Bonjour ! Désolée d'avoir mis du temps pour écrire ce nouveau chapitre.
J'ai des examens de repassage qui s'étalent du 16 au 25 août..
Mais bientôt, j'ai la paix !
Merci beaucoup pour vos reviews, je suis contente que ça vous plaise !
Bonne lecture !
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Oh la la. Je suis tout excitée ! Je sais que c'est bête, mais je n'y peux rien ! Je ne me contrôle pas.
Je suis dans une salle de classe vide, au septième étage. Une des classes que nous a assignées Dumbledore. Sur la porte, il y a un petit écriteau avec écrit « Tutorat Enchantements & Métamorphose ». J'ai rajouté « Par Loredana Lombardo » dans le bas. Hé ! Hé ! J'aurais peut-être du mettre « Mademoiselle Loredana Lombardo ». Ou même « Mademoiselle Lombardo » tout court. Peut-être même « Professeur assistant Lombardo ». Non, Loredana Lombardo, c'est bien.
J'ai un groupe de cinq élèves de 1ère aujourd'hui. Je leur donne une heure d'Enchantements. Cinq Gallions, comme ça, d'un coup !
Je n'imaginais pas que tant d'élèves puissent avoir des difficultés. Je veux dire, pour moi, les Enchantements et la Métamorphose, ça a toujours été si facile ! Bon, c'est vrai, j'ai de grandes difficultés dans d'autres domaines mais, à vrai dire, jusqu'à présent, je me suis toujours bien débrouillée sans avoir à beaucoup m'appliquer. Je n'ai jamais fait de flammes, mais j'ai toujours eu une excellente moyenne. D'ailleurs, si je m'étais appliquée, j'aurais pu être la deuxième ou la troisième de ma promotion, j'en suis sûre. Peut-être même la première de mon année, toutes Maisons confondues ! Mais ce n'est pas mon but. Je veux la paix et de bonnes notes. Ça a marché jusqu'à présent, et c'est pour ça que je me permets un peu de me la couler douce cette année.
Je vérifie une dernière fois mes cheveux en les touchant du bout des doigts. J'ai fait une queue de cheval assez basse, enroulée par une mèche laissée libre. Ma frange légère chatouille le rebord de mes lunettes Gucci, que je ne porte quasiment jamais car je mets des lentilles magiques qui tiennent un mois, mais ici, je veux faire sérieuse. C'est parfait ! Je rassemble mes notes et m'éclaircis la gorge. Bon, allez, pas de stress, ce ne sont qu'une bande de 1ères. Trois Poufsouffles et deux Serdaigles qui veulent faire du zèle, je pense.
Je jette un énième regard à ma montre. Je sais que je suis à l'avance, mais c'est si excitant de jouer à l'enseignante ! Bon, il va de soi que c'est parce que c'est du niveau de première année. À l'évidence, je serais beaucoup plus stressée si je devais donner des leçons à un groupe de mon âge.
J'entends du bruit dans le couloir. Ha ! les voilà. Trois petites têtes brunes, deux garçons et une fille.
-Bonjour ! je fais avec un grand sourire.
-Bonjour, répond un des garçons d'une voix timide. C'est bien ici, pour le cours de soutien d'Enchantements ?
-Mais oui, je réponds avec un petit rire.
« C'est écrit sur la porte ! » ai-je envie de dire, mais je me retiens.
-Bon, il ne manque plus que les deux Serdaigles. Elles ne devraient pas tarder. Mais installez-vous, en attendant.
Je leur souris pour les mettre à l'aise. Comme ils semblent stressés ! Je sors une petite fiche d'un paquet soigneusement rangé qui est posé devant moi. Alors… « Thomas Millet, Judith Granger et Adam Delahaye » pour les Poufsouffles. « Kate Stinson et Laura Harper » pour les Serdaigles. Et je dois leur apprendre à maîtriser… Ha ! Parfait. Un sort de base. Alohomora.
Les deux filles de Serdaigle arrivent à leur tour. Je me présente, je demande qui est qui, et j'emploie un petit topo théorique pour résumer le sort.
Ils m'écoutent avec une grande attention, buvant mes paroles, prenant des notes comme si leur vie en dépendait. C'est génial ! Je devrais peut-être faire prof. J'adore ce boulot !
Quarante minutes plus tard, cependant, quand nous sommes passés à la pratique, je suis moins enthousiaste.
-Désolé, me dit Thomas embarrassé.
Je lui jette un regard noir, m'apprêtant à dire « Tu peux bien être désolé, crétin ! », quand je me reprends. Je lui fais un large sourire.
-Tu n'as pas à être désolé, voyons ! ca arrive à tout le monde.
Bon. Je me demande quand même à combien de personnes c'est déjà arrivé de se retrouver enfermé dans un local sans plus parvenir à ouvrir la porte à cause d'un « Alohomora » mal prononcé. Je ne sais pas ce qu'il a fichu. J'ai beau moi-même essayer de rouvrir la porte, ça ne marche pas. On est coincés !
-Peut-être qu'en essayant de le reprononcer comme lui l'a dit… suggère Laura.
-Essayer, je ne fais que ça ! je grommelle avec humeur.
Je me damnerais pour une cigarette. Je ne fume pas, pourtant. Ou rarement. En soirée ou dès que j'ai bu un verre. Parfois, avec Giussy, l'an passé, on se faisait des soirées dans une tour déserte avec les filles de Gryffondor et on vidait des litres de vodkas, bon, là, j'avoue, je fumais bien un paquet à moi toute seule. Mais ça, ça ne compte pas. Je fume, quoi, maximum, cinq cigarettes par semaine. Dix tout au plus. Disons quinze les mauvaises semaines.
Mais là, j'ai vraiment envie de m'en griller une.
-Bon, pas de panique, dis-je en me massant les tempes.
J'avoue que je panique un peu, quand même. Nom d'un chien ! Thomas a été le deuxième à essayer le sort. La première fois, pour Kate, tout s'est bien passé, nickel. Puis, lui… Je ne sais pas ce qu'il a fait. Pourtant, mon Collaporta n'était pas fort !
-Reprenons. Alohomora ! je lance.
Rien. J'essaie de réfléchir à toute vitesse. Je ne peux pas quand même rester enfermée ici pour toujours avec une bande de gosses de onze ans qui ne vont pas tarder à se mettre à chialer !
-On va essayer tous ensemble. Prêts ? Un, deux, trois !
A trois, nous lançons le sort. J'ai un bref sursaut d'espoir mais non, rien. Mon Dieu, quelle mauvaise prof je fais ! Je veux une clope.
-Désolé ! répète Thomas.
-Il n'y a pas de mal ! je dis sur un ton automatique. On va finir par trouver une solution. Réfléchissez avec moi.
-Peut-être… commence timidement Kate.
-Oui ? je l'encourage.
-J'ai lu dans un livre de sorts simples que, parfois, il faut deux personnes pour réussir à ouvrir une porte. Il faut que chacune des deux se mette d'un côté, et lance le sort ensemble.
Je tente de garder mon calme et me force à sourire.
-L'ennui, tu vois, c'est que nous sommes tous coincés ici. Et que personne ne passe par ce couloir.
-On ne sait jamais, intervient Adam. On peut essayer d'appeler.
Ce garçon m'énerve dès le début avec son optimisme. Mais bon, je suppose qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à faire.
Je pointe ma baguette sur ma gorge et murmure « Sonorus ». A cette intensité, ma voix sera comme si je criais, mais je n'aurai pas à m'époumoner.
Nous nous mettons à appeler en frappant sur la porte. Mais évidemment, pendant dix minutes, personne.
Alors que j'envisageais la possibilité de faire exploser la porte, une voix nous parvient de l'autre côté de la porte. Alleluia.
-Y a quelqu'un ?
Je redonne à ma voix sa hauteur normale et j'explique calmement la situation. Je garde un ton digne mais j'ai les joues cuisantes. Quelle humiliation !
-Alors, qui que tu sois, euh… Pourrais-tu faire un Alohomora en même temps que moi ?
-Pas de souci, répond le garçon de l'autre côté de la porte. À trois. Un… Deux… Trois !
Nous lançons le sort et l'espace d'un horrible instant, j'ai l'impression que rien ne va se produire, qu'on est destinés à rester coincés ici pour toujours. Dumbledore devra venir nous ouvrir lui-même avec toute sa force, tous les profs devront s'y mettre en même temps, ça fera un attroupement, et j'aurai l'humiliation de ma vie. La Serdaigle qui est censée donner des cours qui ne sait même pas expliquer un Alohomora.
Sans compter que ça peut prendre du temps, et j'ai une furieuse envie de faire pipi.
Mais, miraculeusement, j'entends un son merveilleux, un petit « Clic ! », et la porte s'ouvre. Hourra ! Hourra ! J'ai envie de danser sur place.
-Merci, dis-je au garçon qui nous a aidés.
Mes yeux tombent dessus et je rougis. Il s'agit de Remus Lupin. Il me fixe de son regard indéchiffrable. Oh, non, non, non ! Et s'il se moquait de moi ? Bon, du calme, il ne me connaît même pas. Il n'a jamais fait attention à moi, en classe.
-Tu es Loredana Lombardo ?
-Euh, oui, co… comment le sais-tu ? je balbutie, gênée.
-C'est écrit sur la porte, il sourit.
D'office ! Quelle idiote je suis !
-Et on est en étude des runes ensemble.
-Ha, oui, juste…
Ha bon ? Pour être tout à fait honnête, je n'ai jamais fait attention aux autres élèves en cours d'étude des runes. Je suis trop occupée à faire semblant de travailler. Mais c'est vrai, je me rappelle soudain. Au début de la cinquième année, on avait du faire un travail, ensemble. Comme il sait que je suis la fille d'un professeur universitaire en runes, je ne voulais pas qu'il voit à quelle point je suis nulle, alors j'avais fait la majorité du travail toute seule – ça m'a pris trois jours et trois putains de nuits – et je l'avais appris par cœur puis quand on a fait l'exercice à deux, j'ai fait semblant que je venais de trouver les réponses.
-Bon, je dois y aller, mais faites attention, maintenant !
-Oui, euh… bien sûr.
Je rougis comme une idiote. Son regard me scrute une dernière fois – j'ai l'impression qu'il sait que je joue un rôle, que je ne suis pas une Serdaigle sérieuse et travailleuse, et que tout ceci n'est qu'une mascarade – puis, avec un curieux sourire amusé, il s'éloigne.
J'entends Kate et Laura glousser. Je me retourne et je vois qu'elles sont toutes rouges et avec les yeux brillants.
-Waw, il est super beau, commente Laura – et son amie acquiesce.
-Plus que ça, même, intervient Judith, dans le même état.
-Allons, les filles ! je ris. Il est bien trop vieux pour vous !
-L'amour n'a pas d'âge, dit d'un ton docte Judith, et les deux Serdaigles hochent vigoureusement la tête.
Ça par exemple ! J'ai envie de rire. Puis je me rappelle qu'en première, j'étais amoureuse aussi d'un garçon de 7ème, Lucas. Il était à Serdaigle, il était beau, gentil, drôle et intelligent. Le jour où il m'a aidée à ramasser mes parchemins qui étaient tombés de mon sac, et qu'il m'a souri en me demandant mon prénom, a été pendant longtemps le plus beau jour de ma vie.
Disons, jusqu'au jour où, un mois plus tard, ShadOws, l'équivalent magique du TopShop ou du H&M moldus, a fait des soldes allant jusqu'à moins 70 % et que j'ai trouvé ce magnifique top de satin violet foncé, avec de petites broderies sur le devant, à deux Gallions au lieu de dix.
Je souris en me le rappelant. Dommage que peu après, ma poitrine se soit mise à gonfler. Je n'ai pas pu le mettre longtemps.
-Bon ! je dis en revenant sur Terre. L'heure est passée. Mais comme tout le monde n'a pas fait son exercice, on va vite le faire. Mais cette fois, on reste à l'extérieur, et on récupère toutes nos affaires avant, je préviens sur un ton enjoué.
Mais prends-le comme un avertissement, Thomas.
-Arrête de rire, Giu ! je fais en tirant une taffe sur ma cigarette. J'ai cru que j'allais me faire virer.
-Oh… je ne… imagine… vous… Ha ! Ha ! Ha !
Depuis que je lui ai raconté l'évènement, dans une Tour d'Astronomie où nous avons été nous griller quelques clopes, Giussy n'arrive plus à se reprendre. Quand je lui explique que j'ai songé d'ailleurs un moment à prendre Thomas comme bélier pour enfoncer la porte, j'ai cru qu'elle allait se faire pipi dessus ou s'étouffer ou les deux. Son rire communicatif me gagne. J'éclate de rire avec elle.
Quand nous parvenons finalement à nous reprendre, elle me demande, d'une voix encore étranglée d'avoir tant ri :
-Il a dit quoi, Jane ?
Elle a tout de suite adopté le nouveau surnom que j'ai donné à Jordan pour me venger de son « Donna ». Et aussi parce qu'il l'appelle toujours « Zilla », pour « Giusella », son vrai prénom, ce qui ne lui plaît pas des masses.
-Il a été choqué. Tu aurais vu sa tête ! Mais j'ai réussi à le convaincre que ce n'était pas ma faute. C'est vrai, après tout, comment j'aurais pu prévoir qu'un petit crétin de première parviendrait à nous enfermer tous les six !
-Et le beau chevalier vint à la rescousse, dit-elle d'un ton rêveur en tirant une longue bouffée de cigarette.
Giussy fait partie du « Clan Remus ». Elle est persuadée qu'un mystère se cache derrière le sourire en coin et le regard profond du jeune homme. Moi, je pense que ce sont des airs qu'il se donne. Je suis plus « Clan Sirius », si vous voulez tout savoir –avant, j'étais « Clan James » mais il sort avec Lily, alors…
-N'importe quoi. Le garçon paumé dans un couloir vint à la rescousse des six encore plus paumés à l'intérieur.
-Hey ! me dit-elle avec une petite tape. Laisse-moi rêver.
Je ris doucement. En ce moment, Giussy sort avec un garçon très mignon de 6ème comme elle à Gryffondor, mais ça ne l'empêche pas de regarder les autres. Elle a de la chance d'avoir un copain. Moi, j'ai rompu avec le mien cet été, et depuis, nada. Quelques petites histoires sans lendemain avec des copains de copains, le tout de quelques soirées, mais depuis quatre mois, le néant total ! Pfff !
J'écrase ma clope et je me lève.
-Bon, on ferait mieux d'aller nous coucher. Je dois me lever super tôt, demain. Puis cette séance d'invisibilité m'a crevée.
-Ouais, moi aussi, dit-elle en se levant. Mais bon, on y est presque maintenant, c'est ce qui compte, non ?
-Oui ! Il suffit de réussir à tenir plus d'une minute sans être trop mortes après.
D'un coup de baguette, je fais disparaître les mégots et les cendres.
Arrivée dans mon dortoir, je m'écroule dans mon lit. On pourrait penser que je vais m'endormir directement, vu mon état de fatigue. Mais quelque chose me turlupine. Je ne sais pas quoi. Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus… J'ai bien caché mes magazines sous mon matelas ? Bon, oui, ça, c'est fait. Merde ! J'ai oublié de souhaiter bon anniversaire à maman ! On est le combien ? Ha, non, ce n'est pas avant deux semaines et demie. Bon… Mais quoi, alors ?
Soudain, je me dresse dans mon lit, droite comme un i. Bon sang ! Mais c'est bien sûr ! Ce fichu devoir d'études des runes. Je l'ai laissé traîner, persuadée que j'avais encore du temps devant moi et…
Je me faufile sans bruit jusqu'à mon bureau, celui qui se trouve dans une petite alcôve. (J'ai dû me battre becs et ongles pour l'avoir. À la droite, il y a une fenêtre qui donne sur le terrain de Quidditch alors, quand j'en ai assez d'étudier, je regarde les beaux garçons s'entraîner.) Doucement, je murmure « Lumos » et je sors mon agenda scolaire. Le marque-page est encore laissé à la date où je l'ai consulté pour la dernière fois, à savoir neuf jours plus tôt.
Mon cœur bat à tout rompre tandis que je tourne les pages pour arriver à celle qui m'intéresse. Pitié, Merlin, faites que ce soit la semaine prochaine et pas demain… Faites que ce soit la semaine proch…
J'ai l'impression que mon cœur se glace.
Foutu Merlin.
Café.
C'est la seule chose à laquelle je suis capable de penser, ce matin. J'ai dû dormir à tout casser une heure sur ma nuit, même pas.
Je me suis levée en catimini et je me suis installée à la table basse devant la cheminée. À la lueur de quelques bougies, j'ai bossé toute la nuit sur ce fichu devoir d'étude des runes, mais je ne pense pas que ce que j'ai écrit soit très convaincant. Ça ne veut même strictement rien dire, pour ne rien vous cacher.
Je me plonge dans mon troisième bol de café en retenant un bâillement. J'ai presque les larmes aux yeux tellement je suis dégoûtée. Franchement, trois petits jours en plus et j'aurais rendu un devoir parfait. Mais qu'est-ce que j'ai bien pu foutre ? Tu es trop conne, Loredana ! Ha, ça, pour batifoler, penser aux chaussures et à ce que tu vas faire quand tu auras quitté Poudlard, tu es forte. Encore faut-il que tu quittes Poudlard. Parce que quand il s'agit du monde réel, et de tes vraies responsabilités…
Brusquement, je repose mon bol, encore à moitié rempli de liquide fumant. Je suis très en colère contre moi. Je ne peux pas rendre ce devoir. Il est nul. Il est… C'est le pire devoir de toute ma vie. Papa va être terriblement déçu.
Je me force à cligner plusieurs fois des paupières pour m'empêcher de pleurer. Autour de moi, les gens qui ont étude des runes se préparent déjà à partir. Moi, je n'arrive pas à bouger. Je suis comme scotchée à ma chaise.
Et si j'allais à l'infirmerie me faire porter pâle ? De toute façon, vu mon teint cireux et mes cernes, je n'aurais aucun mal à convaincre l'infirmière. Je n'ai qu'à invoquer des règles douloureuses…
-Tu ne vas pas en cours, Lola ? me demande Giussy en se laissant lourdement tomber à côté de moi.
Elle est fraîche comme une rose, elle. Ses cheveux noirs ondulent impeccablement, ses cils de biche sont rehaussés d'un discret coup de mascara, elle a un fin trait d'eye liner pour donner encore plus de profondeur à ses magnifiques yeux noirs et ses sourcils sont parfaitement dessinés au crayon foncé.
Moi, j'ai essayé de me lancer un sort pour faire disparaître les cernes. J'étais tellement fatiguée que je me suis totalement loupée. À la place, on dirait que je vais mourir dans l'instant. En plus, je vais me taper une sale note pour mon devoir d'études des runes et je vais décevoir mon père.
Et pour couronner le tout, j'ai senti que la talonnette de mon escarpin gauche était pétée.
Mon menton tremblote. Je sens que je vais pleurer.
-Lola ? s'inquiète Giussy. Ça ne va pas ?
-Oh, Giusella, je suis une idiote ! je m'écrie en éclatant presque en sanglots. J'ai complètement zappé mon devoir d'études des runes alors je l'ai fait à la va-vite cette nuit. Il est très important pour notre évaluation, pour voir où on en est et si on a besoin d'être redirigé vers des cours de soutien avant les Aspics. Je suis totalement fichue.
Giussy me regarde, la bouche entrouverte.
-Mais… pourquoi ? réussit-elle à me demander.
Oh, c'est si facile, pour elle, me dis-je, sentant une bouffée de colère. Elle est tellement parfaite, qu'elle arrive à jongler parfaitement entre travail scolaire et loisirs personnels.
Je rougis. Je n'en reviens pas que j'ai pensé ça d'elle, alors que tout est de ma faute ! Je me recompose un visage que j'espère le plus calme possible, et je lui explique :
-J'ai…
Impossible de lui dire la vérité – que je suis d'une flemme sans pareille. Elle doit déjà s'en douter m'entendre le lui confirmer n'est pas pareil cependant.
-J'ai…
Elle me regarde, inquiète. Je ne mérite pas une amie comme elle.
-J'ai eu des règles douloureuses, je finis par lui dire, misérable. Et avant ça, j'ai été très occupée… Tu sais, l'année des Aspics… Les devoirs pleuvent… Je pensais que c'était la semaine prochaine…
-Va expliquer ça à la prof, me dit-elle d'un ton confiant en haussant les sourcils. Je suis sûre qu'elle comprendra.
J'ai un petit rire nerveux.
-Mme Kennebec ? Comprendre ? Ca se voit que tu ne l'as pas. Je vais plutôt aller à l'infirmerie, dire que je suis malade.
-Non ! me fait-elle sévèrement. Faire l'autruche ne servira à rien. Tu dois affronter tes responsabilités.
Mon Dieu, mais où est passée la gentille Giussy qui disserte avec moi pendant des heures de la meilleure ombre à paupière à appliquer pour faire ressortir le vert de mes yeux ? Je l'admire, là. Je comprends tout à fait pourquoi elle a sa place à Serdaigle – et c'est un compliment. Elle est plus jeune que moi, mais déjà si mature…
-D'accord, je fais dans un souffle. J'y vais.
La mort dans l'âme, je m'empare de mon sac et sors de la Grande Salle.
Mais… je ne peux me résoudre à aller jusque la salle de cours.
Pourtant, telle est mon intention, je le jure ! Mais mes pieds semblent ne plus m'obéir. Alors que je suis censée tourner à gauche, je bifurque à droite pour rejoindre l'aile de l'infirmerie.
-Lorena ! j'entends soudain.
Je continue ma route sans m'arrêter. Lorena… C'est joli. Je vais demander à ce qu'on m'appelle comme ça maintenant, au lieu de Loredana. Cette syllabe en plus gâche l'ensemble.
-Loretta !
Ha non, ça c'est moche, me dis-je en fronçant les sourcils.
-Laurelina !
Mais qui est ce garçon, et qui appelle-t-il ? Intriguée, je me retourne – je n'ai pas grand-chose à faire de la matinée, sinon aller me faire plaindre à l'infirmerie, retourner sous la couette et me maudire de ma lâcheté.
Oh bon sang. C'est Remus Lupin. C'est moi qu'il appelle ? Qu'est-ce qu'il me veut ?
-C'est à moi que tu t'adresses ? je demande bêtement, bien que nous soyons seuls dans le couloir.
-Oui ! dit-il en riant. Désolé, j'ai oublié ton prénom, pardonne-moi.
-Loredana, je rappelle avec un sourire forcé.
Quoi, quatre syllabes, c'est la mer à boire ? Ca fait sept ans que nous nous côtoyons plusieurs fois par semaine pour les cours, bon sang. Et il m'a encore vue hier !
-Ha ! Loredana. Pourtant, je l'ai dit la première fois mais tu n'as pas réagi.
-Oh, je… - je me sens rougir – j'étais perdue dans mes pensées.
-Je vois ça. Ce n'est pas par là, la classe d'études des runes.
Il me fait un petit sourire gentil. J'ai envie de vomir.
-Je sais, mais euh… Je… J'allais à l'infirmerie.
-A l'infirmerie ?
-Oui. Je ne me sens pas bien. Règles douloureuses, j'ajoute en recouvrant tout mon aplomb.
Les garçons ne peuvent pas protester contre la pertinence de cet argument.
-Mais…
Les garçons ne peuvent pas protester. Je lui lance un regard noir. Il n'en a cure.
-C'est aujourd'hui qu'on doit rendre le devoir, tu sais ? Il est prévu depuis la rentrée.
-Je sais… Ca tombe vraiment mal, je grimace, hypocrite. Mais je ne suis vraiment, vraiment pas bien.
Ce qui est vrai. Je me sens stupide. Je vais avoir zéro, et je serai la risée de tous. Une Serdaigle en échec ! Je dois être la première de l'histoire de Poudlard.
-Bon, ben, si tu veux, je peux le rendre pour toi ? Kennebec a dit qu'elle n'acceptait pas les délais, même si on est à l'article de la mort, il fait, dans une imitation plutôt réussi de la voix aigre et méchante de la prof.
-Euh… je…
Zut ! Et s'il le lisait en chemin ?
-Je… Non, tu as raison. Je pense que je vais faire un petit effort, et venir au cours. Après tout… C'est très important, j'ajoute avec l'air de celle qui souffre le martyre, mais qui est courageuse. C'est crucial pour ma scolarité.
-Tu es sûre ? Parce que si tu es si mal que ça…
Il me regarde d'un air amusé. Bon sang ! Je croise ses pupilles dorées et je sais qu'il est au courant que j'essayais juste de me défiler. Je ne peux pas vous dire comment, mais il le sait. Il le sent en moi.
-Non, ça ira, dis-je avec un sourire résigné. Allons-y, ne soyons pas en retard.
Je lui emboîte le pas et nous marchons dans un silence de mort. Je me fais l'impression d'une suppliciée qu'on conduit au bûcher. Mon Dieu, s'il vous plaît, Merlin, Zeus, Thor, qui vous voulez… Il me faut un miracle.
Alors que j'envisage de m'enfuir en courant, Remus s'adresse soudain à moi.
-Au fait… Vos cours de tutorat, vous le faites jusqu'à quelle année ? il demande.
-Septième, dis-je, réfléchissant à la meilleure façon de m'en tirer.
-Donc si un élève de septième a besoin d'un cours, il peut s'inscrire ?
-Oui.
-Et à qui je peux m'adresser ?
-Jordan Pallern. Ou alors je peux faire passer un message.
-Je pense que tu es la plus à même de me répondre. C'est toi qui t'occupes des sorts et enchantements, hein ?
-Et de la métamorphose, je réponds d'un air absent.
-D'accord. Et bien j'aimerais m'inscrire pour un rattrapage en Enchantements. J'ai été souffrant… ces derniers temps… - il s'interrompt, soucieux, puis reprend l'air de rien - … et malheureusement, Pete n'y comprend rien, et James & Sirius comprennent mais ne savent pas expliquer. Tu dois être la seule capable de m'aider je pense.
-Pas de souci. Je te ferai passer le planning.
-Merci beaucoup.
-Pas de quoi. (Zut, j'aurais dû dire « Je ne fais que mon devoir ».)
Soudain, ce qu'il vient de me dire me frappe. Quoi ? MOI, lui donner un cours de rattrapage en Enchantements ? Mais… Je n'ai pas écouté un seul cours depuis le début de l'année. Pas un seul ! Je me suis contentée d'acheter une Plume à Papote, que j'ai discrètement glissée sous mon banc, et je dessinais en faisant semblant de prendre des notes le reste du temps.
-Ca va bien m'aider, il reprend. J'ai accumulé beaucoup de retard ces temps-ci. Je ne sais pas comment j'ai fait mon compte. J'ai manqué plein de cours… Mais la dernière fois, je t'ai vue réussir à la perfection ton sort de Brûlepourpoint.
-Ha oui ? je fais, mal à l'aise.
-Tu plaisantes ? Tu es la seule à l'avoir réussi du premier coup. Ça a fait le tour de l'école.
-N'exagérons rien, je dis avec modestie.
Oui, je m'en souviens maintenant. C'était un sort pour allumer un feu à partir d'un caillou. On transforme le caillou en bois et il se met à brûler. C'est vrai que j'ai produit mon petit effet. Je ne suis pas si nulle.
(Ne le dites à personne. Si j'ai réussi, c'est parce que je devais éternuer juste au moment où j'ai prononcé le sort. Alors ma baguette a fait un faux-mouvement – et c'était exactement ce que je devais faire. Après, j'ai prétexté que j'étais lessivée pour ne plus avoir à le refaire, car le prof a dit que ça prenait beaucoup d'énergie. La vérité, c'est que je n'ai plus jamais été capable de le refaire depuis. Pas que j'ai essayé très fort, non plus, mais tout de même.)
Nous arrivons devant la classe. Je croise les doigts. Faites qu'elle ne soit pas là, faites qu'elle ne soit pas là…
Je me glisse près de Kevin à un banc. Bon, il est lourd, mais il me souffle toujours les réponses. Il a l'air surexcité. Je décide de l'ignorer – je ne suis pas d'humeur, j'ai mes propres problèmes. Mais ma curiosité l'emporte.
-Ca va, Kev ? je demande.
-Je suis soulagé, me dit-il. Il paraît que la prof a fait passer le mot hier à un élève de Gryffondor qu'elle a croisé dans un couloir. Évidemment, on ne l'a su qu'aujourd'hui parce qu'ils ne nous tiennent jamais au courant. Bande de…
De quoi il parle ? Mon Dieu, faites qu'il n'y ait pas eu un de ces changements de dernière minute dont elle a le secret – et si on devait rajouter quinze centimètres de parchemin ?
-Je ne te suis pas, je fais.
-Ha ? Pourtant tu es entrée avec Lupin. Il doit être au courant. Il ne t'a rien dit ?
-Dit quoi ? je m'énerve.
-Aujourd'hui, il y a un prof stagiaire qui va donner cours à sa place. Du coup, on a le droit à un délai supplémentaire d'une semaine, pour le devoir. Bon, il y a dix centimètres de parchemin à faire en plus avec ce qu'il raconte, mais…
Je ne l'écoute déjà plus. Je suis tellement soulagée que je manque de m'évanouir, de pleurer et de faire pipi dans ma culotte à la fois. Je me contente d'en tomber de ma chaise.
-Ca va, Loredane ?
-Euh… Oui, oui, je fais en me relevant.
-Si la chaise ne te semble pas assez confortable, tu peux toujours me grimper sur les genoux, me fait-il avec un regard aguicheur.
Je suis tellement soulagée que je ne relève même pas. C'est un véritable miracle. Un miracle de Noël. Sauf qu'on n'est pas à Noël. Un miracle de mi-octobre, alors, euh… Euh…
Je prends alors conscience d'une chose. Le salaud ! Il le savait ! Et il savait aussi que je n'avais pas fait ce foutu devoir ! Et il m'a laissée paniquer !
Je me retourne et lance un regard noir à Lupin, en plein conversation avec Jane. (Ha ! Ha ! Jane ! Même en colère, ça me fait rire de l'appeler ainsi. Il détesterait, s'il savait.) Se sentant fixé, il tourne ses yeux dorés vers moi et me fait un sourire d'une innocence angélique. Je fulmine. Grr !
-C'est arrangé, me dit-il aimablement, comme si de rien n'était. Jordan a regardé le planning. Nous avons rendez-vous samedi à seize heures.
Je m'apprête à répondre quelque chose de très grossier quand Kennebec entre dans la classe avec le prof stagiaire. Je me retourne vers eux et j'ai comme un choc – et je ne suis apparemment pas la seule.
Merlin. Comme il est beau. Je veux l'épouser !
