Voici donc le troisième chapitre, après le désastre de Fury. Je m'en excuse, d'ailleurs, mais Nick Fury est vraiment une énigme pour moi. J'espère que celui-ci rattrapera un peu la chose.
Pour répondre à la review de Guest, il y a une suite (que voici). Au total, il y aura 7 chapitres, ils sont tous rédigés et prêts et comme je l'ai annoncé en note dans le premier chapitre, j'en poste un par semaine (donc on est au chapitre 3, il y en aura encore pour un bon mois avant la conclusion).
La musique du bar l'assourdit sitôt qu'il eut ouvert la porte. C'était un air de vieux jazz qui se répercutait contre les murs, tout ce qu'il était capable d'apprécier en réalité mais ça avait été si soudain qu'Andrew n'avait pu s'empêcher de s'arrêter sur le palier quelques secondes. Le temps à ses tympans de s'habituer au volume sonore avant qu'il n'aperçoive la table où se trouvaient son épouse et leurs amis. Il s'y dirigea d'un pas assuré, commandant au passage auprès du barman et se glissa sur la banquette à côté de Melinda qui lui adressa un large sourire. Chastement, il déposa un baiser sur ses lèvres sous les regards qu'il sentait gênés de Coulson, de Hill et d'un autre homme dont il ignorait le nom.
— J'espère que je n'interromps rien ?
— On était juste en train de faire le point sur nos dernières missions respectives.
— Et sur celles à venir, compléta Coulson avec un regard qui, Andrew le savait, était censé en dire long mais ne lui en disait en vérité pas tant que ça.
Comme il travaillait en tant que consultant pour le SHIELD, il était habilité à être mis dans la confidence pour certaines missions. Et si Melinda ne s'en privait que rarement – bien qu'elle restât toujours vague quand la mission dépassait son niveau de sécurité – il n'en était pas toujours de même pour le reste de ses collègues. Il ne s'en était jamais offusqué il était psychiatre, il savait que le premier réflexe d'autrui était de se méfier de lui.
— Ne vous inquiétez pas, Coulson a promis de ramener May en un seul morceau.
— Je croyais que c'était plutôt à elle de s'assurer à ce qu'il rentre en un seul morceau ?
— Et c'est le cas.
Coulson acquiesçait la tête vivement, son large sourire poli et parfois agaçant flottant sur ses lèvres tandis qu'il confirmait les propos de sa partenaire. Même s'il n'avait rejoint le SHIELD que depuis récemment – quelques mois, à peine, avant la cérémonie de son mariage avec Melinda qui datait d'il y avait à peine deux mois – Andrew avait conscience des capacités de son épouse. Et de celle de Coulson. Il était le cerveau, elle était les muscles. Ce qui n'avait rien d'étonnant, pour peu qu'on ait passé plus de trois heures en leur compagnie à tous les deux. Phil était sympathique, bavard souvent et se laissait parfois emporter par ses propres récits de missions passées tandis que Melinda était bien plus silencieuse, plus posée, même si elle n'hésitait pas à le relayer de temps à autre pour laisser un commentaire sarcastique lui échapper. Souvent pour se moquer, gentiment toutefois, de Phil.
— En même temps, Phil, loin de moi l'idée de te ridiculiser, mais le jour où te feras le poids contre May… Il y aura de quoi s'inquiéter.
Andrew laissa échapper un rire en même temps que le reste de la tablée.
— Excusez-moi, je ne crois pas que nous ayons été présentés… ?
— Oh, oui. Felix Blake. Pas besoin de vous présenter, Andrew Garner, celui qui rend l'agent May encore plus déterminée à botter le cul des méchants.
— Felix a bossé avec Phil pendant un certain temps avant que Fury se rende compte que je faisais un meilleur job pour tirer son agent cadet des ennuis où il a pour habitude de se glisser.
— Je ferai mine de n'avoir rien entendu, laissa échapper le concerné.
— Oh voyons Phil, tu as déjà oublié cette mission à Porto ?
Le psychiatre tourna la tête en direction de Maria qui venait de s'exprimer, le verre déjà levé à mi-chemin entre la table et sa bouche, visiblement prête à se désaltérer avant de se lancer dans le récit de la fameuse mission. Comme Coulson n'était pas en mesure de lancer des arguments pour l'en empêcher, elle débuta, racontant les détails du rapport de mission qu'elle semblait connaître par cœur, parfois relayée par Felix qui avait, semblait-il, participé à ladite mission tandis que Melinda lui attrapait la main sous la table et lui serrait les doigts tendrement. Andrew détourna son attention du trio d'agents assis sur la banque d'en-face pour échanger un regard avec celle qui partageait sa vie, contente de la voir sourire aussi largement. Le récit de Porto s'était terminé mais Blake enchaînait d'ores et déjà avec une autre mission où Coulson s'était fait remarquer, cette fois-ci dans un pays d'Europe de l'Est et à en juger par la façon qu'avait Melinda de fixé Coulson, elle n'était pas au courant de cette histoire-là. Celui-ci paraissait amusé, quoique légèrement embarrassé.
— Ok, ok, je crois que le Docteur Garner a largement compris maintenant. Et puis… Ce n'est pas comme si j'étais le seul…
Coulson lançait un regard entendu à Melinda qui, aussitôt, secoua la tête.
— N'essaie même pas, Phil.
Le sourire qu'il lui offrit en retour indiqua qu'il prenait sa chance. Andrew n'écoutait que d'une oreille. Lors de ses premiers rendez-vous avec Melinda, il avait su qu'il y avait quelque chose qu'elle ne lui disait pas, mais il s'était révélé incapable de mettre le doigt dessus. Ça n'avait été que lorsqu'elle avait enfin daigné le présenter à ses amis – et collègues pour la grosse majorité – qu'il avait compris. Ce n'était pas son métier ultra confidentiel qui aurait pu le freiner dans cette relation. C'était la présence de Coulson dans sa vie. Bien sûr, il avait essayé de rester rationnel ils s'étaient connus très tôt dans leurs vies grâce à l'Académie et ils avaient traversé des épreuves ensemble que seuls des compagnons d'arme auraient pu comprendre. Il s'était répété qu'il ne pouvait pas se montrer jaloux s'il n'était parfois pas toujours capable de comprendre leurs silences pourtant remplis de non-dits, s'il se sentait parfois de trop tandis qu'il leur suffisait d'un regard pour se comprendre. Il l'avait souvent vu chez des militaires, il savait qu'une telle complicité ne naissait qu'à travers de lourdes épreuves et de lourds traumatismes. Il n'avait pas essayé d'éloigner Melinda de Phil. Parce qu'il savait qu'il n'aurait sans doute pas su faire le poids. Il en était donc venu à accepter la présence de Coulson dans leur vie, à accepter qu'il soit plus souvent celui qui terminait les phrases de Melinda plutôt que lui, celui qui anticipait généralement ses besoins et ses envies. Il n'avait osé poser la question à la spécialiste qu'une seule fois, après avoir cru apercevoir la façon dont Coulson avait eu de la dévorer du regard lors d'une soirée. Une seule question destinée à savoir s'il y avait déjà eu quelque chose de plus que de l'amitié entre eux. Elle lui avait jeté un regard qu'il n'avait pas été en mesure de décrypter avant de balancer un non placide, qui ne laissait pas place au doute. Il l'avait cru. Parce qu'il savait que Melinda n'aurait pas jugé utile de le lui cacher s'ils avaient été amants par le passé. Et comme si la question avait déclenché un signal d'alerte dans l'esprit de Melinda, elle s'était mise à moins sortir quand Coulson l'invitait à boire un verre, comme il leur arrivait souvent de le faire avec d'autres de leurs collègues, elle s'était mise à mettre de la distance physique entre eux. Et Andrew avait su que la distance n'avait pas été que physique – qu'elle avait choisi de mettre une distance entre celui qu'elle considérait comme son plus proche ami et elle-même pour que lui, Andrew, ne se sente pas menacé. Elle l'avait choisi, lui, et ça lui était devenu suffisant.
