Depuis mon îlot magique de bleu et d'or ( traduction : la côté méditerranéenne) où je profite de quelques minutes de pur repos, je vous offre mon dernier chap...de l'Ange blanc. Bon, on est d'accord, c'est le 3e et il en reste encore 4. Il faut dire que le site a beugué à mort. Je voulais le mettre en ligne la semaine dernière et pas moyens. Alors bon... Voili !
J'ai la flemme de faire un résumé. Profitez bien...
Bonne lecture.
oOo Acte 3 : Transgression oOo
POV Draco
Le bruit m'a réveillé.
On dirait que ça cogne sec dans les quartiers d'Hiver, cette fois.
En équilibre précaire sur ma paillasse, je me suis hissé jusqu'aux barreaux de ma « fenêtre », le nez collé en plein dans un paysage tellement ébouriffant qu'il m'émeut à chaque fois. Le béton à perte de vue. Par delà les murs défraîchis, une vague odeur de souffre n'annonçant rien de bon me parvient dans l'air humide.
Dragons.
Au feulement musclé qui vient de se faire entendre, je dirais même des Bronzes des Hébrides. Ça ne rigole vraiment pas. Le seul truc qui me chiffonne, c'est que je ne « les » attendais pas avant vingt-quatre heures… A ne rien faire, je crois bien que j'ai perdu toute notion du temps depuis que je croupis dans cette cellule. Je dors trop. Normalement, Zabini aurait du me laisser une semaine…Mais là, un truc a forcément dû tourner de travers.
Bon. Avant tout : je dois sortir de là.
Une échauffourée aussi près du forum doit raisonnablement me laisser une porte de sortie. Dans quelques minutes, cela va suffisamment bouillir là haut pour qu'il m'oublie pendant un petit moment ; juste ce qu'il me faut pour me faire la belle, en somme. Je jette un coup d'œil autour de moi, afin d'évaluer rapidement l'option la plus favorable. Vue la tête des barreaux, je ne compte même pas tenter quoi que ce soit de ce côté là. Acier d'Ifforie. Pour un peu, le dernier prisonnier a dû laisser ses dents dedans avant de saisir que c'était mort. Economisons nous cette peine. Ce bloc à beau être pourri…Il n'a pas été construit par des amateurs. Ça me fend la gueule de dire ça, mais l'Ordre savait ce qu'il faisait en installant le BSDR ici… L'acier d'Ifforie n'est rien moins qu'un dérivé de l'adamantium, repérable à sa couleur mate et satinée…Renommé. Coûteux. Inusable. Inaltérable. Formidable…J'adore ce truc !
Bon. En revanche, je pense pouvoir miser sur la visite de courtoisie d'une âme bien attentionnée…Tendu mais toujours aussi efficace avec ces braves imbéciles… D'ici là, autant plancher sur le comité d'accueil.
Mouais. Je tourne et je retourne le problème dans ma tête.
A l'évidence, si la sortie est parfaitement envisageable, le reste risque de s'avérer nettement plus musclé. A tout péter, Blaise doit avoir une ou deux unités avec lui. Soit, une vingtaine de brave collègues et quelques lézards pour endiguer la réplique de l'Ordre. Catégoriquement suicidaire, donc…mais rien de bien original au vue des méthodes du Maître. Ils devraient pouvoir tenir la place environ six heures…dans le meilleur des cas. Misons sur six heure si ils parviennent à prendre l'Agora et à la tenir. L'Agora, comme son nom l'indique, est le nœud du Forum. Une jolie petite place de briques jaunes aux allures de marché touristique, avec ce qu'une ville en guerre peut encore avoir de charmant : boutiques, cafés, confiserie et prêt à porté sorcier. Sympathique en apparence…Mais un point stratégique redoutable. Celui qui tient l'agora, tient le Forum dans son poing serré, pour un laps de temps limité, mais certain.
Six heures.
C'est peu…
Ouais…
Mon âme attentionnée à intérêt à ne pas se faire attendre.
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Trois mille huit cent cinquante quatre.
Qui a dit que le mangemort était mesuré et patient…je vais devenir dingue…
La grandeur d'âme a mis plus d'une heure à se manifester. Classique. Trois mille huit cent cinquante quatre maudites secondes ! Putain, il était temps…Vue le bordel que ça à l'air d'être dehors, la Coalition doit sérieusement se ronger les sangs. Ces informations ont foutument intérêt à en valoir le coup. On risque de laisser plus d'un homme sur le carreau cette fois-ci.
Maîtrise et sang froid.
Je me suis placé dans l'angle mort de la porte, mais j'ai le cœur qui bat tellement fort que j'ai l'impression de me faire repérer à dix kilomètres à la ronde. Les gonds grincent. Une silhouette pénètre en brandissant prudemment une baguette. On dirait que c'est mon jour de chance, parce que je mettrais ma main au feu qu'il ne s'agit nullement d'un Auror. Quelle connerie ! On ne leur apprend pas à surveiller leurs arrières en Ecole de Médicomagie…
- Bonsoir vous…chuchote-je de ma voix la plus chaude.
La réplique fait son effet et le nouveau venu effectue un bond magistral en m'entendant. Je ne compte pas lui laisser le temps de me passer ses amitiés. Avant même qu'il ne se retourne, je lui assène un coup sec en pleine nuque. Il ne réplique pas et s'affaisse en gémissant au pied de ma paillasse.
Je vais pour tourner les talons, mais par pure curiosité je viens le retourner du pied. Il grimace. Evidemment, ces petits rats de bibliothèque n'ont pas non plus de cours de Défense dans leur cursus de sauveurs de l'humanité. C'est con… Je suis pourtant persuadé qu'en période de guerre on se sert plus d'une baguette que de cent grammes de valériane.
Enfin, chacun ses priorités.
Après examen, je constate qu'en fait de « il », il s'agit de « elle » : Evy.
Une fille pas bien maligne qui a suppléé aux incompétences et aux sautes d'humeurs de Granger pendant six jours. Au regard vitreux qu'elle me lance, je crois qu'elle ne réalise pas bien ce qui lui arrive. Ça ne change pas grand chose de d'habitude.
Excuse moi de ne pas rester pour le thé, ma grande, mais j'ai abusé de votre hospitalité trop longtemps…et j'ai des formules à voler, si tu veux bien…lui réplique-je en lui adressant mon sourire le plus candide.
Moins godiche que prévu, la fille a sauté sur sa baguette.
Je réagis au quart de tour.
- Mobiliarbus !
La sorcière vole à travers de la pièce et vient percuter le mur de plein fouet. Elle s'affaisse à nouveau, complètement sonnée…Quand elle redresse la tête vers moi au bout de dix longues secondes, j'en grognerais de plaisir. Cette fois, c'est l'éclat délicieux de la terreur que je lis dans ses yeux. J'adore faire cet effet aux gens. Je dois avouer que ça me procure une jouissance extrême. Sans un mot, je me suis rapproché d'elle et je l'empoigne par le col de sa robe blanche pour la plaquer à au mur sans aucune douceur.
- Ecoute, bel ange…Soit tu attends gentiment ici, comme la petite fille bien élevée que tu es, et on reste amis. Soit tu m'énerves, et là…je serais beaucoup moins conciliant. C'est clair ?
Elle acquiesce d'un air hâve et complètement largué.
- Comment… ?
Un sourire cruel et pleinement satisfait devrait suffire à la faire taire, mais je me sens clément pendant quelques secondes et je décide de lui accorder mes lumières.
- Magie sans baguette…Pour un sorcier un peu compétent, une formalité…
Forcément, j'en rajoute. Mais, Merlin, j'en ai tellement baver pour la maîtriser que ce serait dommage de s'en priver. La fierté de mon Père, aux dires de Blaise. Tu parles, pour une fois que je réussis quelque chose avec autant d'aisance, il a le beau rôle de s'en attribuer les mérites.
Son halètement étouffé me ramène à la réalité. Je desserre ma prise et je secoue brièvement la tête pour me remettre les idées en place. Plus le temps d'entretenir les relations diplomatiques. Il faut que je sorte de là.
Je l'éjecte sur ma paillasse d'un geste du poignet et je me dirige vers ma liberté à grands pas. Remonter le couloir ; choper les escaliers de l'aile ouest et trouver le bureau. Vue d'ici, on dirait une promenade de santé. Mais dans quelques seconde, ça aurait l'air nettement plus ardu…
J'ai la main sur la porte quand je pressens venir les embrouilles. Un froissement de tissus dans mon dos. Je devine, bien plutôt que je ne les vois, ses doigts qui se referment sur sa baguette et qui la brandissent dans mon dos. Le sortilège me frôle à la tempe et j'ai à peine le temps de me jeter sur le côté pour éviter un second Doloris qui vient achever sa course en plein dans le mur.
Petite punaise…
J'empoigne le premier truc qui me tombe sous la main et je lui fais face…Surtout, ne pas lui tourner le dos, la déborder le plus rapidement possible… Pas de chance pour elle, c'est un tabouret…Viser. Il fend lourdement l'air et la touche en plein ventre. Se relever maintenant.
- A l'ai…
Je me suis jeté sur elle et nous venons de rouler dans un coin de la cellule. Si cette godiche donne l'alerte, je suis cuit. A la garce ! Je viens de recevoir un coup en pleine mâchoire…Je lui souhaite de ne rien m'avoir cassé…
Au bout de quelques attaques d'une rare agressivité, nous nous faisons à nouveau face. Fini de jouer. La pénombre aurait tendance à rendre ce genre de scène assez mélodramatiques, mais là, je n'éprouve pas une once de remord quant à la suite des évènements. J'avais pourtant été clair…
C'est à elle d'engager.
- Avada K…
Dommage…et tant pis.
Elle a hésité et son sort a foiré.
Il finit misérablement sa course dans le mur…
Je lui accroche mon poing en plein visage.
- Avada Kedavra !
Ça résonne doucement, comme les dernières notes d'une symphonie bien répétée.
Je ne lui aurait pas laissé de troisième chance de toute façon. Le corps s'effondre sans un bruit, les yeux grand ouvert, sa tenue étrangement débraillée par notre joute. Evy aura au moins eu une réponse à la question capitale qui ne lui a traversé l'esprit qu'au moment où elle a brandit sa baguette. Oui. On peut lancer le sortilège de mort sans baguette. Et non. Il n'y a pas que Voldemort pour y parvenir.
Par contre….
vidé…
Je me sens glisser au pied du mur. Rompu…
La pierre froide me griffe la peau. J'essaye de reprendre mon souffle.
Pourquoi tout vous semble si silencieux quand vous venez d'ôter une vie ? Pire qu'après l'amour…C'est si dur que ça de combler les blancs ? J'empoigne le pied du tabouret brisé et je le lance avec tout ce qui me reste de force contre les barreaux. Le bruit mat est presque aussitôt avalé par la pièce obscure…Tant pis. Je suis complètement mort de toute façon…Je profite de ce court répit pour la regarder vraiment…Zabini dit que c'est mon vice, mais je ne sais pas faire autrement. J'ai besoin de connaître par cœur le visage des gens que j'ai tué. Aucun rapport avec une quelconque expiation coupable…Mais je ne veux pas qu'un jour on puisse me mettre sur les bras un macabé dont j'ignore jusqu'à l'existence.
Evy…
Cette fille a dû être jolie « avant ». Des boucles épaisses de cheveux blond cendré lui encadrent le visage. Ses yeux noirs sont plus éberlués que jamais, comme figés dans une ultime question sans réponse…Pourquoi…Elle est jeune…Dix-huit ans tout au plus…Une fine cicatrice part de sa tempe pour aller se perdre dans ses cheveux…Encore une qui a vieilli trop vite. Cette guerre aura engendré une jeunesse de vieux et de gueules cassées…En vampire insatiable, elle nous aura pompé toute notre innocence, toutes nos illusions, et nous serons bons à abattre le jour où tout ça finira…
Ouais…bons à abattre…
Je me suis relevé et je me dirige vers la porte…Je ne peux pas m'offrir le luxe de plus de repos. Son absence va finir par donne l'alerte sinon…Mais au dernier moment, je me détourne et je me décide à récupérer la clef que Granger a dû lui confier…Je dégage deux boutons de la tunique réglementaire et je libère ma prise…Je ne suis pas un monstre au point de m'amuser à la couper en morceau pour récupérer une putain de clef.
- Encore merci pour l'attention charitable, mon ange…
Remonter le couloir.
A peine hors de ma cellule, le tumulte des étages supérieurs me parvient de manière étouffée. Qui dit dragons, dit alerte de type quatre. Mais qui dit assaut sur le forum, dit alerte de type sept. Or, sur une échelle de un à dix, la zone du BSDR frôle la plupart du temps le un ou le deux : les attaques de type mineures et ponctuelles. On ne peut pas vraiment parler de zone à risques.
Par contre, quand on en arrive au degré trois, on touche déjà aux assauts soutenus. Viennent alors les attaques nécessitant une intervention de renforts extérieurs et l'organisation de l'approvisionnement du bloc. La mise en danger de zones stratégiques et délicates telles que la zone, au combien précieuse, du Forum implique automatiquement une alerte de type six ou sept. L'alerte de type neuf n'a été déclenché qu'une seule fois. La Coalition avait réussi tenir le Ministère durant vingt-quatre heures, le temps de brouiller l'ensemble des relations extra-Londoniennes de notre cher Ministre et de mettre la pagaille dans le système des alliances sorcières. Un coup de géni, je dois reconnaître. L'objectif : gagner un maximum de temps… Bon, on y avait tout de même laissé environ quinze des notre.
En revanche, l'attaque du Forum est inédite. Jusqu'à présent, la guérilla s'était concentré dans le centre de Londres, autours de l'ancien Ministère et des grandes artères – les pièges à populaces. On dirait qu'à présent, ils vont avoir un autre soucis à gérer en plus de la gangrène progressive des zones moldues. Le Ministre a de quoi se faire de nouveaux cheveux blancs si l'on s'avise d'aller flirter avec les quartiers d'Eté. L'Exode sorcier remis au goût du jour…depuis les massacres moldus, du jamais vu.
Enfin, bref…En ce qui concerne l'alerte de niveau dix… Je suppose qu'on en entendra parler le jour au Potter le roi aura notre cher Lord sous le coude…et que le fou l'étendra consciencieusement à la face du monde sorcier. Une alerte maximum pour la mort du sauveur…une sortie en fanfare…Quel veinard.
Escaliers B.
Je bifurque. Il me faut l'accès à l'aile ouest. Merlin, il y a des couloirs partout et la dernière fois que j'ai effectué ce trajet, j'étais plongé dans un état de léthargie comateuse…On repassera pour le sens de l'orientation…
- Si tu cherches le bureau d'Edgecombe…Je te conseille de prendre sur ta droite, de remonter l'escalier E et de traverser le Hall par lequel tu es arrivé…
Et Merde.
Je me retourne avec une nonchalance absolument feinte pour venir lui faire face. Tout de noir vêtu, de pied en cape et en baguette. Il est appuyé négligemment contre le mur.
Cher Parain…Pourquoi ai-je toujours ce papillon au creux de l'estomac à chaque fois que je croise les deux orbes noires qu'il darde sur moi avec autant de conviction ? Après tout ce temps…les choses devraient être enterrées…et pourtant…
- Severus.
- En retard, Draco…
Besoin d'aide, peut-être…Trop de couloirs à ce qu'il semblerait. Même le plus adroit des mangemorts y perdrait son latin, n'est-il pas ? Mis à part ce petit détail, tes nouveaux appartements te conviennent ils ?…Suffisamment à ton goût ? Vue la vitesse avec laquelle tu les as quitté, j'espère que tu ne m'en veux pas de m'inquiéter de la qualité du service d'étage.
Je déteste sa manie de me saouler de questions. Il sait trop bien comment je fonctionne.
- J'aurais préféré du vert, tu t'en doutes…Encore que ce bleu roi est assez convenable comparé au reste du bâtiment. De fait, je suis curieux de voir ce que la Direction a fait de son bureau…Pure curiosité, absolument désintéressée bien sûr… Mais si je peux donner mon avis…J'ajouterai de la moquette écrue dans les cellules…ça donnerait un peu de cachet aux pièce…et ça boirait le sang… C'est plus convenable pour la présentation.
Mais arrête moi si je me trompe…Tu n'es pas là pour causer chiffons et aménagement…
- Ta présence d'esprit et ta vivacité m'étonneront toujours…Je m'incline devant cette démonstration de génie.
Son sourire amusé se change en un rictus de détermination glacée :
- Trèves de gaminerie…Pour être absolument honnête, j'ose espérer que tu vas renoncer à la stupidité incommensurable qui te sert de patrimoine génétique pour réfléchir à deux fois aux implications de tes actes.
- Nous avons déjà eu cette conversation, je crois.
- Mais tu n'en as pas retenu un traître mot ce me semble.
- Je…
- Grandit un peu, Draco. On te pardonnera sans doute une erreur de jeunesse, mais la jeunesse n'a qu'un temps, vois-tu. Si tu réfléchis un instant…Que t'offre la Coalition… ? Une jolie marque assortie à la couleur de tes yeux ? Une vie exaltante pleine d'accomplissement personnel et chargée d'un avenir prometteur ? Ou bien de la considération et de la fierté dans le regard de tes anciens amis ?
- …
- Tu penses avoir fait le bon choix. Certes. Mais ce choix n'est qu'un caprice…L'ultime provocation d'un gamin borné et buté. Si c'est pour l'héritage que tu fais ça, abandonne tout de suite, j'ai mieux à t'offrir. Si c'est pour l'amour des tiens…je te souhaite de réaliser que tu vas finir par tuer ta Mère à ce rythme.
Tu ne respectes rien, Draco. C'est malheureux pour un jeune sorcier aussi brillant que tu te targues de l'être de croupir dans les jupes d'un pseudo tyran, maniaque et mentalement instable. Tu as vingt et un ans et toute une vie devant toi…Laisse cette mascarade à ton père. Ne gâche pas tout.
Cette guerre finira un jour…Et malgré tout ce que tu peux croire, ce jour là, il se peut que tu ne sois pas du bon côté. Avec un peu d'optimisme, je te laisse dès à présent quatre mois à vivre. Cinq si tu as de la chance et que tu échappes aux Aurors à la fin de la guerre. D'ici là, tu auras écopé de tellement de Doloris que tu pourras toujours pleurer pour qu'on te mette ta baguette dans la main. Tu auras tué tellement de personne que tu n'auras plus la force de retenir leurs noms ou leurs visages. Et tu seras tellement dégoutté de toi-même que tu n'oseras même plus te regarder dans un miroir.
- J'en pleurerais presque...
Quel récital impeccablement huilé. Je suis désolé, Sev. Je voudrais bien y croire, mais là…
- Je n'espère même plus ce genre de miracle…me grince-t-il en dardant sur moi un regard blasé.
- Tu crois qu'il te suffit d'apparaître pour m'apprendre à vivre, c'est ça ? Tu arrives trop tard. Mon choix, comme tu le dis si bien, je l'ai fait il y a trois ans… C'est à ce moment là, quand je t'ai appelé, que tu aurais dû être là, et pas dans les jupes de Dumbledore. Seulement, quand j'ai eu besoin de toi, tu n'as pas été là…PAS ETE LA ! Tu entends ça ? Imprime le bien, parce que dans cette histoire, tu es aussi responsable que moi…
J'ai du mal à me maîtriser avec lui. Il sait trop bien tout « ça »…
- Pourquoi avoir attendu trois ans… ?
- Je n'ai pas attendu trois ans….Tu as juste mis trois ans à réaliser…Tu n'es pas le père de substitution que tu te targues d'être. Au final, tu n'es rien . Tu ne vaux pas mieux que mon paternel…
- C'est pour ça que tu m'as vendu ? Parce que je ne t'ai pas aidé ? Parce que je t'ai obligé à faire ce fameux choix ? Je pourrais t'aider maintenant, Draco.
Fais moi seulement voir les options, tu veux…
- Va te faire…
- Quel manque de coopération…
Je n'ai même pas envie de répondre à une provocation pareille. Ca lui aurait écorché la bouche de s'excuser ? Il ne m'a pas vue depuis plus de deux ans…Et tout ce qu'il m'offre, c'est de retourner le couteau dans la plaie. Bien sûr que je l'ai vendu. Ça me tuait trop de sentir son regard tristement accusateur dès qu'il me croisait. Il m'a laissé faire la même connerie que lui. Il aurait dû faire pour moi ce que personne n'a fait pour lui. La claque qu'il crève d'envie de me coller, c'est trois ans auparavant que j'aurais dû la prendre. Maintenant je n'ai plus besoin de personne. Il a cru m'aider en tuant Dumbledore à ma place…Et bien, qu'il considère que je l'ai aidé en le tirant des pattes du Lord…
Je ne supporte même plus de le regarder dans les yeux. Il sait trop bien à quel point je suis devenu quelqu'un d'abjecte. Ça voix doucereuse me fredonne gentiment ma sentence…
- Bien. Alors je vais le faire pour toi.
Petit un. Je peux te présenter à l'Ordre et compter jusqu' dix, le temps qu'il t'abatte.
Petit deux. Je peux te remettre dans ta cellule et compter jusqu'à dix, le temps qu'Hermione t'abatte. Enfin, je peux moi aussi t'abattre et compter jusqu'à dix le temps que le remord commence à poindre… Qu'en conclues tu ?
- Que tu es désespérément hors jeu…
- Si tu ne te prends pas par la main, Draco…Tu vas foncer droit dans le mur avec les compliments du grands dégénéré qui te sert de Maître.
- Excuse moi de te contre-dire une fois de plus, parain…Mais tu as oublié une option dans ton alléchant protocole…
- …
- Il se trouve que c'est la mienne : Stupefix !
- Prot…
Mon sort l'atteint en pleine poitrine avant même qu'il ne sorte sa baguette. Game over. Le temps des remords est fini, Sev…Je ne suis plus un gosse que tu peux manipuler à ta guise.
Je lui adresse un sourire carnassier et récupère sa baguette.
- Tu vois que tu peux m'aider quand tu veux…
Et au passage : mes amitiés à Granger, si tu la vois…
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Le jeune homme rabattit sur son visage un pan de la cape subtilisée dans le bureau d'Edgcombe. Il glissa sous sa chemise déchirée les parchemins incriminés et referma précautionneusement la porte derrière lui. Sept minutes. Pas une de plus.
Trouver le bureau. Lancer un sortilège de confusion sur le coffre. Récupérer les derniers rapports de l'Ordre, les plans du Forum et les copies de certaines formules. Il s'était montré trop pessimiste. Finalement, cela avait été beaucoup plus simple que prévu. Il fallait avouer que l'assaut avait eu exactement l'effet souhaiter : l'implosion du BSDR, avec tout ce que ça impliquait comme commodité de circulation : personne ne faisait attention à lui.
Voldemort saurait peut-être se montrer satisfait après ce petit exploit. En effet, il était de notoriété commune que les documents confidentiels circulaient entre le BSDR, le Ministère et le QG de l'Ordre, depuis qu'un Auror un peu moins déterminé que les autres était tombé dans la gueule de la Coalition il y a un mois et demi.
Cependant, au vue des derniers scandales, le nouveau Ministère avait été aménagé de tel sorte qu'on ne puisse plus y mettre un orteil sans avoir un mandat de ce cher ministre lui-même. Flint avait bien tenté une incursion, mais elle avait lamentablement abouti à la déportation sans procès de deux mangemorts…Bienvenue à Azkaban ! Quant au QG de l'Ordre…le bras droit du Lord passait des nuits blanches à tenter de le localiser. Mais plus les semaines passaient et plus la patience de Voldemort semblait décroître… C'était comme de chercher une aiguille dans une botte de foin. Lucius Malfoy harcelait ses meilleures taupes sans parvenir au moindre résultat.
Restait le BSDR. S'y introduire demeurait, des trois options, la plus envisageable et la moins dangereuse. Coincé entre les quartiers d'Hiver et la zone délicate, une incursion du bloc offrait une ouverture non négligeable sur le forum, ainsi qu'un accès aisé à des informations capitales. On avait rapidement envisagé d'y lâcher Draco, à couvert d'une intervention de Zabini, de Ledge et de Flint sous sept jours. On assurerait alors un assaut de couverture suffisamment inutile pour qu'il soit absolument inenvisageable et imprévisible pour l'Ordre, et suffisamment virulent pour qu'il mette le BSDR sans dessus-dessous, le temps pour Malfoy de faire ce qu'il avait à faire. Les sept jours en questions restaient une formalité destinée à laisser l'attention se relâcher autours du mangemort capturé…
…En somme, tout marchait exactement comme prévu.
Draco se plaqua contre le mur au passage de deux blessés et d'un jeune médicomage à l'air complètement affolé. Il les suivit du regard et laissa échapper un sifflement perplexe. Les deux sorciers avaient dû flirter avec les Bronzes des Hébrides avant d'atterrir ici. Ils étaient gravement brûlé sur la majeur partie du corps mais le mangemort put cependant noter qu'il ne s'agissait pas d'Auror. Sans doute des civils. Des pauvres imbéciles tombés au mauvais endroit, précisément à l'instant où il ne fallait pas.
Comme il s'engouffrait dans la cage d'escalier, une violente odeur d'éther, de chaire brûlée et de sang lui retourna l'estomac. Il s'appuya un instant contre le mur et remonte inutilement le col de sa cape pour s'isoler de l'odeur atroce. Puis sans perdre plus de temps, il dévala les marches, bouscula une fille qui passait en courant, ignora les protestations d'un Auror qui prétendait fermer l'accès à l'étage supérieur et pénétra dans le Hall du bloc. Le brouhaha assourdissant qui y régnait le laissa pantois pendant quelques secondes. Les blessés affluaient par toutes les issues. Il devait déjà y en avoir une bonne trentaine.
Zabini faisait plus que bon boulot…Il faisait carrément du zèle.
- Hé ! Vous ! Qu'est ce que…
Un Auror venait de l'attraper par le bras alors qu'il se frayait un chemin vers la sortie et il lui arracha sa capuche d'un geste leste. Les orbes glacées scintillèrent. Draco ne lui laissa pas le temps d'achever sa phrase et il le fit taire d'un coup de poing efficace. Le sorcier tituba sur quelques pas et s'effondra sur un banc. Un jeune homme se précipita immédiatement pour lui prêter main forte.
Rajustant sa cape, le mangemort profita de l'occasion et s'engouffra dehors.
De l'air…Enfin.
Six « jours »…
Sa contemplation extatique de sa liberté retrouvée ne dura pas longtemps et il fit un violent écart sur le côté pour laisser passer trois assistantes-médicomages qui se précipitaient vers le bloc en soutenant de nouveaux blessés. Au même instant, un grognement reptilien résonna derrière lui et il eut tout juste le temps d'entrapercevoir entre les premières rues du quartier d'Hiver une paire d'ailes noires auréolée d'une gerbe de flammes rougeoyantes, avant d'être assaillit par des relents de soufre à n'en plus finir…
Joli Zabini. Des noirs des Hébrides finalement…Joli…mais dangereux. Très dangereux.
Le forum semblait avoir été retourné.
Des civils affluaient de partout, qui fuyaient l'attaque des mangemorts, et la marque des ténèbres brillait dans le ciel d'un noir brumeux suffoquant sous les nappes de poussière. L'épaisseur du brouillard qui suintait dans l'air et sur tous les bâtiments ne laissait plus franchement passer la lumière du jour depuis au moins cinq mois. Marcher à l'air libre donnait l'impression de ramper sous une chape de plomb asphyxiante. Draco réprima une quinte de toux amère et se glissa dans une alcôve étroite, entre deux maisons récemment éventrées et visitées. Il vérifia qu'on ne le suivait pas et tenta de se repérer au milieu de ce spectacle dantesque.
Un homme s'effondra à deux pas de lui. Fauché dans un mouvement de panique.
Moins d'une minute plus tard, un détrousseur se faufilait pour lui faire les poches. Draco eut un rictus dégoutté. Si une chose le répugnait particulièrement parmi tous les êtres dégénérés que cette guerre avait mis à jour, c'était bien ces types. Les Ventre-à-terres comme les sorciers les avaient rebaptisés. Ils avaient un don pour rappliquer à toute vitesse, détrousser leurs proies sans la moindre scrupule, femme, enfant ou vieillard et détaler sans demander leur reste. Ils opéraient en meutes. De la vermine. Le fléau des bas-fonds.
Le mangemort hésita, puis il pointa sa baguette vers lui et le stupefixia sans ciller.
Une patrouille de gentils justiciers le récupèrerait à un moment ou un autre…
A l'affût, il plissa les yeux et chercha autour de lui un indice qui lui indiquerait la présence de Blaise ou d'un autre membre de la Coalition. En dehors des corps qui jonchaient les trottoirs ça et là, il n'y avait pas la moindre trace de leur passage. Le blond réprima un sifflement de dépit. Blaise faisait décidément trop bien son travail. D'ordinaire, le moindre manque de soin de la part de son ami, l'aurait déçu…En l'occurrence, cela l'aurait raisonnablement arrangé.
Rajustant son capuchon, il attendit qu'un groupe affolé finisse de passer et s'extirpa de l'alcôve. Après réflexion, il amorça un replis totalement inconcevable pour n'importe quel sorcier un tant soit peu censé, et se dirigea à petites foulées vers l'œil du cyclone.
- Voyons voir si nos lézards seront plus coopératifs…
Il dépassa deux rues, s'enfila sous les arcades et tourna sur la Place Renversée. Alors qu'il parvenait à une petite fontaine éventrée, un craquement sourd l'arrêta net et il eut tout juste le temps de se jeter sur le côté avant qu'un morceau de ce qui avait dû être une échoppe de tailleur ne s'écrase à l'endroit précis où il se tenait quelques secondes auparavant. Le mangemort secoua vaguement la tête, sonné. Le goût métallique du sang qui coulait le long de sa tempe, lui envahit la bouche et il cracha d'un air écœuré.
Au même instant, a quelques mètres de lui, le coup de queue mortel du Noir des Hébrides achevait de pulvériser un toit. Draco se redressa en chancelant et fit glisser sa capuche d'un coup d'épaule. En reprenant son souffle, il comprima la plaie de son visage avec la manche de sa chemise et admira le ballet chaotique qui se jouait devant lui.
Les ailes diaphanes dardées de griffes fendaient violemment l'air, le museau court projetait ses gerbes brûlantes contre les façades fragiles et les muscles puissants roulaient sous la peau aux écailles épaisses d'une couleur pétrole miroitante. Le reptile lui sembla encore plus impressionnant qu'il ne se l'était imaginé depuis sa cellule. Le jeune homme observa en frissonnant l'animal : Alliance subtile de la puissance destructrice et de la grâce reptilienne…Il trouvait un plaisir indescriptible et presque hypnotisant à cette entreprise de démolition si bien préparée. Son souffle se bloqua dans sa poitrine quand il le vit projeter un sorcier contre un mur plus aisément que s'il avait été un fétu de paille.
Puis, son regard croisa enfin les orbes violettes du dragon et il s'engouffra dans l'éclat monstrueux. Les volutes d'argent qui dansaient autour des prunelles fendues le transpercèrent et il eut la désagréable sensation qu'en un instant, l'animal le perçait à jour. Un feulement métallique s'échappa alors de sa gueule dardée de croc acérés et il ondula vers le jeune mangemort en enfonçant ses griffes dans le macadam retourné. Le mangemort eut un soupir erratique. Encore quelques secondes... Les flammes vinrent lécher la fontaine, située à un mètre de lui…
Soudain, une poigne violente l'arracha à son divin spectacle et il se retrouva brutalement projeté contre un mur, enserré entre deux bras protecteurs qui lui rabattirent sa capuche sur le visage.
- Ne le regarde pas dans les yeux espèce de crétin fini…
Cette voix.
Blaise.
Les deux mangemorts restèrent prostrés l'un contre l'autre au pied du mur pendant une minute. La montagne de muscles et d'écailles les observa, toutes babines retroussées, considérant avec suspicion cette baguette dardée vers elle avec autant de détermination. Puis l'inertie de sa proie sembla finalement la lasser et le dragon s'éloigna, laissant derrière lui une place dévastée.
Les deux sorciers se redressèrent :
- Explique moi ce que tu comptais faire contre « ça » avec une baguette…siffla le blond d'un air goguenard, les yeux encore brillants.
- Les Noirs des Hébrides sont pires que des Vélanes…Leurs regards ont des propriétés hypnotiques proprement stupéfiantes ; seulement, les yeux sont un vrais talon d'Achille chez ces grosses bébêtes…Alors, un bon Conjonctivis bien placé et tu peux espérer en ressortir vivant…
- Ouais…ou bien complètement estropiés.
Le brun ignora les sarcasmes de son compagnon et l'aida à se relever. Mis à part, l'entaille assez peu profonde qui lui ceignait la tempe, il avait l'air dans un état plus que convenable pour un mangemort revenant d'un séjour d'une petite semaine chez l'ennemi.
- Content de te voir Dray…déclara-t-il en serrant brièvement le blond contre lui.
- Moi de même. Plutôt heureux de voir une tête amie après ça.
En revanche, sympa le comité d'accueil. Vous n'auriez pas dû vous donner tout ce mal…
Les yeux noirs pétillèrent et le jeune mangemort s'ébouriffa les cheveux avec nonchalance.
- Désolé de décevoir le héros, mais à part le lâché de Dragons, le bordel ici présent n'est pas l'œuvre de la Coalition.
- Pardon… ? grogna le blond, intrigué.
- Sédition gobeline sur les Faubourgs d'Alambiques. Ils ont fait péter les coffres. Je te raconte pas la panique. Ledge et moi, on a suivit le mouvement et on s'est contenté d'engrainer la chose.
Draco l'observait toujours, un plis brutal lui barrant le front, signe d'une incompréhension nébuleuse.
- Depuis quand les gobelins oeuvrent-ils contre l'Ordre… ?
- Ah mais je crois que la question la plus valable est : à quel moment les gobelins ont-ils commencé à bosser pour l'Ordre ? Aux dernières nouvelles, ils vont là où vont les fonds. C'est cupide et sournois le gobelin…et je crois qu'ils ont plutôt mal pris la défection monétaire des derniers mois. Les coffres sont vides…En toute logique, ils ont fait péter la banque.
- Heureuse coïncidence, dis moi. Qui a planifié la crise ?
Le sourire atrocement angélique de son ami le fit rire.
- T'ai-je dit à quel point ton père pouvait être bien inspiré parfois ?
- Ça lui arrive de temps en temps. La première fois c'était quand il m'a conçu. La seconde quand il m'a intronisé. Et comme on dit…jamais deux sans trois…acheva Draco, avec un sourire satisfait.
- Ouais, enfin…si ça ne te gêne pas on finira cette charmante discussion au QG. J'en connais un qui crève d'envie de t'embrasser…
- Surtout ne me demande pas comment je m'en suis sorti, espèce de serpent…
- Pourquoi, ce n'est pas ce que je suis ? renchérit-il avec un sourire étrangement carnassier.
- Vue ton air réjouit et pleinement satisfait, excuse moi de ne pas m'en faire pour la mission. Tu as ta tête des bons jours, le sourire du Malfoy comblé ne laisse planer aucun doute, mon vieux.
Les deux mangemorts transplanèrent jusqu'aux Faubourgs d'Alambiques sans plus de commentaire.
Au milieu de l'Agora, le nouveau siège de la banque flambait gentiment et Draco nota immédiatement la présence de leurs hommes. Tout en discrétion efficace, les deux unités de Ledge et de Zabini avaient établi un périmètre de sécurité coup-de-poing autours de la place.
Ces cinglés tenaient l'Agora.
Le sourire satisfait de Blaise lui laissa entendre que son ami ne s'était pas non plus trop mal débrouillé pendant ce temps là. Un sort fusa à quelques centimètres d'eux.
Quelques Aurors irréductibles bien sûr.
- Viens par là, on a bidouillé un Portoloin…Moins on transplane, mieux on se porte depuis quelques jours. Erwan nous a prévenu que les taupes du Ministère surveillaient à outrance les zones d'atterrissage. On doit à tout prix éviter de griller le QG…
Draco étouffa un rictus amusé sous sa cape. A l'heure actuelle, Granger devait avoir plusieurs coups d'avance dans sa manche et un sérieux cas de conscience à régler. Si il n'avait pas vu juste, ils allaient tous le regretter très prochainement.
Par dessus l'épaule de son collègue, il suivit sobrement du regard les manœuvres ennemies. Ça bougeait pas mal. L'Ordre s'entêtait visiblement. Soudain, il y eut une détonation et le blond empoigna vivement son ami par les épaules. Il les plongea tous les deux derrières un mur au moment où une Tentabombe explosait à un mètre d'eux en projetant ses tentacules sifflants autour d'elle.
Ils percutèrent le sol en expirant sourdement.
- Putain d'Aurors…
- Qu'est ce que vous attendez pour les descendre, Merlin…gronda le blond en dardant une œillade exaspérée sur son ami.
- Que leurs médicomages foutent le camps…
- Quel rapport ? renifla l'autre avec dédain.
- Le Maître veut éviter la casse inutile…Je crois qu'il a dans l'idée de recycler l'industrie du mangemort, si tu vois ce que je veux dire.
Alors comme c'est pas demain la veille qu'il abattra l'Ordre, pour le moment, on obéit et on épargne…Ils nous le rendront prochainement.
Draco acquiesça d'un air sceptique. Sur la place, il y avait des Aurors et parmi ses Aurors, les précieux médicomages de l'Ordre qui allaient gentiment rentrer chez eux indemnes. Allez comprendre la règle de cette putain de guerre…
- Bon on se magne Malfoy. C'est pas tout, mais les Aurors ne vont pas non plus nous laisser l'Agora toute la nuit…Le comité de réception devrait pas tarder maintenant et crois moi, tu n'as pas envie d'aller les saluer…Sauf si la tête de Potter t'as manqué à ce point, bien sûr.
Le Portoloin n'est pas répertorié. On le détruira juste après. Pour le moment, c'est Ledge qui l'a en sa possession dans les bâtiments qui se trouvent de l'autre côté de la place. Tu traverses, tu montes au deuxième étage de la Boutique du vieux Brett…Dans la remise, on a posté Ledge et Nils. Si pour une raison quelconque ils n'y sont pas, tu cherches la balle de Base-ball qu'ils ont dû laisser– Fais pas cette tête, Malfoy…c'est un sport Moldue. Ça ressemble vaguement à une orange et c'est en cuir…Même un manchot trouverait.-
- Et si je ne trouve pas… ? argua-t-il, prêt à tout pour enquiquiner son collègue.
- Alors je me chargerai moi-même de te couper les deux bras…siffla Zabini sans rire.
- Ok. Relax. Je plaisante…
Par contre toi…Tu décolle à quel moment ?
- T'occupe pas de moi. Je me tire dès que je suis sûr que ton joli p'tit cul est de retour au QG, vissé au pied du Maître…
Alors…dégage, maintenant.
D'une bourrade, Blaise poussa son ami à découvert et lui indiqua une dernière fois les bâtiments, avant de s'éclipser lui-même derrière un pan de mur.Le mangemort entama sans ciller la traversée des cinq-cent mètres qui le séparait du bout de l'Agora. Il pesta en évitant in-extremis un sort perdu et stupefixia un gobelin qui semblait avoir de velléités de signaler sa position. D'un bon furtif, il se posta ensuite souplement derrière un banc et jeta un coup d'œil autour de lui.
Environ vingt-quatre mangemorts. Et douze…non, quatorze Aurors, dont deux dans le clocher de la chapelle. L'assaut n'était plus d'une férocité extrême, mais tout le monde semblait épuisé. La journée avait été longue de tous les côtés et les sorciers étaient à crans. Il devait être vigilant. Un homme fatigué, même un mangemort, peut être dangereux et faire des choses incroyablement stupides.
Draco aperçu alors rapidement Théodore Nott qui se faufilait jusqu'au kiosque central, son masque scintillant dans la pénombre diurne. Il n'y avait que Nott pour avoir une démarche aussi claudicante depuis que le Lord lui avait manifesté sa déception en lui faisant fondre un pied…En plaçant sa langue derrière ses dents, le jeune mangemort émit un sifflement bien particulier à l'intention de son collègue. Une Tentabombe explosa sur le kiosque et Nott attendit quelques secondes avant de se relever prudemment en direction du signal. Les regards se croisèrent et le blond devina presque un sourire sous le masque morbide.
Par une série de gestes rapides, Théo lui indiqua alors de passer sous les arches pendant qu'il neutraliserait les deux Aurors perchés dans le clocher. Draco acquiesça et rampa jusqu'au banc suivant. Il se trouvait à cinquante mètres des arches. Cinquante mètre absolument à découvert…A présent, l'Agora était foutument silencieuse et en se concentrant on pouvait presque entendre les respirations saccadées des deux armées. Le mangemort ferma les yeux et se concentra sur les mouvements de Nott à cent-cinquante mètres derrière lui. Il attendait le signe. Soudain à leur droite, un raclement sourd suivit d'un grognement caractéristique se fit entendre et un pan de mur vola pour venir s'écraser quelques mètres plus loin dans un vacarme assourdissant, en provoquant un nuage de poussière.
- Et merde…Je l'avais presque oublier celui là…
Le Noir des Hébrides se traîna sur l'Agora. Draco nota qu'une de ses ailes pendait étrangement sur son flanc et qu'un sang noir s'échappait de son poitrail. Il n'existait rien de pire qu'un dragon…sauf peut-être un dragon blessé. Il n'allait pas faire bon rester ici trop longtemps. Presque aussitôt, des flammes écarlates vinrent lécher les murs de la chapelle et la température grimpa de quelques degré dans les deux camps. On commença à s'affoler.
- Maintenant ! hurla un voix dans son dos, tandis qu'une volée de sorts fusait brutalement vers les Aurors.
Le mangemort s'élança en tenant les précieux documents serrés contre lui.
Plus que quarante…Trente… Il trébucha sur les pavés défoncés.
Vingt…Dix mètres…Un sort lui frôla l'épaule.
Cinq mètres. Il tendit la main vers le premier pilier.
Deux mètres. Un hurlement se fit entendre. Nott…
Un mètre. Avant de comprendre ce qui lui arrivait, un coup d'une violence extrême l'envoya percuter les colonnes du péristyle. Il s'effondra en gémissant brutalement, le souffle coupé. Aussitôt, le dragon déversa son souffle noir sur les arches et le sorcier eut tout juste la force de ramper faiblement jusqu'à l'alcôve suivante pour se mettre à l'abris. Les pavés lui écorchèrent les ongles et il se glissa dans la niche salvatrice en râlant de douleur. Sous son capuchon déchiré, il respira douloureusement en se tenant les côtes et ouvrit les yeux. L'Agora était en flamme et la place, si terriblement silencieuse dix secondes auparavant, résonnait des hurlements de ses occupants.
Il avait au moins une côte fêlée. Broutille…
A présent, la boutique du vieux Brett se trouvait à deux mètres. Trois pas…
En trois pas, il montait et se tirait de là…Mais, Nott se trouvait encore sous le Kiosque…Si personne ne le sortait de là, il risquait d'y passer.
Cas de conscience.
Le jeune Malfoy ferma les yeux et soupira brutalement. La vie de Nott ou la sienne…
Pas de héros chez les mangemorts… La mission avant tout. Il n'avait pas le droit de foutre en l'air une opération d'une semaine sous prétexte de pulsions héroïques…Il se redressa le souffle haché et se dirigea d'un pas gauche vers l'enseigne défoncée de l'ancien tanneur - les meilleurs bottes en peau de dragon de tout Londres.
Il avait déjà un pied sur le seuil et la main sur la poignée, quand un visage retint son attention quelques mètres derrière lui.
« Elle ». Ici…
Sa robe blanche tranchait bizarrement avec la place d'un noir charbon et son visage livide menaçait de disparaître derrière chaque nappe de fumée. Elle soutenait un Auror blessé à la hanche et son corps tremblait sous le poids inerte du sorcier. Un sort fusa près d'eux et elle le para sans se démonter…mécaniquement. A l'évidence, l'Auror ne pouvait plus bouger. Il se cramponnait à elle comme à sa planche de survie. En suffoquant, elle tenta de détacher les doigts nerveux qu'il serrait désespérément sur le col de sa robe et il la vit grimacer quand l'homme raffermit sa prise. S'ils restaient là, il ne donnait pas cher de leur peau.
En désespoir de cause, Hermione chercha à le relever mais l'Auror les cloua tous les deux au sol.
Un autre sort fusa à moins d'un mètre d'eux.De là où il était, le blond grinça des dents, ses doigts crispés sur sa baguette. Le blessé s'accrocha aux boucles de miel brun de la sorcière et chercha à se hisser sur ses pieds, l'air paniqué. L'entreprise avait peu de chance d'aboutir. Le mangemort nota qu'il avait une fracture ouverte au niveau du genou et que sa hanche droite devait probablement être en miette. Si la jeune femme avait une once d'instinct de survie, elle l'aurait laisser là et aurait sauver sa propre vie…Mais traditionnellement, le Gryffondor avait une once de stupidité qui l'emportait largement sur son maigre instinct de survie.
L'Auror poussa finalement un cri geignard quand le dragon posa son regard sur eux.
Hermione tressaillit à peine, épuisée, et n'eut pas la force de réagir. L'homme pointa sa baguette sur la créature avant de lui lancer un sort d'une voix brisée.
Mauvaise réponse.
Le blond se tendit violemment et attendit la suite des évènements.
Le sort ripa sur les écailles couleur pétrole et la créature feula sourdement en dardant ses pupilles fendues sur eux. Elle enfonça ses ergots acérés dans le sol et se coula vers les deux sorciers à terre. Un frisson d'effroi parcouru l'Agora. L'Auror blêmit brutalement et rampa sur un mètre. Il tendit la main vers la forme encapuchonnée retranchée derrière les arches et geignit d'une voix de pure panique. Sans un cri, Hermione se précipita vers lui, en observant impuissante le dragon gagner du terrain sur eux. Sa bouche s'ouvrit en une supplique muette et elle empoigna le sorcier sous les aisselles pour le relever. Son visage se congestionna sous l'effort, ses mâchoires se serrèrent…
L'Avada faucha le blessé en pleine poitrine au moment où elle parvenait enfin à le redresser et il s'effondra brutalement sur la jeune femme comme un pantin désarticulé. Le poids de son fardeau la cloua au sol et elle poussa un cri unique et bref qui résonna étrangement un court instant.
Le blond vit Nott retomber dans le Kiosque après avoir abattu le tueur « embusqué ». L'Auror n'avait aucune chance d'éviter le sort mortel. Quant à Théo…vraisemblablement : il s'en tirerait.
En revanche, le dragon n'était plus qu'à dix mètres… Elle devait foutre le camps… Maintenant ! Mais sous le corps abattu, la jeune médicomage ne bougeait plus. Les yeux braqués sur elle, le mangemort tressaillit et sentit une colère sourde l'envahir. Décidément, cette fille était trop stupide. C'était trop lui demander de sauver sa vie ! Il secoua la tête, écœuré, et posa à nouveau son regard sur les escaliers qui menaient à la remise. Allait-il être aussi stupide…
Hors de question.
Il se retourna d'un bloc et pénétra dans la boutique.
Un second cri se fit entendre.
Long et strident cette fois. Il fit rapidement face et vit le Noir des Hébrides achever de mettre le feu au clocher de la chapelle. Une odeur de viande brûlée pénétra l'air suffocant et un corps enflammé se précipita des hauteurs. La respiration du mangemort s'accéléra brutalement et son regard se reposa sur les deux corps à terre.Il ferma les yeux. Le soldat de la Coalition avait hésité, il était trop tard pour renoncer… Le maître avait dit « Epargner les médicomages. »…
- Granger !
Le cri jaillit au milieu des craquements du bois flambant et des sorts qui fusaient en tous sens. Il fut absorber par la vacarme vorace et le corps de l'Auror ne bougea pas d'un centimètre. Le manque de réaction de la jeune femme commença à l'inquiéter.
- Granger, tire toi de là !
Pourquoi s'acharnait-il ? Il n'avait aucune dette.…Absolument aucune. Ni aucun compte à rendre. Pourtant, il tressaillit quand les mains tremblantes repoussèrent à grand peine le corps inerte et que la jeune femme se redressa en vacillant, l'air hâve. Elle n'avait plus que quelques mètres à franchir pour se mettre en sûreté…Dix pas…
Le dragon sembla brutalement noter sa présence. Il poussa un grondement rauque et venimeux et Draco se tendit comme un fauve prêt à bondir. Dix pas…voilà bien une chose qui ne veut rien dire en temps de Paix mais qui peut faire toute la différence au milieu d'un assaut…
- Tire toi, Granger…murmura-t-il pour lui-même, le regard rivé sur le moindre mouvement de la sorcière.
Elle posa un regard vide et sans réaction sur l'animal. Les bras ballant, le visage livide, elle l'observa parcourir la distance qui les séparait. Son souffle ténu soulevait à peine sa poitrine.
Il n'y avait plus que cinq mètres.
Le dragon poussa un feulement sauvage et ouvrit grand la gueule sur plusieurs rangés de crocs acérés.
En cinq pas, le jeune mangemort fut sur elle, et en cinq autres, il les précipita violemment sous le péristyle, hors de porté des flammes meurtrières qui s'abattirent précisément à l'endroit où se tenait la jeune femme quelques instants auparavant. Un craquement mat. Ils roulèrent à terre et percutèrent le mur brûlant.
Son visage demeura plongé dans le cou de la sorcière pendant un instant. Il pouvait sentir son sang pulser à toute vitesse contre sa joue. Vivante. Pourtant, la jeune femme reposait inerte entre ses bras. Une poupée de chiffon malheureuse…
- Granger ?…ça te prend souvent de te jeter dans la gueule d'un dragon ? l'interrogea-t-il avec véhémence, le souffle haché.
Sur son visage épuisé, les larmes traçaient des sillons brillants qui se perdaient sur les joues sans couleur. Aucune réaction ne traversa ses yeux bruns parés de cernes exceptionnellement noires et elle se contenta d'abaisser les paupières en guise de réponse.
Draco l'observa avec une impuissance rageuse et il la gifla à toute volée.
- Réagis, Merlin !
Elle hoqueta faiblement et l'observa avec le même mutisme traumatisé. Progressivement, une trace rouge marbra sa peau pâle et le mangemort frissonna. Il glissa une main dans sa nuque et redressa son visage au niveau du sien. D'un coup d'épaule, il repoussa alors sa capuche.
La réaction fut immédiate. Un sourire las étira faiblement les lèvres de la jeune femme et elle se mit à rire, d'une manière aussi soudaine qu'hystérique. Son corps convulsa doucement contre le torse du jeune homme et des larmes recommencèrent à couler sur ses joues. Elle se renversa contre le mur, secouée par le fou rire irréel qui lui déchirait la gorge. Draco la contempla, stupéfait. Il s'était attendu à beaucoup de réaction, mais pas à « ça ».
Soudain, elle manqua de souffle et hoqueta d'une manière rauque. Sans réfléchir fondamentalement à ce qu'il faisait, il la gifla à nouveau en espérant la calmer. Son visage heurta assez sèchement le mur et elle cessa un instant, pour reprendre son souffle.
- Malfoy…articula-t-elle en l'observant à peine, avant de repartir dans un rire tout aussi dément.
Ses boucles brunes lui cascadaient devant le visage et sa gorge blanche se devinait sous sa robe maculée de sang. Désormais, ses lèvres pâles s'étiraient en un rictus hystérique simiesque d'où s'échappait un rire désespéré et fatigué qui devenait suraiguë tandis qu'il se mêlait aux sanglots rompus de la jeune femme. Son état était inquiétant. Sans se démonter, le jeune homme la secoua d'une poigne ferme :
- C'est pas bientôt finit cette comédie ? gronda-t-il d'un ton sans appel.
Elle frissonna sans cesser de rire.
Soudain, ses doigts se retrouvèrent prisonniers des mains larges qui l'attiraient. Les bras maintenus derrière le dos, elle fut immanquablement plaquée contre le torse du mangemort. La détresse lui fit fermer les yeux et son rire se bloqua instantanément dans sa gorge. Elle se débattit avec une fureur silencieuse et la main resserra sa pression tandis que l'autre se refermait plus froidement sur la nuque fragile.
Sans prévenir, des lèvres glacées se posèrent durement sur les siennes et forcèrent son mutisme paniqué. Pendant une seconde, il brisa la barrière de ses dents sans aucune douceur et frôla sa langue de la sienne. Avec un hurlement, elle se dégagea alors et le gifla à toute volée. A la deuxième tentative, il bloqua son poignet au vol et darda sur elle ses prunelles orageuses.
- Espèce de…
Draco sourit avec malice, en se ressaisissant.
- De… ?
Mais elle le repoussa loin d'elle avec un rictus dégoûté et se redressa en vacillant sur ses jambes.
- J'aurai dû te tuer quand j'en avais l'occasion…Je savais que tu finirais par nous échapper…
Espèce de traître…
- Ca tu l'as déjà dit, Granger…Tu manques cruellement d'imagination…
Elle vacilla et se rattrapa au mur. A travers ses boucles brunes, elle darda un regard accusateur sur le mangemort.
- Si tu as fais du mal à qui que ce soit, je jure que…
Il eut un petit sourire désabusé.
- Plutôt que de jurer, tu pourrais me remercier…je viens de te sauver la vie, Granger.
- Je ne remercierai jamais un mangemort, Malfoy…Tout ce que tu es me dégoûte…cracha-t-elle, les joues enflammées.
Qu'est-ce qui t'as permis de poser la main sur moi ?…
Il serra les dents et se releva en rabattant son capuchon sur son visage. Il ne souriait plus. La jeune femme recula d'un pas devant ses poings serrés et son air menaçant. En deux enjambées, il se rapprocha d'elle et la plaqua au mur.
- Le mangemort t'a quand même sauvé la vie, mon ange…gronda-t-il en serrant violemment ses poignets dans ses paumes larges. Ce serait dangereux de l'oublier…
Le visage de la jeune femme frôlait les bords de sa cape, à quelques centimètres du sien. Elle grimaça de douleur en s'arquant contre lui, tandis que les prunelles métalliques la déshabillaient avec froideur.
- Un jour, tu me supplieras de t'aimer, Granger… On se ressemble trop pour se détruire, c'est comme ça…que tu le veuilles ou non…murmura-t-il d'une voix plus rauque qu'il ne l'aurait souhaité.
Elle se mordit les lèvres et lui cracha au visage :
- Jamais…
oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
POV HermioneJ'ai simplement failli vomir tout ce que je n'ai pas mangé depuis un mois.
A la vue de ce spectacle d'une morbidité répugnante, je me suis effondrée contre le mur et les larmes que j'aurai voulu être capable de retenir coulent désormais sans la moindre retenu. Elle est là…Etendue dans une posture grotesque…Son visage est déjà gris, il a perdu l'expression éberluée qu'elle promenait dans tout le bloc. Cette expression qui exaspérait tout le monde, mais qui va pourtant foutument nous manquer. Une gamine…un orgueil de gosse sans expérience et une douceur incroyable. Je le hais…et par dessus tout, je me hais de lui avoir laissé la possibilité de faire ça.
Evy est morte. Abattue. Comme un gibier trop facile à coincer, parce que trop naïf…Il n'a pas dû lui laisser la moindre chance. Il se sera cacher pour l'attaquer par derrière et elle aura juste résister suffisamment pour qu'il ressente le plaisir de la chasse. Aucune pitié…Cet homme est un tueur.
Mes paumes frôlent à peine ses joues glacées…Les mèches de ses cheveux s'enroule autour de mes doigts. Déjà, je sens que j'ai à nouveau la nausée. La nausée de cette guerre qui n'en finit pas. La nausée de Draco Malfoy. La nausée du choix qu'il m'impose. J'aurai dû laisser cette porte fermée…J'aurai dû me précipiter dans les pattes de Snape. Lui avouer qu'il avait raison sur toute la ligne. Que je ne suis pas faite pour ça. Que les Gryffondors ont l'âme trop sensible. J'aurai dû le laisser me secouer un peu…J'ai besoin de lui en cet instant…Le constat me ferait presque rire si je ne savais pas par quoi nous sommes tous passés…
Snape…
Merlin.
Comment ai-je pu ne pas penser à ça plus tôt ? Un frisson d'effroi me parcourt la colonne et je me précipite hors de la cellule. Je remonte le couloir à toute vitesse. Cette brutale montée d'adrénaline me coupe le souffle. J'ai le sang qui cogne au niveau des tempes.
Je finis par m'effondrer en larme au milieu d'un couloir, le corps soulevé par des sanglots nauséeux. Pas Snape…Merlin fasse que j'ai tort…Je ne l'ai pas vu depuis que je suis revenu au BSDR…Je n'ai même pas pensé à prendre de ses nouvelles…et pourtant je savais que Malfoy était passé par là.
Mes mains tremblent et se crispent sur ma baguette…Je suis une irresponsable. Une incompétente notoire. Pourquoi ne lui ai-je pas parlé du QG de la Coalition ? Mater Malfoy par mes propres moyens…voilà la seule chose qui m'intéressait…Me voilà foutument bien avancée désormais…Si Snape n'est plus là, le bloc peut toujours tourner à l'envers, personne ne pourra y changer quoi que ce soit…
Je me mords violemment les joues. Pleurer ne m'avancera à rien.
Je suis une sorcière… Je dois avoir les moyens de trouver ce que je cherche. Et si je ne les ai pas, je dois me les donner, c'est ce qu'il m'a toujours dit.
- Acta corpora !
Ma baguette quitte mes mains et tourne lentement devant moi. Je sèche mes larmes du revers de ma manche. Mort ou vivant, je devrais pouvoir le trouver dans un périmètre de cinq cent mètres…Une lumière bleue émane alors du bout de ma baguette et s'éloigne dans les couloirs.
Un fol espoir…Snape est encore dans le bloc. Je m'élance sans tarder à sa recherche, à la suite de mon sort. Mes semelles martèlent le linot gondolant et je cours sans réaliser véritablement où mes pas me dirigent. Un couloir. Un autre. La cage d'escalier B. Un sas. Un autre couloir…
Je me fige…
J'ai dû pousser un cri malgré tous mes efforts pour le retenir. Son corps est étendu dans l'ombre…la tête contre le mur…En quelques pas, je suis à ses côtés, un nœud au ventre. Je passe ma main sous sa nuque et je l'attire vers moi.
- Sev…Sev réveille toi ! Merlin….
Le corps est lourd dans mes bras, sans réaction. Pas ça…Pas lui…Je le serre convulsivement contre moi…
Son souffle s'imprime faiblement contre ma joue.
Morgane soit loué…
Stupéfixié…Malfoy l'a stupéfixié. Des larmes de soulagement me coulent sur les joues et je serre le torse abattu contre moi…
- Enervatum…
Severus s'agite doucement entre mes bras. Les couleurs regagnent son visage fatigué et tiré et il porte une main à son front. Maintenant, je m'attends à un drame : des protestations, des explications… Au lieu de ça et sans me laisser le moindre répit, il bondit comme un beau diable :
- Magie sans baguette…Ces pourriture de mangemorts maîtrisent la magie sans baguette ! Je dois prévenir Mc Gonagall et Black…gronde-t-il avec une détermination stupéfiante pour quelqu'un que j'ai cru mort pendant quelques minutes.
Mes larmes s'arrêtent automatiquement de couler et je l'observe, stupide, qui se dirige à pas secs vers les escaliers. Parvenu au bout du couloir, il se retourne à peine et me lance un regard compatissant.
- Ne restez pas plantée là, Hermione…Edgecombe doit savoir qu'une de ses infirmières est décédée…me souffle-t-il d'une voix neutre.
Comment…
La platitude de la consigne me donne le tournis. J'acquiesce la gorge nouée tandis qu'un sentiment de malaise m'envahit à toute vitesse. Les larmes coulent à nouveau… Je ne les retiens plus. J'ai le ventre retourné…je tremble. Je crois que je vais vraiment vomir cette fois… En quelques pas, il se trouve à nouveau à mes côtés. Je le sens à peine. Il me soulève de terre et me prend le visage entre les mains :
- Si tu laisses tomber maintenant, Hermione, je ne pourrai rien faire…
Tu as fait le plus dur. C'était le baptême du feu…Alors, réagit !
J'écoute…vidée.
La voix est ferme. Pas doucereuse, ni larmoyante. Il a vu et connu mille fois pire. Non. Il fait ce qu'il ferait pour n'importe qui, dans n'importe quelle situation. Il me secoue…Je me retrouve pelotonner contre lui avant de comprendre. Je sanglote comme une gamine, le visage plongé dans sa chemise. Il me frictionne le dos avec brutalité, comme pour me réveiller, me réchauffer, et je m'abandonne entre ses paumes glacées.
- Tu verras pire, bien pire… Tu commences tout juste à apercevoir le sommet de l'iceberg et tu n'imagines même pas ce qui se passe en dessous…Je ne me fais pas de soucis, Hermione. Tu es forte…Et tu vas me prouver que j'ai raison : Tu vas te relever, arrêter de pleurer…et tu vas aller raconter à Edgecombe toute l'affaire…Moi, pendant ce temps, je vais aller botter les fesses de ce cher Potter pour qu'il n'oublie pas de rester réveiller au bout de sa baguette…
Est ce que cela vous semble suffisamment clair, Miss ?
J'acquiesce faiblement et il me sert plus fort contre lui. Ses pouces effleurent mes joues. Sans m'en rendre compte, j'arrête de pleurer. Le bloc, sans Severus Snape, ne serait qu'une grande galère sans fond. Un puits de massacres, prêt à foncer droit dans le mur…Il me repousse alors doucement et m'essuie vaguement les joues avant de reprendre d'un ton morgue :
- Souvenez vous que même le pire des mangemorts m'est un jour tombé dans les bras comme vous venez de le faire… Sachez voir l'homme sous la marque, Hermione…Et ce jour là, vous saurez prendre les décisions qu'il convient de prendre…
Mon visage se fait plus dur. Je ne veux pas qu'il me parle de Malfoy. Pas après ce qu'il a fait. Pas après qu'il l'ait stupéfixié… qu'il ait abattu Evy…
Je sais désormais quoi faire de mes informations…
Allez...Je suis pressée...Ah les vacances...Quinze mille choses à faire. Je vous fais confiance pour faire péter ma boîte de reviews bien sure.
Valete
Hecate-JO
