Tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer, sauf ceux qui sont sortis de mon imagination.

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Hello !

Un immense MERCI pour toutes vos reviews et vos alertes ! Merci énormément ! Je suis désolée ne pas avoir répondu à vos reviews, mais j'ai eu beaucoup de travail et je viens juste de terminer ma relecture. Encore merci pour vos messages qui me motivent et me font super plaisir ! A bientôt et bonne fin de week-end à tous ! ^_^

Bonne lecture !

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Chapitre 3 : Le Manoir des Charmes

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Edward poussa un soupir de soulagement après avoir refermé la porte de sa demeure. Il s'avança d'un pas apaisé dans la cuisine étrangement déserte. Il jeta un coup d'œil à la pendule avant d'emprunter rapidement l'escalier de service pour se rendre aux chambres de bonne se trouvant sous la toiture. Une fois dans la sienne, il posa ses affaires sur son lit. Le jeune homme se sentait enfin en sécurité dans son antre, certes petit, mais bien à lui. Cependant, il savait qu'il ne devait pas s'attarder, il souhaitait s'entretenir avec sa mère avant l'arrivée des clients, ne serait-ce que pour lui annoncer son arrivée. Il sortit de sa chambre et emprunta le même escalier pour rejoindre le second étage. Les couloirs étaient déserts, tout le monde devait être en train de se préparer. Arrivé devant deux immenses portes laquées de blanc et parées d'ornement en or, il frappa. Une voix douce s'éleva l'autorisant à entrer ce qu'il fit sans plus attendre. Son sourire se fana quelque peu quand il vit qu'elle n'était pas seule.

« -Edward ! S'exclama la maîtresse des lieux en lui offrant un sourire. Quelle joie de vous revoir mon enfant, mais je ne vous attendais pas avant plusieurs semaines ?

-Bonsoir mère, la salua-t-il en se courbant avant de se tourner vers l'autre personne, Bonsoir Vicomte.

-Bonsoir Monsieur Edward, dit l'homme.

Edward qui se tenait à quelques pas d'eux se recula un peu, ne supportant pas le regard lubrique de l'homme sur lui. Ses yeux rouges le firent frémir et il regretta la douceur de certaines pupilles ambrées. Le Vicomte Alambrooke fit un pas dans sa direction, mais il fut aussitôt stoppé par sa mère.

-James, je crois qu'il vaudrait mieux que vous alliez voir si ces messieurs dames sont prêts.

Bien qu'avec regret, le Vicomte s'inclina face la maîtresse du Manoir des Charmes avant de quitter la pièce.

-Mon petit, murmura sa mère.

Edward s'approcha aussitôt du canapé où sa mère était installée, il s'agenouilla face à elle et elle déposa un baiser sur son front.

-Qu'est-il arrivé à ton si beau visage ? S'inquiéta-t-elle en caressant son hématome et sa lèvre fendue.

-Rien, mère, rien de grave.

-Je ne le crois pas, sinon, tu ne serais pas ici. Les choses ne se sont pas passées comme tu le souhaitais avec le Comte et la Comtesse de Stafford ?

-Si, mère, ils étaient très gentils.

-Tu ne veux donc pas me dire pourquoi tu as quitté leur service ?

-Cela n'est pas important, maman.

-Soit, soupira sa mère en caressant sa joue, comment vas-tu ?

-Je vais bien, je vous remercie et vous ?

-Je me porte bien, mon fils, sourit Elisabeth.

Edward hocha doucement la tête, malgré ce qu'elle affirmait, il pouvait voir une lueur soucieuse dans son regard chocolat. Il se pencha, ses bras enserrèrent la taille de sa mère et sa tête se posa contre son épaule. Elisabeth lui rendit son étreinte avant d'y mettre un terme après avoir déposé un baiser dans ses cheveux.

-Tenez, mère, dit-il en sortant une bourse en cuir bordeaux de sa poche pour la poser dans sa main, je sais que ce n'est pas grand-chose…

-Edward, je te remercie, chuchota sa mère en l'embrassant une nouvelle fois avant de compter les pièces d'or, malheureusement, cela ne sera pas suffisant.

-Je vais trouver un autre travail, mère, promit-il.

-J'ai confiance en toi, mon chéri, assura Elisabeth, mais j'aimerais que tu te reposes un peu.

-Je vais bien.

Elisabeth soupira avant de se lever, Edward fit de même et s'écarta pour la laisser passer. Malgré le poids des années, sa mère était toujours aussi belle. Son teint de porcelaine était mis en valeur par ses yeux chocolat ainsi que sa bouche rosée et ses longs cheveux bruns où l'on ne voyait que quelques mèches blanches. Elle portait une belle robe en soie rouge dont la coupe mettait en valeur sa taille fine, néanmoins, il n'appréciait guère le bustier qui offrait au regard de tous son décolleté, mais il ne dit rien, cela faisait longtemps qu'il avait appris à ne rien dire.

-Edward, je sais que tu viens de rentrer et que tu dois être fatigué, mais pourrais-tu aller chez Madame Wood pour récupérer les provisions que j'ai commandées ?

-Oui, bien sûr, mère.

-Tu lui diras de tout mettre sur mon compte.

Edward hocha la tête et se dirigea lentement vers la sortie des appartements de sa mère.

-Edward !

-Oui, mère ?

-Ne traîne pas trop, la nuit tombe et tu sais que les rues ne sont pas sûres ces derniers temps, je n'aime pas te savoir dehors.

-Je fais vite, mère, je vous le promets. »

Edward lui sourit avant de sortir des appartements d'Elisabeth. Il s'empressa de rejoindre la cuisine pour sortir par la porte se trouvant sur le côté, il croisa quelques employés de sa mère qui le saluèrent. Une fois à l'extérieur, il s'empressa de se rendre au magasin de Madame Wood. A peine fut-il dehors, qu'il ferma sa veste, un frisson parcourant son échine. La tête baissée et d'un pas décidé, il s'avança dans la ruelle et il pénétra quelques mètres plus loin dans la boutique de Madame Wood. Ses achats en main, il reprit la direction du Manoir des Charmes, mais il se figea alors qu'il était presque arrivé à destination. Son sang se glaça dans ses veines, la peur l'étreignit et il fit son possible pour ne pas baisser les yeux face à lui.

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Elisabeth Masen regarda son fils quitter ses appartements avant de se laisser choir sur le fauteuil face à sa coiffeuse. Elle réajusta ses longues boucles brunes avant de passer un peu de rouge sur ses lèvres. Elle était en train de poudrer ses joues lorsqu'on frappa à sa porte, elle murmura un « entrez » sachant parfaitement que cela était suffisant.

« -Que désirez-vous encore, James ? Questionna-t-elle en lui jetant un coup d'œil à travers le miroir.

-Allons, Madame, vous n'avez pas à vous farder ainsi, vous ne faites que gâcher votre beauté.

-Quel vil flatteur, vous faites, James, contrairement à vous, les années comptent pour moi.

-Je n'aime pas vous voir soucieuse, Madame, avoua le Vicomte en posant ses mains sur ses épaules.

-Tout va bien aller, murmura-t-elle en essayant de s'en convaincre, Scotland Yard ne va pas tarder à arrêter ce monstre.

-Oui, mais en attendant, les affaires vont mal.

-Certes, mais nous ne sommes pas les plus à plaindre, relativisa Elisabeth.

-Le tueur qui hante les rues de Whitechapel n'est pas votre seul ennemi, d'autres maisons comme la vôtre, moins regardantes à leur clientèle et à leur personnel, fleurissent un peu partout.

-Je l'entends, mais elles n'ont pas notre renommé et les clients violents ou aux tendances trop perverses n'ont guère leur place ici, je ne tolérerai pas que l'on fasse du mal à mes filles ou à mes garçons !

-Mais que ferez-vous lorsque les caisses seront vides ? Madame, je m'inquiète pour vous.

-J'ai confiance en l'avenir, James, j'ai confiance, répéta-t-elle.

Elisabeth espérait de tout cœur que la missive qu'elle avait envoyé à Aro trouverait une réponse favorable, si son vieil ami et amant ne l'aidait pas, elle ignorait par quel miracle ils pourraient s'en sortir.

-Il y a une autre solution, murmura le Vicomte d'un ton hésitant.

-Laquelle ? Questionna Elisabeth avant de croiser son regard carmin dans le miroir. Non, je m'y refuse !

-Pardonnez-moi, Madame, mais vous possédez entre vos mains un véritable diamant, un joyau. Sa beauté parfaite attirerait la clientèle, il faudrait simplement l'exposer au départ, puis, trouver un riche acquéreur et vous pourriez ainsi…

-Silence ! Gronda la maîtresse des lieux. Je vous interdis de parler de la sorte, vous m'entendez ?

Un léger grondement résonna dans son dos et les doigts aussi froids que la nuit se crispèrent sur ses épaules.

-Il suffit, James !

-Pardonnez-moi, Madame.

-Sortez et allez vérifier que tout soit prêt, on m'a annoncé que quelques clients étaient déjà arrivés. »

Le Vicomte Alambrooke s'inclina respectueusement devant elle avant de quitter ses appartements. D'un pas nerveux, Elisabeth se leva pour aller se servir un verre d'alcool. Elle dégusta le liquide ambré qui réchauffa un peu son être. Elle savait que James avait raison, elle savait qu'elle possédait la solution à tous ses problèmes, cependant, elle se refusait d'arriver à cela sauf… Sauf s'il le lui demandait…

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Après avoir déposé les courses à la cuisine, il donna un coup de main à Andrew en allant chercher des bouteilles de champagne. Lorsqu'il remonta, Madame Semions, la cuisinière, lui donna un plateau tout en lui ordonnant d'aller se reposer dans sa chambre. Il remercia la cuisinière et emporta son dîner jusqu'à sa petite chambre. Le jeune homme posa son plateau sur son bureau avant d'ôter ses chaussures et sa veste et de se laisser tomber sur son lit étroit en soupirant. Son corps se remit à trembler en repensant à son altercation avec le Duc de Gloucester. Il se recroquevilla, ses bras enserrèrent ses jambes, il avait eu peur, il avait toujours peur car maintenant que le Duc savait où il vivait, il n'était pas certain que ce dernier le laisse tranquille surtout s'il apprenait les activités de la demeure qui l'abritait. Comment allait-il s'en sortir ? Si seulement, Lord Cullen pouvait se montrer tout le temps charmant avec lui, il aurait peut-être pu baisser sa garde. Enfin… Il aurait tout de même du mal. Entre le Duc et lui, il ne pourrait jamais rien y avoir si ce n'est une histoire d'un soir, il serait éternellement dans son ombre. Une histoire, une étreinte, non tout cela était impossible, son cœur trop fragile en sa présence n'y résisterait pas, il serait brisé lorsqu'il partirait vers quelqu'un digne de lui, quelqu'un de son rang. Une larme roula le long de sa joue et il sursauta quand il sentit une main fine caresser son visage. Il inspira profondément avant de s'asseoir.

« -Monsieur est rentré et il ne pense même pas à venir nous saluer ! S'offusqua une belle femme brune dont la peau caramel contrastait avec les beautés de ce siècle.

-Bonsoir, Angela, comment vas-tu ?

-Je vais bien, je vous remercie Monsieur Edward.

-Angéla, mère n'est pas là alors laisse tomber ce ton guindé !

-Il paraîtrait que le fils prodigue est de retour ?

-Victoria ! Bonsoir, dit-il à la femme rousse qui venait de les rejoindre.

-Alors, on est de retour au bercail, mon prince ?

-Comme tu peux le voir. Isabella n'est pas là ?

-Non, elle est occupée.

-Oh…

-Mais qu'est-il arrivé à ton visage ? S'enquit Victoria en posant ses mains sur ses joues pour lui faire lever la tête. Angie, va chercher l'onguent dans ma chambre.

Angéla releva ses jupes avant de s'élancer vers l'étage inférieur. Victoria le força à s'allonger, ses longues jupes se posèrent sur son corps alors qu'elle continuait d'examiner son visage.

-Que t'est-il arrivé chaton ?

-Rien.

-Il pleurait quand je suis arrivée, lâcha Angéla en revenant.

Edward soupira et ferma les yeux pendant que les doigts experts de Victoria déposaient de la crème sur son visage. Certains employés de sa mère l'avaient pris sous son aile car ils l'avaient vu grandir, ils ne pouvaient donc pas s'empêcher de le materner.

-Que se passe-t-il, chaton ? Insista Victoria en massant le contour de son œil tuméfié.

-Tout va bien, ne vous inquiétez pas pour moi.

Angéla et Victoria l'observèrent, peu dupes face à son mensonge. Angéla déposa un baiser sur son front pendant que Victoria alla chercher son plateau repas.

-Il faut manger un peu, lui dit Victoria.

La belle rousse posa le plateau sur ses genoux. Les deux employées de sa mère s'installèrent au fond du lit et il comprit qu'elles ne le laisseraient pas tranquille tant qu'il n'aurait pas mangé. Edward soupira et commença à manger sa soupe pendant que les deux femmes discutaient de chiffons, de rubans et de bijoux. Une fois celle-ci terminée, il mâchouilla un bout de pain.

-Pourquoi n'as-tu pas pris de viande et des pommes de terre ? S'étonna Angéla en observant son plateau.

-Je vous ai dit que je n'avais pas faim, leur rappela-t-il.

-Mange au moins la compote, ce sera toujours meilleur que ce bout de pain, lâcha Victoria.

Edward posa le morceau avant de manger sa compote. Il avait à peine terminé le ramequin de compote qu'Angéla le débarrassa du plateau. Victoria posa alors les mains sur son torse et commença à déboutonner sa chemise.

-Hey ! Protesta Edward en sentant les doigts d'Angéla se poser sur la ceinture de son pantalon. Je peux me dévêtir seul !

-Regarde comme il est mignon, se moqua Victoria, il est tout rouge ! Dis, donc, Edward, il va falloir que l'on s'occupe de dévergonder !

-Je ne suis pas sûre que Madame Elisabeth apprécie, lui fit remarquer Angéla.

Le jeune homme profita de leur discussion pour leur échapper et enfiler sa robe de chambre.

-Allez, au lit ! Lui ordonna Angéla.

-Mais, je…

-Tiens, dit Victoria en lui tendant un verre d'eau.

Le jeune homme attrapa le verre et fronça les sourcils quand il vit Victoria verser un peu de poudre blanche d'un sachet qu'elle conservait dans un emballage dissimulé dans son décolleté.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Un petit quelque chose qui t'aidera à dormir, chaton, bois et allonge-toi. »

Edward hésita un instant avant d'avaler le verre avec la drogue à l'intérieur. Rapidement, la tête lui tourna. Il sentit les mains d'Angela et de Victoria attraper les siennes pour l'attirer sur le lit. Il ne lutta pas contre le sommeil qui l'envahissait alors qu'on le bordait. Le jeune homme sombrait dans un profond sommeil quand ses amies quittèrent sa chambre après avoir éteint les bougies.

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Carlisle rongeait son frein. Il avait du mal à rester calme malgré le don de son ami. Il n'en pouvait plus d'attendre. Hier soir, alors qu'ils allaient se mettre en route pour la Maison des Charmes, ils avaient reçu la visite d'un ambassadeur de la Cour. Il ne savait comment, mais la Reine Victoria avait appris sa présence à Londres et le conviait, lui ainsi que le Marquis de Dorset, à une réception et comme le lui avait rappelé ce dernier, on ne décline pas une invitation royale pour une partie de jambes en l'air. C'est donc d'une humeur maussade qu'il était rentré à son hôtel particulier de St James pour se préparer. Jasper n'avait pas tardé à le rejoindre et ils partirent ensemble pour Buckingham. Arrivé sur place, il ne lâcha pas son ami qui grâce à son don éloignait les demoiselles à la recherche d'un mari qui leur tournaient autour. La soirée s'était étirée trop lentement à son goût alors que son impatience, elle, ne cessait de grandir. Dans chaque convive présent, il le recherchait, l'un avait la même carrure, l'autre des yeux verts mais rien de comparable avec ses émeraudes ou encore un autre dont les cheveux tiraient un peu trop sur le roux. Son Altesse Royale s'était elle aussi rendue compte de son manque d'intérêt et elle s'était enquis, avec une certaine curiosité manifeste, de savoir qu'elle dame lui faisait ainsi tourner la tête. Carlisle avait répondu par un sourire énigmatique avant d'accepter le bras que lui tendait la Reine et de la conduire au milieu de la piste de danse pour ouvrir le bal.

Lorsqu'enfin, ils avaient pu quitter Buckingham, la nuit s'apprêtait à laisser place au jour et Jasper lui apprit qu'il était trop tard pour se rendre au Manoir des Charmes. Se résignant difficilement, le Marquis lui proposa une partie de chasse, puis, après s'être repus, ils rejoignirent sa demeure à St James. Son ami avait tant bien que mal tenté de le distraire, mais au fur et à mesure que le soleil disparaissait pour céder sa place à la lune, son envie et son impatience devenaient de plus en plus palpable au point que Jasper lui avait suggéré d'aller se soulager. Carlisle avait précipitamment quitté la pièce, prétextant que son ami l'insupportait, alors qu'en réalité l'idée de ce dernier lui apparaissait très alléchante. Cependant, à peine avait-il passé la porte, paré dans sa dignité, que le rire du Marquis lui parvint, bien entendu celui-ci n'était pas dupe et avait perçu son changement d'humeur. Le Duc s'était donc résigné à attendre le soir pour satisfaire son désir. C'est donc avec satisfaction qu'il descendit de la calèche qui venait de s'arrêter devant le Manoir des Charmes.

A peine avait-il posé un pied à terre qu'il se retint pour ne pas bondir vers la porte, une vague de calme l'envahit et il remercia Jasper d'un signe de tête. Son ami lui sourit avant de l'entraîner vers le haut du perron où il toqua une simple fois à la grande porte. Cette dernière ne tarda pas à s'ouvrir sur un majordome qui s'inclina et les invita à entrer. Tout à coup, Carlisle ne fut plus du tout sûr de lui. Que faisait-il ici? Il avait l'impression de se comporter comme un vulgaire adolescent, incapable de contrôler ses pulsions. Il allait payer, il allait payer pour obtenir les faveurs du jeune homme qui l'obsédait et cela ne lui ressemblait pas, non, ce n'était pas lui. Alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, entraînant Jasper dans son sillage, une odeur des plus enivrantes l'envahit. Il inspira profondément pour s'en repaître tout en se rendant compte à quel point elle lui avait manqué. Il était ici. Il pouvait le sentir.

«-Carlisle? »

Le murmure, inaudible pour les humains, de Jasper attira son attention, son ami avait perçu ses doutes et l'interrogeait du regard. Il lui offrit un sourire rassurant et s'avança enfin dans un immense hall où le majordome les attendait. Le Duc observa un peu mieux les lieux et resta un instant sans voix devant la magnificence du Manoir. Le hall était décoré de lourdes tentures bordeaux, des tableaux de Maîtres étaient accrochés aux murs, des dorures en or courraient sur ces derniers et un immense escalier de marbre blanc trônait au milieu de toutes ses splendeurs. Il remarqua l'entrée d'une salle d'où par la porte entrouverte, il aperçut des gens qui buvaient, discutaient ou dansaient au son d'un orchestre. Carlisle sortit de sa contemplation quand une femme âgée d'une quarantaine d'année s'approcha d'eux. Sa prestance n'avait d'égale que sa beauté, elle portait une longue robe verte qui mettait en valeur son corps ainsi que son visage qu'il trouva quelque peu familier. Elle s'approcha d'eux et fit une profonde révérence.

« -Bienvenue au Manoir des Charmes, Lord Cullen, Duc de Gloucester, le salua-t-elle. Je suis ravie de vous accueillir dans notre petit paradis.

-Vous savez qui je suis? S'étonna le Duc.

-Qui ne vous connaît pas, Monseigneur? Sourit-elle. Aro ne cesse de vanter vos mérites ainsi que l'amitié qu'il vous porte. Je suis Madame Elisabeth la propriétaire des lieux. Bonsoir, Monsieur le Marquis de Dorset.

-Bonsoir, Madame Elisabeth.

-Cela fait longtemps que vous n'étiez pas venu nous rendre visite, votre présence nous a manqué, mais il paraîtrait que vous êtes maintenant un homme rangé?

-Effectivement, vous comprenez donc que je suis ici pour accompagner mon ami, le Duc.

-Très bien et que puis-je faire pour vous, Milord? Demanda-t-elle en se tournant vers lui.

A nouveau le ridicule de la situation commença à l'envahir, Jasper dut sentir son émoi car il s'empressa de prendre les choses en main.

-Lord Cullen souhaiterait avoir un peu de compagnie pour se divertir, expliqua le Marquis.

-Très bien, dites-moi quels sont vos goûts et je suis sûre que nous trouverons à vous satisfaire.

Carlisle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Quelque chose venait d'attirer son attention ou plutôt quelqu'un. Il entendit vaguement son ami l'interpeller, mais il n'y fit guère attention tant il était concentré sur la silhouette qui se dessinait en haut des escaliers. Il fit un pas vers ce dernier pour le rejoindre alors qu'il le voyait s'éloigner, mais Jasper qui avait deviné son geste le stoppa.

-Mesdemoiselles ! Messieurs ! Appela Madame Elisabeth en tapant dans ses mains.

Rapidement se retrouvèrent alignés devant eux des jeunes gens, peu vêtus, qui leur offraient un regard charmeur.

-Comme vous le voyez, nous pouvons vous proposer un grand choix, dit Elisabeth en lui offrant son bras.

Le Duc prit le bras offert et suivit Madame Elisabeth qui lui fit parcourir le rang de ses gens.

-Tout votre… personnel, hésita-t-il, est là ?

-Ne soyez pas gêné, mon cher Duc, ici, la gêne n'a pas sa place, murmura-t-elle sachant parfaitement qu'il l'entendrait. Vous pourrez profiter du corps et du sang de mes garçons et de mes filles, même si, d'après ce que l'on m'a dit, leur sang ne vous attire pas. Je connais votre réputation Lord Cullen, mais je tiens quand même à vous préciser qu'aucune violence n'est tolérée envers les miens. Certains jeux, dont les punitions, sont autorisés, mais cela doit rester dans les limites du raisonnable.

-Je comprends.

-Bien, chuchota Madame Elisabeth, avez-vous fait votre choix ?

Carlisle observa le personnel, aucun d'entre eux n'était désirable à ses yeux, non, il n'y en avait qu'un seul et il n'était pas là.

-Pardonnez-moi, intervint Jasper, mais tous vos gens sont-ils là ?

-Pourquoi me demandez-vous cela ? Interrogea Madame Elisabeth surprise.

-Pardonnez-moi, mais le Duc de Gloucester a rencontré l'un de vos pensionnaires et je dois admettre que c'est pour lui que nous sommes ici.

-Un de mes pensionnaires ?

Madame Elisabeth fronça les sourcils et parcourut du regard les hommes présents dans le hall.

-Deux de mes garçons sont déjà occupés, peut-être est-ce l'un d'eux ? Murmura Elisabeth. Pourriez-vous me le décrire et je me dépêcherai de le faire quérir pour qu'il puisse vous satisfaire Milord ?

-Il est grand, musclé, les cheveux en bataille cuivrés avec des reflets blonds et des yeux émeraudes magnifiques, décrit Carlisle, une vingtaine d'années et il s'appelle Edward.

Le Duc fronça les sourcils quand il vit Madame Elisabeth se raidir et pâlir quelque peu.

-Tout va bien Madame ? S'enquit-il.

-Je… Oui… Je suis navrée, Milord, mais aucun jeune homme ne travaillant pour moi ne s'appelle Edward ou ne correspond à votre description, vous devez faire erreur.

-Pourtant, je l'ai aperçu il y a quelques minutes en haut des escaliers, fit remarquer Jasper.

-Je suis navrée, Monsieur le Marquis, mais vous devez vous tromper. Je vais vous laisser entre les mains de mon homme de confiance le Vicomte Alambrooke, je suis sûre qu'il sera agréablement vous conseiller.

Madame Elisabeth s'inclina face à eux avant de relever ses jupes et de gagner précipitamment l'étage. Carlisle se tourna vers l'homme blond aux cheveux attachés en catogan qui venait vers eux, il se raidit quand il se rendit compte que le terme d'homme n'était pas des plus appropriés pour l'un de leur semblable.

-James ! Lâcha le Marquis de Dorset d'un ton sec.

-Monsieur le Marquis, souffla James en s'inclinant légèrement avant de le saluer avec plus de déférence, Lord Cullen de Gloucester. Si vous voulez bien me suivre, Votre Grâce, nous serons plus tranquilles dans un des salons.

Carlisle jeta un coup d'œil à Jasper qui haussa les épaules. Ils suivirent le Vicomte Alambrooke jusqu'à une porte qu'il leur ouvrit avant de s'écarter pour les laisser entrer. Le Duc observa la pièce à l'atmosphère douce et romantique. Un divan blanc et deux fauteuils entouraient une immense cheminée, tout était feutré, on se serait cru dans un cocon. Il fit quelques pas et ses doigts effleurèrent un piano blanc.

-Puis-je savoir ce que vous fichez ici ? Grogna Jasper suspicieux. Il ne me semble pas que vous ayez eu un intérêt pour les humains ?

-Tout le monde change, soupira James, Madame Elisabeth est une femme exceptionnelle et ses employés sont attachants. Par ailleurs, Caïus ne m'a pas vraiment laissé le choix, les rues de Whitechapel ne sont pas sûres ces derniers temps et il voulait être sûr que les habitants du Manoir soient en sécurité.

-Tout ceci est très bien, mais je crois que nous n'avons plus rien à faire ici, déclara Carlisle d'un ton cassant.

Sa part d'homme tentait de refouler sa déception, alors, que le monstre en lui ne cessait de lui ordonner d'aller à l'étage récupérer le jeune homme.

-Il serait dommage que vous partiez, Mon Seigneur, alors, que je peux accomplir votre souhait, annonça James avec un sourire.

-Madame Elisabeth a dit…

-Pardonnez-moi, Monsieur le Marquis, le coupa-t-il, mais je peux vous amener Edward pour qu'il égaie votre soirée.

-Pourquoi Madame Elisabeth a-t-elle déclaré le contraire ?

-Edward est différent de ses autres pensionnaires, il est le joyau de sa collection, il ferait tourner la tête du plus Saint des hommes, d'ailleurs, il me semble que ce soit le cas, railla le Vicomte Alambrooke en l'observant. Je pense que Madame Elisabeth n'a pas non plus osé vous en parler parce que pour une première visite, vous auriez pu penser que nous en voulions à votre argent.

-Que voulez-vous dire ? Questionna Jasper en fronçant les sourcils.

-Comme je l'ai dit, Edward est aussi pur et beau qu'un diamant et tout comme cette pierre, sa valeur est inestimable. Par ailleurs, son talent à tout autant de valeur.

Carlisle serra les poings. Bien entendu qu'il savait qu'Edward était talentueux, il avait su en quelques secondes comment l'amener aux portes de la folie en lui faisant miroiter son innocence.

-Combien ? Questionna Carlisle d'une voix serrée qui retenait sa colère de savoir que d'autres l'avaient eu avant lui.

-1000 pièces d'or, lâcha James en l'observant avec attention.

-Très bien, accepta le Duc.

-Je vais aller le faire quérir, Milord, sourit James avant de sortir.

Carlisle fit le tour de la pièce pour venir se poster devant la cheminée, tendant ses mains vers la source de chaleur.

-Carlisle, je ne pense pas que ce soit une bonne idée, avoua Jasper d'une voix douce.

-Je te rappelle que notre présence ici est ton idée, pourquoi ne serait-ce plus le cas ?

-James est tout sauf quelqu'un de fiable, ses émotions lors de votre entretien étaient intrigantes, je n'y ai perçu que cupidité et manigance.

-Et alors ? Est-ce étonnant ? Dois-je te rappeler le lieu où nous nous trouvons ?

-Madame Elisabeth a été effrayée par ta demande, ne trouves-tu pas étonnant qu'elle ait menti sur l'existence d'Edward ? »

Carlisle haussa les épaules. Il s'en moquait, tout ce qu'il souhaitait s'était interrompre le rendez-vous que devait avoir Edward avec une autre personne que lui. La colère et le désir grondaient en lui et il n'en pouvait plus, le jeune homme était le seul à même d'apaiser le tourment qui étreignait son être. Jasper tenta de le calmer, mais cela ne fit qu'accroître ses sentiments. Son ami le regarda en secouant la tête lui signifiant ainsi que tout ceci ne lui plaisait guère.

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Alors qu'il allait rejoindre le rez-de-chaussée, Edward se figea en haut des marches du grand escalier quand il vit l'effervescence qui régnait sous ses pieds. Son regard ne tarda pas à remarquer la haute silhouette du Duc de Gloucester, son souffle se bloqua dans sa poitrine. Bien sûr, il était venu et depuis leur rencontre la veille, il craignait sa visite. Il sursauta en sentant une main se poser sur son épaule, il se retourna et croisa le regard chocolat intrigué d'Isabella. Remarquant sûrement son malaise, Bella l'entraîna dans le couloir. Elle voulut l'interroger, mais il se déroba pour aller se réfugier dans sa chambre. Une fois dans son antre, il s'assit sur son lit, ses mains crispées sur ses genoux alors que ses dents mordillaient sa lèvre inférieure. Son angoisse s'accrut quand il comprit ce que Lord Cullen venait faire ici, ce qu'il venait demander. Connaissant sa mère, il fut quelque part rassuré, elle ne le laisserait pas seul avec le Duc. Cependant, une partie de lui-même ne cessait de lui souffler qu'il pourrait enfin profiter de son étreinte, il serait à lui pour quelques instants. Edward soupira avant de passer une main dans ses cheveux, que lui prenait-il de penser ainsi ? Il n'était pas comme ça, non, il ne vendait pas son corps pour un peu d'amour, il ne le voulait pas ! Le jeune homme sursauta en entendant un coup frappé à sa porte. Avant qu'il n'ait le temps d'inviter la personne à entrer, le Vicomte Alambrooke pénétra dans sa chambre. Il se leva et se raidit aussitôt.

« -Pardonnez-moi de vous déranger, Monsieur Edward, lui dit-il un peu trop poliment à son goût.

-Que voulez-vous, Monsieur ?

-Lord Cullen de Gloucester est en bas et il souhaite votre présence.

-Et bien, j'en suis navré pour lui, mais je ne suis guère disposé à le recevoir, claqua la voix sèche d'Edward alors qu'il faisait son possible pour paraître calme.

-Je comprends votre point de vue, murmura le Vicomte d'une voix doucereuse, mais nous ne pouvons pas refuser un client aussi riche que lui.

-Je ne travaille pas ici !

-Je sais, mais votre mère à créé ce lieu, vos amis, votre famille sont ici, lui rappela l'homme de confiance de sa mère, vous ne pouvez pas être insensible à l'ambiance qui se dégage du Manoir. Depuis tout petit, vous vous êtes promené dans les couloirs, vous avez vu le plaisir sur le visage de vos amis. N'aimeriez-vous pas ressentir cela aussi ? Cette puissance que vous pouvez avoir sur des gens tels que le Duc ? Par ailleurs, il me semble que le Lord n'est pas des plus désagréables à regarder, non ?

Edward se leva pour aller se poster face à son étroite fenêtre. Il ne supportait plus la voix envoûtante du Vicomte qui effritait lentement toutes ses résolutions.

-Par ailleurs, et je suis navré de vous le rappeler, mais le salaire que le Comte et la Comtesse de Stafford vous ont versé n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan, le Duc de Gloucester offre 1000 pièces d'or pour quelques heures en votre compagnie, 1000 pièces d'or qui seraient bien profitable à Madame Elisabeth.

Le Vicomte Alambrooke venait d'appuyer sur un point sensible, sa mère avait besoin de cet argent, il suffisait qu'il accepte cette proposition pour la soulager de ce problème et, par la même occasion, sauver l'avenir de personnes vivants ici.

-Avez-vous des vêtements plus appropriés que ceux que vous portez ? Questionna James qui savait qu'il venait de gagner.

-Je n'ai…

-Que se passe-t-il ici ?

Edward se tourna vivement vers la porte de sa chambre où sa mère venait d'apparaître, son regard furieux se posa sur le Vicomte Alambrooke.

-Puis-je savoir ce que vous faites ici ? Dois-je vous rappeler que votre présence en bas est requise ?

-Je fais justement mon travail, Madame, savez-vous que le Duc de Gloucester est prêt à payer 1000 pièces d'or pour passer un peu de temps en compagnie de Monsieur Edward ?

Le jeune homme eut le temps de remarquer l'éclat d'intérêt dans le regard de sa mère avant que cette dernière ne se reprenne.

-Hors de question, mon fils n'est pas à vendre !

-Sauf s'il le souhaite, rappela sournoisement le Vicomte.

-Edward, murmura sa mère confuse.

Le jeune homme baissa la tête ne souhaitant pas affronter son regard. Il entendit le bruissement de sa robe sur le sol alors qu'elle s'approchait de lui, il releva la tête en sentant sa main douce sur sa joue.

-Edward, as-tu envie de le faire ?

Il hésita, n'osant croiser le regard de sa mère et ne supportant plus celui du Vicomte.

-James, sortez, je vous prie !

La voix sèche de sa mère ne laissa pas au Vicomte le loisir de protester, il sortit. Doucement, sa mère l'entraîna vers son lit où ils s'assirent, elle garda ses mains prisonnières des siennes.

-Edward, mon fils, as-tu envie… Oh, mon Dieu, je ne pensais pas avoir un jour ce genre de conversation avec toi ! Je sais que le Duc est un homme charmant et agréable à regarder, je peux aussi te certifier qu'il ne te fera pas de mal, qu'il sera doux, mais es-tu certain de vouloir faire ça ?

-Nous avons besoin de cet argent, murmura Edward en fixant avec attention ses mains.

-Oui, c'est vrai, reconnut sa mère avant de délacer leurs mains pour caresser sa joue, tout va bien se passer, mon cœur, tu ne dois pas avoir peur.

Edward acquiesça. Une petite voix dans sa tête lui fit amèrement remarquer que sa mère n'avait pas été longue à céder face à l'attrait des 1000 pièces d'or, cependant, il la fit taire en se rappelant que c'était pour le bien de tous. Le bruissement des jupes de sa mère lui apprit qu'elle s'était relevée, il la vit ouvrir son placard et sortir son plus beau costume. Elle le posa sur le lit avant de l'observer quelques secondes.

-J'ai rêvé de tellement de choses pour toi, avoua-t-elle d'un ton douloureux, si les temps n'avaient pas été aussi durs, tu aurais pu devenir quelqu'un. Malheureusement, tout comme moi, tu ne sembles pas pouvoir t'éloigner du plus vieux métier du monde. Habille-toi.

Le jeune homme acquiesça et sans oser la regarder dans les yeux, il prit les vêtements. Pendant qu'il se changeait, il put sentir le regard de sa mère se poser sur lui à maintes reprises, mais dès qu'il levait la tête, elle se retournait. Une fois changé, elle s'approcha pour refaire le nœud de sa cravate.

-Tu es magnifique, murmura-t-elle, James avait peut-être raison, la solution à tous nos problèmes étaient juste là sous mes yeux.

-Que voulez-vous dire, mère ?

-Rien. Je vais demander à Démétri de se tenir près du salon blanc, bien que je pense que sa présence ne soit pas indispensable, sache que si le Duc vient à dépasser les règles, il sera là.

Edward ferma les yeux et hocha doucement la tête. Son estomac était noué et il s'appliquait à dissimuler les tremblements qui parcouraient son corps. Lorsqu'il rouvrit ses paupières, son regard émeraude plongea dans celui de sa mère qui l'observait avec attention, une légère plainte franchit le seuil de ses lèvres lorsqu'elle pinça ses joues.

-Non, chuchota Elisabeth, tu n'as pas besoin d'artifices, tu es splendide. Es-tu prêt ? Nous ne pouvons pas nous permettre de faire attendre trop longtemps Sa Grâce. »

Le jeune homme acquiesça craignant que sa voix trahisse la peur qui le taraudait. Il inspira discrètement avant de suivre sa mère au rez-de-chaussée. Tout en descendant, ses yeux ne cessaient de se poser sur les tableaux de Maîtres, les riches tentures, les diamants, les saphirs, les émeraudes et l'or qui ornaient les cous, les oreilles de sa mère ou des filles. Si sa mère acceptait de vendre quelques-uns de ces derniers, leurs problèmes seraient résolus, mais elle ne pouvait pas, le Manoir et ses habitants devaient conserver leur splendeur pour sa clientèle. Arrivés devant la porte du salon blanc, il croisa le regard cupide de James qui eut un sourire éclatant en lui ouvrant la porte. A peine fut-il entré que le Duc qui lui tournait le dos virevolta pour lui faire face. Ses prunelles ambrées accrochèrent son regard avant de devenir de plus en plus sombres. Ses poings se serrèrent alors qu'il faisait son possible pour paraître stoïque face à l'examen du Lord. Il sursauta en sentant une main se poser dans son dos, il se tourna vers sa mère qui lui fit un sourire encourageant avant de le pousser un peu plus en avant dans la pièce, c'est alors qu'il remarqua la présence d'un deuxième homme. Son cœur se mit à battre violemment dans sa poitrine, pourquoi étaient-ils deux ? Certains des pensionnaires de sa mère recevaient deux voire trois clients en même temps, mais là il ne pouvait pas. Non ! Il s'apprêtait à s'enfuir quand une vague de calme l'envahit lui faisant froncer les sourcils, que se passait-il ?

« -Edward, ne vous ai-je pas appris à saluer comme il se doit ?

La légère remontrance de sa mère lui fit remonter le rouge aux joues et il s'inclina respectueusement devant le Lord et l'inconnu.

-Edward, je crois que vous connaissez Lord Cullen de Gloucester ? Dit doucement James qu'il n'avait pas vu entrer. Et voici, le Marquis de Dorset, l'un de ses plus proches amis.

-Et bien, je pense que nous sommes de trop, sourit Elisabeth en étreignant furtivement sa main, Monsieur le Marquis accepteriez-vous de prendre un verre en ma compagnie ?

-Avec joie, Madame, mais j'aimerais m'entretenir avec Lord Cullen quelques instants.

-Je suis sûr que cela peut attendre, coupa James en ouvrant la porte du salon.

-Carlisle… Ce n'est pas une bonne idée, murmura le Marquis d'un ton presque inaudible, quelque chose cloche.

Edward fronça les sourcils en entendant cet étrange échange. Le Marquis fit un pas vers le Duc, mais ce dernier se déplaça pour venir à ses côtés.

-Allons-y, pressa James.

Sa mère sourit au Marquis avant d'enlacer son bras et de le conduire vers la sortie. Edward tressaillit et ne put s'empêcher de fixer la porte qui venait de se refermer. Il n'osait bouger, il pouvait sentir dans son dos la présence du Duc, son souffle caressait sa nuque et son corps n'était qu'à quelques millimètres du sien. Le jeune homme ferma les yeux, tremblant face à cette proximité. Un coup frappé à la porte le fit sursauter, le Duc entoura sa taille avec un de ses bras alors que Démétri entrait, un plateau à la main qu'il déposa sur la table basse, avant de ressortir. Dès qu'il fut sorti, la pression du bras du Lord se détendit quelque peu et il en profita pour mettre une certaine distance entre eux.

-Voulez-vous… Voulez-vous une coupe de champagne ? Interrogea-t-il d'une voix qu'il trouva horriblement faible.

-Laisse-moi faire.

Le Duc s'approcha de lui pour prendre la bouteille de champagne du seau, leurs doigts se frôlèrent et un étrange picotement parcourut son corps. Il s'écarta pendant que le Lord ouvrait la bouteille. Le bouchon sauta et il l'observa verser d'un geste agile l'alcool dans deux coupes. Le Duc reposa la bouteille avant de lui tendre une coupe.

-Non, merci, refusa-t-il, je ne bois pas d'alcool.

Un sourire se dessina sur le visage du Lord alors qu'il se rapprochait de lui pour mettre d'autorité une coupe dans la main.

-Tu ne vas pas me faire croire que tu n'as jamais bu ? Tu sais, je ne crois plus les mensonges qui sortent de ta jolie bouche.

-Quoi que vous pensiez, Milord, je ne vous ai jamais menti.

Un petit rire amer secoua le torse du Duc alors qu'il prenait une gorgée de champagne avant de se rapprocher de lui. Le jeune homme mordilla sa lèvre inférieure quand il sentit l'un des doigts du Lord caresser la peau de son cou avant de tracer le contour de sa mâchoire, rapprochant leurs corps. Le Duc pencha légèrement la tête, ses lèvres effleurèrent le chemin que son doigt avait pris un peu plus tôt. Edward serra les dents pour ne pas s'enfuir.

-Excellent, murmura le Lord.

-Quoi ?

-Tu es vraiment un excellent acteur, je peux même sentir ta peur qui est un véritable délice. »

Le Duc inspira profondément contre la peau de son cou comme s'il se droguait de son odeur. Edward le laissa faire tout en tentant de se détendre. Le Lord se rapprocha encore un peu, faisant se toucher leurs deux corps. Du coin de l'œil, il le vit placer sa coupe sur le manteau de la cheminée pour pouvoir poser ses deux mains sur ses hanches. Le visage du Duc était toujours enfoui dans le creux de son cou, son souffle froid caressait sa peau, le faisant frémir. Les lèvres du Lord déposèrent des baisers humides dans son cou avant de remonter vers sa mâchoire. Edward pouvait sentir contre sa cuisse la virilité du Duc qui durcissait lentement. La bouche du Lord ne tarda pas à arriver au niveau de la sienne, les yeux noirs plongèrent dans les siens alors que leurs lèvres s'effleuraient sans pour autant se toucher. Soudain, les mains du Lord se crispèrent et il le plaqua contre son corps avant de débuter un léger déhanchement qui les fit tout deux gémir. Edward était perdu. La peur et le désir se mêlaient en lui, les lèvres du Duc repartirent à la découverte de son cou. L'une de ses mains délaissa sa hanche pour monter le long de son torse, en quelques secondes, il lui avait ôté sa cravate et défait les premiers boutons de sa chemise pour pouvoir accéder à un peu plus de peau qu'il se fit un plaisir de lécher, mordiller, embrasser. Un feu jusque-là inconnu naquit en lui et avec honte, il sentit sa virilité s'éveiller. Ses mains qui pendaient le long de son corps agrippèrent timidement la veste du Duc qui se redressa pour chercher le chemin de ses lèvres. Leurs bouches allaient se toucher lorsqu'un cri strident le fit tressaillir brisant l'instant magique.

« -Qu'est-ce que c'était ? S'inquiéta-t-il.

-Je ne sais pas, murmura le Duc.

Ce dernier s'écarta difficilement de lui pour se diriger vers l'une des fenêtres dont il écarta les lourds voilages.

-Les volets sont clos, le prévint Edward. J'espère… J'espère que ce n'est rien.

-Tu trembles, remarqua le Duc en revenant vers lui, bois un peu de champagne, cela te fera du bien.

Le jeune homme ne réfléchit pas et but plusieurs gorgées. Le Lord sourit avant de prendre sa coupe pour la remplir à nouveau. Pendant ce temps, il se dirigea vers la porte qu'il entrouvrit pour faire signe à Démétri d'approcher.

-Tout va bien, Monsieur Edward ? S'enquit le garde.

-Oui, savez-vous ce qui se passe ?

-J'ai envoyé Nicolas et Gladys voir ce qui se passait.

-Mais… Mais ça ne venait pas d'ici ?

-Non, rassurez-vous.

Edward hocha doucement la tête avant de refermer la porte. L'inquiétude quant à ce qui se passait dehors l'envahissait, il sursauta en sentant une main enlacer sa taille pendant qu'une autre lui offrait une flûte pleine.

-J'aimerais que tu sois avec moi, il me semble que 1000 pièces d'or devraient m'assurer ton attention.

-Pardonnez-moi, Milord, s'excusa-t-il en prenant une gorgée d'alcool.

-Viens.

Le jeune homme laissa le Duc lui prendre la main et l'entraîner sur le divan qui faisait face à la cheminée où ils s'installèrent. Le bras du Lord enserra sa taille pour le soulever et l'installer sur ses genoux, il rougit et but une nouvelle gorgée pendant que la main du Duc caressait en de petits cercles l'une de ses cuisses.

-Pourquoi parais-tu si inquiet ?

-Vous… Vous ne savez pas ?

-Pourquoi le devrais-je ? Et pourquoi ce cri te terrorise autant, dans un quartier comme celui-ci cela doit être au courant.

-Contrairement à ce que vous pensez, ce genre de cri n'était pas courant ici.

-N'était ?

-Vous ne savez pas ce qui se passe à Whitechapel ? S'étonna Edward.

-Non, avoua le Duc.

-Un tueur rôde, confia le jeune homme d'une voix tremblante.

-Ca ne serait pas la première fois dans les bas-fonds, souffla le Duc en déposant des baisers dans son cou.

-Mais il est différent, il ne s'en prend qu'aux prostituées et ses meurtres sont horribles, poursuivit Edward en frémissant, la police ne fait pas grand-chose étant donné que nous ne sommes que de la vermine.

-Tu ne risques rien, voulut le rassurer le Duc, le Manoir semble bien garder.

-Je sais… Mais, Démétri et ses gardes ont tenté de l'attraper, ils n'y sont pas parvenus. »

En entendant ces quelques mots, les attentions du Lord cessèrent. Il se tourna vers lui et remarqua son air soudain préoccupé. Edward termina sa coupe avant de se relever pour remplir sa flûte ainsi que celle du Duc. Il but une gorgée avant de revenir près du divan et de tendre une flûte au Lord qui avait repris contenance. Cependant ce dernier posa la coupe sur un guéridon, il l'observa se rapprocher de la cheminée. Edward se leva aussi tout en vidant d'un trait sa flûte. Il sursauta légèrement quand il le sentit le Duc se poster derrière lui, il ne l'avait pas vu se déplacer, ses mains reprirent leur place sur ses hanches et ses lèvres retrouvèrent le chemin de sa peau en embrassant sa nuque. L'une des mains du lord se posa sur la sienne pour lui prendre la coupe et la poser sur le manteau de la cheminée, puis, il le fit tourner. Le chaud rencontra le froid quand leurs corps se fondirent l'un contre l'autre. Les mains du Duc entourèrent son visage et il déglutit en voyant ses lèvres s'approcher des siennes. Edward ferma les yeux quand il perçut une douceur froide contre sa bouche. Ses lèvres restèrent inertes alors qu'il se demandait quoi faire. Il se morigéna, il vivait dans une maison close, comment pouvait-il être aussi ignare ? Les lèvres du Lord bougèrent lentement contre les siennes et il décida de l'imiter. Rapidement, il sentit quelque chose de froid et d'humide forcer l'entrée de ses lèvres, il eut un geste de recul que les bras fermes du Duc empêchèrent lorsque leurs langues se touchèrent. Tendrement, la langue du Lord s'enroula, caressa la sienne qu'il bougeait timidement. Alors que l'air commençait à manquer dans ses poumons, le Duc délaissa ses lèvres pour embrasser son cou tout en caressant tendrement son torse. N'appréciant sûrement pas son inactivité, le Lord prit ses mains pour les poser sur son torse, il les guida en de langoureuses caresses, descendant toujours plus bas. Il se crispa lorsque ses doigts effleurèrent la bosse qui déformait le pantalon du Duc. Ce dernier gémit tout en le forçant à poser sa main sur sa virilité, puis, il imprima un mouvement de va et vient. La chaleur qui avait envahi son corps le déserta peu à peu, il ferma les yeux, mais une larme lui échappa pour rouler le long de sa joue.

« -Cela suffit ! Grogna le Duc le faisant trembler. Il me semble avoir payé, alors, cesse de jouer aux vierges effarouchées !

-Pardon, Milord, murmura-t-il en ravalant ses larmes.

Un feulement secoua le torse du Duc et la minute suivante il se retrouva plaqué contre le mur, le corps du Lord se pressa contre le sien tout en se frottant à lui sans aucune pudeur.

-Milord…

-Ce n'est pas une plainte que je veux entendre, mais plutôt un gémissement, je te croyais plus doué que ça ? Claqua sa voix sèche.

Le peu de magie qui avait pu naître entre eux avait totalement disparu et la peur glaciale chassait la chaleur qui avait pu habiter son être.

-Alors, Edward, est se tout ce dont tu es capable ?

-Il ne fallait pas vous attendre à plus de la part d'un morceau de viande ! Cracha le jeune homme.

-Ne me parle pas sur ce ton !

-Peut-être que mon imagination n'est guère stimulé par votre beauté glaciale !

Avant qu'il ne comprenne ce qui lui arrivait, ses pieds quittèrent le sol et il atterrit violemment sur le divan qui grinça sous l'impact. Le souffle encore coupé par le choc, son hoquet de stupeur disparut quand le Lord bondit sur lui le bloquant sous son corps de marbre. Un bruit de tissu déchiré le fit trembler, sa veste et sa chemise n'étaient plus qu'un pâle souvenir.

-Non, supplia-t-il.

Le regard noir et sans pitié du Duc plongea dans le sien, ses mains de fer emprisonnèrent ses poignets au-dessus de sa tête. Un grognement menaçant s'échappa des lèvres du Lord qui s'étaient retroussées pour révéler ses dents acérées. Edward allait supplier quand il se rendit compte que cela ne lui était pas dédié. Il tourna la tête et croisa le regard de Démétri.

-Je suis navré de vous interrompre, Lord Cullen, mais Scotland Yard est en train de faire une descente, je pense pas qu'il ne vaut mieux pas qu'ils vous trouvent ici.

-Sors ! Ordonna le Lord en fusillant le garde. »

Démétri grogna avant de faire un pas dans la pièce, apparemment, bien décidé à faire sortir le Duc de gré ou de force. Des feulements emplirent la pièce alors que les prunelles noire et carmin se défiaient. Edward se leva prudemment du divan craignant que chacun de ses gestes attire l'attention de ces êtres nullement humains. Heureusement, le Marquis de Dorset qui avait accompagné le Lord entra. Au bout de quelques minutes qui lui parurent des heures, les deux hommes s'apaisèrent. Doucement, le Marquis prit le bras du Duc qui était dans un état second pour le conduire à l'extérieur. Edward se laissa tomber dans le divan une fois qu'il fut parti. Démétri s'approcha doucement, s'inquiétant pour lui. Il le rassura d'un sourire avant de gagner l'étage pour se réfugier dans sa chambre.

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Carlisle sortit de la torpeur dans laquelle Jasper l'avait plongé pour le sortir du Manoir des Charmes. Un grognement menaçant secoua son torse quand ils se retrouvèrent dans l'une des forêts entourant Londres. Il se tourna vers Jasper, prêt à l'attaquer, son ami s'était lui aussi mis en position d'attaque, légèrement accroupi. Il se jeta sur lui, mais le Marquis l'évita sans grande difficulté. Il savait qu'il avait peu de chance de le battre en combat, mais il avait trop besoin d'exorciser sa rage pour réfléchir correctement. Il allait à nouveau bondir, mais Jasper fut le plus rapide et il se retrouva plaquer contre une paroi rocheuse dont des bouts de pierre s'échappèrent sous la violence du choc.

« -Calme-toi ! Tes idées ne sont pas claires ! Gronda Jasper en le tenant immobilisé.

-Pourquoi as-tu fait ça ? Hurla-t-il.

-Parce que tu allais faire une bêtise !

-Une bêtise ? Non ! Non, il est à moi ! A moi !

-Ecoute-toi ! Tu dis n'importe quoi ! Bon Dieu, Carlisle, jamais je n'aurais pensé que toi, toi qui as autant de respect pour les humains, traite ainsi ce jeune homme !

-C'est une pute et…

Il ne put terminer sa phrase, un poing atterrit brutalement contre sa mâchoire.

-C'est peut-être un prostitué, mais il mérite un tant soit peu de respect et il a le droit de te dire non !

-J'ai payé ! Il est à moi !

-Personne n'appartient à personne ! Sacrebleu, Carlisle, tu serais fou de rage si tu entendais quelqu'un parler comme ça !

-Tu ne peux pas comprendre…

-Oh, si ! Ne crois-tu pas que j'aime ? Ne crois-tu pas que je me suis battu pour l'avoir auprès de moi malgré nos différences ? Si ! Carlisle, tu es perdu, annonça Jasper d'un ton radouci, tu ne sais plus reconnaître tes sentiments, je l'ai été moi aussi quand je l'ai rencontré. Nos sentiments sont brutaux, décuplés par notre condition, tu l'aim…

-Non ! Non ! Je le veux juste ! Comment pourrais-je éprouver quoi que ce soit autre que du désir pour une personne qui m'a menti ? Qui s'est moquée de moi ? Qui n'en veut qu'à mon argent ? Toute cette comédie…

-Je ne pense pas que ce soit de la comédie, tu te souviens que je ressens les sentiments ? J'ai lu en lui, il…

-Tais-toi !

-Non, je ne me tairai pas ! Carlisle, il faut que tu t'éloignes, quitte Londres ! Il faut que tu sois au calme pour retrouver tes esprits et surtout loin de lui !

-Non !

-Tu le retrouveras dès que tu auras compris ce que tu ressens !

Carlisle baissa la tête. Jasper ne le lâcherait pas tant qu'il n'aurait pas accepté ses conditions. Aussi, il prit sur lui pour masquer ses sentiments, chose qu'il avait appris à faire au court des ans et à force de côtoyer son ami. Il inspira discrètement et sûrement en sentant son changement d'esprit, Jasper le relâcha doucement.

-Pardon, murmura Carlisle.

-C'est rien, ça nous arrive à tous et d'ailleurs quand cela m'est arrivé, heureusement que tu étais là.

-Je… Je crois que je ferais mieux d'aller chasser.

-C'est une bonne idée, approuva le Marquis.

-On se retrouve dans trois heures chez moi à St James ? Proposa Carlisle.

-Et nous rentrons chez nous ? J'ai hâte de retrouver les bras de ma moitié ! Soupira Jasper. »

Carlisle esquissa difficilement un sourire avant d'acquiescer, leurs propriétés étaient voisines, le Marquis aurait donc trouver étrange qu'ils ne rentrent pas ensemble et puis cela devait le rassurer. Après un dernier regard échangé, ils s'élancèrent tous deux à travers les arbres pour chasser. Cependant, quand il fut sûr d'être seul, il ralentit le pas et se mit à marcher, sa rage revenant doucement en lui. Comment avait-il pu le repousser ? ! Il avait payé ! Il avait fait les choses dans les règles de l'art et qu'avait-il eu en retour ? Rien ! Refusant de voir qu'Eléazar avait raison en lui disant que son penchant se transformerait en dangereuse obsession, il se mit à échafauder des plans pour avoir Edward à lui. Il allait le faire plier, oui, il parviendrait ! Pourquoi lui refuserait-il son corps, alors, qu'il l'offrait à tant d'autres ? Cela le mettait dans une rage folle ! En plus, si Edward n'avait pas prononcé ce fichu « non », il aurait pu le posséder et être débarrassé la frustration qui l'habitait depuis leur rencontre à Stafford Manor. Renonçant à chasser, il regagna rapidement son hôtel particulier à St James où il s'enferma dans son bureau pour tenter de trouver une solution.

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Elisabeth referma doucement la porte de la chambre de son fils. Après le départ de tous ses invités, elle était montée pour s'entretenir avec lui de son rendez-vous qui s'était avéré être une catastrophe. Elle s'était figée sur le seuil de la chambre quand elle avait aperçu son fils aux vêtements déchirés, roulé en boule, des traces de larmes sur ses joues et endormit. Elle s'était approchée doucement et avait recouvert son corps avec une couverture après lui avoir ôté ses chaussures. Elisabeth caressa le visage de son fils avant de déposer un baiser sur son front et de sortir. Alors qu'elle regagnait ses appartements d'un pas lourd, James lui emboîta le pas ce qui la fit soupirer. Elle entra et laissa la porte ouverte pour que son homme de confiance la suive.

« -J'ai dû rendre au Marquis l'argent du Duc, l'informa-t-il en leur servant deux verres d'alcool. Argent dont nous avons cruellement besoin.

-Il est inutile de me le rappeler !

-Un autre meurtre a eu lieu.

-Où ?

-Dans une petite maison, à quelques pas d'ici, ce n'est pas la peine que je vous précise que cela va encore plus nuire à nos affaires.

-Non, ce n'est pas la peine. Est-ce la pauvre malheureuse que nous avons entendu tout à l'heure ?

-Non, une de ses amies qui l'a découverte, elle serait morte hier soir. Nicolas et Gladys n'ont pas réussi à remonter la piste.

-Comment un être humain ou un vampire peut-il vous échapper ?

-Je l'ignore et cela me fâche, je ne comprends pas comment il parvient à nous échapper !

-Tout cela n'arrange pas nos affaires.

-Non, mais j'ai peut-être une solution à vous soumettre, Madame, mais je ne suis pas sûr qu'elle vous agrée.

-Et quelle est-elle ?

-Le Duc de Gloucester.

-Non ! Edward n'a pas tenu, ce rendez-vous a été une catastrophe et nous aurons de la chance si Sa Grâce ne fait pas part de sa déconvenue au Manoir, je n'ose imaginer les répercussions, cela signerait immédiatement la fin de notre maison.

-Si vous pouvez me le permettre, je pense que Monsieur Edward a été paralysé par la peur et n'a su quoi faire. Le Duc tient à lui, même peut-être plus qu'il ne le pense.

-Que voulez-vous dire ? Questionna Elisabeth soudain intéressée.

-Je pense que le comportement plus qu'étonnant de Sa Grâce quand on le connaît s'explique par le fait qu'il ne supporte pas qu'un autre puisse avoir les faveurs de votre fils. Il le veut et Monsieur Edward n'est pas lui non plus insensible à ses charmes.

-Très bien, mais où tout cela nous mène-t-il ?

-Au marché se tenant au fin fond de Highgate.

-Non ! Hors de question !

-Réfléchissez, Madame, je vous en prie. Non seulement vous assureriez l'avenir du Manoir des Charmes ainsi que celui de votre enfant. Monsieur Edward pourrait jouir de la fortune et du prestige du Duc, vous qui rêvez d'une meilleure vie pour lui, vous pourriez la lui offrir.

-Mais quelle garantie que Sa Grâce le traite bien ? Et puis, comment être sûr qu'il soit au marché ?

-Nous nous assurerons qu'il soit là et n'oubliez pas sa fortune, personne ne pourra surenchérir.

-Leur entretien de ce soir ne me rassure guère, rétorqua tout de même Elisabeth.

-Une mauvaise passe, pensez à l'argent Madame, Edward n'est pas le seul à être sous votre responsabilité. »

Elisabeth hocha gravement la tête avant de congédier d'un signe de la main le Vicomte Alambrooke. Elle posa son verre sur l'un des guéridons avant de se délester de ses bijoux qu'elle rangea dans ses écrins et de rejoindre à pas feutrés la chambre de son fils. Une fois dans cette dernière, elle alluma une bougie qu'elle posa sur le chevet avant de s'installer sur une chaise près du lit. La nuit passa. Ses yeux ne cessaient de fixer le visage de son enfant, elle revoyait sa naissance, la première fois qu'elle avait posé son regard sur sa petite bouille parfaite. Le Ciel lui avait offert un ange et elle s'apprêtait à l'offrir à l'Enfer. Une larme roula sur sa joue qu'elle chassa rapidement quand la porte s'ouvrit. Sans se retourner, sachant parfaitement qui était là, elle hocha la tête. Ne souhaitant pas assister à la suite, elle se pencha vers son enfant et murmura un pardon avant de déposer plusieurs baisers sur son visage. Elle se redressa et ôta la chaîne en or de son cou où pendait une petite croix, elle la passa autour du cou de son enfant tout en l'embrassant une dernière fois avant de s'enfuir. A peine avait-elle passé la porte qu'elle vit le Vicomte d'Alambrooke enfoncer une aiguille dans le creux du coude de son fils qui s'éveilla en sursaut. Son cœur se serra quand elle entendit son cri avant qu'il ne plonge dans un profond sommeil. Elle ferma les yeux quand James passa devant elle, son enfant enveloppé dans la couverture, blottit dans ses bras. Madame Elisabeth inspira profondément avant de se composer un visage neutre, elle avait pris la meilleure décision pour le bien de tous.

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Carlisle était en train de faire un énième aller-retour dans son bureau, usant sûrement son parquet quand il entendit cogner à sa porte. Décidant que ses serviteurs mettraient trop de temps à arriver et surtout souhaitant éconduire le Marquis si c'était lui, il alla ouvrir pour se retrouver face à un homme. Il fronça les sourcils en reconnaissant l'écusson du Manoir des Charmes qui ornait la livrée de l'homme qui s'inclina face à lui avant de lui remettre une missive. Alors qu'il allait le questionner, le valet partit. Intrigué, il referma la porte et décacheta la missive tout en marchant vers son bureau. Il se figea sur le seuil de celui-ci quand il lut le contenu de cette dernière. En l'espace d'un instant, il avait réveillé toute sa maisonnée, ordonnant que l'on prépare au plus tôt son départ pour Gloucester Castle. Il demanda au personnel restant d'informer le Marquis qu'il était déjà parti. Il monta dans sa calèche que Sirius conduisait. Cependant à peine avaient-ils atteint les faubourgs de Londres qu'il ordonna l'arrêt de celle-ci. Il fit taire Sirius d'un regard meurtrier avant de s'élancer en courant vers le marché de Highgate où il allait enfin pouvoir étancher toutes ses soifs !

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