POV EDWARD
Ma sœur Alice m'avait passé un sacré savon après notre entretien avec Bella. Elle avait épuisé son stock de noms d'oiseaux plus ou moins flatteurs. Mon père avait été plus direct :
- « Est-ce que tu avais besoin d'être aussi con, Edward ? »
Que voulez-vous répondre à ça ? Rien. Et il avait enchaîné :
- « Ce qui t'est arrivé par le passé n'est pas une excuse pour te comporter sans bonnes manières. Si ta mère avait été là, elle t'aurait probablement renié ! Tu as de la chance que Bella n'ait pas changé d'avis. On n' a pas le luxe de refuser les artistes, nous ! Qui plus est, elle est très douée, on l'a tous vu. Alors demain, je te prie de te montrer plus civilisé ou bien tu auras une conversation assez désagréable avec Carlisle Cullen, tu sais, ton employeur et pas avec Carlisle Cullen ton géniteur. C'est clair ? »
- « Très clair. »
Et voilà comment se faire moucher par son père comme un gamin de cinq ans et en public en plus. Un peu honteux et surtout en colère, je sortis de la pièce en claquant la porte. Sans un regard en arrière, je suis sorti des bureaux et j'ai foncé vers ma voiture une Volvo gris argent. En quinze minutes, je parvins à mon appartement. Une fois entré, je me débarrassai de ma veste et attrapai mon paquet de cigarettes dans la poche arrière de mon jean. J'en tirai une cigarette et l'allumai.
Ensuite, je m'affalai sur le banc devant mon piano. Mes yeux se fixèrent sur le clavier comme ils en avaient l'habitude depuis trois ans. Trois longues années sans que je puisse en jouer, trois longues années d'enfer.
Le piano avait été toute ma vie. J'en faisais depuis ma plus tendre enfance. Mes études étaient définies par la musique. Le concours pour entrer au conservatoire n'avait été qu'une simple formalité. J'enchaînais les galas. Avec mon frère Emmett et notre ami Jasper, on avait monté un groupe. Et puis un jour, tout s'est arrêté brusquement.
En plus de la musique, j'adorais le hockey sur glace. La patinoire était ma deuxième maison. J'avais intégré une équipe amateur et je m'amusais beaucoup. Lors d'un match, un des joueurs adverse a déclenché une bagarre parce que soi-disant j'avais commis une faute. Mes coéquipiers sont venus m'aider et ça a dégénéré en mêlée. Tout ce que je me rappelle, c'est d'avoir reçu un coup à la tête. Si seulement ça n'avait été que ça…
A mon réveil à l'hôpital, je me suis étonné de ne pas pouvoir bouger ma main gauche. Je me suis rendu compte que c'était parce qu'elle était recouverte d'un bandage. C'est alors que tout est devenu noir. Les médecins m'ont annoncé que dans la bagarre, le patin à glace de quelqu'un m'était passé sur la main, l'endommageant à jamais. J'allais retrouver une mobilité quasi complète puisqu'ils avaient sauvé le plus de tendons possible mais je ne pourrais jamais redevenir le virtuose que j'étais. Fini le piano, fini la musique.
Tout est parti en vrille à partir de ce jour-là. Après ma sortie de l'hôpital, je m'étais cloîtré chez moi. J'avais passé des heures assis par terre, aux pieds du piano, à me saoûler comme jamais. La dépression avait suivie. Je n'avais plus goût à rien, je ne parlais plus. Ma famille a commencé à vraiment paniquer quand j'ai arrêté de parler. Ils avaient instauré à tour de rôle un système de garde. Je n'étais jamais seul.
Un jour où c'était le tour d'Alice, elle a craqué.
- « Edward, ça suffit ! Ce n'est plus possible. Non mais regarde-toi ! Ne te méprends pas, je suis triste que tu ne puisses plus rejouer du piano comme avant, tu n'as pas idée à quel point j'aurais préféré que ça m'arrive à moi plutôt qu'à toi, mais tu n'es pas mort à ce que je sache ! Bouge-toi ! »
Comme je gardais le silence, elle avait enchaîné :
- « Tu sais ce que tu es en train de faire, Edward ? Tu te complais dans ton malheur, tu te roules dedans même. Tu es trop lâche pour reprendre ta vie en main ! »
Là, elle avait tapé là où ça faisait mal. Alice, fidèle à elle-même. J'avais encaissé sans rien dire.
- « Est-ce que tu réalises ce que ça nous fait de te voir te détruire comme ça ? »
Ça avait été la phrase de trop. Toutes les émotions que je retenais depuis l'accident remontèrent à la surface :
« Et à moi, vous croyez que ça me fait quoi de ne plus pouvoir jouer ? Putain, Alice, c'est comme si on m'avait arraché une partie de moi ! J'aurais presque préféré perdre ma main ! Oh je peux m'en servir pour manger, conduire, me laver mais je ne peux pas l'utiliser pour faire sortir une putain de note de ce piano. Elle me sert à tous sauf à ce qui fait que j'étais moi. C'est fini, Alice, je ne suis plus moi ! »
Je m'étais mis à pleurer. Alice s'est approchée de moi et m'a pris dans ses tout petits bras pour me consoler. Elle est restée des heures à me serrer contre elle, attendant que je me calme.
Pendant des mois, j'étais incapable d'écouter une seule note de musique, que ce soit de la guitare, de la batterie et encore moins du piano. Au fur et à mesure, ce dégoût pour la musique m'est passé. Mais même encore maintenant, entendre du piano me retourne l'estomac. Finalement, mon père avait fini par me proposé de devenir producteur et de travailler avec lui dans sa maison de disques. J'avais accepté.
Il y avait toujours un malaise entre moi et ma famille. Le seul à oser en parler ouvertement était mon père. Il était parfois sans pitié. Quelque fois, j'aurais tout donné pour lui faire ravaler ses propos. Néanmoins, j'appréciais qu'il ne ressente pas de pitié envers moi.
Perdre la musique m'avait rendu amer, j'en avais conscience. J'appris très vite à jouer la comédie. Sourire quand il le fallait, dire que tout allait bien alors que je ne voulais qu'une chose : me cacher quelque part et hurler. J'étais devenu absolument impossible à vivre.
Bella arriva à neuf heures tapantes au studio. Elle avait apporté sa propre guitare. Dès qu'elle pénétra dans la pièce, Emmett se rua sur elle pour la prendre dans ses bras. Ridicule ! Jasper le pria de la lâcher. Ah, enfin un mec intelligent … ou pas puisqu'il venait de faire la même chose qu'Emmett. Je me suis contenté d'un simple 'bonjour' avant d'aller m'enfermer dans la cabine où se trouvait la console de commande.
« Bon, on s'y met quand vous voulez ! » dis-je dans le micro.
Les yeux de Bella lançaient des éclairs. Bon, j'aurais pu être plus aimable mais je n'avais aucune envie de travailler avec elle. Ses débuts avaient été tout ce que je ne supporte pas. La bimbo, pas fichue de chanter sans remixage. Niaise au possible, habillée et se comportant comme une garce. J'avais été tellement surpris en la voyant hier. Au lieu d'une bimbo, je m'étais retrouvé devant une petite brune en jean et en chemise sans maquillage. A croire que ce n'était pas elle. Je devais reconnaître que Bella était très jolie, l'air timide mais elle avait le regard le plus déterminé que j'ai jamais vu.
Son choix de chanson m'avait beaucoup plu. Même sa volonté de me poser une colle m'avait réjoui mais moins que la tête qu'elle avait faite lorsque je lui avais dit que la chanson des Smith datait de 1986 ! Cependant, ça ne prouvait rien. Je voulais voir ce qu'elle pouvait faire, j'avais besoin de la tester.
-« Je vais commencer par un truc toute seule. » dit Bella.
- « Ok. »
Elle brancha sa guitare électrique et tira un tabouret pour s'assoir. Après avoir appuyé sur le bouton pour l'enregistrer, je me mis au fond de mon fauteuil pour l'écouter.
When I look up from my pillow
I dream you are there with me
Though you are far away
I know you'll always be near to me
I go to sleep, sleep
And imagine that you're there with me
I go to sleep, sleep
And imagine that you're there with me
I look around me
And feel you are ever so close to me
Each tear that flows from my eye
Brings back memories of you to me
I go to sleep, sleep
And imagine that you're there with me
I go to sleep, sleep
And imagine that you're there with me
I was wrong, I will cry
I will love you till the day I die
You were all, you alone and no one else
You were meant for me
When morning comes again
I have the loneliness you left me
Each day drags by
Until finally my time descends on me
I go to sleep, sleep
And imagine that you're there with me
I go to sleep, sleep
And imagine that you're there with me
La voix de Bella était envoûtante. I go to sleep des Pretenders, choix intéressant. Il suffisait presque de fermer les yeux pour que sa voix vous frappe. Mais voir Bella chanter était un spectacle encore plus exceptionnel. Elle semblait dans un autre monde, elle ne faisait plus attention à ce qui l'entourait. Bella vivait sa chanson. Elle était tout simplement magnifique. Je me demandais ce que cela donnerait lorsqu'elle chanterait ses propres chansons. En attendant, je devais me ressaisir.
-« Ok. Essaie de faire une chanson avec les gars. Il faut qu'on voit si ça fonctionne ou pas entre vous. »
- « Quelle chanson ? »
- « Celle que tu veux. »
Elle se tourna vers les garçons avant de leur demander :
- « One of us de Joan Osborne, ça vous tente ? »
- « Pourquoi pas » répondit Jasper.
- « C'est parti » ajouta mon frère.
Emmett commença à jouer, suivi de près par Jasper et Bella. Celle-ci se mit à chanter après quelques mesures :
If god had a name, what would it be?
And would you call it to his face
if you were faced with Him in all His glory?
Wha0t would you ask if you had just one question?
And yeah, yeah, God is great.
Yeah, yeah, God is good.
Yeah, yeah, yeah, yeah, yeah.
What if god was one of us,
just a slob like one of us,
just a stranger on the bus trying to make his way home?
If God had a face, what would it look like?
And would you want to see
if seeing meant that you would have to believe
in things like heaven and in Jesus and the saints
and all the prophets?
And yeah, yeah, God is great.
Yeah, yeah, God is good.
Yeah, yeah, yeah, yeah, yeah.
What if god was one of us,
just a slob like one of us,
just a stranger on the bus trying to make his way home?
Just trying to make his way home, back up to heaven all alone.
Nobody calling on the phone,
'cept for the Pope maybe in Rome.
Yeah, yeah, God is great.
Yeah, yeah, God is good.
Yeah, yeah, yeah, yeah, yeah.
What if god was one of us,
just a slob like one of us,
just a stranger on the bus trying to make his way home,
just trying to make his way home, just like a holy rolling stone?
Back up to heaven all alone, just trying to make his way home.
Nobody calling on the phone,
'cept for the Pope maybe in Rome
Le courant passait parfaitement entre eux. Cela me fit ressentir un inexplicable pincement au cœur. La musique me manquait tellement, et les voir en faire me rendait jaloux mais plutôt mourir que de l'avouer à quelqu'un.
- « 9 heures tapantes demain matin. Avec une de tes chansons, enfin si tu en as. » dis-je à travers le micro. Je vis le regard désapprobateur de mon frère. Quoi ? Il fallait que je lui envoie des fleurs aussi ?"
Bella leva les yeux vers moi, ouvrit la bouche pour dire quelque chose de pas très aimable vu sa tête mais se ravisa. Au lieu de ça, elle me fit une courbette et sortit du studio à la vitesse de l'éclair. Je rêvais où elle venait de se moquer de moi ? Vu les visages hilares d'Emmett et Jasper, je n'avais pas rêvé. Bella avait du cran, je le reconnaissais, et un je-ne-sais-quoi qui m'attirait malgré moi.
Emmett me rejoignit dans la cabine.
-« C'est quoi ton problème, Ed ? »
-« J'ai pas de problème ! »
-« Et je suis la reine d'Angleterre ! »
Bon, éviter une discussion allait être plus dur que prévu. Avoir un grand frère parfois, c'est pesant mais avoir Emmett Cullen comme grand frère, c'est cent fois pire.
-« Edward, je te parle. Pourquoi tu es si vache avec Bella ? La pauvre, elle ne t'a rien fait. »
-« Mais de quoi tu parles ? »
-« Hey, te fous pas de moi ! Je te dis juste de te calmer. Bella n'a pas à te servir de punching ball. Depuis ton accident, tu es insupportable. Nous, on s'y est fait mais il est hors de question que tu te défoules sur elle. On ne te laissera pas faire, tu as compris ? »
-« Quoi, vous allez monter une association 'sauvons Bella Swan de son méchant producteur' ? Toi et Jasper allez devenir ses gardes du corps ? »
-« Edward ! » me menaça-t-il.
-« Emmett, j'ai horreur qu'on se mêle de ma vie, tu devrais le savoir depuis le temps. »
Il essaya de me bloquer la porte mais après l'avoir repoussé un grand coup, je parvins à sortir. J'avais besoin d'air.
Une petite voix dans ma tête me disait qu'Emmett avait raison, mais une si petite voix que je parvins à la faire taire facilement. Non mais pour qui se prenait mon frère ? Tout comme le reste de ma famille, il n'avait toujours pas compris que j'étais mort à l'intérieur. Je parle, je marche, je mange mais pas par envie. Je le fais pour qu'on me laisse tranquille. Et puisque je suis mort, pourquoi me préoccuper des autres et de ce qu'ils pensent ? Je suis foutu et c'est irréparable.
Voilà la suite !
J'espère que ça vous plaira. Merci pour vos reviews c'est super chou ^^
Le prochain est en route !
Ps : un remerciement spécial à Mélanie qui est un peu ma consultante :)
