tête semblait prise dans un étau (très serré, l'étau) et des élancements douloureux pulsaient derrière ses yeux.

Et pour couronner le tout, sa vessie lui semblait prête à exploser.

Un long grognement rauque lui échappa alors qu'il se hissait péniblement sur le bord du lit.

Ses orteils se rétractèrent quand ils entrèrent en contact avec le sol froid. Prenant le temps de respirer et de rassembler ses maigres forces, il posa ses pieds nus sur le carrelage.

Bon ! Premier point, il arrivait à se tenir debout. Avec la grâce d'un teufeur torché à la vodka, certes, mais il tenait debout.

Il risqua un pas …. et failli s'étaler lamentablement en se cognant contre ce qui était probablement la tablette métallique, qui avait été traîtreusement oubliée près de son lit. Pestant contre l'obscurité ambiante, il tendit le bras, manquant au passage de perdre son équilibre pour le moins précaire, et entra finalement en contact avec un mur. Grâce à ce point d'appui, et à sa seconde mains tendue devant lui pour sonder l'espace, il parvint (presque) sans encombres à trouver la porte de la chambre.

Trouvant la poignée à tâtons, il laissa de nouveau échapper un chapelet de jurons quand la porte, s'ouvrant vers l'intérieur, vint heurter le petit orteil du jeune homme.

Reprenant son souffle, il examina le couloir. La luminosité qui y régnait l'informa sur l'avancée de la journée.

C'est alors qu'il entendit des pas venant dans sa direction. Quelques secondes plus tard, un Shinra un peu débraillé mais néanmoins reposé déboucha sur la couloir, masquant un peu la lumière.

La main glissant sur le mur, ce dernier activa l'interrupteur qui éclaira l'endroit d'un lueur diffuse.

- Je vois que tu vas beaucoup mieux maintenant, Shizuo-kun. Je ne pensait pas que tu serais capable de te lever si vite. Comment te sens-tu ?

- Oh, salut Shinra ! J'ai l'impression d'être passé sous un camion, mais je suppose que je ne vais pas si mal.

Le médecin sourit face à l'ironie du jeune homme.

- C'est presque ça. Sinon, où te rendais tu comme ça ?

- Changer l'eau du bocal.

Le médecin haussa un sourcil.

- Explicite un peu ton propos, s'il te plaît.

- Faut que j'aille pisser ! D'ailleurs, où sont les toilettes dans cette baraque ?

En disant cela, il balaya le couloir du regard.

- Ce n'est pas là. Il va falloir aller de l'autre côté du salon.

- QUOI ! Va falloir que je traverse tout l'appart' !

Hilare, Shinra répliqua.

- Bah c 'est que tu es dans mon espace de travail là. Normalement, j'ai très peu de patients en séjour longue durée; Il ricana un petit peu, ménageant son effet; Mais si tu ne te sent pas capable d'aller jusque là bas, je peut toujours t'apporter un pot de chambre.

Horrifié, Shizuo secoua la tête.

- Ça va pas non !?

Il avait beau être mal en point, il conservait toujours une certaine fierté. Dans sa tête, pot de chambre = vieux grabataires de maison de retraite.

- Bon, au lieu de rire, montre moi où c'est; dit-il d'une voix acide au médecin qui riait sous cape.

Les dents serrées, il s'avança dans le couloir d'un pas de tortue, toujours en appui sur le mur.

La traversée du salon s'annonça fort périlleuse et malgré les nombreuses embûches et embuscades tendues par du mobilier fort peu coopératif, il parvint toutefois à regagner sa chambre relativement indemne. Si on excluait sa fameuse fierté qui, malgré tout, en avait pris un sacré coup.

« J'aurais dû accepter pour le pot de chambre, tout compte fait » Il réfléchit une seconde, puis grimaça « Mouais, définitivement non ! ».

Shinra, qui l'accompagnait toujours, l'observait intensément, évaluant son état.

- Que t'arrive t-il ? Tu as mal quelque part ?

- Ce n'est rien, je pensait à un truc.

- Ah..., le jeune médecin avait l'air septique et l'inquiétude tordit ses traits l'espace d'une seconde.

Shizuo le remarqua et entreprit de rassurer son ami. Ce dernier commença à l'examiner et alors qu'il s'affairait autour de lui, Shizuo changea de sujet, avisant plusieurs bouquets colorés posés sur une petite tablette près de la fenêtre.

- Qui a apporté tout ça ?

Suivant le regard de son patient, Shinra sourit, un éclat malicieux dans l'œil.

- Et bien, c'est ta petite amie. Elle est passée tous les soirs depuis que tu es là.

A ces mots, le jeune homme fronça les sourcils.

- Ma petite amie ? Je n'en ai pas, je ne vois pas qui...; la compréhension s'inscrivit sur son visage; oh... c'est Akiko, n'est ce pas?

- Elle ne m'a pas dit son nom, mais vu ta tête, ça ne peut être qu'elle. Alors comme ça vous n'êtes pas...; le médecin n'acheva pas sa phrase; Pourtant elle a l'air d'être adorable, en plus d'être très jolie et tout à fait dans ton genre.

Le regard de son patient se troubla et ses traits s'affaissèrent un peu.

- Oui, elle est tout ce que je recherche. Mais il ne se passera rien avec elle, ni avec aucune autre.

Un silence gêné s'abattit sur la chambre. Shinra le brisa après quelques secondes, digérant les paroles de Shizuo.

- Je ne te comprend pas, pourquoi la laisser espérer si il n'y aura jamais rien ? Et que veux tu dire par 'aucune autre' ?

Shizuo, la tête baissée et les traits dissimulés, répondit avec force.

- Enfin Shinra, réfléchit ! N'est ce pas évident !

Il serrait les poings sur les draps et grinçait des dents.

Tout son corps était tendu et pourtant, c'est dans un murmure qu'il l'interrogea.

- Tu sais comment on m'appelle ?

- Oui, Shizuo, 'l'homme le plus fort d'Ikebukuro', je le sais très bien, mais qu'est ce que ça a à voir avec...

- Ça à tout à voir ! Le coupa-il brusquement.

Shinra se tut, laissant l'autre continuer.

- Cette force, te rend tu compte de la malédiction qu'elle représente ?

Il releva la tête. Le cœur de Shinra se serra quand il vit les traits du jeune homme figés en un masque amer.

- Shizuo...; Le jeune homme le coupa une seconde fois.

- Vous êtes si fragiles. Chaque jours, je me bat contre mon propre corps pour préserver ce qui m'entoure. Je me bat contre moi-même pour garder le contrôle de mes réactions, de mes émotions. Et quand elles débordent, même là encore je me bat pour garder un semblant de raison.

Il fit une petite pause, le visage tourné vers la fenêtre. Il regardait les cerisiers en fleurs sans les voir.

De son côté, Shinra ne tenta pas de parler. Depuis combien de temps son ami traînait-il ces pensées. Il avait toujours l'air si calme, en dehors de ses explosions de rage.

Sa voix, quand il repris la parole, semblait presque fragile.

- Tu sais, c'est vrai quand je dit que je déteste la violence. Mais elle fait partie de moi, elle est moi.

Je suis comme …. un oiseau qui détesterai voler.

Sa voix dérailla un peu sur la fin et il serra encore plus fort les draps, faisant blanchir ses phalanges.

- Izaya a raison, il a toujours eu raison. Je suis un monstre. C'est pour cela, je crois, qu'il a toujours su me faire perdre le contrôle.

- C'EST FAUX !

Shizuo sursauta. Il regarda le médecin comme si il se rendait seulement compte de sa présence.

Car cette fois, Shinra n'avait pas pu se taire et il était bien décidé à ne pas se faire couper de nouveau.

- Je ne sais pas si ça fait longtemps que tu rumines ça mais, s'il te plaît, écoute bien ce que je vais te dire et arrête de t'apitoyer.

Shizuo, qui avait ouvert la bouche, la referma aussitôt.

- Déja, de un, tu n'es pas un monstre...

- Mais...

- La ferme ! Je disais donc, de un, tu n'es pas un monstre. Ça, c'est un fait biologique avéré; Captant le regard interrogateur du blond, il précisa; Ne t'énerve pas. J'ai pris un peu de ton sang quand je te soignait et je l'ai fait examiner. Non, ne me regarde pas comme ça, je t'en prie ! Je sais que tu as toujours refusé que je le fasse, pardonne moi. En tout cas, cela me permet de pouvoir t'affirmer qu'il est tout à fait humain et tout à fait normal.

- T-tout à fait normal ? Ça veut dire que...

- Ton sang est le même que celui de n'importe lequel d'entre nous.

Le jeune homme assimila l'information, ne sachant si il devait se sentir heureux ou non.

- De deux; continua le médecin; Le jugement d'Izaya-kun ne devrait pas t'affecter, il te déteste depuis longtemps et il sait où appuyer pour faire mal; il inspira profondément et termina; et de trois, je ne suis pas fragile.

Shizuo esquissa un léger sourire en entendant ce dernier point.

- C'est bon, tu as fini ?

- Plus ou moins.

- Je suis heureux d'avoir un ami comme toi.

- Tu ne m'en veux pas pour avoir pris de ton sang ?

- Non, je ne crois pas. Et puis de toute façon, je suis trop faible pour ne serai-ce qu'envisager des représailles.

Tout deux se sourirent. Toutefois, en croisant le regard de Shizuo, Shinra su que le mal être du jeune homme était loin d'être guéri.

Un borborygme retentit alors bruyamment dans la pièce silencieuse. Shizuo grimaça alors que son comparse riait de bon cœur.

- J'irai te chercher de quoi manger dès que j'aurais fini de t'examiner; dit il en repoussant sa chaise.

Il se pencha alors sur la poitrine du jeune homme et entreprit d'y retirer une compresse. Il dévoila lentement aux yeux de Shizuo les blessures qui s'y trouvaient.

Ce dernier observait, fasciné, deux petits trous, ainsi qu'une longue entaille traversant son pectoral gauche, tous clos par du fil à suture et qui détonaient sur son épiderme clair.

- C'est vrai que je ne t'ai toujours pas demandé ce qu'il m'était arrivé; murmura t-il.

Les épaules du médecin se tendirent. Il continua néanmoins sa besogne, nettoyant les plaies avec application.

- Tu veux en parler maintenant ?

- Oui.

Shizuo tressailli quand l'autre accrocha un peu ses points de son coton. Rapidement, une compresse neuve fut de nouveau fixée. Alors seulement, Shinra s'installa près de la fenêtre.

- Quel est ton plus proche souvenir, Shizuo-kun?

- Euh... je me souviens de … je crois que c'était mardi. Je suis allé bosser, comme d'hab'. J'ai du menacer un petit truand en balançant un distributeur et Tom m'a encore engueulé parce que ça allait encore lui coûter cher en amendes pour dégradation de biens publics.

Un petit sourire étirèrent les lèvres des deux hommes.

- Je suis allé manger des sushis chez Simon, il y avait une réduction. Je me suis fait stalker par Akiko en début d'après-midi. Quelque chose m'a mis de mauvaise humeur, je ne sais plus quoi, sûrement un autre client. C'était une journée normale, je n'ai même pas vu ce sale parasite d'Izaya.

- Tu te souviens être rentré chez toi ?

Shizuo se mit à réfléchir intensément, fouillant dans sa mémoire.

- Non, je ne me souviens de rien après le dernier client.

Il interrogea Shinra du regard.

- Ça ne m'étonne pas. Quand le corps subit un choc important, il ''déconnecte'' les fonctions du cerveau qui ne sont pas vitales, comme la mémoire. En général, c'est temporaire.

- J'espère que ça sera mon cas. Mais dis moi ce que tu sais, peut être que ça m'aidera.

- Peut être. Ce que je peut te dire avec certitude, c'est que tu as eu énormément de chance. Les deux balles que tu as reçues auraient pu t'être fatales. L'une d'entre elles à rebondi contre une côte et a loupé ton cœur de très peu. La seconde à pénétré directement dans ton poumon à deux doigts de tes bronches. Malgré tout, tu as fait une grave hémorragie et si j'étais arrivé plus tard de quelques minutes, tu aurais passé l'arme à gauche. Ton cœur s'est arrêté deux fois, une fois au moment de mon arrivée, et une fois pendant l'opération.

- Je vois.

Shizuo caressa la compresse du bout des doigts.

- As tu gardé les balles?

- Je ne les aient plus, non; répondit le médecin, un peu mal à l'aise. Mais Shizuo ne s'aperçut de rien.

Il se sentait déçu, il aurait aimé voir ces objets, si insignifiants en apparence mais pourtant si redoutables.

Il avait été si près de mourir. Si près.

Habituellement, il ne ressentait que très rarement la douleur et était inconscient des blessures qu'il pouvait recevoir. Ce qui lui était arrivé était inédit. Il avait été faible et il avait été touché, deux fois.

Et cela l'ébranlait jusque dans ses tréfonds.

Il avait passé des années à renforcer son corps pour qu'il puisse supporter et utiliser sa force. Il se pensait intouchable physiquement. Même Simon ne ferait pas le poids si il décidait de se battre à fond. Seul Izaya, cette sale crevette, arrivait à le blesser et serait en position de l'abattre.

Mais voilà. Des inconnus l'avaient conduit à deux pas de la mort.

Un sentiment de vulnérabilité s'empara du jeune homme sans qu'il puisse le réprimer.

- Où m'as tu trouvé ?

- Ah, ce n'est pas moi qui t'ai trouvé, j'ai été prévenu. Heureusement car si je n'avait pas eu mon matériel sur place, je n'aurai pas pu te sauver. Tu étais dans une ruelle proche du Shironeko*.

Le Shironeko était un izakaya que Shizuo connaissait bien, il passait devant tous les jours.

- Oh ! Et donc, qui m'a trouvé ? Un client ?

Le médecin tordait nerveusement les manches de sa blouse, gardant le silence, les mâchoires serrées. Le jeune homme eu un mauvais pressentiment.

- Non, pas un client; répondit il enfin.

- Shinra? Qui?

Nouveau silence. Il insista.

- Qui ? Il faut que je sache Shinra.

Oui, il fallait qu'il sache. Qui l'avait vu alors qu'il était totalement sans défenses ? Qui avait hérité de la responsabilité de sa survie ? Envers qui avait il contracté une dette ?

Qui lui avait permis de vivre afin de pouvoir la rembourser ?

Qui l'avait sauvé ?

- ... Izaya.

- ...

Shizuo avait ouvert la bouche mais aucun son n'en sortit.

Une sensation de froid se répandit dans son corps, courant le long de sa colonne vertébrale et l'engourdissant totalement.

Izaya. Ce n'était pas possible. Il le haïssait. Il voulait sa mort.

Il l'aurait tué.

Ou même l'aurait t-il laisser agoniser, riant sur la déchéance de cette existence honnie.

Il ne l'aurait pas sauvé.

Ça n'avait pas de sens.

- Tu rigoles, j'espère; sa voix était froide, monocorde.

- Je voulait te le cacher mais on m'a convaincu de te mettre au courant, je suis dés..

Il se tut devant le regard de son ami.

Ami qui sentait la rage irradier dans son corps.

Totalement différente de ses explosions habituelles, c'était une rage froide, contenue et bien plus concentrée. Elle était entièrement dirigée envers lui-même et Izaya.

Lui-même, car il avait été faible. Maintenant, la seule personne qui pouvait prétendre être son égal en avait été témoin.

Et Izaya, car ce connard n'avait même pas été capable de réagir comme il aurait du et l'avait contraint à vivre avec cet insupportable état de fait.

Il leva les yeux vers Shinra et le vit effectuer un mouvement de recul.

« Il a peur de moi » Il ressentit un petit pincement de tristesse en constatant ça et cela le calma.

- Je ne t'en veux pas, Shinra. Je préfère l'apprendre de ta bouche que de celle d'Izaya.

Le médecin acquiesça, rassuré quand à ses chances de survie.

- Si tu t'en sent toujours l'envie, je vais t'apporter de quoi manger.

- J'avoue que j'ai l'appétit un peu coupé, mais je suppose qu'il faut bien que je me rétablisse.

Alors qu'il quittait la pièce, laissant son patient seul, Shinra laissa échapper un soupir de soulagement.

Shizuo avait prit la nouvelle bien mieux qu'il ne l'avait espéré.

Un bruit mat retentit dans tout le couloir, suivit d'un bruit de verre brisé. Shinra grimaça.

Bon, pas tant que ça, finalement.

Priant pour que Shizuo ne détruise pas trop la chambre, il sortit de quoi concocter un solide repas.

Tandis que ce dernier chauffait, il extirpa son téléphone de la poche de sa blouse et envoya un message groupé aux amis du jeune homme. Celui qu'il envoya à Izaya fut un peu différent et il hésita un long moment avant de l'envoyer. De toute façon, l'informateur saurait, autant qu'il l'apprenne de lui. Et puis, il avait promis à Celty de le faire.

Avec un grincement de dents, il appuya sur le bouton 'envoi'.

Quelques minutes plus tard, il passait de nouveau le seuil de la chambre et se figea devant le champs de bataille qu'elle était devenue.

Il n'avait apparemment pas prié assez fort.

Accroché à la fenêtre, Shizuo, le souffle laborieux, eu le bon goût d'avoir l'air penaud.

- Je suis désolé Shinra, je me suis laissé un peu emporter.

- Au moins, les murs sont-ils toujours intacts; il n'avait pu gommer l'accent de réprobation dans son ton, si bien que quand l'autre repris la parole, se fut d'une toute, toute, petite voix.

- Et, euh... , je crois bien que j'ai rouvert mes points.

En effet, une petite fleur écarlate fleurissait sur la surface immaculée de la compresse.

Cette fois-ci, le regard que lui lança le médecin aurait pu flanquer des frissons aux ours polaires.


*Shironeko = chat blanc

Et voilà pour ce nouveau chapitre tout beau tout chaud.

Je me rend compte que les chapitres s'allongent progressivement, il faudra que je fasse attention.

J'espère que vous avez pris autant de plaisir à le lire que moi à l'écrire, et je vous donne rendez-vous le plus tôt possible pour la suite.

Bien sur, n'hésitez pas à laisser une petite review, c'est constructif et ça fait toujours plaisir (et comme effet kisscool, ça boost les auteurs ;) )

A bientôt!

PS : Comme promis, un pitit dessin réalisé par mes soins concernant une certaine image mentale de notre cher informateur lors du chapitre précédent.

J'ai mis plusieurs liens pour le cas où certains ne marcheraient pas. Pensez bien à enlever les espaces pour avoir accès à l'image.

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Je m'excuse par avance de la qualité assez discutable de l'image ^^