Première pluie
Ils étaient tout les trois en mission. Tout les trois, à savoir Dean et Sam, comme toujours et un Castiel nouvellement humain. Dean n'aimait pas trop l'entraîner dans des trucs dangereux alors que l'ange ne possédait plus ses pouvoirs pour se protéger et qu'il commençait à peine à appréhender son corps de chaire. D'un autre coté, il devait avouer que garder Castiel enfermé avec Bobby n'était une solution viable ni pour l'ex ange, ni pour le vieux chasseur.
Alors il l'avait emmené avec eux. A vrai dire, c'était Sam qui lui avait soufflé l'idée mais qu'importe. Ils s'occupaient de missions de routine : esprits vengeurs, fantômes, tout ce genre de petites affaires qu'ils connaissaient bien, ce qui permettait à Castiel de s'habituer un peu à sa situation.
Pour l'instant, ils étaient dans un petit bled du nord des états unis, dans un coin perdu. La ville prenait place dans une sorte d'étroite plaine cernée par la foret. En face du motel où ils s'étaient installés, de l'autre coté de la route, un lac s'étendait, niché entre les pins.
La journée était déjà bien avancée, l'après-midi était entamée, et un orage assez violent s'était déclaré, accompagné de trombes d'eau qui se déversaient de nuages presque noirs, métalliques. C'était la première pluie de printemps, disait le type qui gérait la station-service à coté. Impossible de sortir pour enquêter par un temps pareil.
Sam faisait donc des recherches sur son ordinateur. C'était à croire qu'il n'était pas capable de juste faire autre chose que bosser. Dean, lui, glandouillait tranquillement sur son lit, heureux d'être en chasse avec deux des personnes qui comptaient le plus pour lui. Bobby aurait été de la partie et tout aurait été parfait. Mais Bobby avait d'autres priorités et ils n'étaient pas les seuls chasseurs à compter sur lui.
Castiel, quand à lui… Dean se redressa d'un coup. Où était passé l'ange ? Sont regard fit le tours de la pièce, bien trop petite pourtant pour qu'il ne puisse pas voir son ange du premier coup d'œil. Il poussa un juron, inquiet. Sam releva la tête, étonné de la réaction soudaine de son frère. Il n'eu pas besoin de lui poser de question. Son regard fut attiré tout de suite par l'absence de son ami.
Dean poussa un gros soupir, pris sa veste et ouvrit la porte pour se retrouver face au paysage à peine visible sous l'averse. « Je vais le chercher, je revient tout de suite. » soupira-t-il avant d'ajouter, l'inquiétude effleurant son visage : « Enfin, j'espère. J'ai mon portable au cas où. » puis il franchit la porte.
Il fouilla aux alentours proches du motel mais ne le trouva pas. Il élargit petit à petit le champs de ses recherches, et fini par traverser la route. Si Castiel n'était pas de l'autre coté, cela signifierait qu'il avait disparut. Dean accéléra le pas. Il commençait à sentir l'eau s'infiltrer sous sa veste.
Traînant aux alentours du lac, il fini par apercevoir une silhouette bien connue. Une vague de soulagement l'envahi en même temps qu'une certaine colère contre Castiel, celle qui n'est que la conséquence de la peur de se qui aurait pu se passer mais qui, heureusement, n'avait pas eu lieu.
Cette colère s'affaibli au fur et à mesure qu'il se rapprochait pour totalement disparaître quand il fut aux cotés de l'ange récemment devenu homme.
Castiel était assis sur un rocher, face à la surface agitée du lac devenu si sombre qu'on aurait dit une étendue de mercure. De temps en temps, un éclair soudain venait rompre l'obscurité de sa lumière bleu, presque violette, révélant la silhouette des arbres au loin, éclairant les lieux d'une lueur surnaturelle. Il laissait l'eau s'abattre sur lui sans bouger, le regard au loin, l'air contemplatif comme à son habitude. Sauf qu'en cet instant, il y avait dans cet océan bleu quelque chose de plus, comme une étincelle de vie différente de ce que Dean connaissait, et qu'il ne se souvenait pas avoir vu auparavant.
Il s'agenouilla doucement à coté de son ami. Castiel tourna un instant la tête vers lui, avant de retourner à sa contemplation, l'ombre d'un sourire satisfait s'installant sur son visage. Dean fini par prendre la parole pour lui proposer de rentrer. « tu vas finir complètement trempé, Castiel. » Pendant les minutes qui suivirent, il cru que l'autre ne l'avait pas entendu, ou ne l'écoutait simplement pas. Pourtant, il fini par avoir une réponse.
_ C'est ma première pluie, Dean.
Le chasseur fronça les sourcils, cherchant à comprendre ce que voulait dire l'ange. Ils avaient souvent été sous l'eau auparavant. Parfois en chassant, parfois en étant eux-mêmes chassés. Et l'ange avait un certain paquet de décennies. Il avait vu les hommes naître et grandir. Combien de jours de pluie avait il dut voir ? Il avait même sûrement été aux premières loges du déluge.
Castiel n'avait pas perdu la totalité de ses capacités d'ange, à moins qu'il lui soit naturel de savoir ce que pensait Dean, car il répondit à la question qui n'avait pas été posée à voix haute.
Quand il était encore un ange, il était toujours dans une situation d'observateur extérieur. Il avait toujours été comme de l'autre coté d'une vitre, comme un scientifique qui observe des souries dans un labyrinthe, mais sans jamais y pénétrer lui même. Il voyait la souris trouver le morceau de fromage, mais sans savoir l'angoisse qu'elle ressent en cherchant la sortie, sans connaître sa satisfaction d'avoir trouver la nourriture, sa frustration de rester enfermer, sans connaître lui même le goût du fromage.
De cette façon il avait toujours été sur terre sans que la pluie ne l'atteigne. Sans connaître les passions qui poussaient les hommes à agir comme ils le faisaient, il avait cherché à comprendre sans savoir qu'il lui manquait la moitié de l'équation.
Il avait connu de nombreuses pluies. Il n'en avait jamais vécu.
Aujourd'hui, il pouvait sentir l'eau glacée s'abattre sur son corps humain, elle pouvait enfin l'atteindre et il était désormais capable de l'accueillir. Il sentait l'odeur de terre et d'aiguilles de pin remonter du sol jusqu'à lui, l'odeur de l'orage, cette épaisseur de l'air tout autour, ce petit goût presque métallique. Il était enfin capable de goûter l'orage, de laisser l'eau couler jusqu'à sa bouche et de la boire, il connaissait enfin le goût de la pluie dont il avait été privé depuis si longtemps, comme il s'était cru privé de sentiments.
Alors, malgré la douleur de la perte, et même s'il espérait encore redevenir un ange, il en profitait le plus possible.
Dean l'avait écouté parler. S'était si rare d'entendre l'ange du seigneur aligner plus de trois phrases de suite. Maintenant qu'il avait fini son récit, Dean avait pris une décision. Lui même avait des souvenirs d'enfance qu'il partageait avec sammy mais que l'ange n'avait jamais expérimenté. Alors il se leva et l'attrapa par la main pour le redresser. Castiel le regarda, surpris, s'écrier soudain : « Tu ne connais pas encore toutes les joies de la pluie. On va commencer par les plus simples. Chiche que tu ne peux pas m'attraper ! » et il partit en courant.
Il fallu bien une dizaine de secondes pour que l'ange comprenne qu'il devait le suivre. Au début, il eu du mal à comprendre l'intérêt de la course. Pourquoi Dean le fuirait ? Mais il se rendit vite compte qu'il n'y avait aucune raison à cette poursuite. Et pourtant, il y prenait plaisir. C'était même probablement cette absence de raison qui le grisait autant.
Ce jours là, il découvrit le bonheur des jeux d'enfants, des flaques d'eau et puisque Dean riait aux éclats en sautant à pieds joints dans toutes les surfaces d'eau, il se surprit à rire avec lui.
Il s'arrêta soudain, une forte douleur au flan droit. Sa respiration devenait difficile, lourde et il sentit la peur l'envahir lentement, incapable de comprendre ce qui lui arrivait. Jusqu'à ce que Dean lui explique qu'il avait juste son premier point de coté. L'orage fini par passer et ils marchèrent lentement dans le paysage d'après l'orage, les nuages laissant lentement la lumière s'infiltrer et poser une poudre dorée sur la nature aux couleurs ravivées éclatantes.
Ils décidèrent de rentrer au motel où Sam était probablement occupé à les attendre en s'inquiétant. Après de sévères réprimandes, ils allèrent achever leur chasse puis passèrent le reste de la journée devant un chocolat chaud à regarder la télé tout les trois affalés sur le lit de Sammy.
Le lendemain, Castiel connu son premier rhume.
