Merci Valir et Thonksinette pour vos coms ! Valir ça me fait du bien aussi d'écrire cette suite surtout maintenant (gklhlbbn,;;vjm,fjk).Je te remercie de tout coeur d'être là pour le 1er com de cet EV ! Thonksinette pour le début tu ne devrais pas avoir de soucis à suivre et pour la suite tu verras bien; si tu as besoin remonter dans les épisodes précédents, ils sont là ! ;) LoLOW : ma pov', tu bosses un 24 décembre... t'inquiète je vais pas te caillasser... aaah, tu as aimé mon Aithusa et ses avenirs alternatifs, cool ! Sinon j'imagine que là tu nages dans la dépression post 513 comme nous tous... je n'ai qu'une seule chose à dire, argh.

Oh et puis zut ! Je voulais pas poster aujourd'hui mais après le 513 franchement... j'en ai besoin ! Allez, je vous envoie le chapitre 2 directement, ça nous fera du bien à tous ! J'arrive pas à croire de comment ils ont tué Arthur et laissé Merlin seul et malheureux comme les pierres à l'attendre pendant des milliers d'années... quelles peaux de vaches !

CHAPITRE 2

Merlin détestait l'hiver. Il avait tout le temps froid : aux mains, aux pieds, aux oreilles. S'il n'avait eu aussi froid, il n'aurait pas avalé un demi-litre de thé ce matin pour se réchauffer avant d'aller en cours, et s'il n'avait pas avalé un demi litre de thé au réveil, il n'aurait pas eu à ce point envie d'aller aux toilettes à dix heures sonnantes. S'il n'avait pas eu autant de scrupules à interrompre le professeur, il n'aurait pas hésité à lever la main pour demander à sortir, en plein milieu du cours de maths, au lieu de croiser les jambes pour empêcher sa vessie d'éclater, et il aurait eu une chance d'éviter Valiant au lieu de foncer tout droit sur lui . Mais refaire le monde avec des si ne marchait que pour Merlin l'Enchanteur de Barjavel; pas pour Merlin Emrys, dix-sept ans, résident au foyer des Glycines, élève de terminale au lycée Queen Mary et souffre douleur attitré de tous les joueurs de rugby affligés d'un petit pois en guise de cerveau.

A dix heures sonnantes, Merlin s'était retrouvé face à un dilemme perdant-perdant : soit filait en courant jusqu'aux Glycines, en prenant le risque de ne pas arriver à se retenir jusqu'à la fin du trajet, de se faire savonner par l'éducateur de garde pour avoir quitté le lycée sans autorisation, et d'arriver en retard pour l'interro d'histoire... soit il faisait une tentative aux toilettes du lycée en sachant qu'il avait une chances sur deux d'y rencontrer Valiant et de finir avec la tête dans la cuvette des WC.

Certains jours étaient juste gâtés d'avance, et celui-ci en était un.

Voilà ce qu'il s'était dit, la mort dans l'âme, en optant pour le choix numéro deux.

Et bien sûr, il avait croisé Valiant.

Ce n'était pas la première fois, et ce ne serait certainement pas la dernière, que le capitaine de l'équipe de rugby du Queen Mary lui réservait son traitement de faveur particulier. Merlin ne l'avait certainement jamais regardé faire quoi que ce soit (encore moins à l'urinoir : l'idée en elle-même suffisait à l'écoeurer). Et il aurait fallu qu'il soit franchement désespéré pour fantasmer sur un crétin pareil (même s'il avait eu du temps à perdre pour ce genre de bêtises, ce qui n'était pas le cas). Valiant faisait simplement partie de l'espèce des brutes vindicatives qui avaient besoin d'un souffre-douleur à portée de main en permanence, sur qui passer leurs nerfs quand ils étaient mis sous tension par quelque chose d'aussi dérisoire qu'un GAME OVER sur l'écran d'une X-BOX ou qu'une réprimande de Papa par rapport à une demande excessive d'argent de poche., Merlin était sa cible favorite depuis des années, parce qu'il avait le profil tout trouvé : trop mince pour résister à une attaque frontale, trop différent pour échapper à l'attention, trop maladroit pour arriver à se faire oublier, et trop en marge des autres pour que qui que ce soit se soucie de prendre sa défense. Le reste n'était qu'une manière pour Valiant de se justifier auprès des autres tout en achevant de l'humilier.

Il y avait des jours où Merlin détestait sa vie, et où il se demandait quel crime terrible il avait bien pu commettre dans une vie antérieure pour avoir mérité le châtiment d'être lui-même.

Mais servir de défouloir à tous les Valiant qu'il avait rencontrés au fil des années l'avait obligé à s'endurcir.

Passer son temps à se lamenter sur soi-même n'était définitivement pas une solution pour qui avait la ferme intention de survivre à la pire période de son existence. Aussi Merlin avait-il appris à faire preuve de philosophie. Evidemment, il n'y arrivait pas toujours. Notamment dans les moments où il se retrouvait cerné par cinq grosses brutes en sachant pertinemment qu'il n'en ressortirait qu'avec la tête trempée et l'amour-propre au dixième sous-sol. Mais il estimait que beaucoup auraient été démoralisés pour moins que ça. Et quelque part entre le désespoir, le sentiment d'impuissance et la colère, il réussissait toujours à se dire que ce n'était qu'un mauvais moment de plus à passer dans la longue liste de ceux qui étaient inhérents à l'existence... et que tout compte fait, il n'en mourrait pas.

Après tout, la vie était ainsi faite qu'il ne pouvait pas y couper (d'autres certainement, mais lui, pas).

Aujourd'hui, cependant, quelque chose d'extraordinaire s'était produit alors qu'il était en train de s'exercer à la philosophie. Aujourd'hui, pour la première fois depuis... (toujours?) quelqu'un était venu à son secours alors qu'il luttait pour ne pas se noyer (dans son humiliation plutôt que dans le jet d'eau. Bien sûr que Valiant n'avait aucune intention de le tuer pour de bon, avec qui se serait-il amusé ensuite ?).

Et le quelqu'un en question n'était pas un quelconque looser dans son genre, mais un athlète taillé en V et tiré à quatre épingles.

Merlin n'en revenait toujours pas de l'argumentation en cinq points que Beau Gosse Mon Sauveur (un surnom qui lui allait comme un gant) avait renvoyé dans les dents de Valiant, juste avant de lui lancer son poing dans la figure. S'il n'avait pas été certain de signer son arrêt de mort en se risquant à faire une folie pareille, il se serait transformé en pom pom girl pour lui chanter des encouragements enfiévrés quand il avait ouvert la bouche. C'était l'un des discours les plus brillants qu'il ait jamais entendus, tout à fait l'un de ceux qu'il aurait pu débiter lui-même en d'autres circonstances.

Mais au final, pour étincelante qu'elle ait été, l'intervention en elle-même énervait Merlin plus qu'elle ne le réjouissait.

Parce que Beau Gosse Mon Sauveur (qui avait tout du nouveau-venu fraîchement débarqué) venait de le mettre dans un pétrin encore plus abominable qu'à l'accoutumée malgré toutes ses bonnes intentions, au lieu de laisser le drame suivre son cours sans autres conséquences que celles qu'il devait affronter d'habitude (à savoir quelques regards moqueurs et un rhume).

Maintenant, il se retrouvait à attendre devant le bureau du proviseur en sa compagnie, et le proviseur le détestait.

Ce n'était pas la faute de Merlin s'il finissait toujours par échouer dans son bureau. Il passait sa vie à essayer de ne pas se faire remarquer, mais les ennuis venaient à lui même quand il ne les cherchait pas. A croire qu'il les attirait ! Impensable autrement d'avoir autant la poisse. Le proviseur le détestait pour de multiples raisons : parce qu'il parlait trop, parce qu'il lui faisait perdre son temps, parce qu'il ne savait pas quoi faire de lui... et parce qu'il avait constamment des démêlés avec Valiant, qui était le fils de son principal mécène. Entre la justice et l'argent, le choix était vite fait. Merlin comprenait bien qu'il représentait au milieu de cette équation un énorme problème.

Valiant, sûr de son immunité, attendait certainement avec impatience la prochaine occasion de le coincer pour lui faire passer un sale quart d'heure encore plus inventif que ceux qu'il lui réservait d'habitude. Il en voudrait à Merlin parce qu'il était allé chercher les surveillants pour empêcher son sauveur de se faire tabasser jusqu'à cracher ses jolies dents (Merlin le savait au moment où il avait filé, mais il n'était quand même pas sans cœur au point d'abandonner à la rossée de sa vie le seul idiot qui ait jamais décidé de lui prêter main forte).

Et il n'avait aucune chance d'arriver à l'heure pour l'interro du cours d'histoire par-dessus le marché.

L'histoire était l'un de ses points forts, il n'en avait pas tant que ça...s'il voulait avoir son BAC (et il le voulait absolument) il aurait plutôt intérêt à rattraper cette dissertation.

Ce qui signifiait qu'il allait devoir venir en colle samedi matin pour avoir une chance de faire compter cette note dans son dossier scolaire.

Le foyer serait forcément au courant pour la colle, et après s'être fait savonner par le proviseur, il aurait droit à une deuxième engueulade, dans le bureau du directeur des Glycines, qui le mettrait de corvée de vaisselle pendant au moins un mois pour lui remettre les idées en place.

Tout ça parce que quelqu'un avait voulu l'aider.

Quelle misère, pensa Merlin, au désespoir, en contemplant ses lugubres perspectives d'avenir proche.

Mais bien que son voisin, qui avait les yeux fixés sur ses chaussures et l'air à peu près aussi sombre qu'il l'était lui-même, soit entièrement responsable de ce déluge de catastrophes, un éclair de culpabilité traversa Merlin lorsqu'il se prit à penser qu'il n'avait pas été très poli avec lui. Au fond, il avait juste voulu rendre service. Merlin ne l'avait même pas remercié de lui avoir prêté main forte, et il pensa qu'il devait peut-être rectifier ça s'il ne voulait pas passer pour un ingrat et pour un asocial, en plus de tout le reste.

-Merci de m'avoir défendu, dit-il donc. Même si ce n'était pas ce qu'il y avait de plus malin à faire.

Son sauveur s'illumina aussitôt, comme si ces quelques mots venaient de faire sa journée.

-Ils étaient à cinq contre toi. Ce n'était pas fair play, et... euh...

L'air réjoui disparut dans un océan de confusion.

-Comment ça, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus malin à faire ?

Merlin lui lança un regard mi-amusé, mi-agacé.

-Ca t'arrive de réfléchir avant d'agir ? demanda-t-il.

-Eh bien...

-Non, visiblement pas, coupa Merlin. Ils en avaient déjà terminé avec moi, la cloche allait sonner, ils ne voulaient pas être en retard pour leur entraînement, ils m'auraient laissé repartir de toutes façons, et après s'être bien défoulés, ils m'auraient fiché la paix pendant peut-être... quoi, une bonne semaine ? Mais après que tu aies déboulé comme Superman pour casser leur image de terreurs, tu peux être sûr qu'ils auront les nerfs, et pas seulement contre toi, surtout pas après que j'ai été obligé de jouer les balances pour te sauver la mise.

-Rien ne t'y obligeait, dit son sauveur, d'un ton vaguement offensé.

-Ils étaient à cinq contre toi, ce n'était pas fair play, lâcha Merlin.

Son voisin eut une grimace amusée en l'entendant reprendre sa déclaration à son compte.

-Je suis plus solide que toi, j'aurais pu gagner même si tu n'étais pas revenu.

Merlin haussa un sourcil moqueur, puis, secoua la tête en marmonnant : mais bien sûr.

Il aurait du se douter que Beau Gosse Mon Sauveur ne devait pas avoir de problèmes d'ego, étant donné son allure.

-En attendant, maintenant je suis une balance en plus de tout le reste, et ça ne risque pas d'arranger mes problèmes, nota-t-il.

Son voisin soupira en affichant une expression contrite.

-C'est parce que tu es gay qu'ils en ont après toi ? demanda-t-il, avec sympathie.

-Je ne suis pas gay, dit farouchement Merlin, qui commençait à en avoir sérieusement assez de ces suppositions déplacées sur son orientation.

L'autre eut un regard plein de compassion.

-Ca, c'est ce que tu dis à cette bande de crétins pour qu'ils te fichent la paix, non ? Pas... la vérité. Je pense que tu devrais penser à changer de stratégie, d'ailleurs, parce que ça n'a pas trop l'air de marcher... Enfin, ce que je voulais dire, c'est que tu n'es pas obligé de me servir le même refrain, parce que... personnellement, je ne suis pas un crétin. Au cas où tu n'aurais pas remarqué.

Merlin adressa à son voisin un regard clairement dubitatif.

-Enfin, peut-être que j'en suis un, reconnut celui-ci, d'un ton qui hésitait entre la gêne et la révolte. Mais pas dans leur genre en tout cas. La preuve; que tu sois gay, moi, je trouve ça plutôt cool.

Maintenant, Merlin était plus que perplexe. Il était carrément abasourdi.

Qui était donc cet extra-terrestre qu'il avait ramassé ?

Il le regarda plus attentivement, en essayant de le cerner : chevelure blonde savamment décoiffée, regard bleu conquérant, visage de jeune premier à qui tout réussissait, carrure bien bâtie, uniforme tiré à quatre épingles, et... bon sang ! Il avait ciré ses chaussures. Il aurait dû être arrogant et insupportable, mais c'était avec un enthousiasme enfantin qu'il continuait sur sa lancée à débiter le discours le plus stupéfiant que Merlin ait jamais entendu... tout pétri d'idéalisme, de bons sentiments... et de bêtise sans méchanceté.

-Je veux dire ça change. Je n'ai encore jamais eu d'amis gays pour l'instant. Non pas que je n'aurais pas aimé, mais il n'y avait pas d'association LGBT dans mon ancien lycée. Il devait certainement y avoir des gays, ceci dit, mais aucun qui soit outé comme toi, donc, peut-être que j'ai eu des amis gays, mais comme je ne savais pas s'ils l'étaient ou pas, je ne sais pas si ça compte vraiment, et... .

-Je ne suis pas gay, répéta Merlin, d'un ton sec, pour couper court à cet exposé ahurissant de clichés énormes.

-Oh.

Son voisin referma la bouche, visiblement déçu, puis, avec l'air de douter un peu il demanda :

-Tu es sûr ?

-Oui ! répondit Merlin en haussant les sourcils. Même si ça semble amuser certaines personnes de raconter que je le suis, je ne le suis pas. Je sais encore ce que je suis, ou ce que je ne suis pas ! Et d'ailleurs je ne vois pas du tout ce qui pousse tout le monde à croire une chose pareille à mon sujet !

Le blond cligna des yeux, puis affirma avec un petit sourire :

-Ca doit être à cause de ton petit côté fille.

-Je n'ai pas de petit côté fille, s'indigna Merlin.

-Je blaguais, signala son voisin, dont le sourire s'élargissait, avant de poursuivre : encore que...

-Tu es à mourir de rire, tu sais ça ?

-Ne le prends pas mal. Je trouve ton style sympa. Il te donne l'air... spécial, c'est mieux que de ressembler à tout le monde. Tu ne trouves pas ça cool d'avoir l'air spécial ?

Merlin marmonna un juron entre ses dents.

Il était tombé sur un fou.

Le nouveau venu eut un nouveau sourire en coin.

Est-ce qu'il était en train d'essayer de flirter avec lui ?

Merlin eut un affreux moment de doute, avant que le sourire ne se transforme en rire franc et spontané.

Non. Ce n'était pas du flirt. C'était... autre chose. Si Merlin n'avait pas été aussi persuadé que c'était impossible, il aurait dit que l'autre lui faisait une véritable déclaration d'amitié.

-On ne s'est même pas présentés correctement, reprit son voisin. Je suis Arthur.

Merlin regarda la main chaleureuse qu'Arthur lui tendait, et il se demanda si quelqu'un aux Glycines n'avait pas drogué son thé ce matin. C'était possible. Un jour, à l'époque du collège, Will avait décidé de cuisiner un space cake, et tout le monde avait fini en riant stupidement quand le directeur était monté sur la table en se prenant pour un poulet. Un grand moment à la Will...

Il hésita un instant, puis décida que s'il était en train de rêver toute cette scène, pour une fois, au moins, ce n'était pas un rêve trop désagréable.

-Merlin, dit-il enfin, en serrant la main de son voisin.

-C'est une blague ? fit celui-ci.

-Pas du tout, répondit Merlin, en s'assombrissant.

-Merlin... comme...le magicien, s'exclama triomphalement Arthur.

Merlin rabattit une main sur son visage en marmonnant : très amusant. Depuis la maternelle, les réactions n'avaient pas beaucoup changé. La réplique suivante était...

-Et tu sais faire quoi comme tours ?

Il se demanda comment échapper au besoin d'amitié effréné de son voisin, qui avait l'air d'être en pleine épiphanie.

-Aucun, sinon tu penses bien que j'aurais déjà disparu, répondit Merlin, avec ironie.

-Non, mais c'est amusant, quand même. Parce que moi, justement, je m'appelle Arthur, comme...

-Le Roi Arthur, oui, je m'en doute, dit Merlin, qui ne pouvait s'empêcher de penser que quand les autres sauraient ça, ils le poursuivraient avec jusqu'à la fin de ses jours.

Pourquoi moi ? pensa-t-il, au désespoir. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire au Ciel pour mériter ça ?

-C'est une sacrée coïncidence, non ?

-Pas tant que ça. Il y a quand même quelques fans inconditionnels de la légende en Angleterre, lui rappela Merlin, accablé. C'est... inévitable ? Comme les Portuguais qui appellent leurs fils Jésus... Si tu savais comme j'aurais voulu que ma mère préfère les Feux de l'Amour à l'Enchanteur de Barjavel. Si elle m'avait appelé Dylan, ma vie aurait sans doute été très différente...

Contre toute attente, Arthur éclata de rire et lui serra l'épaule avec vigueur, manquant de la lui démettre au passage.

-Aïe !

-Tu es drôle comme garçon, Merlin !Je sens que je ne vais pas m'ennuyer dans ce lycée. Deux heures que je suis arrivé, il n'a pas arrêté d'y avoir de l'action une seule seconde, et mon nouveau meilleur ami a un super sens de l'humour.

Il affichait à nouveau un air crétin et réjoui. Merlin lui adressa un regard confus, ne sachant plus quoi penser.

Il n'avait jamais rencontré d'Arthur auparavant. Des Valiant, il y en avait eu des tonnes, mais ce modèle-là ? C'était un mystère. Arthur avait le physique typique du beau gosse pour qui tout était facile; s'il ne lui avait pas adressé la parole, Merlin l'aurait étiqueté aussitôt capitaine de l'équipe de foot du lycée et petit ami de la fille la plus en vue de la classe. Il avait été la cible de suffisamment de Valiant, au cours de sa scolarité, pour fuir comme la peste tous ceux qui y ressemblaient de près et de loin. Et en d'autres circonstances, il aurait sans doute évité d'accorder la moindre attention à Arthur, rien qu'à cause de ce dont il avait l'air. C'était peut-être minable de juger les autres sur leur apparence... mais c'était ce qui lui arrivait tout le temps, et jusqu'ici, il n'avait jamais rencontré d'exception à la règle...

Mais voilà... Arthur ne réagissait pas du tout comme était censé le faire un beau blond hâlé par le soleil avec des pectoraux bien développés et des mollets musclés par le sport.

Il y avait quelque chose... de différent chez lui, qui l'interpellait, et qui le touchait. Une sorte... d'innocence ? D'enthousiasme débordant et sincère ?

Je dois être plus traumatisé que je ne le pensais par mon expérience de plongée sous-marine dans la cuvette des WC, pensa Merlin, en se moquant de lui-même. Je trouve que Beau-Gosse-Mon-Sauveur a l'air innocent, enthousiaste et sincère.

Il se secoua durement.

Allons, mon pauvre Merlin, ressaisis-toi... Vu ton expérience, tu devrais en savoir plus que ça sur la nature humaine...

-Tu n'as pas l'air d'avoir envie d'être mon nouveau meilleur ami, nota Arthur, d'un ton chagriné.

-D'habitude, les gars comme toi, n'ont pas vraiment envie d'être les meilleurs amis des gars comme moi, fit remarquer Merlin, qui commençait à penser que la seule explication à cette situation surréaliste (en-dehors du thé façon space cake) était qu'Arthur ait pris un coup sur la tête pendant la bagarre en son absence et souffre d'un subit changement de personnalité suite au choc.

-Ah oui ?

Arthur eut l'air sincèrement perdu à son tour.

-Pourquoi pas ?

Merlin ouvrit la bouche avec une réponse toute trouvée.

Parce que tu as l'air de sortir d'un magazine de mode alors que je ne ressemble à rien, parce que tu t'intègreras en deux minutes alors que je n'y suis pas arrivé en dix-sept ans, parce que tu as toutes les chances de terminer avec une bonne cote de popularité sauf si les gens nous voient ensemble, parce que nous n'avons absolument rien en commun toi et moi.

Elle mourut sur ses lèvres sans qu'il ait dit un seul mot.

Le regard bleu, franc et sincère d'Arthur le perturbait...

Pourquoi pas ?

Il referma la bouche, et décida d'essayer de couper court à son argumentation.

-Pour rien.

Un silence inconfortable s'installa entre eux. Maintenant, Arthur avait l'air aussi malheureux qu'un chiot abandonné de l'autre côté du banc. C'était le monde à l'envers... Merlin soupira et se sentit obligé de dire autre chose, quelque chose de gentil.

-Alors... tu viens d'arriver, c'est ça ? Pourquoi, tu as... déménagé ?

-Pas vraiment, dit Arthur, avec une grimace, en roulant des yeux.

-Pourquoi aurais-tu changé de lycée en cours d'année si tu n'avais pas déménagé ? demanda Merlin, soupçonneux.

-En fait... je me suis fait virer de l'ancien, reconnut Arthur, d'un air un peu honteux.

-Quoi ? Ils n'ont pas voulu te garder parce que tu étais trop nul ? lança Merlin, d'un ton moqueur.

C'était bien la dernière de ses intentions : se lier d'amitié avec un cancre fini, qui le distrairait de son objectif : avoir son diplôme.

S'il n'avait pas ce fichu diplôme, il pouvait dire adieu à ses études supérieures. Sans études supérieures, il ne pourrait jamais faire le métier qu'il voulait. Et s'il n'avait même pas le métier qu'il voulait pour se consoler du désastre qu'était le reste de sa vie, il pouvait aussi bien aller se jeter sous un pont tout de suite.

Ses perspectives d'avenir étaient assez menacées comme ça, avec la certitude d'être mis à la porte des Glycines à sa majorité, et de devoir se débrouiller tout seul pour s'en sortir... Mais il était certain qu'Arthur n'avait pas la moindre idée de la pression qu'il pouvait avoir sur les épaules...Il avait certainement un père, une mère, des frères et sœurs, et une maison (comme la plupart des gens normaux), et même s'il se laissait un peu aller en classe, il ne risquait certainement pas de finir SDF pour autant, contrairement à lui...

-Je ne suis pas si nul que ça, protestait Arthur, indigné. Je travaille pour avoir des notes honorables, et j'y arrive. La plupart du temps. Sauf en expression écrite... Je ne suis pas très doué pour l'expression écrite.

-Alors ? Que s'est-il passé pour que tu te fasses virer ? insista Merlin.

-J'ai cassé la figure à quelqu'un, reconnut Arthur, dépité. Et je suis passé en conseil de discipline.

-Oh.

Le visage de Merlin se décomposa. Autant pour la présomption d'innocence. Les apparences sont trompeuses : ne jamais faire confiance à un visage engageant, se rappela-t-il fermement, en s'obligeant à se souvenir de toutes les occasions où sa naïveté l'avait conduit à se faire marcher sur les pieds sans qu'il l'ait vu venir.

-Sans doute un gars dans mon genre qui avait commis l'erreur de trébucher dans tes pattes un jour où tu étais de mauvais poil...conclut-il d'un ton sarcastique.

-Non, répondit Arthur, en le regardant d'un air choqué. Qu'est-ce qui pourrait bien te faire penser ça ?

-Une intuition ?

-Eh bien tu n'es pas très perspicace.

-Puisque tu le dis.

Arthur croisa ses bras en travers de sa poitrine en le regardant d'un air offensé et monta sur ses grands chevaux.

-Si tu veux tout savoir, deux imbéciles voulaient régler son compte à un gars dans ton genre, qui avait trébuché dans leurs pattes un jour où ils étaient de mauvais poil, et il s'est trouvé que j'étais là quand ils ont commencé à s'en prendre à lui... Alors je leur ai donné une bonne dérouillée... un peu comme j'ai failli le faire avec ton Valiant tout à l'heure.

-Ce n'est pas mon Valiant, s'étrangla Merlin.

-Mais quand le gars que j'avais aidé a été convoqué devant la direction, continua Arthur d'un ton impitoyable, il a eu peur de dire la vérité, et il a couvert ses agresseurs au lieu d'expliquer ce qu'ils lui avaient fait.C'est moi qui suis passé pour le méchant. J'avais frappé une de ces deux grosse brutes assez fort pour lui casser le nez, alors... J'ai écopé de tous les blâmes. Et du conseil de discipline. Et c'est comme ça que je me suis fait virer. Satisfait ?

Merlin cligna des yeux et répondit :

-Non.

-Comment ça, non ?

-Ca n'existe pas, les histoires comme ça, dit Merlin, d'un ton plat.

-Je ne suis pas un menteur, protesta Arthur, indigné, en redressant la tête. Je crois au respect et à l'égalité, et je ne supporte pas qu'on s'en prenne à plus faible que soi. Ce n'est pas honorable.

Il avait une manière de dire ça : le respect et l'égalité et de parler de l'honorabilité, comme si c'était les choses les plus importantes du monde, qui acheva de désorienter complètement Merlin. Parce qu'il venait de réaliser qu'Arthur était sérieux, et sincère, dans tout ce qu'il avait pu lui dire depuis le début. Incroyable, mais vrai.

-Tu es un véritable phénomène, toi, non ? dit-il, en haussant les sourcils. Je veux dire : aucun gars populaire et sans soucis dans ton genre ne prend la défense d'un looser dans le mien juste par amour pour les principes de respect et d'égalité ! Et deux fois de suite, en plus de ça ? C'est...

-Quoi ? dit Arthur, sur la défensive.

Merlin chercha le bon mot. Il avait envie de dire : complètement stupide, mais sa langue fourcha, et à la place, il dit :

-Chevaleresque ?

Et malgré tous ses efforts, il ne put empêcher le mot de sonner de manière admirative. Suite à quoi il pensa : c'est toi l'idiot, Merlin, et il se mit à rougir furieusement.

Mais Arthur ne saisit pas le bâton qu'il lui avait tendu pour le taper avec comme il le redoutait un peu.

Au lieu de ça, il sourit, d'un air étrangement flatté, et ses yeux se mirent à briller alors qu'il répondait :

-Ma sœur dit tout le temps que je viens d'une autre époque. Mais tant qu'à être chevalier, si j'avais eu le choix, j'aurais voulu être Gauvain. Ca a toujours été mon préféré dans la légende.

A cet instant, la porte du Proviseur s'ouvrit brutalement, coupant court à la conversation, et un chef d'établissement très mécontent les foudroya du regard..

-Entrez ! Tous les deux ! Immédiatement !