Note de l'auteur : Ok, je suis une courge. J'ai été très prise par le NaNoWriMo cette semaine, et j'ai pas du tout eu le temps de mettre ce chapitre en ligne plus tôt... uwu'' La bonne nouvelle par contre c'est qu'en novembre j'ai écrit plus de 50 000 mots de fics sur ce fandom, donc je posterai de nouveaux trucs bientôt 8) En attendant merci d'être passés par là, j'espère que ce chapitre vous plaira & je vise demain ou samedi pour poster la suite !


Ochaco et Tenya comprirent.
Bon, bien sûr, ils furent surpris, et peut-être un peu vexés qu'il ait attendu tout ce temps pour leur en parler – mais ils ne lui demandèrent pas pourquoi il tenait tant à passer du temps avec leur camarade de filière générale, ni comment il pouvait l'apprécier, et encore moins s'il ne faisait que parler sous l'emprise de son alter. En fait, c'était évident, maintenant qu'il y réfléchissait, et Izuku s'en voulait d'avoir douté d'eux…

Seulement, il ne savait quoi faire de plus que de leur présenter ses excuses, ce qu'il avait d'ores et déjà fait, et il avait un problème plus pressant. Un problème prenant la forme, à vrai dire, d'une petite boîte en plastique orange, dûment vidée et nettoyée. Il n'avait plus qu'à la rendre à son ami, maintenant – ce qu'il aurait fait rapidement et sans hésiter s'il avait pu le trouver. Lui parler. Mais Hitoshi n'était nulle part.
Enfin, il n'était plus dans leur recoin de la cour aux pauses de midi, en tout cas, et Izuku ne le trouvait pas à la cantine. Alors il essaya de le chercher dans les couloirs, d'attendre à la sortie des cours, de trouver quelqu'un qui l'aurait vu… Finalement, il dut se résigner à avoir recours à la seule option qu'il lui restait ; et deux jours après leur dernière discussion, c'est les doigts légèrement tremblants qu'il se retrouva face à l'immense porte de la seconde C.

Ce n'était pas qu'il avait peur – en fait, dans d'autres circonstances, il aurait été plutôt content d'avoir une occasion d'apprendre à connaître d'autres élèves de son école, et peut-être même de se lier d'amitié avec l'un ou l'autre d'entre eux. Malheureusement, la seconde C était la première classe de filière générale, rangée juste derrière les classes de filière héroïque jusque dans la lettre qui lui avait été attribuée, et…
Izuku savait, pour l'avoir entendu de la bouche d'Hitoshi et deviné entre ses mots plus d'une fois, que la plupart des lycéens qui se trouvaient là auraient souhaité être à sa place. Posséder un alter plus puissant, peut-être, ou au moins mieux maîtrisé, de sorte à réussir l'examen d'entrée, se faire remarquer lors du championnat, ou simplement cesser de se comparer aux élèves de seconde A et de seconde B. Faire partie de la meilleure école de super-héros qui soit pour devenir un super-héros, plutôt qu'un citoyen lambda. Alors, dans ces conditions… il ne savait pas à quel point il serait bienvenu qu'il se montre devant ses camarades.

Enfin.
Ce n'était pas comme s'il avait le choix, de toute façon.

Laissant échapper un soupir, il rassembla toute sa détermination et frappa doucement à la porte avant de l'ouvrir.

« Heu… Désolé du dérangement ! commença-t-il, mal assuré mais s'efforçant de paraître le contraire. Est-ce qu'Hitoshi est là ? »

Aussitôt, plusieurs paires d'yeux se tournèrent dans sa direction et il se raidit. Il tâcha de ne pas y prêter attention, cependant, et parcourut la classe du regard – jusqu'à localiser son ami, assis près de la fenêtre et les mains dans les poches, mais les pupilles tout aussi rivées sur lui.
Izuku n'arrivait pas à lire son expression. Ça ne faisait rien ; il devait lui rendre son Tupperware, de toute façon. Il traversa donc rapidement la classe, sans se soucier des commentaires qu'il entendit toutefois sur son passage, et se planta devant le bureau d'Hitoshi, les deux mains nerveusement placées sur les bretelles de son sac à dos jaune.

« Je- Je t'ai ramené ça, expliqua-t-il, tout en sortant de son sac la petite boîte orange. Je voulais te dire, encore merci pour la dernière fois… »

Il hésita une seconde, puis se reprit. Non. Il avait décidé de tenter sa chance, alors il la tenterait, et tant pis si la réponse était négative.

« Et aussi, est-ce que ça te dirait que- »

-qu'on mange à nouveau ensemble un de ces quatre, avait-il voulu dire ; il n'en eut pas l'occasion, cela dit.

« Ah, vous êtes là, vous deux. »

Aussitôt, la voix de monsieur Aizawa le fit sursauter. Hitoshi, lui, s'en sortit beaucoup mieux : il ne bougea pas, et c'est tout juste s'il tourna la tête en direction de la porte de la salle pour jeter un coup d'œil à leur professeur qui venait d'apparaître sur le palier.

« On ne se lâche plus, à ce que je vois, commenta-t-il, un sourire moqueur venant tordre ses lèvres avant de se résorber aussi vite qu'il était apparu. Enfin, ça m'arrange. Debout, vous venez avec moi. »

Izuku ouvrit la bouche, prêt à protester, ou au moins à lui demander pourquoi, mais l'autre garçon fut plus rapide à réagir. D'une main, il attrapa le Tupperware que le futur héros lui tendait toujours, puis il le fourra dans son sac et se leva – après quoi il s'approcha d'Izuku, les mains à nouveau dans les poches, la lassitude imprégnant à nouveau le moindre de ses traits, et il lui souffla :

« Il a peut-être des nouvelles du chat. »

Oh. Ça avait du sens ; alors Izuku acquiesça et ils quittèrent la salle ensemble, sur les pas de leur professeur et sous l'œil interrogateur d'une bonne partie des élèves de seconde C.

Ils n'eurent pas le temps de s'en inquiéter, cependant, car monsieur Aizawa avait bel et bien des nouvelles de… leur chat, se prit à penser Izuku, avant de fermer les yeux et de secouer la tête. L'animal n'était pas à eux, tâcha-t-il de se rappeler. L'animal n'était pas à eux – il avait probablement un propriétaire, et d'ailleurs la fourrière l'avait probablement retrouvé, et l'enseignant tenait probablement à leur annoncer que…

« Bon, je vais être bref, fit-il sitôt qu'ils se furent installés en salle de repos, lui sur un canapé et ses élèves côte à côte sur celui d'en face. C'est un chat abandonné, apparemment. Ils vont le garder une semaine au cas où son propriétaire le réclamerait, et si ce n'est pas le cas, il sera laissé à un refuge. »

Il fallut bien quelques secondes au jeune homme pour comprendre et assimiler l'information.

« Mais alors… ça veut dire que… on le reverra jamais ? finit-il par oser demander, quoiqu'il eût peur de la réponse.
– Si l'un de vous deux veut l'adopter, je peux le recommander à la fourrière, proposa monsieur Aizawa, le ton neutre. Mais moi, j'en ai déjà cinq, donc c'est impossible. »

Cinq ?!
Izuku ne s'attarda pas sur son étonnement, cela dit ; c'est à peine s'il écarquilla les yeux avant de les tourner vers Hitoshi, dans l'expectative. Après tout, c'était lui qui avait trouvé ce chat dans la cour de l'école, et d'eux deux c'était sans doute lui qui y était le plus attaché – malheureusement…Malheureusement, il avait croisé les bras et il avait l'air sombre, même s'il souriait. Son regard dérivait sur le côté et le rictus à ses lèvres était moqueur, des signes que l'autre garçon avait appris à reconnaître comme ceux de l'amertume, de la déception.

« Mon père est allergique, lâcha-t-il, simplement. Jouer avec, ça va, tant que je me change en rentrant, mais l'avoir à la maison, y'a pas moyen. »

Puis, sans un mot de plus, il s'appuya sur ses genoux et se leva, avant de prendre la direction de la porte.
Toujours assis sur le canapé, Izuku resta immobile un instant, hébété, jusqu'à ce que son corps ne réagisse de lui-même et qu'il ne s'élance à la poursuite de son camarade.

« Hitoshi ! Attends ! »

Il ne vit pas monsieur Aizawa hausser les sourcils, mais il l'entendit leur adresser une dernière fois la parole, le ton aussi las qu'à son habitude :

« Réfléchissez-y quand même, les gamins. »

Mais ils sortirent sans répondre, et quand la porte se referma derrière eux, ne régnait dans la salle de repos plus que le silence.


Izuku n'eut pas le temps de faire trois pas hors de la salle de repos et de repérer, plus loin dans le couloir, la tignasse violette d'Hitoshi, cependant, que déjà la cloche retentissait dans le bâtiment pour annoncer la prochaine reprise des cours.
C'était frustrant, mais il n'eut pas le choix : il dut renoncer à suivre son camarade, retourner dans sa propre classe et se montrer patient. Ce qui fonctionna… seulement relativement bien, à vrai dire ; il s'efforça de suivre les cours, bien sûr, et il parvint à prendre les notes qui lui seraient nécessaires pour bien réviser en vue des prochains examens, mais à chaque moment de vide ou d'intermittence il se trouva la tête ailleurs, perdu dans ses pensées. Occupé à imaginer un plan, en fait, à étudier les possibilités qui s'offraient à lui… mais il n'en existait qu'une, en vérité.

Oui, dès l'instant où il avait vu Hitoshi quitter la salle de repos et s'éloigner, il avait compris qu'il n'y avait qu'une seule chose à faire ; le plus dur serait d'y parvenir. Alors il y réfléchit avec détermination, tant et si bien que ses professeurs le rappelèrent à l'ordre une fois, bien que cela n'arrive normalement jamais – et lorsque la sonnerie salvatrice retentit, il attrapa ses affaires, bondit presque de sa chaise et quitta la salle de classe, décidé.

S'empêchant tout de même de se mettre à courir dans les couloirs, de peur qu'un enseignant ne l'arrête ou que Tenya ne le rattrape pour lui faire remarquer que c'était contraire au règlement, il se hâta en direction de la seconde C.

« Hitoshi ! » appela-t-il sitôt qu'il aperçut son ami.

Tout de suite, il le vit se retourner, braquer sur lui deux yeux mauves interrogateurs et sans doute un peu surpris. Il n'en tint pas compte, cela dit, et se contenta de serrer les poings.

« Je sais quoi faire, pour-
– Attends. »

Sa lassitude habituelle laissant soudain entrevoir un air sérieux à l'œil aguerri, il jeta un rapide regard à ses camarades de classe qui les entouraient encore et fixaient Izuku avec autant d'étonnement que d'incrédulité. Il parut hésiter, un instant encore, puis il se résigna – il demanda à l'autre garçon de le suivre, et il prit la direction de la sortie de l'école.
Quelques secondes plus tard, ils étaient dans la cour, au calme et à l'abri des regards indiscrets, et Izuku pouvait reprendre où il s'était arrêté.

« Je peux l'adopter, annonça-t-il, sûr de lui, et certain que son ami comprendrait qu'il parlait du chat. Il faut encore que j'en parle à ma mère, mais j'ai réfléchi et j'ai noté plusieurs arguments pour, donc- »

D'un coup, il s'arrêta dans sa phrase.
En face de lui, Hitoshi avait glissé les mains dans ses poches et le dévisageait, les traits de son visage impossibles à déchiffrer. Puis un sourire étira ses lèvres par les deux coins – mais c'était un sourire mauvais, amer, désabusé.

« Tu veux dire que tu ferais ça pour moi ? demanda-t-il. Désolé, Izuku, mais je ne veux pas de ta pitié.
– Non, ce n'est pas- »

Mais l'autre garçon ne lui laissa pas le temps de protester, et la panique qui commençait à brûler dans sa poitrine s'embrasa davantage.

« Je suis tout à fait capable de m'en occuper seul, de toute façon, poursuivit l'élève de filière générale, une main contre la nuque. Une fois qu'il sera dans un refuge, il suffit que j'aille discuter un peu avec la réception, et… je suis sûr que tu imagines très bien. »

Il ne fallut qu'une seconde à Izuku pour comprendre où il voulait en venir. Il… Il parlait de se servir de son alter, bien sûr ; de l'utiliser pour s'assurer qu'on lui remettrait l'animal, et d'en faire… il ne savait trop quoi. Le ramener à l'école, peut-être. Ou le cacher, et s'en occuper sans l'accord de ses parents, il ne savait trop comment.
Mais…
Izuku serra les poings.

« Tu ne vas pas faire ça, dit-il, s'efforçant d'avoir l'air confiant.
– Et pourquoi pas ? Ce serait tellement facile.
– Oui, mais… Ce serait illégal. Et… »

Ah, c'était difficile. Hitoshi était à l'aise avec le langage, habitué à trouver la faille dans la moindre déclaration et à l'exploiter sans merci, parce que c'était nécessaire au bon fonctionnement de son alter bien sûr, mais aussi parce que prendre en défaut les autres l'amusait ; lui, en revanche… Il avait souvent été la cible des taquineries de l'autre garçon, qu'il avait appris à apprécier car il les savait sans mauvaise intention, mais il n'était pas sûr de savoir lui rendre la pareille pour autant.
Il n'avait pas le choix, cela dit.
Alors, il choisit d'opter pour la stratégie qu'il préférait, celle qui ne lui avait jamais fait défaut : l'honnêteté, et rien d'autre.

« Ça n'a rien à voir avec de la pitié, lâcha-t-il, le ton plus sérieux qu'il ne l'aurait voulu. Hitoshi, je sais que… Je sais que tu veux devenir un héros plus que quiconque, et je sais aussi que, contrairement à ce qu'on pourrait croire, tu n'es pas du genre à utiliser ton alter à mauvais escient. Alors… »

Il marqua une brève pause, et redressa la tête pour regarder son camarade droit dans les yeux.

« Laisse-moi l'adopter, poursuivit-il, et viens le voir chez moi. C'est hors de question que tu rayes tes chances d'aller en filière héroïque… et je ne peux pas me permettre de perdre mon rival, tu te souviens ? »

Il voulut ponctuer sa réplique d'un sourire large et fier, comme All Might lorsqu'il savait qu'il avait trouvé la solution au problème, mais ses lèvres refusèrent de bouger davantage ; alors il jeta à l'autre garçon un regard plein d'espoir et attendit.
Attendit, et le vit écarquiller un peu les yeux, devina l'embarras passer en fuyant sur son visage, le regarda tourner la tête et se départir de son sourire narquois.

« … D'accord, finit-il par dire, simplement. Fais ce que tu veux. »

Et ce fut tout : après cela, il tourna les talons et partit, laissant Izuku seul dans la cour de leur école.