Auteur : Ariani Lee

Bêta-lecture : Shangreela

Pairing : Vanitas/Ventus

Rating : M (pour violence et thèmes abordés)


CRIMINAL


Chapitre 2 – Kiss me breathless

He lies, he bluffs, he's unreliable

He is a sucker with a gun, gun, gun, gun


Cela aurait pu s'arrêter là. Malgré la légère obsession que j'avais développée, qui aurait certainement fini par disparaître avec le temps. Je n'étais pas retourné au Seven – parce que comme je l'ai dit plus haut, je suis un gentil garçon, et que m'aventurer dans ce genre d'endroits avec Terra c'est une chose, mais y aller tout seul… Même si ce n'était pas l'envie qui manquait je ne pris pas ce risque. Ça aurait pu me coûter bien trop cher…

La confiance de mon meilleur ami, par exemple. C'est la seule chose qui m'empêcha de m'y précipiter dès que j'eus une heure de libre devant moi par la suite. Mais ça ne m'empêcha pas d'y penser.

Je rêvais de son visage, de son sourire et de ses yeux, de son regard qu'il me semblait parfois sentir, exactement comme une main sur moi. Je me réveillais en pleine nuit, plein de colère, car je ne pouvais rien y faire. Tout à ma frustration, je me retournais et me forçais à me rendormir. Parfois, ça marchait. Parfois, non.

Peut-être que ce serait passé, mais on ne le saura jamais parce que trois semaines après que Terra nous ait emmenés au Seven, je l'ai revu. Dans un endroit qui me sembla si peu probable que dans un premier temps je ne fus pas sûr que c'était vraiment lui. Je pensai d'abord que le manque de sommeil, conjugué au désir dévorant de le revoir, me faisait prendre mes rêves pour des réalités. Et pourtant, c'était bien lui.

Je sortais de l'école à la bourre, ce jour-là. Mon frère ne m'avait pas attendu, il était probablement avec Axel. Mon sac jeté sur l'épaule, je marchais tranquillement, je passai à côté d'une ruelle. Du coin de l'œil, j'y aperçus un truc. Une chaussure qui traînait… Assez pour que je tourne légèrement la tête, assez pour que je me rende que ce n'était pas qu'une chaussure : il y avait un pied dedans ! Je voyais bien un début de cheville, qui dépassait de derrière un conteneur plein de cartons…

Mon sang ne fit qu'un tour. Je me précipitai, manquant de tomber et me raccrochant à la benne.

- Vous allez bien ?! M'exclamai-je en regardant qui était là.

Mon cœur s'arrêta de battre. Pendant cinq secondes, puis il reprit son rythme régulier, plus rapide que d'habitude. Assis par terre, une jambe étendue – celle dont le pied dépassait, visible depuis la route – l'autre repliée, un bras nonchalamment posé sur le genou. Une paire d'yeux jaunes levés sur moi, un regard oscillant entre l'incrédulité pure et simple (ce que les américains appellent le « WTF ? » avec le smiley comme ça : O.O) et… je ne sais pas. Il était sur le point de me rembarrer, je suppose, puis il m'a reconnu. Comme moi.

Ô mon Dieu. Il m'a reconnu, pensai-je. Il se souvient de moi!

- …Toi !

C'était la première fois que j'entendais sa voix. Elle était sombre, un peu rauque, et la même pointe de surprise stupéfaite y perçait. Je ne savais quoi lui dire. Je n'osais sourire, finalement je lui demandai platement ce qui lui était arrivé. Il haussa les épaules, geste qui lui arracha une grimace et il porta réflexivement une main à ses côtes. Je plissai le nez et puis lentement son expression changea. Le sourire narquois reprit ses droits sur ses lèvres. Ses sourcils s'arquèrent légèrement, lui donnant un air de défi qui était apparemment habituel. La surprise était passée, je savais maintenant que c'était bel et bien lui et j'avais du mal à en croire ma chance. Maintenant, comment la mettre à profit ? L'occasion était trop belle pour ne pas la saisir.

Finalement, je lui tendis la main pour l'aider à se relever. Il la considéra un instant de ses prunelles d'aigle, comme s'il se demandait quoi en faire, puis il la prit.

Et ce fut comme si au lieu de ma main, ses doigts s'étaient enroulés autour mon cœur pour ensuite serrer. Il me semblait les sentir, et il me regardait droit dans les yeux, comme s'il savait parfaitement ce que je ressentais.

A peine levé, il m'empoigna par le devant de mon pull, et, se laissant aller dans le coin formé par le mur décrépit et le conteneur, il m'attira contre lui et m'embrassa sur la bouche.

Je ne sais pas à quoi il s'attendait en faisant ça. Je ne sais pas quelle réaction je me serais attendu à avoir si j'avais pensé qu'il ferait ça. Mais sur le moment, je m'en fichais complètement. Je pensais juste que dans un coin sombre comme celui-là, personne ne viendrait nous interrompre.

Alors j'ai lâché mon sac, qui est tombé par terre avec un bruit mou, j'ai noué mes bras autour de son cou et je me suis pressé contre lui. Il a d'abord été un peu étonné et puis il a posé les mains sur ma taille, caressant doucement mes hanches, et j'aurais forcé l'entrée de sa bouche s'il n'avait pas ouvert les lèvres le premier.

Je ne savais toujours pas comment il s'appelait, je ne savais que ce que Terra m'avait dit de lui, et que la situation dans laquelle je l'avais retrouvé confirmait plus ou moins, et je n'en avais cure. Tout ce que je voulais c'était que ça continue. Tout mon corps était brûlant, et je commençai à avoir peur soudain, peur de moi et de tout ce que je ressentais, de tout ce que je voulais à cet instant précis. Aujourd'hui quand j'y repense, il aurait pu en profiter, à ce moment-là, j'aurais tout fait – et quand je dis tout, c'est vraiment tout. C'est hallucinant de voir à quel point j'étais allumé juste à cause d'un baiser. Même si personne ne m'avait jamais embrassé comme ça, à me donner l'impression qu'il n'y avait plus rien d'autre au monde, à me faire perdre le sens commun au point que je me retrouvais à chercher le courage d'oser lui demander d'être plus offensif ou de tout simplement prendre sa main pour la glisser moi-même sous mes vêtements.

J'éviterais soigneusement d'y repenser pendant longtemps, tant j'ai été consumé de honte à cette pensée. Je ne me reconnaissais pas.

Mais avant que j'aie trouvé la volonté d'oser, ses mains quittèrent mes reins pour se poser sur mon visage et fermement, l'écarter du sien.

Embarrassé, je n'osai lui faire face et nichai ma figure dans le creux de son épaule. Me repoussant sans guère de ménagement, il me força à le regarder.

- A ce point-là ? Me demanda-t-il avec toujours ce petit sourire goguenard de mec si-sûr-de-lui...

Pfffffff… Butor. Mais bon, je n'étais pas vraiment étonné. Je me contentai de détourner le regard autant que je le pouvais tout en m'efforçant de maîtriser mes émotions. La prise de sa main sur mon visage se relâcha et il me laissa me blottir dans son cou. Je sentis ses bras m'enlacer après une brève hésitation.

- Tu trembles… ?

Sa voix était plus douce. Oui, effectivement, je frissonnais, incapable de me contrôler. Tout ça était tellement… soudain. Cette incroyable tempête qu'il déclenchait en moi…

- Je n'ai pas… l'habitude, parvins-je à articuler.

Me reprenant par le menton, il m'embrassa à nouveau, beaucoup plus doucement, puis il me garda contre lui un moment. Appuyé contre son torse, j'écoutais battre son cœur, m'émerveillant de la présence dans ce monde d'une créature bien réelle, bien vivante et concrète, capable de me faire éprouver toutes ces choses. Et je l'avais trouvé.

- T'as le cul qui vibre, dit la créature, poétique. Je fis la grimace.

- C'est mon portable. Je suis en retard…

Il me lâcha. A regret, je m'écartai et décrochai – il le fallait, c'était ma mère et déjà que ça faisait cinq minutes que j'aurais dû être rentré, si en plus je ne répondais pas au téléphone, elle appellerait la police et commencerait à coller des affiches partout dans le quartier.

Elle est un peu névrosée, je crois.

- Il faut que j'y aille, soupirai-je en raccrochant.

- Je comprends, répondit-il.

Amusant comme on se comportait de façon naturelle et civilisée, tout à fait comme si on ne venait pas de s'empoigner dans un coin de ruelle et de s'embrasser à perdre haleine alors qu'on ne s'était même jamais parlé avant…

Je lissai un peu mon uniforme, commençant déjà à ressentir les effets de la gêne mentionnée plus tôt – qu'est-ce qui m'étais passé par la tête ?! Mais un bras s'enroula autour de ma taille et une main épousa la courbe de ma joue. Je ne pus faire autre chose que m'accrocher à son cou tant j'avais les jambes coupées d'émotions et de sensations. Je voulais rester là pour toujours.

Finalement, il m'a relâché et m'a regardé d'un air malin en se léchant les lèvres.

- Au fait, comment tu t'appelles ?

Ah ben quand même !

- Ventus. Mais… mais tu peux m'appeler Ven.

Mon cœur battit un peu plus fort tandis que je prononçais ces mots. Ce surnom était réservé aux gens vraiment proches de moi, mes parents, Sora, Roxas et Axel, Terra et Aqua…

- Et toi ?

Il se passa une main dans les cheveux, comme s'ils n'étaient pas déjà assez hérissés comme ça…

- Moi c'est Vanitas.

Instant de flottement. Je devais partir, je ne voulais pas partir, je voulais qu'il m'empêche de partir, il fallait qu'il me laisse partir. J'aurais voulu lire dans ses yeux autre chose que son arrogance. Etais-je donc le seul à être complètement retourné ?

- Je veux te revoir, dis-je finalement, d'une voix hésitante mais ferme.

Il était hors de question que je laisse de nouveau le hasard décider de notre prochaine rencontre. Son sourire s'élargit, ses sourcils grimpèrent un peu plus haut, et si n'importe qui d'autre m'avait regardé avec cet air de dire « Ah tiens, vraiment ? », je lui aurais dis d'aller voir ailleurs si j'y étais. Mais pas lui. Ce qui m'aurait semblé suprêmement agaçant de la part de n'importe qui d'autre le rendait simplement plus attirant encore…

Finalement, on a échangé nos numéros de portable. Il m'a encore embrassé une fois avant que je n'y aille, et tout le chemin du retour, je l'ai fait en ayant l'impression de marcher sur des nuages alors que j'allais devoir subir un très lourd sermon matriarcal et mon chéri, je t'en prie, j'ai déjà assez de problème avec tes frères, s'il te plaît ne tourne pas mal toi aussi.

… Oui, je pense qu'une courte explication s'impose.

Sora, Enfant à Problèmes numéro 1, avait hérité de cette étiquette parce que… bon, il faut avouer que son cas est préoccupant, dans le sens où on ne sait jamais où il est ni ce qu'il fabrique ou avec qui. Il a 21 ans et depuis qu'il est majeur, il disparaît des semaines entières sans prévenir avant de réapparaître tout aussi soudainement. On reçoit de temps en temps une lettre dans laquelle il nous dit laconiquement que tout va bien, ajoute un truc du genre « les affaires suivent leur cours », mais pas moyen de savoir ce qu'il trafique.

Ceci dit, Sora, c'est l'innocence même. Gentil, optimiste, naïf – il donnerait un rein si on le lui demandait gentiment. Donc, c'est vrai qu'il n'est pas vraiment le fils idéal, mais il n'a jamais créé de problème. Juste de l'inquiétude.

Ensuite, Roxas, Enfant à Problèmes numéro 2, mon frère jumeau. Roxas a « mal tourné » parce que malgré ses bonnes notes – pas tout à fait aussi bonnes que les miennes mais au-dessus de la moyenne quand même – il n'a pas mon caractère. C'est plutôt le genre renfermé, et par-dessus le marché, il a un petit ami. La seule personne que je connaisse qui soit capable d'arracher un sourire à mon taciturne de frangin, c'est lui : Axel.

Maman n'a guère aimé apprendre que son fils était homosexuel. Donc, elle attend toujours que Roxas « finisse sa crise d'adolescence ». À bientôt 18 ans.

Si ma mère apprenait que je rentrais en retard parce que j'étais en train de bécoter un autre mec dans une ruelle, elle me pendrait par les orteils. Parce que si Axel n'a pas trouvé grâce à ses yeux alors qu'il est l'ami d'enfance de Roxas et que malgré sa dégaine légèrement grunge (tatouages au henné sur les joues et cheveux teints en rouge), c'était quelqu'un de fondamentalement bien – et puis il aurait donné sa vie pour mon frère, quoi de plus important ? - qu'est-ce qu'elle penserait de Vanitas ? Non, vraiment… Je n'aurais même pas été étonné d'apprendre qu'il portait une arme. Il avait trop la dégaine…

… mais je trouvais l'idée excitante… Au secours.