Bonjour à tous !
Sur les bons conseils de Fairyteyla je déplace ma fic dans cette rubrique. J'espère que cela vous plaira.
Avant de s'enfoncer dans le sombre tunnel, Marie fit un dernier tour dans la loge. Elle rassembla un lot de vêtements ainsi que son baluchon. Elle ragea ces derniers à l'abri des regards, le long du mur dans le miroir. Enfin elle se confectionna une torche rudimentaire avec quelques vieux chiffons.
Faisant taire son appréhension, elle entreprit alors son exploration sans savoir qu'il s'agissait en réalité d'un des plus grands tournants de toute sa vie.
Le passage secret était baigné dans une obscurité si profonde que la frêle lueur de la torche avait du mal à percer les ténèbres. Le coeur battant à tout rompre, la jeune femme avançait prudemment. Le courage n'avait jamais été une de ses caractéristiques premières. En d'autre mots si la curiosité et la détermination à découvrir les mystères de l'ancien opéra populaire ne guidaient pas ses pas, elle serait déjà à milles lieux d'ici.
Ce qu'elle croyait être un passage unique était en réalité un vaste réseau de couloirs. Où menaient-ils, elle n'en avait aucune idée. Elle se contentait de suivre le son mélodieux qu'elle entendait, parfois lointain, parfois plus proche. Ceci la conduit à emprunter ce qui lui semblait être le corridor central.
Celui ci était relativement étroit, juste assez large pour qu'une personne de bonne corpulence puisse y passer sans soucis. Le sol était poussiéreux, les parois de pierre criblés de toiles d'araignée. Au plafond, on pouvait deviner quelques arcades. De chaque côté, des bras d'or jaillissaient du murs tenant d'imposants candélabres à cinq branches. La plupart des bougies étaient consumées de moitié.
Malgré l'apparence abandonnée de la coursive, Marie remarqua que celle ci était loin d'avoir atteint l'état de délabrement des autres galeries. Le tissu arachnéen y était moins dense, la poussière du sol plus localisée, comme si quelqu'un y passait régulièrement.
La jeune femme avançait d'un bon pas. Très vite, elle arriva en haut d'un large escalier à vis, de pierre. De l'eau suintait de la roche et de petites bestioles, qu'elle n'auraient pas su nommer courraient le long des marches. Marie priait pour ne pas se retrouver nez à nez avec des rats : elle avait une sainte horreur de ces rongeurs.
Au bas des marches, une petite salle qui débouchait sur un nouveau corridor. Celui ci cependant plus vaste, amorçait une faible descente garantie par un nouvel escalier, cette fois ci droit et à larges marches. L'endroit possédait le même moyen d'éclairage que le précédent. De peur que sa torche improvisée ne lui fasse faux bon, Marie sélectionna les trois plus grandes bougies en réserve.
Enfin elle atteignit le bout de la galerie. Mais, au moment de franchir l'arcade, une souris fit soudainement irruption devant la jeune. L'animal apeuré courut vite se réfugier à l'abri de l'intrus. Marie eut le même réflexe de survie mais à la différence du petit rongeur sa course fut très courte. En effet, affolée par la présence du rongeur, elle n'avait plus pris garde de ce qui l'entourait. De ce fait elle ne vit pas que le sol s'arrêtait là où commençait une étendue d'eau souterraine. Aussi, c'est tout naturellement qu'elle fit un beau plongeon.
Au moment où elle réalisa sa chute, Marie fut prise de deux peurs distinctes. La première était qu'elle ne savait pas nager, la deuxième était que ses torches avaient bien entendu suivit le même chemin s'éteignant par voie de conséquence. Tandis qu'elle se préparait à se noyer, la jeune femme se rendit compte que l'eau, loin d'être profonde, lui arrivait au dessus du genou. Elle se félicita d'ailleurs, d'avoir opter lors de sa fugue pour une tenue masculine. Pour finir de la rassurer, l'eau renvoyait une lueur lointaine, éclairant faiblement la pièce.
La voix était toujours là, elle se rapprochait à mesure de la progression de la jeune femme. Par moments elle pouvait même percevoir des bribes de paroles. Marie avançait plus difficilement dans l'étendue liquide. Elle s'efforçait de ne pas regarder les murs : les visages grimaçant qui y étaient sculpté la mettaient mal à l'aise. Elle aurait donné chère en ce moment pour une présence amicale à ses cotés. Elle ne put retenir que difficilement un cri de surprise et de frayeur quand l'ombre de deux immenses statues apparut dans son champ de vision. Ces statues étaient en réalité l'entrée d'une nouvelle salle. Face à elles, une herse était à moitié levée.
La voix s'était tu, la mélodie aussi. Marie avait perdu son guide, elle était seule dans un lieu inconnu. Elle fut tenté de faire demi tour mais une vaste analyse de la situation lui indiqua qu'elle n'avait rien à perdre à poursuivre son exploration. Silencieusement elle franchit la grille, espérant vivement que celle ci ne se décide pas soudainement à se baisser.
Elle entra alors dans un monde nouveau. De ci de là des bougies allumées éclairaient une vaste pièce aménagée à même la roche. De splendides tentures ornaient les murs de pierre brut. Le plafond était si haut qu'il s'évanouissait parfois dans les ténèbres. Ce lieu semblait magique. Triste et fastueux... Marie s'approcha discrètement, envoutée par ce qui l'entourait, jusqu'à atteindre une rive rocheuse sur laquelle elle se hissa.
Autour d'elle se trouvaient des meubles finement ouvragés, des chandeliers majestueux, des décors talentueusement sculptés. De nombreux porte-partition agrémentaient l'espace : de cette salle émanait l'essence même de la création. Ce fut un gémissement qui tira Marie de son émerveillement, la ramenant brusquement sur terre. La jeune femme se retourna et vit alors, au fond de la pièce un orgue splendide surplombant les éléments. Un homme y était installé, sanglotant sur les touches des claviers. Marie s'approcha prudemment. Elle aurait volontiers aimé consoler cet homme qui semblait si désoeuvré, mais une petite voix intérieur lui dictait de rester prudente.
L'individu se redressa, le jeune femme s'immobilisa. Le premier ignorait encore qu'il avait de la visite, la dernière était partagée par des sentiments contradictoires. C'est alors que l'occupant des lieux entama un chant. Ses doigts dansaient sur les claviers,jouant gracieusement une mélodie lente et mélancolique. Sa voix s'éleva dans les airs emplissant chaque recoin de la salle : une voix puissante légèrement grave, une voix douce et caressante...
No one would listen
No one but her
Heard as the outcast hears.
Shamed into solitude
Shunned by the multitude
I learned to listen
In my dark, my heart heard music
I long to teach the world
Rise up and reach the world
No one would listen
I alone could hear the music
Then, at last, a voice in the gloom
Seemed to cry "I hear you"
I hear your fears
Your torment and your tears
She saw my loneliness
Shared in my emptiness
No one would listen
No one but her
Heard as the outcast hears
No one would listen
No one but her
Heard as the outcast hears...
Le chant pris fin trop vite au goût de Marie. Il s'acheva comme une complainte, un silencieux cri de désespoir. Elle était totalement subjuguée par le talent de cet inconnu, la beauté de sa voix... Charmée par cette musique, elle serait bien restée des heures durant à l'écouter, à regarder. L'émotion transmise était si forte qu'elle eut bien du mal à se retenir d'éclater en sanglots une larme perla d'ailleurs bien malgré elle le long de ses joues. Dieu sait comme elle rêvait à cet instant de pouvoir un jour égaler cet homme, chanter avec autant d'aisance et de grâce. Que faisait-il ici à croupir dans les bas fonds d'une ruine alors qu'il pourrait avoir le monde à ses pieds...
Marie sortit de l'ombre tandis que l'individu fixait un point perdu dans le néant. Elle se plaça dans le faisceau lumineux d'une bougie et brisa le silence récent en déclarant simplement :
_ C'était vraiment très beau.
Les événements qui eurent lieu après ce bref compliment, s'enchainèrent si vite que Marie eut du mal à les réaliser.
Lorsque le musicien entendit une voix humaine, il fut tout d'abord étonné. Cependant le timbre féminin de cette voix réveilla en lui un espoir fou. Il se retourna brusquement pour constater l'identité de son visiteur.
Au moment où il fit face à la jeune femme, celle ci recula si vivement de surprise qu'elle bascula en arrière. La franchise étant un autre de ses plus grands défauts, elle ne put s'empêcher d'annoncer :
_ Hum, une bonne toilette vous ferait le plus grand bien...
Bien que ces paroles ne soient pas les plus appropriées aux vues de la situation, elle reflétaient la pure réalité. L'homme qui se tenait en face d'elle affichait un total laisser aller.. Il portait une barbe hirsute qui lui tombait à mi poitrine, au dessus de vêtements élimés. Ses cheveux étaient longs et sales. Son visage, pour le peu qu'elle pouvait en voir était sillonné de traces de larmes anciennes et récentes, sur sa partie gauche. L'autre partie en revanche semblait dissimulée par un masque. Malgré cet aspect repoussant, Marie ne parvenait pas à être répulsée par cet homme qui au contraire l'attirait : de lui émanaient tant de mystères et d'espoirs.
Le charme du moment fut cependant bien vite brisé lorsqu'il ordonna hargneusement :
_ Partez !
Le ton dur et sec n'autorisait aucune discussion. Et pourtant, la jeune femme ne bougea pas. Paralysée par la peur et l'incompréhension, elle ne put qu'articuler :
_ Je...je suis sincèrement désolée, j'aurais du me taire, loin de moi l'intention de vous vexer.
_ Partez !
_ Laissez moi au moins vous expliquer...
Et pour la troisième fois, alors que l'individu se rapprochait d'elle, la seule réponse qu'elle obtint fut :
_ Partez !
Cette fois ci cependant, alors qu'il s'apprêtait à disparaître derrière un rideau, il ajouta faiblement :
_ Cet enfer n'est pas le vôtre.
Puis plus rien. Marie se retrouva seule dans cette salle inconnue. A la surface elle était traquée, dans le sous-sol elle était chassée...un bien triste tableau...
Elle songea un moment à suivre les conseils de son hôte improvisé, mais elle n'avait ni le courage, ni les moyens de retourner sur ses pas pour le moment. Elle se résigna donc à passer ce qu'elle devinait être la nuit ici. Profitant du peu de lumière que lui procurait encore les bougies agonisantes, elle se constitua un lit de fortune avec la nappe d'une des tables qui l'entourait : elle n'avait pas la force d'aller plus loin pour trouver mieux. Elle s'installa dans un coin de mur, accolée au rideau qu'avait emprunté l'homme mystérieux, et qui devait surement cacher un autre passage secret. Marie prit soin d'écarter tous les morceaux de miroir brisé qui jonchaient le sol puis elle se lova dans la nappe de velours rouge et s'endormit priant pour que le froid ne soit pas trop prononcé.
Quelques heures plus tard, une ombre sortit dudit rideau il s'agissait de l'homme au masque que certains connaissaient sous le nom du fantôme de l'opéra. Pour ceux qui le connaissaient, il était mort, pour les autres, et bien il n'existait évidemment pas. Cet arrangement lui convenait pleinement, malgré son malheur, il restait libre de ses mouvements, libre de s'adonner à son désespoir...
Mais voilà que quelqu'un était venu le trouver. Longtemps, il avait espérer que Christine vienne le retrouver, seulement elle n'était jamais revenu. Lui avait tenu ses engagements, il ne l'avait plus jamais ennuyé. Elle avait confirmé son choix, elle ne l'avait jamais revu. Au moment où il avait pris conscience de cette dure réalité, il avait été si anéanti qu'il aurait volontiers mis fin à ses jours. Cependant comment un survivant pouvait-il se donner la mort. Toute sa vie n'avait été que lutte pour simplement exister. Le bonheur qu'il avait connu dans l'ombre de Christine avait été tardif, il avait aussi été éphémère. Mais le mal était là de plus en plus présent, il le rongeait intérieurement. Autrefois, la solitude ne lui aurait pas posé de problèmes, il avait grandi seul. Pourtant maintenant cela lui était insupportable, il avait connu mieux et cela lui manquait énormément. Par moments il regrettait de s'être dévoiler, d'avoir espérer plus que ce qu'il n'avait : il avait essayé et il avait tout perdu. S'il avait continué sa mascarade, il serait encore avec elle, dans son ombre à la conseiller, la consoler...
C'est ainsi que maintenant chaque jour, il priait pour que la justice le retrouve et lui fasse payer ses meurtres. Seulement la justice ne s'occupait pas de son cas puisqu'il était mort.
Au lieu de ça, tout ce que la providence avait pu lui amener, c'était une gamine assez écervelée pour avoir pénétré son antre aussi profondément...
C'est à ce moment que son regard acclimaté à la noirceur de la nuit, se posa sur la jeune femme. Il compléta alors sa pensée précédente :...et pour y être resté.
Il s'approcha d'elle. Elle dormait paisiblement. Son visage serein et souriant respirait l'innocence. Elle l'intriguait. Pour le peu qu'il l'avait observé, il avait pu en déduire que c'était une jeune femme de bonne famille bien éduquée. Son maintien était parfait, son parlé limpide. Et malgré cela elle avait eu la chance de trouver un passage secret, le courage d'explorer le dédale et la folie de s'endormir ici. Tout ce qu'elle avait trouvé à dire lorsqu'elle l'avait rencontré était qu'il avait besoin de se laver pas de cris, de fuite, d'insultes. Lorsque sa vision tomba sur un bris de miroir qui lui renvoya son image, il ne put que conclure qu'elle avait raison.
Le fantôme de l'opéra se détourna alors de la jeune femme. Il se dirigea résolument vers un portant au bout de la salle puis fit marche arrière. Arrivé à la hauteur de Marie, il s'arrêta et la couvrit de la cape qu'il venait d'aller chercher. Si fait, il s'éloigna et repartit dans la pièce qu'il venait de quitter, celle qui lui avait permis de s'échapper un peu plus tôt.
Voilà, c'est fini, la suite au prochain épisode. Je sais que les fans du fantôme sont rares mais n'hésitez pas à laisser une trace de votre passage, ça fait toujours plaisir : passez le point de non retour et envoyez moi un rewiew ^^
A la prochaine !
