Sam se réveilla avec le bruit du jet de la douche. Son petit doigt lui disait que quelque chose ne tournait pas rond. Il cligna des yeux. Cinq heures... Il était cinq heures. Attends ! Minute ! CINQ HEURES DU MATIN ? Ce n'était définitivement pas dans les habitudes de Dean d'être aussi matinal. Pour rien au monde son frère n'aurait sacrifié ses heures de sommeil. C'était sacré...

Que se passait-il donc dans la tête de Dean ? Que lui cachait-il ? Et, plus important encore, pourquoi le lui cachait-il ? Et dire que Dean le lui avait promis... Il lui avait promis qu'il n'y aurait plus de cachotteries entre eux... qu'ils se diraient tout... Certes, ce n'était pas vraiment une promesse... Tout ce qui s'était passé dans ce manoir n'était pas réel... Mais bon, d'une manière ou d'une autre, ils l'avaient vécu. Tous les deux. Et pour rien au monde il ne l'oublierait. Pourquoi Dean refusait-il de s'ouvrir ? C'était insensé !... Il était son frère, merde ! Son frère...

Le bruit de la porte de la salle de bains le sortit de ses pensées et Dean apparut dans un nuage de vapeur.

"Depuis quand t'es là-dedans ?"

"Charmant accueil ! On efface tout et on recommence... Bonjour Sammy !... Bien dormi ?"

Sam le regarda plein d'incompréhension.

"Comment oses-tu...? Comment peux-tu agir comme si de rien n'était... comme si tout allait bien...?"

"Mais tout va bien, Sammy !... Je vais bien... Juste un peu fatigué... mais je vais bien..."

"Non. Tu ne vas pas bien ! As-tu pris la peine de te regarder dans le miroir ? J'te reconnais plus, mec ! Tu es si pâle qu'on croirait que tu viens de voir la mort en face... Tu ne te nourris plus ou presque... Tu dépéris à vue d'œil, Dean !... J'ai l'impression de te perdre... Tu comprends ça ?... J'ai peur de voir disparaître le seul semblant de famille qu'il me reste..." Oh Sammy ! Si tu savais... Je suis désolé... vraiment désolé...

"Tu ne trouves pas que tu noircis un peu le tableau, là ? Je n'suis pas à l'article de la mort, merde !"

Il venait à peine de prononcer ces mots qu'il fut pris de vertiges. Pas maintenant... Pas maintenant !... Comment je vais faire croire à Sam que tout va bien si mon putain de corps n'est même pas capable de m'obéir ?!... Dean prit appui sur la table, attendant que le vertige cesse, sous l'œil plus qu'inquiet de son petit frère.

"Dean...?"

Il leva un doigt pour lui signifier d'attendre un instant et il reprit son souffle ainsi qu'un sourire de façade.

"Sammy..."

"Tu ne vas pas bien, Dean... Tu devrais consulter un médecin..." Tu ne lâches jamais l'affaire, hein Sammy ?

"On a déjà eu cette discussion hier soir... enfin... ce matin... Qu'importe !... Il n'y a pas de quoi en faire une maladie !"

"Tu rigoles j'espère ? Tu as failli t'évanouir et tout va bien dans le meilleur des mondes !... Tu te fiches de moi !?"

"Le mot-clé dans tout ça, c'est 'failli', Sam ! 'Failli'... Ce n'est pas si étonnant quand on y repense... Mon estomac est vide... désespérément vide..." (en se passant la main sur le ventre)

"Tu peux rester sérieux deux secondes ?" (énervé)

"Mais je suis sérieux..."

Sam allait répondre, mais il fut coupé par la sonnerie d'un portable... celle du portable de son frère. Il resta un moment interdit, le temps pour Dean de fouiller dans ses poches pour récupérer le précieux objet. Il ouvrit son portable et ne cacha pas son étonnement.

"Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?" (soucieux)

"Un SMS..." (les sourcils levés)

"De qui ? De Papa ?"

"Sans doute... Des coordonnées..."

Il tendit son téléphone à son frère qui put voir affiché sur l'écran lumineux "36.15-105.24"... Douze petits caractères... Douze simples caractères... mais qui représentaient beaucoup. C'était le signe d'une nouvelle chasse... C'était le signe que les frères Winchester allaient reprendre une vie normale... Enfin, presque.

"Je suppose qu'il n'y a pas le numéro de l'expéditeur..."

"Non. Mais bon sang, Sammy ! Pense à autre chose !... Et puis, tu sais bien que s'il fait ça c'est qu'il ne veut pas qu'on le retrouve... En attendant, on va faire tout notre possible pour remplir la mission qu'il nous a confiée..."

"Tu vas toujours suivre les ordres de Papa ? Tu veux toujours être ce petit soldat obéissant...? Même après ce qu'il nous a fait... Même après nous avoir encore quittés..."

"Les coordonnées, Sam, les coordonnées... A quoi elles correspondent ?" (avec un regard insistant)

"Pourquoi tu refuses de voir la vérité en face ? Pourquoi tu lui fais confiance ? Comment peux-tu encore garder une confiance aussi aveugle...?"

"Je suis l'aîné... et l'aîné a toujours raison..."

Sam resta scotché sur place. Encore une fois, Dean se défilait. Il refusait de parler ouvertement de leur père et se cachait derrière ce soi-disant privilège d'aînesse. Sam aurait voulu répliquer, mais après moultes réflexions il préféra se taire.

"Alors, Einstein, ces coordonnées... elles nous mènent quelque part...?" (perdant patience devant la mauvaise volonté de son petit frère)

Sam prit une carte et, avec la latitude et la longitude, y traça une croix.

"Euh... Au Nouveau-Mexique..."

"Ah, Las Vegas..." (avec un sourire gourmand)

"Non. Guadalupita..."

Dean fronça les sourcils. De tout le Nouveau-Mexique, il avait fallu qu'ils tombent sur un trou perdu. Il soupira.

"Ok. Guadalamachin... Et qu'est-ce qui s'y passe ?"

"Guadalupita, Dean !..."

"Qu'importe !"

Sam se tourna vers son ordinateur et pianota machinalement quelque chose sur le clavier.

"C'est fou ce qu'on apprend dans les journaux locaux..."

"Vas-y ! Crache le morceau !"

"Hé bien... Il semblerait qu'ils aient retrouvé plusieurs corps dans la forêt..." Il inspira profondément avant de reprendre. "... sans cœur..."

Dean pâlit. Forêt... Absence de cœur... Les images de son frère gisant dans son propre sang lui revenaient en mémoire avec violence. Il avait beau se convaincre que tout ceci n'était pas réel... que son petit frère se tenait là, devant lui, en vie... Son cerveau refusait l'évidence et ne cessait de lui montrer cette image, comme une sorte d'avertissement.

De nouveau, il sentait ses forces l'abandonner... De nouveau, il se sentait irrésistiblement attiré vers le bas... De nouveau, il devinait le regard inquiet de Sam... Il voulait faire bonne figure. Il le désirait vraiment... Mais tout ce qu'il parvint à faire, c'est glisser... Mais pourquoi rien ne se passait jamais comme prévu...? Il était maudit. C'est ça, il était maudit. Il n'y avait pas d'autre mot. Pas d'autre mot... Juste le vide... Le néant...

"Deeeeeaaaaaaaannnnnnn !"

Sam avait vu le visage de son frère perdre de ses couleurs... enfin, le peu qu'il lui restait... Il avait tout de suite pensé à une farce. Après tout, avec Dean, tout était possible... Mais quand il l'avait vu chanceler, s'effondrer et s'évanouir, il s'en était voulu d'avoir imaginé une telle chose. Quel frère indigne !... Maintenant, Dean gisait sur le sol, inconscient et plus pâle que jamais.

Sam se précipita vers lui et tenta de le réveiller. Rien à faire. Cela commençait sérieusement à l'inquiéter. Dean n'était pas de ceux à être malade, et encore moins de ceux à se plaindre... C'était ce qui le terrorisait le plus. Jusqu'à quel point son frère avait-il pu souffrir ? Jusqu'à quand comptait-il lui cacher son état ? Certes, il n'était pas dupe. Cela faisait plus d'une semaine qu'il avait vu l'état de Dean se détériorer. Il avait juste espéré que son frère, son têtu de grand frère, se confierait à lui... Il s'en voulait d'avoir été assez naïf pour le croire. Dean ne changerait jamais. Plus maintenant. Et encore moins s'il ne se réveillait pas. Bravo ! Ça c'est de l'optimisme, Sam !

Affolé, il tapotait les joues de son frère, espérant à chaque instant qu'il ouvre les yeux. Qu'importe ce qu'il lui dirait, il fallait qu'il se réveille !... Il ne pouvait pas le laisser tout seul... Il ne pouvait pas l'abandonner... Il ne pouvait pas... Il n'avait pas le droit... Pas maintenant... Alors qu'ils recommençaient à être frères... Et puis, il n'aurait pas le courage de le perdre... pas lui... pas après leur mère et Jess... C'était tout ce qu'il lui restait... Leur père, ça faisait longtemps qu'il l'avait perdu... Mais pas Dean... Pas Dean... Il le prit dans ses bras et laissa libre cours à ses émotions.