Il est aux environs de onze heures quand je me lève. Depuis que je suis une ado, j'adore dormir tard le matin. Eh oui, je suis une ado ! J'ai treize ans et je suis en seconde au lycée du pôle FBI.
J'adore ma vie d'ado. J'ai toujours mes supers potes : Laura, Heather, Sonia et Henry qui ont pratiquement tous quinze ans. Laura et Sonia ayant sauté le CM2, elles ont un an d'avance et se retrouvent donc à mon niveau. Nous avons fait tout le collège ensemble et nous sommes encore dans la même classe cette année. Quant à Heather et Henry, nous les voyons le soir en semaine et passons tous nos week-ends avec eux !
Je descendis de suite me préparer mon petit déjeuner quand maman entra dans la pièce :
Bonjour chérie.
Salut maman !
Il est déjà onze heures, ne mange pas trop, sinon tu n'auras plus faim ce midi.
T'inquiète !
Salut mon ange ! dit papa en arrivant dans la cuisine.
Il m'embrassa sur la joue.
Salut p'pa !
Bien dormi ?
Ouais, nickel.
Je profitai que mes deux parents soient là pour demander :
Y'a Laura qui organise une fête ce soir. Je peux y aller ?
Il y aura de l'alcool et des garçons ? demanda mon père.
Si je réponds « non », ça fait crédible ? me renseignai-je.
Pas du tout. Et je ne suis pas d'accord pour que tu ailles à cette fête, trancha l'agent Morgan.
Papa, c'est bon ! J'ai treize ans ! lui rappelai-je.
Ce qui signifie que tu es encore très loin de l'âge où tu pourras boire de l'alcool ! Une fête entre lycéens, je ne la sens pas du tout !
Mais je SUIS lycéenne ! Et puis il y aura des troisièmes… Heather, Sonia…
Mais tu n'as que treize ans, donc c'est non. On ne veut pas te retrouver dans je ne sais quel état ! dit mon père.
Maman, s'il te plaît, dis oui ! priai-je.
Désolée ma chérie, ton père a dit non et je suis d'accord avec lui.
Mais c'est injuste ! Je ne peux pas louper cette fête-là ! ça va être la plus grosse fête de tous les temps !
Il y en aura d'autres, rassure-toi. Tu n'as qu'à inviter Henry et vous regarderez un DVD ! Ton père et moi sortons ce soir pour son anniversaire.
Et Mary ?
Elle dort chez Tante Penelope et Kevin, déclara maman en quittant la pièce.
Mais aller, papa ! C'est nul de regarder un DVD ! Je te jure que je ne boirais pas ! Et si c'est le cas, t'auras qu'à me priver de sortie jusqu'à ma majorité !
Ne t'en fais pas, je n'ai pas besoin que tu me le dises pour y songer, répliqua mon père. S'il n'y avait que moi, tu n'aurais déjà pas le droit de sortir avant ta majorité. Tu es ma fille et je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit ! Rester à la maison, c'est la seule solution qu'on te propose ! Comme dit maman, tu n'as qu'à t'organiser un petit truc avec Henry !
Je quittai la cuisine, énervée. J'étais quand même bien décidée à aller à la fête de Laura, coûte que coûte.
Je pris ma douche, m'habillai puis discutai sur internet avec Laura.
T'es ok pour ce soir ? écrivit-elle.
Mes parents ne veulent pas.
Oh, les relous !
Pas grave, je viens quand même.
Tu vas faire le mur ?
Yes.
Et s'ils te choppent ?
Impossible, ils sortent.
Trop bien ! En tout, on va être quarante, tu vas voir il va y avoir de l'alcool à gogo, des supers mecs, mes parents ont même engagés un DJ… Ce sera super cool !
J'ai hâte d'être à ce soir, alors !
Ok, à toute !
A toute !
Je fermai mon ordinateur et entendis un : « Kéli, il y a tante Désirée, tante Debbie et Mamie Fran qui sont arrivées ! Descends s'il te plaît ! »
Ce midi, réunion de famille. L'anniversaire de papa n'était que demain mais puisque mes tantes et ma grand-mère habitent Chicago, c'était plus pratique pour elles de venir un samedi. Mamie Fran, tante Debbie et son fils Andrew, tante Desirée, son mari Lee et leurs deux filles Juliette et Chelsea ont donc tous fait le déplacement pour les quarante-huit ans de papa. Aiden et Ellie sont eux aussi revenus exprès de New York et Harvard pour ce grand évènement. Papa était comblé que toute sa famille soit présente pour lui.
Lorsque je fis irruption dans l'entrée, mamie Fran s'exclama :
Kéliyah, ma chérie ! Qu'est-ce que tu as grandi ! Comme tu es belle !
Salut mamie, dis-je alors qu'elle me serrait dans ses bras.
Bon Dieu, Derek, Emily ! Votre fille est un modèle de beauté ! dit tante Debbie en me serrant à son tour dans ses bras.
Comme ses parents, répondit mon père avec humour.
Puis Mary entra dans la pièce. La ressemblance entre Mary et moi a toujours été frappante. Nous avons les mêmes yeux bleus, les mêmes cheveux, le même teint de peau et le même caractère ! A son tour, ma petite sœur fût honorée de compliments sur sa beauté.
C'est vrai qu'ils sont beaux, nos enfants, dit maman en embrassant papa.
Quelques minutes plus tard, Ellie arriva, suivie d'Aiden. J'étais super contente de les retrouver !
Pendant le repas, j'envoyai un texto à Henry : « Mes parents ne veulent pas pour ce soir. Je sors en douce. Tu me suis ? ».
Kéliyah, ton portable ! Pas à table, chérie, me reprit maman.
Je le rangeai puis quelques secondes après, j'eus une réponse : « Je t'appelle dans une minute ».
Kéliyah, ton portable !
Oui, désolée maman. Je vais aux toilettes, je reviens.
Je vis mes parents se lancer un regard interrogateur.
Allô ? chuchotai-je depuis les toilettes.
Oui, Kéli ?
Oui, dépêche-toi, je n'ai pas beaucoup de temps, je suis en repas de famille !
Ok, c'est la merde pour ce soir, mes parents ne veulent pas me laisser sortir non plus parce que je passe le brevet dans deux semaines !
Moi c'est parce qu'ils pensent que je suis trop jeune… Je fais le mur. Tu me suis ?
Oui mais il faut qu'on élabore un plan !
Ok, tu viens chez moi et on part ensemble. On sortira par la fenêtre de ma salle de bains, c'est la seule qui donne directement en dehors de la résidence. Tu peux appeler Sonia, s'il te plaît ? Dis-lui de nous retrouver devant la résidence à vingt-deux heures.
Ok, ça marche ! A toute !
Je revins à table.
Bon, alors Kéliyah, parle-nous un peu de toi, qu'est-ce que tu deviens ? demanda mamie.
Tous les regards furent braqués sur moi.
Euh… Ben… je suis en seconde et puis ben… ça se passe bien.
Kéliyah est première de sa classe, dit papa.
Comme tous les ans ! dit tante Désirée. Elle est aussi brillante que moi, cette enfant !
Tu as une idée de ce que tu veux faire plus tard ? demanda oncle Lee.
En sortant du lycée, je voudrais faire un doctorat en sciences du comportement et devenir profiler, répondis-je.
Tu sais qu'il n'y a que très peu de places, dit mamie.
Oui, mais l'année où je demanderais ma place dans l'équipe, mes parents partiront à la retraite, rétorquai-je.
Notre relève est assurée ! déclara maman.
Il était déjà seize heures quand maman apporta le gâteau d'anniversaire de papa. Il souffla ses quarante-huit bougies et nous lui offrîmes les cadeaux. Papa fût très touché et remercia tout le monde. Il savait que le cadeau de maman serait pour ce soir !
Après une séance photo, ma famille paternelle reprit la route pour Chicago sur les coups de dix-huit heures et Mary partit chez son meilleur ami. Aiden et Ellie, qui passaient le week-end à Quantico, partirent passer la soirée avec leurs anciens potes du lycée.
J'étais sur internet dans ma chambre quand papa frappa à la porte.
Kéli, tu n'aurais pas vu ta mère ?
Non mais elle a déposé ça pour toi, dis-je à mon père en lui tendant une enveloppe.
Il l'ouvrit et lut :
Une enveloppe identique à celle-ci t'attend à l'endroit où nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Elle te mènera peut-être à moi. Je t'aime.
Mon père (qui avait vachement la classe car il s'était mis sur son 31 pour cette soirée) afficha un sourire jusqu'aux oreilles et me dit :
Bon, eh bien, j'y vais mon cœur. Si tu as un problème, nos voisins sont là.
T'inquiètes pas, Henry ne va pas tarder à arriver.
D'accord ! A demain ma chérie, ne te couche pas trop tard.
J'entendis la porte d'entrée se fermer. ENFIN SEULE !
J'appelai immédiatement Henry pour lui annoncer que la voix était libre. Nous nous préparâmes tant bien que mal : il était déjà vingt-et-une heures !
Une heure plus tard, nous sautions dans la voiture du petit copain de Sonia.
Salut les cop's ! lança t-elle.
Salut ! répondîmes Henry et moi.
Dans la voiture, il y avait déjà Heather qui fût très contente de nous voir. Ce qui est génial avec elle, c'est qu'elle est toujours contente de voir tout le monde. Je l'adore !
Arrivés à destination, la fête battait son plein. Je m'amusai à boire deux ou trois verres, danser et fumer (un petit peu). Tout d'un coup, mon portable sonna et afficha «GodMother». Oh, mince ! Je courus à l'étage dans une des chambres de la maison pour être au calme et répondis :
Salut Marraine !
Salut ma chérie, tu as mis du temps à répondre !
Oui, j'avais oublié mon portable à l'étage, j'ai dû grimper les escaliers pour aller le chercher !
Ah, c'est pour ça que tu es essoufflée !
Exactement !
Ecoute, j'essaie de joindre Henry, il ne répond pas et j'ai essayé d'appeler chez toi, ça répond pas non plus !
Oui, j'étais partie aux toilettes et Henry n'a pas osé décrocher et il a oublié son portable chez vous.
D'accord. Ça se passe bien la soirée ?
Oui, super ! On était en train de regarder Harry Potter, là !
D'accord, je ne t'embête pas plus longtemps alors ma puce. Bon film.
Merci !
Ah, au fait, passez le bonjour à Laura de ma part. Bonne soirée !
Marraine raccrocha et je fus sous le choc. Comment savait-elle ?! Comment avait-elle su ?! L'avait-elle dit à mes parents ?! Allait-elle débarquer ?!
Je voulus m'asseoir sur le lit pour réfléchir à une excuse potable à sortir demain quand je fis une terrible découverte : sur le lit, là, allongée, pleine de sang, Brook, une fille du bahut était étendue, inerte ! Comment ne l'avais-je pas vue plus tôt ?! Je ne criai pas, ni ne paniquai : j'envoyai tout de suite un texto à ma bande de potes : « Suis dans la première chambre à l'étage. Venez vite, urgent ! ». Je découvris que des larmes coulaient toutes seules sur mes joues et je me jetai sur cette fille pour tenter de la réveiller.
Henry et les filles me rejoignirent une minute plus tard et ils furent aussi choqués que moi.
Elle est morte ? demanda Sonia.
Je sais pas ! Aidez-moi à la réveiller !
Je la secouai de toutes mes forces pour qu'elle se réveille : « Brook ! Brook ! J't'en supplie, réveille-toi ! Je t'en supplie ! Brook ! ». Laura prit le pouls de la fille et annonça : « Kéli, elle est morte. ». Je me reculai et restai bouche bée :
Il faut appeler la police ! annonça Heather.
Tu es folle ?! Nos parents travaillent au FBI ! On va se faire pourrir ! dit Sonia.
Et ça s'est passé chez moi ! dit Laura.
Mais elle est morte ! insista Heather.
Si on appelle la police, on va être soupçonnés de meurtre ! C'est nous qui avons découvert le corps ! dit Henry.
Mais qu'est-ce qu'on fait alors ? demandai-je.
On va dissimuler son corps, dit Henry.
Quoi ?! m'écriai-je.
Non ! continua Heather.
C'est hors de question ! dit Laura.
C'est la seule solution ! expliqua Henry.
Non, ça va nous mettre encore plus dans la merde ! dis-je.
Kéliyah, je ne veux pas qu'on finisse nos vies en prison, d'accord ?! gronda Henry.
Moi non plus... répondis-je.
La maison donne sur l'étang. On va la balancer par la fenêtre du couloir, dit Laura.
Nous nous exécutâmes.
Une fois le corps dissimulé, nous nous attelâmes tous les cinq à nettoyer le lit et la chambre. Puis, nous redescendîmes profiter de la fête. Je m'enfilai au mois quatre verres de vodka pour essayer d'oublier ce qui venait de se passer. Puis je ne me sentis pas bien. Je vomis derrière un buisson. Alors je me sentis mieux. Je rejoignais mes copines et Henry qui avaient tous un verre à la main et Laura annonça :
Félicitations à Kéliyah pour sa première cuite !
Comment peux-tu faire comme si de rien n'était ?! lui demanda Heather.
Il va falloir qu'on oublie cette histoire, dit Sonia. On garde le secret entre nous cinq, est-ce que c'est bien compris ?! Aucun de nous ne parle ! Si on se fait interroger par la police ou le FBI ou même Barack Obama, on ne lâche pas un mot ! Compris ?!
Compris ! acquiesça Henry.
Ok ! dis-je.
Compris pour moi ! dit Laura.
D'accord… continua Heather à contre cœur.
Je suis sérieuse, Heather ! Tu la boucle ! insista Sonia.
Oui…
Soudain, la police débarqua.
Qui est l'organisateur de la soirée ?! demanda un brigadier.
Euh… c'est moi… se dénonça Laura.
Des voisins ont appelé pour tapage nocturne. La fête est finie, vous rentrez tous chez vous !
Le copain de Sonia était trop bourré pour conduire donc Henry et moi rentrâmes en taxi. C'est là que je me rendis compte qu'il n'était que minuit et demie.
Lorsque nous arrivâmes devant la résidence, Marraine et William nous attendaient de pied ferme.
Tu ne veux pas qu'on fasse demi-tour ? me demanda Henry.
Henry Spencer Lamontagne ! Viens ici tout de suite, gronda William.
Bon, ben moi je vais rentrer… annonçai-je.
Oui, ça tombe bien, ton frère t'attend ! me dit Marraine.
Tout compte fait… Je vais sûrement aller dormir chez Sonia…
Oh, non ! Tu vas dormir chez toi ! Je te raccompagne jusqu'à ta porte, continua Marraine. Et dépêchez-vous tous les deux, avant que je ne vienne vous chercher par la peau des fesses !
Marraine me raccompagna jusqu'à ma porte et frappa à celle-ci. Aiden ouvrit avec un regard de tueur.
Je te confie ta sœur. Ne dis rien à tes parents, ne vas pas gâcher leur soirée avec ça, ni l'anniversaire de ton père. A demain midi, mon grand.
Merci, tante J.J.
Marraine rentra chez elle, sûrement pour s'occuper de son fils qui se prenait déjà un savon par son père.
Tu rentres, dépêches-toi ! m'ordonna mon frère.
Je m'exécutai. Je vis qu'Ellie m'attendait, en colère elle aussi, dans le couloir de l'entrée.
Tu pues l'alcool ! me dit-elle. Vas t'asseoir sur le canapé !
J'obéis, je n'avais vraiment pas envie de la ramener. Du haut de mes treize ans, je trouve que ma famille m'infantilise beaucoup. En plus, je ne suis pas très grande pour mon âge (je ne fais qu'un mètre quarante) et je suis toute menue ! Comparée aux un mètre quatre-vingt-dix de mon frère ou aux un mètre soixante-dix d'Ellie, difficile de faire le poids !
Tu ne sais pas comment je me retiens de t'en coller une ! gronda mon frère debout devant moi, à côté d'Ellie.
Aiden, je…
Tu te tais ! me gronda Ellie. Tu n'as rien à dire, mis à part des excuses ! Tu imagines le sang d'encre qu'on s'est fait quand on est rentrés et qu'on a trouvé la maison vide ?! Pas de trace, ni de toi, ni d'Henry !
Alors forcément on a appelé J.J. et William, et J.J. m'a confirmé que vous étiez sortis en douce après t'avoir appelée !
Mais…
Tu te tais ou je t'en mets une ! dit mon frère et levant sa main dans ma direction. En plus tu es sortie comme ça, dans une robe très courte, moulante et décolletée alors que tu n'es même pas formée !
Qu'est-ce que tu as bu ?! me demanda Ellie.
Un verre de vodka, mentis-je.
Un ?!
Six ou sept… avouai-je.
Mon frère prit ma main et la senti.
Tu as fumé ?! Tu as fumé du shit ?!
Juste deux taffes… avouai-je.
Tu as treize ans ! gronda mon frère en se jetant sur moi. Tu as treize ans !
Je tentais de me protéger mais les claques plurent.
Aiden, stop ! Aïe ! Pardon ! Pardon ! priai-je.
Tu as raison de t'excuser ! dit mon frère en arrêtant enfin de me frapper.
Vas prendre une douche et te laver les dents par la même occasion car je suppose que tu as vomi ! déduisit ma sœur.
Tu vas dans la salle de bains à l'étage ! Au moins, on sera sûrs que tu ne feras pas le mur !
Je me levai avec appréhension, j'avais peur qu'une autre pluie de claques se déclenche. Et lorsque je me mis sur la route de la salle de bains, mon frère me fila un coup de pied aux fesses.
Je sortis de ma douche, toute propre mais j'avais des marques rouges sur le corps partout où mon frère m'avait frappée. Je me mis en pyjama.
Aiden et Ellie m'attendaient à la sortie de la salle de bains.
Au lit. Et tu as intérêt d'être opérationnelle pour demain midi à l'anniversaire de papa. L'équipe vient manger à la maison. On ne dira rien à papa et maman parce qu'on tient à ta vie et on ne veut pas leur gâcher la fête mais tu n'as vraiment, vraiment pas intérêt à recommencer ce genre de choses ! dit ma sœur.
Mon frère m'attrapa par les cheveux et me jeta dans ma chambre avant de me dire :
Je passe dans trois minutes. Tu as intérêt d'être dans ton lit ou je te garantis que tu vas prendre cher !
J'obéis et finalement je n'attendis pas les trois minutes pour m'endormir !
Le lendemain, Ellie vint me réveiller à onze heures :
Salut Kéliyah, lève-toi, il faut qu'on prépare tout pour ce midi. Tiens, je t'ai apporté de l'aspirine.
J'avais horriblement mal à la tête. C'était donc ça, la gueule de bois ?
Je pris l'aspirine et me jetai sous la douche. Je restai longtemps sous le pommeau pour essayer de me réveiller un petit peu.
Je me brossai les dents, m'habillai plutôt joliment puis descendis aider Ellie et maman. Finalement, il y avait aussi papa.
Salut ma puce ! Bien dormi ? demanda mon père.
Oui, super bien ! mentis-je.
Ça a été ta soirée avec Henry ?
Oui, oui, on a regardé des films et après Aiden et Ellie sont rentrés alors Henry est reparti chez lui et j'ai été me coucher vers minuit et demie. Narrai-je.
Bon, ben c'est cool ma puce.
Et vous, votre soirée ?
J'ai la plus merveilleuse femme du monde ! répondit papa. Ta mère m'a fait faire un jeu de piste dans tout Quantico pour qu'au final je la retrouve pour un dîner sur une péniche où un feu d'artifice avait été installé exprès pour moi, puis nous avons été dans un sublime hôtel… Je crois que personne n'aime plus ta mère que moi.
Nous installâmes la table puis très vite, les premiers invités arrivèrent, oncle David, la famille Hotchner, la famille Lynch (avec Mary qui avait dormi chez eux), la famille Reid (qui s'est agrandie de Leah, trois ans, depuis la dernière fois que je t'ai écris), la famille Lamontagne (Henry n'était pas au mieux de sa forme et à en juger par le regard de ses parents, ils nous en voulaient à mort) et en dernier Alex Blake et son mari, James Blake. Alex Blake est l'agent qui a remplacé oncle David dans l'équipe lorsqu'il est parti à la retraite il y a trois ans.
Pendant le repas, Henry dit discrètement à mon père :
Oncle Derek, je ne me sens pas très bien, je crois que je vais rentrer m'allonger…
Y'a pas de problèmes, mon grand !
Tu restes, ordonna sa mère.
Maman…
Tu restes ! insista J.J. Aiden, je peux te voir deux minutes ?
Tout le monde trouva bizarre le fait que mon frère et ma marraine quittent la table mais personne ne dit mot.
Quand tous deux réintégrèrent la table, maman demanda à ma marraine :
Il y a un problème avec mon fils, J.J. ?
Non, aucun, ne t'en fais pas ! répondit Marraine.
Je vis le regard douteux de papa.
Le dessert se finissait dans la bonne humeur, Tom, Mikael, Matthew, Mary et les jumelles (qui ont tous entre six et huit ans) jouaient dans le jardin, Leah s'était endormie sur le canapé et tout le monde parlait de sa vie aux uns et aux autres. Puis oncle Aaron reçut un coup de fil. Il raccrocha puis annonça :
Le devoir nous appelle !
Qu'est-ce qui se passe ? demanda Parrain.
On a un tueur en série qui sévit, dit oncle Aaron.
Très bien, on part quand ? demanda Alex.
On finit le dessert et on part pour le bureau. Mais pas besoin d'avion, l'affaire se déroule à Quantico.
Comment s'appelle la dernière victime ? demanda maman.
Brook Pierson. Mais on en saura un peu plus en allant au boulot.
Henry et moi nous regardâmes et je manquai de m'étouffer sous le coup de l'annonce.
Ça ne va pas, chérie ? me demanda papa.
Si, si, j'ai… avalé de travers.
Nous étions dans un sale pétrin !
Une fois tout le monde partit, y compris mes frères et sœurs, je me retrouvai seule à la maison car William avait interdit à Henry de rester avec moi.
Qu'est-ce qu'on allait faire ?! Mais qu'est-ce qu'on allait faire ?!
Je décidai d'aller sur Skype, par chance mes trois copines étaient connectées, ainsi qu'Henry. Nous engageâmes une conversation à plusieurs :
La police est au courant et ils ont appelé le FBI en renfort, mes parents sont partis sur l'affaire, annonçai-je. On fait quoi ?!
On se tient au plan de départ, écrivit Sonia. On ne parle pas ! On n'a rien vu, rien entendu, on n'a même pas vu le corps ! On était juste là au mauvais moment, au mauvais endroit !
Et comment on réagit quand ils nous diront que Brook est morte ? demanda Laura.
Kéliyah et Henry, vous l'avez appris par vos parents, mais nous on le sait pas, ok ?!
Ok !
Bonne chance à tout le monde, je vous fais confiance ! dit Sonia.
J'éteignis mon ordinateur et entreprit de faire mes devoirs pour me changer les idées.
Il était aux environs de vingt heures et je finissais ma dissert' de français quand mes parents rentrèrent avec Mary (qui était gardée par Maëve le temps que nos parents travaillent) :
Salut chérie ! On a prit des pizzas en passant ! Viens manger !
Je descendis les escaliers avec une tête de trois pieds de long.
Ça ne va pas princesse ? me demanda papa.
Vous êtes sûrs qu'elle s'appelle Brook Pierson la fille qui est morte ?
Oui, d'ailleurs on voulait te demander : on sait qu'elle était dans ton lycée, tu la connaissais ?
Oui, un peu. Mais c'était une fille à mecs.
On l'a retrouvée dans un lac mais elle est morte pendant une soirée, celle de Laura. Tu vois qu'on a eu raison de ne pas te laisser y aller !
Oui, c'est vrai… Mais vous savez qui l'a tuée ?
Pas encore mais on va le découvrir très vite. En plus, son corps a été déplacé, répondit maman.
Aller mange, chérie, ne penses plus à ça, dit papa.
Après le repas, je montai dans ma chambre terminer mes devoirs. Soudain, mon téléphone sonna et afficha : « GodMother ». Je décrochai avec appréhension :
Allô ?
Kéliyah, c'est Marraine.
Oui…Ça va ?
Je te répondrais bien « oui » si je n'étais pas dans une colère noire !
Ah…ah bon ? Mais… Mais pourquoi ?! feins-je.
Ne fais pas l'innocente, veux-tu ?! ça ne fera que m'énerver d'avantage ! Vous étiez à la soirée de Laura hier soir, Henry et toi ! J'espère très sincèrement que vous n'avez rien à voir avec le meurtre de Brook ! Vous allez, de toute façon, être interrogés sur cette soirée, au plus tard demain ! Je te conseille vivement de parler à tes parents dès ce soir et de leur dire que tu étais à cette soirée, parce que s'ils l'apprennent demain en arrivant au travail, je ne donne pas cher de ta peau !
Mais si je leur dis, ils vont me tuer…
Tu préfères qu'ils l'apprennent par le boulot ?!
Non…
Alors dépêche-toi de leur dire sinon c'est moi qui vais débarquer dès ce soir pour le faire !
Non, non !
Je te fais confiance. Et j'espère pour toi que je serais redescendue en pression demain quand je te verrais en interrogatoire, sinon crois-moi, tu vas passer un sale quart d'heure !
Marraine raccrocha et j'eus les larmes aux yeux. Fallait-il que j'avoue toute la vérité à mes parents ? Si je faisais ça, mes amis allaient me haïr. Si je disais dès ce soir à mes parents que j'étais sortie en douce, ils allaient me pourrir… Je décidai alors de garder le silence et m'endormis, pas sereine du tout…
Le lendemain, je me levai et descendis déjeuner. J'étais crevée car j'avais passé une nuit épouvantable. J'avais dû dormir quatre ou cinq heures tellement cette histoire me tourmentait. En arrivant dans la cuisine, je m'aperçus qu'il y avait un mot sur la table :
On est partis travailler très tôt, mon cœur. Il y a tout ce qu'il faut pour déjeuner.
Si tu pouvais t'occuper de ta petite sœur et la déposer à l'école, ce serait génial.
On se voit ce soir. On t'aime,
Papa et maman.
Dans le bus pour aller au pôle, je pensais encore à cette pauvre Brook qu'on avait balancé dans le lac… Mais Sonia avait raison : on n'avait rien vu, rien entendu, on ne savait rien.
Kéliyah ! On est arrivées ! me dit ma sœur, me sortant de ma rêverie.
Je la déposai à la porte de sa classe, lui fit un bisou puis pris la direction du lycée.
J'étais en cours de français et je venais de rendre ma dissertation quand une surveillante frappa à la porte :
Entrez ! dit la prof.
Kéliyah Morgan, Laura Portman et Sonia Benid, vous pouvez me suivre dans le bureau du principal, s'il vous plaît ?
Qu'est-ce qu'on a fait ? demanda Laura.
Suivez-moi, c'est tout.
Nous nous levâmes sous les yeux de toute la classe et suivîmes la surveillante. Dans le hall, nous retrouvâmes Henry, Heather et quatre autres élèves que l'on ne connaissait pas. La surveillante nous emmena dans le bureau de madame Cole où nous découvrîmes six policiers.
Vous allez nous suivre au FBI.
Qu'est-ce que qui se passe ?
On vous dira sur place.
Nous fûmes emmenés au poste du FBI de Quantico. Je ne connaissais que trop bien le lieu de travail de mes parents et bizarrement aujourd'hui, je n'étais pas contente d'y être.
On nous fit asseoir sur un long et grand banc, puis oncle Aaron arriva devant nous. J'étais pétrifiée. Henry me prit discrètement la main. Lui non plus n'était pas rassuré !
Bonjour à tous, je suis l'agent Aaron Hotchner du FBI, département des Sciences du Comportement. Vous êtes ici parce que l'une de vos camarades, Brook Pierson a été retrouvée morte lors d'une soirée à laquelle vous étiez tous. Nous avons relevé des empreintes près de la scène du crime et elles nous ont conduites à vous neuf. Nous allons donc vous interroger pour savoir la vérité.
Oncle Aaron nous jeta un regard en colère à Henry et moi, puis nous fûmes emmenés par un policier dans une grande cellule. Les premières à être interrogées furent Patty Dawson et Madelyn Nicolson. Une heure plus tard, nous les vîmes rentrer chez elles avec leurs parents. Puis, ce fut au tour de Lucy et Mike. Cette fois-ci, l'interrogatoire dura plus longtemps. Au bout de deux heures, ils furent relâchés.
On nous fit apporter des sandwichs puis ce fût au tour de Laura, Sonia et Heather d'être appelées. Toujours aucun signe de mes parents, ce qui me soulageait un petit peu.
Deux heures plus tard, alors que je m'étais endormie sur Henry, Laura, Sonia et Heather furent renvoyées dans la cellule.
C'est ton père qui m'a interrogée. Il était pas très commode, me lança Heather. Je n'ai rien lâché mais ils savent qu'il y a un truc.
Moi, elles étaient deux, c'était vos deux mères, déclara Sonia. Elles m'ont harcelée de questions mais moi non plus je n'ai pas lâché. Mais je suis sûre qu'elles savent.
Et moi, ils étaient deux aussi, un mec jeune et une brune mais c'était pas ta mère, me dit Laura.
Spencer Reid, c'est notre parrain, dit Henry. Et Alex Blake.
Oui, voilà ! Ils m'ont pas lâchée parce qu'ils pensaient que je savais quelque chose car c'est moi qui organisait la soirée. Mais je n'ai rien dit.
Il faut que vous teniez bon ! dit Sonia. Et paraissez sûrs de vous, ça les déstabilise ! Faites les insolents !
On va se prendre une gifle si on fait ça ! dis-je. Je te rappelle qu'ils nous ont vu naître !
Paraissez sûrs de vous, j'vous dis !
Si ce sont mes parents qui m'interrogent, annonçai-je, je vais me pisser dessus.
Un policier vint nous chercher quelques minutes plus tard Henry et moi et nous fûmes séparés : je fus emmenée dans une salle d'interrogatoire vide où il y avait juste une table, deux chaises, une porte et une vitre.
J'étais stressée au plus haut point et mon cœur battait à cent à l'heure. Si c'était mon père qui arrivait, j'étais morte. Si c'était maman, j'étais morte. Si c'était n'importe lequel, j'étais morte. En fait, le meilleur scénario serait qu'Alex m'interroge seule. C'est celle que je connais le moins, même si on se voit beaucoup dans la vie privée.
Soudain, la porte s'ouvrit. Parrain entra avec un dossier à la main.
Kéliyah Morgan, bonjour, je suis le Docteur Spencer Reid, du FBI, Département des Sciences du Comportement. J'ai quelques questions à vous poser concernant le meurtre de Brook Pierson.
Parrain s'assit en face de moi et je décidai de suivre les conseils de Sonia malgré que je ne sois pas rassurée du tout. Je m'adossai contre le dossier de ma chaise et déclarai :
Je n'ai rien à voir là-dedans.
On va d'abord vérifier votre identité : vous êtes bien Kéliyah Jennifer Morgan, née le dix janvier deux mille huit à Quantico, vous avez donc treize ans. Vous êtes la fille de Derek Morgan et Emily Prentiss-Morgan, tous deux profilers dans mon équipe. Vous confirmez ?
Je confirme ! dis-je.
Bien. Brook Pierson a été tuée samedi soir, où étiez-vous ?
Tu le sais déjà.
Très bien, tu vas tout de suite arrêter ce petit jeu-là avec moi, Kéliyah ! gronda Parrain.
Je ne joue pas.
Je n'en suis pas si sûr ! Ton petit air de « Je suis sûre de moi et je ne dirais rien », je le connais par cœur, d'accord ?! Je sais très bien que tu es anxieuse !
N'importe quoi.
Eh bien tu devrais !
Je ne répondis pas. La tentative de coup de pression de Parrain avait fait effet. Mon cœur s'accéléra encore plus.
Toi, Henry et vos copines vous savez quelque chose et je vous conseille de nous le dire !
Parrain disposa devant moi les photos du corps de Brook. Je fis une grimace.
Quand as-tu vu Brook pour la dernière fois ?
A la soirée de Laura.
Qu'est-ce qu'elle faisait ?
Elle parlait avec un mec.
Son nom ?
J'en sais rien, moi !
Son nom, au mec !
Je viens de te dire que je n'en sais rien !
Tu es en train de me mentir, Kéliyah ! Son nom ?!
Vous me faîtes chier, Docteur Reid ! lançai-je à mon parrain en le regardant droit dans les yeux.
Parrain me décolla une gifle. Je sus que j'avais été trop loin. Jamais je ne lui avais parlé comme ça et jamais Parrain ne s'était mis en colère contre moi. J'étais sous le choc.
Ne me parle plus jamais sur ce ton ! Tu te crois maligne ?! Tu n'es pas en position de force, Kéliyah et tu es même sacrément dans la merde ! Tu as intérêt de coopérer vite fait ! Tu vois cette vitre, à ta droite ?! Derrière, ton père et ta mère sont en train de nous regarder et leur seule envie est de te coller une volée mémorable ! Alors continue ton petit jeu et c'est eux qui vont finir ton interrogatoire ! Dorénavant, les seuls mots qui sortiront de ta bouche, seront les réponses à mes questions. Si tu me mens, je le saurais Kéliyah et je ferais entrer tes parents !
J'eus des sueurs froides.
Le nom du mec !
Henry Lamontagne, avouai-je en pleurant, en réaction à la gifle.
Qu'est-ce qu'ils faisaient ?
Ils se disputaient.
A quel sujet ?
Henry trouvait Brook trop vulgaire et le lui a fait comprendre. Mais une minute plus tard, Henry était revenu avec moi.
Ensuite ?
Tu ne peux pas faire partir mes parents avant que je raconte la suite ?
Non.
Mais ils vont me tuer s'ils entendent ça !
Pas si je le fais avant. La suite.
Parrain…
La suite !
Je suis restée longtemps avec mes copines et avec Henry. On était souvent tous les cinq. Je me suis enfilée…trois ou quatre verres de vodka pure et… j'ai fumé un peu de shit avec Laura.
Combien ?
Deux taffes.
Parrain soupira, prit sur lui et dit :
Ensuite.
Marraine m'a appelée, alors je suis montée à l'étage pour qu'il y ait le moins de bruit possible, pour éviter qu'elle ne sache qu'on était sortis en douce Henry et moi. Mais elle a deviné en entendant ma voix au téléphone.
Et ?
Je suis redescendue, je me suis encore enfilée des verres de vodka, j'ai vomi, les flics sont arrivés, on est rentrés. Henry s'est fait démonter par ses parents, J.J. a fait promettre à Aiden et Ellie de ne rien dire à papa et maman pour ne pas gâcher leur soirée et l'anniversaire de papa. Puis à mon tour, je me suis faite démonter par mon frère et ma sœur.
Qu'est-ce qui s'est passé entre le moment où tu as raccroché avec J.J. et le moment où tu es redescendue ?
Rien.
Parrain se leva en direction de la porte.
Qu'est-ce que tu fais ?
Je fais entrer tes parents. Je t'ai dis que je voulais la vérité, tu me mens.
Non ! Je te jure que je ne mens pas !
Ta marraine te passe un coup de fil, elle te dit qu'elle sait que vous êtes en soirée et toi, tu fais comme si de rien n'était et tu redescends profiter de la fête ? ça ne colle pas du tout avec ton caractère… A mon avis, il s'est passé quelque chose.
Non ! Je te jure ! Je t'ai dis toute la vérité !
Parrain s'approcha de moi et me regarda droit dans les yeux. Nous restâmes comme cela pendant plusieurs secondes puis il trancha :
Tu me mens.
Il sortit de la pièce. Même pas dix secondes plus tard, mes parents entrèrent dans cette même pièce. Eux, ils avaient un vrai regard de tueur en série !
Viens ici ! me cria mon père.
J'allai me coller contre le mur du fond. Il n'y avait aucune échappatoire. Tandis que maman s'était assise sur la chaise où Parrain était quelques minutes auparavant et rangeait les photos de Brook, papa, lui, m'avait déjà décollé un bon aller-retour. Je pleurais de plus belle. J'étais assise en face de ma mère, mon père était appuyé sur la table.
Je ne sais pas si nous avons déjà été autant en colère, dit ma mère. Tu nous as fait, je crois, toutes les bêtises possibles et inimaginables depuis ta naissance jusqu'à aujourd'hui. Mais jamais nous n'aurions pensé que tu serais suspecte dans une affaire sur laquelle nous enquêtions !
Il y eut quelques secondes de silence. Mon père se mit à marcher, sûrement pour se calmer. Soudain, il s'arrêta, puis déclara :
Ça va ?! Tu t'es bien éclatée en faisant le mur ?!
C'est parce que vous aviez refusé alors…
Alors comme d'habitude, tu t'es dis « Je vais désobéir ! Je vais me faire punir mais au moins j'aurais eu ce que je voulais ! », finit maman. Sauf que je suppose que tu n'avais pas prévu de te retrouver ici, en train de te faire interroger par tes parents ! Alors si pour une fois, tu décidais d'assumer tes actes et de nous dire la vérité ?
Je ne l'ai pas tuée, répondis-je.
Ça, on sait ! dit maman. Pour ça, on te croit. Par contre, je suis persuadée que tu as quelque chose à voir avec le fait que le corps de Brook s'est retrouvé dans un lac alors qu'elle est morte dans une des chambres.
Tu viens de dire à ton parrain que tu étais montée dans une chambre pour répondre à J.J., poursuivit mon père. C'est toi qui as découvert le corps.
Non ! dis-je, déboussolée que mon père ait dit la vérité.
Dis-nous la vérité, merde ! cria papa en tapant violemment sur la table. Merde, Kéliyah !
Non ! Je suis montée dans une chambre mais il n'y avait rien ! Je suis redescendue après avoir raccroché et c'est tout ! persistai-je.
Mon père me choppa par les cheveux mais maman l'arrêta :
Derek, stop.
Elle l'emmena hors de la pièce et je me collais contre le mur du fond. Je me laissais glisser contre celui-ci et pleurais, la tête dans les bras.
Il se passa peut-être deux heures avant que quelqu'un fit son entrée : c'était Alex.
Salut, Kéliyah. Tu veux bien venir t'asseoir ?
Pourquoi ?! Pour que tu me bombardes de questions ?! J'ai déjà dis tout ce que je savais.
J'en doute.
Laisse-moi tranquille.
J'aimerais bien, mais je dois faire mon job. C'est vrai que j'ai autre chose à foutre que de m'occuper d'une ado de treize ans, qui fait le mur et qui se bourre la gueule. En fait, on dit que tu es surdouée, mais tu ne l'es pas, tu fais juste semblant de l'être.
Je SUIS surdouée !
Non, sinon tu nous dirais ce que tu sais depuis longtemps.
Vas te faire foutre.
Alex ne bougea pas.
C'est bien ce que je disais, ce n'est pas l'intelligence qui te caractérise.
Qu'est-ce que tu en sais, hein ?! Tu ne connais pas ma vie !
Admettons. Vois-tu Kéliyah, ce qui m'embête, c'est qu'on m'a envoyée t'interroger parce que je suis la seule de toute l'équipe qui n'ait pas envie de t'arracher les yeux.
Qu'ils le fassent, je n'en ai plus rien à faire. Ils me détestent tous de toute façon. Je ferais mieux de crever, comme ma sœur.
Oh, pauvre petite fille abandonnée… dit Blake. Personne ne t'aime. C'est bien triste. Alors que toi, tu les aimes vraiment.
Je bouillai intérieurement.
La psychologie inversée, ça ne marche pas avec moi, rétorquai-je.
Ah, tu as démasqué mon astuce. Maintenant, si on cessait ce petit jeu et qu'on en venait au fait ? Que s'est-il vraiment passé à partir du moment où tu as raccroché avec ta marraine ?
Je décidais d'avouer, épuisée.
J'étais paniqué qu'elle ait découvert la vérité. J'ai voulu m'asseoir sur le lit pour réfléchir et c'est là que j'ai découvert Brook : elle était allongée sur le lit, les yeux fermés, les bras le long du corps et elle était pleine de sang.
Qu'est-ce que tu as fait ensuite ?
J'ai envoyé un texto à Laura, Heather, Sonia et Henry pour qu'ils me rejoignent le plus vite possible dans la chambre. Quand ils sont arrivés, j'ai essayé de la réveiller mais Laura a prit son pouls et l'a déclarée morte. Heather a voulu appeler la police, mais Henry a dit que comme nos parents travaillaient au FBI, il n'avait pas envie de se faire pourrir. En plus, il a dit que nous serions accusés de meurtre car c'est nous qui avions découvert le corps. C'est Henry qui a eu l'idée de dissimuler le corps. Au départ, on n'était pas d'accords mais finalement on a accepté parce que… Parce qu'on a pensé qu'à nous et on s'est dit que si nos parents apprenaient qu'on était sortis en douce et qu'en plus on avait découvert un corps, on se ferait démonter ! On n'a pensé qu'à nous ! Mais c'est humain, non ?!
Oui, c'est humain, répondit Alex. Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?
Laura a dit que sa fenêtre donnait sur le lac alors on a balancé le corps par la fenêtre et on a prit soin de nettoyer toute la chambre. Puis, on est redescendus et je me suis noyée dans l'alcool pour oublier. J'ai vomi et on a ensuite trinqué tous les cinq à ma première cuite. Puis on s'est promis tous les cinq coûte que coûte de ne rien dire…
Je me mis à pleurer.
Ils ne me pardonneront jamais que j'ai trahi ma promesse… Jamais ils ne me le pardonneront…
Ma puce, écoute-moi, regarde-moi : tu as fait ce qu'il fallait, d'accord ? C'est très bien de nous avoir dit la vérité. Et si ça peut te rassurer, Henry a craqué bien avant toi ! Ce qui est moins bien, c'est la quantité d'alcool et de drogue que tu as ingéré pour ton petit âge. Tu vas donc devoir aller faire une prise de sang pour surveiller ton état de santé.
Alex était soudain toute gentille avec moi.
Tu ne pensais pas ce que tu as dis toute à l'heure, n'est-ce pas ? demandai-je.
Comme je te l'ai dis, je suis obligée de faire mon job. Ma mission était de te faire craquer. Mission réussie, maintenant je peux te consoler.
Je me jetai dans ses bras.
Mes parents vont me déshériter, m'envoyer dans un foyer…
Ne dis pas n'importe quoi, ma puce. Tu es sortie en douce et tu t'es juste retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment… Jamais tes parents ne te détesteront.
Mes parents entrèrent instantanément dans la salle et je courus dans leurs bras. Je me blottis contre eux et je sanglotai :
Je suis désolée, je suis tellement désolée…
C'est bon ma chérie, c'est bon, dit papa en me caressant les cheveux tandis que maman m'embrassait le front.
Je vais aller en prison ? demandai-je.
Non, bien sûr que non. Tu es trop jeune, répondit maman. Mais tu vas aller au tribunal pour enfants.
Je suis désolée… sanglotai-je. Je ne voulais pas vous faire ça… Mais j'avais tellement envie d'y aller à cette soirée, je ne voulais pas être privée de la soirée alors que je suis lycéenne moi aussi mais maintenant j'ai compris pourquoi vous ne vouliez pas que j'y aille…
Les autres membres de l'équipe entrèrent dans la salle et je les serrai un à un dans mes bras.
Je suis désolée… Vous me pardonnerez ? demandai-je.
C'est déjà fait ! dit tante Penelope.
Mais tu ne vas quand même t'en tirer comme ça, annonça maman.
Je vous promets que je ne vous désobéirai plus jamais !
Ne fais pas des promesses que tu ne pourras pas tenir, dit papa, ce qui déclencha un rire général.
Je peux rentrer à la maison ? demandai-je.
Après être passés à l'hôpital, tu vas y rentrer à coups de pied aux fesses, dit maman.
Mes parents signèrent une décharge et une fois rentrés à la maison, ils m'annoncèrent qu'il n'y aurait plus sorties, ni de portable jusqu'à mon jugement au tribunal et qu'à la moindre incartade, ils me tomberaient dessus.
Au moins, j'étais prévenue.
Après le dîner, je fus envoyée au lit presque immédiatement. Et après cette journée mouvementée, j'étais crevée !
