Lutto

La pluie, torrentielle, s'écrasait dans un vacarme sinistre, comme programmée pour cet instant précis. Les hommes en costumes noirs se tenaient alignés dans le cimetière, disciplinés et taciturnes. Au premier rang se tenait Tsuna, encadré de ses gardiens; à se droite, le regard dissimulé sous ses cheveux, se tenait Gokudera tandis qu'à sa gauche, le visage masqué par son chapeau qui pour une fois était dépourvu de son ruban jaune, se trouvait Reborn. Toute la famille Volonga était présente. À une exception près. Des rangs et des rangs de costumes de la couleur du deuil, saisissant contraste avec le linceul et le bouquet que tenait Tsuna entre ses mains.

Et tandis que tous baissaient la tête dans un silence monastique, quand tous faisaient preuve d'un maintien militaire et noble, resplendissant de la prestance de la mafia, quand tous exprimaient le respect du à un compagnon d'arme; Tsuna, lui, fit un pas en avant. Il s'agenouilla dans la boue, au pied du cercueil, son regard exprimant une tristesse infinie.

Le visage livide sous ses yeux n'était pas celui d'un compagnon d'arme.

Ces traits familiers n'étaient pas ceux d'un subordonné.

Ce corps appartenait à un ami, à un membre de sa famille.

Et là était toute la force du dixième chef des Volonga, là était l'essence même de Primo, ce sentiment puissant qui les liaient tous comme les doigts de la main, qui leur donnait force et puissance, cette responsabilité intense, ce tacite accord.

L'amitié.

Et Tsuna se fichait bien de se montrer digne de son rang, d'être un boss exemplaire. S'il voulait verser des larmes pour des amis, c'était son droit.

Reborn s'avança d'un pas sûr, posa une main rassurante sur l'épaule de son ancien élève. L'instant passa, s'étiolant dans les brumes du deuil, intenses, suffocantes. Reborn soupira, inclina la tête dans une révérence respectueuse teintée de regrets. Puis il aida Tsuna à se relever. Hocha la tête pour témoigner son approbation, sa fierté à son égard. Et en dépit de son regard perdu, Decimo rétorqua d'un souffle déterminé. Le bouquet de fleurs vint s'échouer doucement sur le cercueil déposé six pieds sous terre, désormais. Imitant leur chef, l'ensemble des Volonga s'inclinèrent, ultime salut à la mémoire de leur compagnon. Certains serraient les poings. Tous conservaient encore et toujours ce silence, témoignage de leur respect.

Ils avaient peut-être perdu un membre de la famille, mais ils étaient plus soudés que jamais. Tsuna était un chef dont on pouvait être fier. Et personne n'oserait dire le contraire.