Qu'est-ce que Will a confié à sa fille que seules Hay Lin et Ting Ting pouvaient entendre ? Pourquoi Kylan est-il tenu à l'écart, sous le simple prétexte qu'il est un garçon ? Un chapitre où on découvre que tout le monde possède une faiblesse...

Bonne lecture !


Chapitre 2 : Harmonie brisée

Une main le secouant le réveilla. Il grogna en sentant un poids se poser sur son matelas. Ca y est, il allait avoir droit au rapport détaillé de la soirée…C'était pourtant le moment…Il avait extrêmement mal dormi, ses rêves étant empli de bestioles bizarres, de flash de toutes les couleurs, de cris incompréhensibles…Une horreur. Autant dire qu'il n'était pas du tout reposé. Il n'avait pourtant pas regardé de film d'horreur la veille …

La main le secoua de nouveau et il ouvrit les yeux pour voir la personne à qui il s'attendait, Harmony. Mais l'air inquiet de cette dernière le réveilla tout à fait. Voilà que son cœur recommençait à battre plus vite.

-Kylan…murmura-t-elle en crispant ses doigts sur les draps bleu marine. J'ai peur…

-Hey, fit-il en se redressant et en lui prenant doucement la main. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Il fronça les sourcils en sentant la petite main trembler. Et la panique l'envahit lorsque sa sœur grimpa tout à fait sur le lit pour venir se pelotonner contre lui, son visage caché contre son cou. Complètement perdu, il l'entoura de ses bras, essayant vainement de stopper les tremblements qui assaillaient le corps de la jeune fille. Il jeta un coup d'œil à son réveil. Quatre heure et quart. Et elle était encore habillée. Venaient-elles juste de rentrer ?

-Harmony, appela-t-il doucement. Qu'est-ce que tu as ?

Pas de réponse. Il posa une main sur les cheveux roux pour les caresser avec tendresse. Lui aussi, il la connaissait par cœur. Et il savait exactement quelle question poser selon ses réactions. C'était plus que l'empathie entre eux.

-C'est ce dont vous avez parlé, c'est ça ?

Ah. Elle venait de se raidir. Il était sur la bonne voie.

-Pourquoi ça t'a fait peur ? Vous avez pris des décisions qui ne te plaisent pas ?

Elle acquiesça, sans bouger. Voilà qui n'annonçait rien de bon. Harmony était d'un tempérament doux, à l'inverse de lui, elle acceptait à peu près tout sans broncher, ce qui lui avait même causé de petits problèmes au collège. Et il n'y avait qu'une seule chose qui lui faisait vraiment peur : être abandonnée. Sachant qu'il lui avait dit qu'il ne partirait pas…

-Tu…Tu vas devoir t'en aller ?

Il avait posé cette question à contre cœur car il savait que si la réponse était oui, les larmes couleraient bientôt sur les joues de sa sœur. Et son cœur se serra lorsque les sanglots commencèrent à faire trembler Harmony. Il resserra un peu plus son étreinte et commença à la bercer doucement, l'embrassant sur le front. Il ne comprenait rien, mais alors rien du tout. Pourquoi devait-elle partir ? Pourquoi est-ce que sa mère lui avait dit que cela ne le concernait pas ? Et qu'avaient à faire Hay Lin et Ting Ting là dedans ? A l'idée que sa sœur et sa meilleure amie doivent partir, une bouffée d'angoisse le saisit à la gorge. Et son cœur se mit à battre plus vite.

-Tu n'auras pas à partir, murmura-t-il. Si tu ne veux pas, tu ne partiras pas. Personne ne peut t'obliger.

-Si, sanglota-t-elle. Je…je le dois…

-Hein ?

-Je n'ai pas…pas le choix…

Les doigts fins se crispèrent sur le tee shirt de Kylan alors que les larmes redoublaient.

-Je ne veux pas…J'ai peur…

Ne sachant plus quoi dire, ni quoi faire, Kylan se contenta de la serrer plus fort contre lui et d'attendre que les larmes passent.


Assis à la table de la cuisine, un verre de jus de fruit dans les mains, Kylan regardait par la fenêtre le soleil se lever. Impossible de se rendormir après ça. Il pensait à bien trop de choses.

-Bonjour.

Il leva les yeux vers sa mère qui venait d'entrer dans la pièce, vêtue de sa robe de chambre. Elle le dévisagea un instant avant de s'avancer vers la machine à café.

-Bonjour, répondit-il d'un ton morne alors qu'elle posait le pain et la confiture sur la table.

-Tu as mal dormi ?

Il resta silencieux, essayant de garder son calme. C'était de sa faute. Tout ça c'était de sa faute, à elle !

Elle fronça un sourcil en s'asseyant à côté de lui puis poussa un soupir :

-Tu m'en veux encore pour hier soir ? Ecoute chéri, je n'ai peut-être pas été très fine sur ce coup là mais…

-Où veux-tu envoyer Harmony ? demanda-t-il de but en blanc.

Les yeux ambrés de sa mère s'ouvrirent d'étonnement puis un léger voile passa sur son visage. Elle avait compris.

-Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit-elle en tendant le bras pour attraper la cafetière.

-J'en étais sûr ! ricana-t-il en se basculant sur sa chaise. Arrête un peu de mentir, je ne suis plus un gosse !

-Parfait, alors tu vas comprendre ce que je vais te dire, lâcha-t-elle en braquant ses yeux sur lui, sourcils froncés. Cela ne te regarde pas.

Kylan resta bouche bée. Comment pouvait-elle… ?

-Ca concerne ma sœur ! hurla-t-il soudain en se levant brusquement, sa chaise renversée claquant sur le carrelage. Comment peux-tu dire que ça ne me regarde pas ?! Alors tu vas l'envoyer je ne sais où et je n'aurais rien à dire ?!

-Mais elle ne va nulle part ! répliqua-t-elle sur le même ton.

-Ah ouais ?! Ben alors va lui dire !

Devant l'air étonné de sa mère, il reprit son souffle et croisa les bras, pour appuyer ses propos :

-Elle est venue dormir avec moi juste après que vous soyez rentrées. Tu sais à quand ça remonte la dernière fois qu'elle a fait ça ?

Sa mère sembla pâlir et porta la main à son front. Kylan ressentit une profonde joie devant ce spectacle. Enfin elle souffrait un peu ! Pas question de lâcher maintenant.

-Tu nous détruis, continua-t-il en posant une main sur la table alors que sa mère levait vers lui un regard blessé et perdu. Avec toutes tes histoires, tes mensonges…Moi je supporte encore, mais Harmony est trop faible pour tout ça. Tu es en train de la réduire en pièces et tu ne t'en rends même pas compte. Tu me dégoûtes.

Et sans attendre de réaction, il lui tourna le dos et retourna s'enfermer dans sa chambre.


Harmony ne quitta pas le lit de son frère de la journée. Ce dernier quant à lui resta devant ses instruments avec ses écouteurs, dans la même pièce qu'elle, à lui jeter des coups d'œil de temps à autre. Elle demeurait immobile, serrant dans ses bras l'oreiller, les yeux rouges et dans le vague. Et puis, parfois, elle plongeait le visage dans le coussin, et il voyait les épaules s'agiter de sanglots. Alors il détournait le regard et reprenait son travail, le coeur lourd. Il ne fallait pas qu'il l'aide trop. Le médecin l'avait dit. Il fallait qu'elle cesse d'être aussi dépendante de lui. Cela allait bien mieux depuis qu'elle sortait avec Ru, mais auparavant, elle devait toujours avoir Kylan dans son champ de vision, sinon elle paniquait. Il n'avait jamais ressenti cela comme une contrainte. Non, le plus dur était de se forcer à rester immobile alors qu'elle souffrait. C'était ça le pire.

Vers la fin de la journée, on sonna à la porte de l'appartement et une discussion animée résonna dans le hall. Kylan ôta son casque, intrigué d'entendre autant de voix. Qui cela pouvait bien être ?...Il fronça un sourcil en voyant Harmony se tourner contre le mur, relevant la couette sur elle. Quelques secondes plus tard, on frappa doucement à la porte et le visage Ting Ting apparut. Pour la première fois, elle semblait…tendue.

-Salut, souffla-t-elle en jetant un coup d'œil à la forme enroulée sous la couette. Je…je peux te parler cinq minutes ?

Kylan acquiesça et se leva sans faire de bruit pour la rejoindre. Il referma avec douceur la porte derrière lui. Dans la cuisine, il entendit la voix de Hay Lin et celle de sa mère. Ru sortit de la pièce, l'air visiblement ennuyé, et le soulagement se lut sur son visage quand il les vit tous les deux.

-Salut, fit-il en serrant la main de Kylan. Ca va ?

Ce dernier hocha la tête, la mine sombre. Ru était un grand gaillard, solidement bâti, et pas trop mal fichu. Il possédait les cheveux noirs de sa mère chinoise, mais son ascendance caucasienne lui avait conféré des yeux clairs légèrement en amande. Ting Ting quant à elle, ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa mère, les yeux peut-être plus ronds également.

-Elle est là ? demanda le jeune homme, inquiet.

-Ouais, elle n'a pas décroché un mot depuis hier soir…Depuis qu'elle est rentrée de votre « réunion de filles », ajouta-t-il à l'attention de Ting Ting.

Cette dernière sembla pâlir légèrement, ses doigts jouant avec sa longue natte de cheveux jais, mais elle ne dit rien. Ru poussa un soupir.

-Elles veulent rien me dire, ronchonna-t-il. Papa et moi on a fini la soirée tous les deux à se morfondre devant la télé.

-Imagine une soirée sans père et tu sauras exactement celle que j'ai passée, grogna Kylan. Ca, plus ma sœur qui vient dans mon lit en pleine crise d'angoisse à quatre heures du mat.

Une inquiétude plus forte voila le visage de Ru et ses yeux se posèrent sur la porte fermée derrière Kylan, comme s'il essayait de voir à travers. Ce dernier se décala légèrement :

-Essaie de lui parler, dit-il d'un air las. Tu auras peut-être plus de chance.

Ru acquiesça et entra dans la chambre. Kylan savait bien que cela était inutile. Dans ces cas là, s'il y avait une personne à qui Harmony parlait, c'était son frère. Personne d'autre. Le silence tomba sur les deux jeunes gens restants, Ting Ting continuant de triturer nerveusement sa natte. Kylan lui fit un petit signe de tête pour lui indiquer la terrasse et ils s'y dirigèrent, toujours en silence. En passant devant la cuisine, il vit sa mère assise à une chaise, le visage dans les mains et Hay Lin qui se tenait à ses côtés, un bras autour de ses épaules. C'est fou la capacité qu'elle avait à apitoyer les autres…C'était Harmony qui souffrait, pas elle !

-Alors ? lâcha-t-il une fois qu'ils s'étaient assis sur les poufs de la terrasse. De quoi voulais-tu me parler ?

-Tu es d'une sale humeur, remarqua-t-elle en levant ses yeux noirs vers lui.

-Assez oui, grinça-t-il. Harmony m'a dit qu'elle devait partir.

-Pas exactement…

Il ouvrit des yeux ronds alors que son amie lui jetait un regard ennuyé. Elle semblait elle aussi sous le choc de quelque chose…Mais quoi bon sang ?! Le voyant s'énerver, la jeune chinoise leva les mains en signe d'apaisement :

-On ne quittera pas la maison, si c'est ça qui t'inquiète.

-Comment ça « on » ?! Toi aussi ?!

Il crut qu'il allait hurler de frustration en voyant l'air coupable de son amie. Il se leva vivement, les poings serrés, prêt à frapper quelque chose. Ou quelqu'un.

-C'est ma mère qui vous a collé toutes ces salades dans la tête ?! hurla-t-il alors que Ting Ting se levait pour le rejoindre, effrayée par sa réaction.

-Mais non, commença-t-elle. Nous avons parlé et…

-Te fatigue pas, lâcha-t-il, ses mâchoires serrés. J'ai pigé. Vous allez rester à la maison mais vous serez jamais là, hein ? Ce qui veut dire que tu ne viendras plus écouter mes compo. C'est ça ce que tu veux me dire depuis le début ?

Elle ne répondit rien, baissant les yeux. Et Kylan eut l'impression qu'on lui enfonçait un poignard dans cœur. Chaque nouvelle chanson qu'il écrivait, chaque morceau qu'il composait, Ting Ting était toujours la première à les entendre. C'était comme ça. Une sorte de code établi entre eux. Un lien incassable. Jusqu'à maintenant tout du moins. Avec le lycée, ils étaient sûrs de se voir de moins en moins car ils n'avaient pas les mêmes options. Mais alors là…Elle venait de briser tout espoir de continuer à se voir régulièrement.

-Ok, pigé, dit-il platement en faisant mine de entrer dans l'appartement.

-Kylan, attend…fit-elle en l'attrapant par le bras.

-Non ! s'exclama-t-il en se dégageant et en se tournant vivement vers elle pour braquer son regard clair dans les yeux noirs luisants. J'en ai marre, ras le bol ! Vous voulez me tenir à l'écart ? Parfait ! Je reste à l'écart ! Va faire tes trucs avec tes nouveaux amis et fiche moi la paix !

Il vit clairement les larmes poindre dans les yeux en amande mais il se détourna résolument. Il en avait assez des larmes, des sanglots et tout ce qui s'en suivait ! Deux jours qu'il vivait avec à chaque minute ! Ne pouvant même pas regagner sa chambre, il saisit sa casquette et sortit faire un tour, claquant la porte d'entrée.

A suivre…

Chapitre 3 : la rentrée et ses nouveaux venus