Bonjour !

Voici enfin ce troisième chapitre, introduisant un personnage que vous aimons tous ;)

J'espère qu'il vous plaira et vous souhaite une bonne lecture. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. :)


J'entends le bruit de la rivière, de son eau heurtant les rochers qui tapissent son lit, le chant des oiseaux qui s'éveillent, le crépitement des feuilles sous le souffle du vent qui les martèle. Je sens les premières lueurs du soleil sur ma peau alors que je suis là, allongée dans cette herbe fraîche à la lisière de la forêt, qui dégage cette odeur bien particulière que j'aime tant. Il est tôt, et ma journée s'annonce longue. Alors il m'arrive souvent de venir ici, même si ce n'est qu'une heure, et de chercher une plénitude enivrante, qui est nécessaire à ma concentration et qui améliore nettement ma journée. Je suis bien, sereine, coupée du monde extérieur et de toute cette agitation qui s'y produit. C'est un moment que j'adore. Auquel je tiens. Mais que malheureusement je néglige trop souvent.

J'ouvre d'un coup les yeux, mais reste immobile à contempler le ciel dans lequel le soleil a fait son apparition. J'ai du rester là plus longtemps que je ne le pensais alors que je suis attendue. Je décide donc de me relever et saisis mon épée que j'avais posée juste à portée de main. Oui, c'est la condition d'Anya : je sors armée.

Cela fait un peu plus de six mois que je m'entraîne à ses cotés. Six mois que je passe la plus grande partie de mes journées avec mon mentor, que ce soit pour assister aux conseils, pour passer des accords avec les peuples alentours ou encore m'entraîner au combat. Elle m'apprend nos mœurs, nos principes, et nos lois. Elle m'enseigne l'art du commerce, de la négociation et de la guerre. Cela fait six mois qu'Anya me teste, et six mois que je fais mes preuves. Jusqu'ici, je n'ai pas failli, je suis à la hauteur de ses attentes. Et elle est à la hauteur des miennes. Mais en six mois, elle est déjà partie en guerre contre l'Ice Nation en soutien à l'un de nos alliés. Elle s'est absentée pendant trois semaines, durant lesquelles elle m'a laissé la responsabilité de notre peuple et de TonDC. Et je n'avais pas la certitude qu'elle reviendrait.

Elle avait pris avec elle nos meilleurs guerriers, laissant sous mes ordres les plus jeunes avec juste trois anciens en cas de besoin. Mais ce n'était pas ici que le danger était. Je voulais partir avec elle, mais sa décision était irrévocable, elle voulait que je reste assurer la défense des nôtres. « Organiser une défense, mener des hommes, protéger des femmes et des enfants, c'est notre devoir. Je t'ai préparée à ça Lexa, je n'ai pas besoin de toi là bas, j'ai besoin de toi ici alors ne me déçois pas. » m'avait-elle dit en me serrant le bras avant de partir. Elle était tellement forte.

Tout s'était très bien passé, j'étais respectée des miens, nous étions partis en chasse et avions alimenté tout le village sans difficulté. Nos frontières n'avaient pas été menacées pendant ces trois semaines, et aucun signe des hommes de la montagne. Je continuais d'étudier cette langue qu'Anya enseigne à ses guerriers, langue ancienne parlée des hommes de la montagne et qui était un moyen pour nous de les comprendre et de pouvoir communiquer avec eux en cas de capture. Ce qui était très rare. Mais au vu de notre proximité avec Mount Weather, nous nous devions de savoir le plus de choses possibles les concernant, et cela passait par la compréhension et l'utilisation de leur langue. Alors je continuais d'étudier l'anglais. Et de m'entrainer au combat.

Pour cela, je faisais régulièrement appel à un jeune guerrier, un peu plus vieux que moi, mais qui était déjà parti se battre avec son père, et qui maniait relativement bien les armes. J'imposais un combat quotidien avec lui, sous l'œil attentif de ma mère et de Nyko. Nyko pansait nos blessures lorsque c'était nécessaire, il avait appris de son père, notre grand guérisseur, les bases de la médecine par les plantes. Son père était parti avec Anya, mais lui était resté. Il nous fallait un soigneur en cas d'épidémie ou même d'attaque soudaine. Et après mon combat quotidien d'entrainement avec Lincoln, je demandais à Nyko de m'apprendre quelques bases. Même si cela restait son domaine, je ressentais le besoin de m'enrichir de nouvelles connaissances.


Au cours de ces trois semaines, je progressais. Après avoir échoué plusieurs fois et ne pas être parvenue à battre Lincoln au corps à corps, de par sa corpulence et sa force nettement plus imposantes que les miennes, je finis par prendre le dessus avec les armes. Je n'abandonnais jamais, et même une fois au sol après avoir pris des coups, je me relevais et Lincoln me reconnaissait cette ténacité que peu d'entre nous avions. Ensemble, nous avons travaillé ma technique à l'épée, devenue mon arme de prédilection, et nos combats montaient de plus en plus en puissance. Ma rage de vaincre et ma vivacité me donnaient une aisance tactique impressionnante. Je mouvais rapidement, beaucoup plus que lui, et le prenais souvent à revers. Il m'était même arrivé de le blesser par inadvertance à la lame de l'épée. Nous finissions souvent nos combats pour des éclats de rire et des pronostics et paris sur le prochain. C'était devenu mon ami et un guerrier que je respectais. Son père était mort le même jour que le mien, et c'est entre autre à cause du regard que j'avais entraperçu à travers les flammes du bûcher que mon choix s'était porté sur lui comme partenaire d'entrainement. Il avait cette rage lui aussi au fond de lui, cette rage de vivre et de rendre justice à son défunt père. Je l'avais observé s'entrainer durement au combat, notamment avec Indra, qui lui portait un certain attachement, et passait de longs moments à discuter avec lui. Lincoln avait cette flamme dans les yeux qui m'interpellait, et ne me laissait pas indifférente. Comme s'il y avait un combat intérieur en lui.

D'ailleurs un jour, à la fin d'un de nos combats alors que je m'épongeais le visage et m'apprêtais à boire un grand verre d'eau, il était venu me retrouver et m'avait surprise, ce qui lui avait valu une fois encore une lame sous la gorge. Alors que j'abaissais mon épée, il me sourit et vint s'asseoir face à moi.

« J'admire ton courage Lexa, et je ne suis pas le seul. Je ne t'en ai jamais parlé avant mais je sais ce que tu as fait pour ton père et pour le mien. Et tu mérites d'être là où tu es, aux côtés d'Anya. Peut être qu'un jour tu pourras changer les choses. » me dit il avec de la tristesse dans le regard.

« Que veux tu changer Lincoln ? Que peut-on changer ? » lui demandais je en posant délicatement mon verre à côté de moi.

« Cette guerre incessante Lexa. Je veux dire, nous devons nous battre pour survivre, mais à quoi bon ? »

« Notre sécurité. Nous avons toujours fonctionné comme ça. Nous avons toujours du survivre face aux hommes de la montagne, face aux autres peuples, face aux Faucheurs. Si nous avons des lois et des traditions c'est pour une raison. »

« A quoi aspires-tu Lexa ? » me demanda t'il en plongeant son regard dans le mien.

« A la survie de mon peuple, coute que coute Lincoln. Bien sûr que j'aimerai ne pas avoir à combattre, bien sûr que j'aimerai éviter que des vies soient prises inutilement. Mais crois-tu vraiment que les crimes doivent rester impunis ? Crois-tu vraiment que les morts ne doivent pas être vengés ? Je n'ai pas envie d'aller au devant de cette violence, mais je ne permettrai jamais que mon peuple souffre, subisse, et sois privé de sa liberté d'action. Et ça, même si je ne comprends pas toujours pourquoi il est nécessaire de se battre. La paix est mon idéal, mais la guerre, elle, est malheureusement notre réalité. »

« Anya a fait le bon choix. Et je te suivrai, aussi longtemps qu'Anya te fera confiance, et aussi longtemps que tu feras preuve de dévotion envers notre peuple, et envers moi, je te suivrai Lexa. Et je suis fier de pouvoir m'entrainer à tes côtés. »

Il m'a alors tendu la main, et je lui ai saisie et serrée avec fermeté, approuvant ses propos d'un signe de tête. Alors qu'il s'éloignait, il se retourna et me lança « J'espère qu'Anya va revenir, sinon tu dois être prête ». Je lui souris avant de répondre « Elle reviendra. Mais si ce n'était pas le cas, je tâcherai de lui faire honneur. »


J'arrive au village quand Lincoln justement, à qui j'étais en train de penser à l'instant, arrive vers moi en courant et criant mon prénom. Réalisant que quelque chose d'anormal arriver, je cours vers lui et lui demande ce qu'il se passe pour qu'il m'appelle ainsi.

« Anya n'est pas rentrée de la nuit, je t'ai cherchée partout dès l'aube pour te prévenir, Indra ne l'a pas trouvée. » me dit-il, haletant, et inquiet.

« Quoi, comment ça elle n'est pas rentrée ? Je dois trouver Indra, amène-moi à elle. »

Nous courons le plus rapidement possible, remontons l'allée centrale du village pour arriver jusqu'à Indra qui est en train de rassembler une troupe d'une dizaine de guerriers et de s'armer. A ma vue, son visage se durcit encore plus qu'il ne l'était, elle s'approche de moi et me dit d'un ton sec.

« Où étais tu ? Je t'ai faite chercher depuis que je me suis aperçue qu'Anya n'était pas chez elle ce matin. Quand l'as tu vue pour la dernière fois ? »

« Hier soir, lorsque je l'ai quittée, elle partait dans la forêt chercher une baie donc elle avait besoin. »

« Pourquoi ne l'as tu pas accompagnée ? » me crie t'elle dessus, avec une voix menaçante.

« Parce qu'elle ne me l'a pas demandé ! lui répondis-je sur le même ton. Parce que c'est Anya, et quand Anya veut rester seule elle reste seule ! »

« Nous allons la chercher. » dit-elle en me passant à côté et me bousculant au passage.

« INDRA, ATTENDS ! » lui criais-je, sans même me retourner.

J'entends ses pas se stopper dans mon dos. Je me retourne alors pour faire face à une Indra furieuse, et déstabilisée par mon intervention à laquelle elle ne s'attendait pas.

« Lincoln, prépare tes armes. Nous partons en deux groupes de cinq. Indra commandera un groupe et moi l'autre. Prenez des cors, un groupe descend vers la rivière, l'autre arpente la forêt vers le nord. C'est par là que je l'ai vue partir hier soir. »

Je passe à hauteur d'Indra qui me regarde fixement et la défis du regard. Alors que j'avance en direction de la forêt, sans me retourner, je l'entends dire aux hommes « Vous avez entendu Lexa ? Toi, vous quatre, avec moi. Les autres avec Lexa. Lincoln, vas avec elle. » Alors que je marche d'un pas décidé, je n'espère qu'une chose, qu'Anya soit saine et sauve, et qu'on la retrouve. Qu'elle n'ait pas été fauchée ou capturée par Azgeda.


Après environ une heure de recherche, je n'avais toujours rien entendu, ou aperçu. Un de mes guerriers est un excellent pisteur, et jusqu'ici il n'a rien vu laissant penser qu'Anya est dans les parages. Je décide donc de partir un peu plus à l'ouest, où je devrai normalement croiser Indra qui suit la rivière et ses alentours. Les recherches se font en silence, histoire de ne pas avertir de notre présence alors que nous commençons à vraiment nous éloigner de TonDC. Prudence est mère de sureté.

Tout d'un coup, je fais signe à mes hommes de s'arrêter. J'ai entendu un bruit, assimilable à des cris lointains, comme des grognements. Des faucheurs. J'en distingue au moins deux au loin, à environ trente mètres devant nous, mais je n'arrive pas à voir s'ils sont plus nombreux, ni même s'ils ont un prisonnier. Je fais un signe de tête à Lincoln, qui part discrètement un peu plus loin sur la droite pour chercher une meilleure vue. Nous continuons d'avancer discrètement alors que je sens chez mes guerriers une certaine anxiété s'emparer d'eux. Les Faucheurs sont redoutables, sanguinaires, cannibales, et tous ceux qui ont été fauchés ne sont jamais revenus. Soit tués sur le coup, soit enlevés et nous ne savons pas ce qu'il est advenu d'eux. Ils nous ressemblent, mais ne sont pas de chez nous. Pas comme nous. De toute manière, nous ne les voyons jamais assez longtemps pour en reconnaître certaines d'entre eux, ni même ne savons où ils vivent. Sous terre, dans des tunnels, à proximité de Mount Weather. C'est la seule chose connue des miens. Nous les fuyons. Et Anya n'est pas assez folle pour aller les combattre sans rien connaître d'eux. Voilà pourquoi nous les craignons autant. Comment ne pas craindre ce que nous ignorons ?

Nous les avons contournés et les suivons maintenant à distance. A priori, ils sont trois. Trois contre cinq. Je m'apprête à donner l'ordre de les chasser et d'attaquer, lorsque je les vois s'arrêter brusquement. Comme s'ils hésitaient à aller plus loin.

Et là, cassant le silence, et résonnant dans mes veines, un rugissement survient, mettant les faucheurs en panique et glaçant le sang des miens. Un deuxième rugissement. Les Faucheurs s'agitent, font demi tour et reviennent sur nous. Ils fuient, ils fuient quelque chose qui a été réveillé au fin fond de la forêt. Je regarde mes hommes juste derrière moi avec un air interrogateur, et l'un d'eux me dit « Pauna… Lexa nous devons fuir, c'est Pauna ». N'ayant pas le temps de chercher à comprendre pourquoi, ni qui est Pauna, je saisis son arc, une de ses flèches, me retourne et décoche une flèche en pleine poitrine d'un des faucheurs qui se trouvait à moins de dix mètres de nous à présent. Me voyant faire, Lincoln sort des buissons, épée à la main, et tue rapidement le deuxième faucheur, pris par surprise. Le dernier me saute dessus sans que je n'ai le temps de réagir, mais se fait rapidement tabasser et tuer par deux de mes autres guerriers qui se jettent furieusement sur lui et le décapitent. Je me relève, et me précipite sur celui qui avait pris ma flèche, pour essayer de lui soutirer des informations. Trop tard. Je sens une main sur mon épaule, et entends Oslo me dire qu'il faut partir, parce que nous sommes sur son territoire.

« Lexa.. Donne l'ordre de nous replier. » me demanda t'il.

« Je n'abandonnerai pas Anya. Qui est Pauna Oslo ? »

« Pas qui, ce que c'est tu veux dire. Je ne sais pas, nous ne nous approchons jamais assez pour le savoir. C'est grand, noir, et ça tue. La seule fois où j'ai vu cette chose, c'était de suffisamment loin pour que j'ai eu la chance de pouvoir en réchapper. Nous ne trouverons jamais Anya sur son territoire, ou si elle y est, elle est déjà morte, parce que de son vivant, elle ne s'y serait jamais aventurée. »

Je repousse violemment sa main de mon épaule, et m'avance vers les grognements qu'on entend au loin. Debout derrière moi, mes cinq guerriers sont en attente de mes ordres. Je ne peux pas laisser Anya, et quelque chose me dit qu'elle est sur son territoire. Quelque chose me dit que les faucheurs cherchaient, traquaient, quelque chose ou quelqu'un. Et cela pourrait être Anya. Et que seule face à trois, la seule façon d'en réchapper aurait été d'aller là où personne ne s'aventure. Je me retourne vers eux, et donne l'ordre de continuer. Ils se consultent, mais aucun ne témoigne d'objection. Et celui qui l'aurait fait n'aurait plus eu qu'à prier pour qu'Anya ne soit jamais retrouvée et moi tuée, pour ne pas avoir à subir les conséquences de sa désobéissance.

« Sortez vos armes, et restez sur vos gardes. Nous avançons en discrétion. Restez groupés. Allez ! »

Nous nous enfonçons un peu plus profondément dans les bois, où l'atmosphère devient beaucoup plus pesante, presque porteuse de mort. Je ne connais pas ce territoire, ni son histoire, ni sa topographie. Ni même sa végétation, ce qui me vaut de m'écorcher le bras à d'énormes ronces, de manière superficielle mais suffisamment profond pour me faire étouffer un petit cri de douleur. Je me maintiens le bras pour empêcher tout saignement de couler, le sang laissant une odeur particulière que les bêtes peuvent sentir. Et cette chose ne devait pas nous sentir.

Prudemment, doucement, nous progressons dans les sous bois. A l'affut, nous essayons de trouver la moindre piste de la présence d'Anya. Et d'un coup, Lincoln me fait un signe de le rejoindre quelques pas en arrière. Il me montre une trace de sang sur un tronc d'arbre, relativement fraiche. Je ne l'ai pas vu en passant à côté. Nous sommes sur la bonne piste, j'en suis persuadée. Je cherche alors du regard autour de moi un endroit où il serait possible de se réfugier mais je ne vois rien à proximité. Je fais alors un signe de bras pour continuer d'avancer, quand tout à coup, l'un de mes guerriers s'écrit : « Lexa, je vois quelque chose là bas ».

A une cinquantaine de mètre sur notre droite, j'aperçois une silhouette qui tente d'avancer d'un pas faiblard. C'est elle, je la reconnais. Je souffle de soulagement et commence à courir dans sa direction, suivi de près par Lincoln et les autres. Mais nous n'avons pas fait dix mètres dans la direction d'Anya que, surgissant de nulle part et avec la rapidité, l'habilité et la force d'un gorille, ce qui doit être Pauna, nous tombe dessus, et fauche en une demi seconde deux d'entre nous. Elle en balance un en l'air à des dizaines de mètres de haut, et broie l'autre de sa main juste avant de le mettre dans sa gueule et de lui arracher la tête.

« COURREZ ! » hurlais-je à Lincoln et Oslo.

Courant à en perdre haleine, sous l'effet de l'adrénaline, nous nous dirigeons vers Anya. Arrivée à sa hauteur, je la prends sous le bras pour l'aider à se déplacer et Lincoln vient me donner un coup de main pendant qu'Oslo surveille nos arrières. Pauna a l'air occupée avec les deux guerriers que nous venons de perdre, heureusement pour nous, leur mort nous sauve surement la vie. Nous l'apercevons au loin qui ne nous prête aucune attention dans l'immédiat. C'est le moment de fuir. Anya souffre, gémit, mais continue d'avancer malgré la profonde entaille dans son flan gauche, et le sang qui tapisse ses habits. Après quinze bonnes minutes de course, essouflés mais assez loin pour pouvoir nous permettre de nous arrêter, je dépose Anya délicatement sur le sol afin de regarder l'étendue de sa blessure. Elle est très mal en point et je dois absolument réussir à arrêter l'hémorragie. Les grognements de Pauna résonnent au loin dans la forêt, nous glaçant à tous le sang.

« Pourquoi êtes vous là ? » gémit elle, la mâchoire crispée de douleur.

« Je n'allais pas te laisser mourir. Appuie sur ta blessure. Lincoln, vient m'aider s'il te plait. Déchire un long bout de ton haut, on va la bander. Nyko m'a dit une fois qu'il fallait empêcher le sang de couler, et il m'a parlé d'une plante qui atténue la douleur mais je ne sais plus laquelle et je ne sais pas où la trouver.. »

Je me recule, tente de réfléchir à cette fameuse plante en ne laissant paraître aucun signe de peur, mais au fond de moi je suis terrifiée. Nous devons absolument réussir à ramener Anya au village pour qu'elle y soit soignée.

Il est impossible de la déplacer, elle est à bout de force. Oslo avait sonné le cor, en espérant qu'Indra nous entende et réussisse à arriver à temps avec ses hommes. Je reviens auprès d'Anya, et prends le relais de Lincoln à appuyer sur sa blessure. Mais alors qu'elle s'apprête à me dire quelque chose, je vois ses yeux révulser et elle perd connaissance. Je demande aussitôt à Oslo de repartir au village aussi vite que possible et de voir si sur sa route il ne croiserait pas Indra. Dans le cas contraire, afin de prévenir notre guérisseur pour que tout soit prêt, si toutefois nous arrivons à ramener Anya à temps.

Les minutes qui suivent me paraissent une éternité, Anya dans mes bras, inconsciente, si vulnérable, si fragile et si faible. Son sang commence à recouvrir mes mains, j'ai du mal à contenir cette hémorragie. Je ne peux rien faire de plus, et le sentiment d'impuissance qui m'envahit commence ébranler toutes mes convictions. Mon rythme cardiaque ne diminue pas, et j'ai du mal à contenir ma respiration. Je ne peux pas me permettre de la perdre elle aussi, j'ai encore trop besoin d'elle. Lincoln tourne et vire, aussi désemparé que moi, s'attrapant désespérément la tête et poussant un hurlement d'impuissance et de désarroi.

Soudain, je suis tirée de mes pensées par des bruits qui s'approchent, et des silhouettes se dessinent au loin à travers les arbres. Ils arrivent enfin, et une fois à notre hauteur en voyant Anya dans cet état, Indra ordonne de suite qu'on la porte. Alors que je lâche le tissu ensanglanté en demandant à ce qu'on continue à maintenir la pression sur la plaie, pour la première fois dans le regard d'Indra, je perçois une forme de reconnaissance et de gratitude, alors qu'elle me tend la main pour m'aider à me relever. Je n'ai que rarement été aussi contente de la voir.


Cela fait quatre jours. Quatre jours que notre guérisseur la veille sans cesse en attendant qu'elle reprenne des forces. Quatre jours que j'ai du mal à dormir, et que je passe le plus clair de mon temps à son chevet. Je lui éponge son front, alors que sa peau est brulante, son teint lui, est glacial. « Yu gonplei nou ste odon Anya » lui murmurais-je.

Alors que je m'apprête à rincer le linge avant de le lui appliquer à nouveau sur le visage, Nyko fait irruption dans la pièce et me fait signe de sortir.

« Indra te demande dans la salle du conseil ».

Je lui demande de rester au chevet d'Anya, alors que je traverse la place pour aller rejoindre Indra. C'est la première fois que je mets les pieds dans cette salle sans elle. Durant son absence, je n'avais pas fait de réunion en ces lieux, je transmettais les ordres et mettais en place l'organisation sur la place principale du village, aux yeux de tous. Par respect pour Anya, je n'avais rien entreprit ou décidé ici en son absence. Cette salle est la plus emblématique de notre peuple, là où se prennent toutes les décisions importantes, et pour qu'Indra me fasse quérir en ce lieu, je comprends que c'est important. Je descends les quelques marches qui amènent à la salle, passe la grille d'entrée, et aperçois Indra dos à moi, figée de l'autre côté de la grande table centrale.

« Indra, tu voulais me voir. » la sortis-je de ses pensées.

« Oui. » me répondit elle en venant à ma rencontre. « Comme tu le sais surement, nous avons des obligations à l'extérieur, et Anya n'est pas en état de les honorer. Si elle avait été de retour parmi nous, elle aurait pu prendre les décisions, mais ce n'est pas le cas, alors c'est à toi de les prendre Lexa. Notre accord commercial avec le peuple de l'eau doit être finalisé dans 5 jours, ce qui implique de partir demain si nous voulons l'honorer à temps. Dans le cas contraire, nous pouvons envoyer un messager pour leur signifier que nous ne sommes pas en mesure d'honorer cet accord pour lequel Anya s'est engagée et Astria, leur chef, aussi. Mais si nous faisons ça, nous devrons leur donner une explication et cela implique de les informer de l'état de santé d'Anya. »

« Nous ne pouvons pas faire ça. Ce serait nous exposer à une attaque. Si la nouvelle se repend, notre peuple pourrait très vite être fragilisé. Anya va se remettre mais elle a besoin de plus de temps.. »

« Temps que nous n'avons pas. Si nous ne justifions pas notre retrait de cet accord, cela pourrait être pris pour une trahison et une déclaration de guerre vis à vis de ces intérêts commerciaux. »

« Je sais, la paix qu'a instaurée Anya avec eux est bien trop fragile pour que l'on parte sur une simple base de confiance sans alliance honorée et finalisée. Nous devons l'honorer. »

« Alors tu dois t'y rendre pour le faire. Je ne peux le faire à ta place, ma présence ne serait pas justifiable à la place de celle d'Anya. En temps que seconde, tu nous laisses une chance de l'honorer.»

« Soit, je vais m'y rendre. Nous ne pouvons pas nous permettre de mettre en péril notre paix fragile avec Floukru. En cas de besoin, à l'heure d'aujourd'hui, ce seront les seuls à répondre. Et nous ne pouvons pas prendre ce risque. Je vais rassembler le conseil ce soir et leur faire part de ma décision, envoies des cavaliers aux villages alentours. En mon absence et compte tenu de l'état d'Anya, nous allons devoir répartir les responsabilités. » déclarais je sur un ton presque solennel.

« Bien. » dit elle en commençant à s'éloigner.

« Indra ! » l'interpellais je.

« Oui ? »

« Penses-tu que c'est la meilleure chose à faire ? »

Je n'eus en guide de réponse qu'un hochement de tête avant qu'elle ne franchisse la grille pour disparaître dans l'escalier, me laissant seule dans la grande salle vide, dans laquelle on aurait pu entendre mes battements de cœur résonner.


Alors que je me tiens les yeux rivés vers l'extérieur, perdue dans mes pensées qui m'amènent bien au delà de cette forêt, incertaine quant à mes décisions, et soucieuse qu'elle ne soit plus jamais là pour me guider, je suis soudainement tirée de mes songes par la faiblesse d'une voix murmurant « Nou get yu daun, chit nou frag yuop na teik yu ste mou yuj ». Je marque un temps de pause, affiche un sourire en attendant ces mots avant de me retourner vers elle. Elle détourne son regard vers moi, me sourit et toussote. En lui épongeant à nouveau le front, je lui dis doucement :

« Je savais que ton combat n'était pas terminé. »

« Je viens de te le dire, ce qui ne te tue pas te rend plus fort. »

« Je suis contente que tu reviennes enfin à toi Anya, on a besoin de toi. »

« Ils t'ont toi Lexa. »

Ces quelques mots ont résonnés en moi. Je la regarde avec admiration, amour et respect. Je ferais tout pour la rendre fière et lui faire honneur.

« Tu es revenue me chercher » continue t'elle, faiblement.

« Et deux de nos guerriers sont tombés par ma faute. » lui répondis, soucieuse.

« Tu es revenue me chercher alors que tu ne savais pas à quoi tu allais te confronter. Et s'ils sont tombés c'est que tu as gagné leur respect pour qu'ils te suivent. Tu aurais pu fuir ne sachant pas à quoi tu avais à faire, mais tu ne l'as pas fait. Et tu as forcé leur respect en agissant ainsi.»

Je lui donne à boire, et l'aide à légèrement se relever en calant davantage sa tête.

« Que s'est-il passé Anya ? J'ai trouvé trois faucheurs qui rôdaient non loin de l'endroit où nous t'avons retrouvée. Pourquoi t'es tu éloignée à ce point du village ? Et seule… »

« Je cherchais une plante hier soir, quand j'ai vu un faucheur isolé qui rôdait non loin de la rivière. Je n'avais que mon couteau avec moi, je l'ai pris en chasse pour éviter qu'il ne rameute les autres vers le village. J'ai couru pour le rattraper mais il m'a devancé et je l'ai perdu de vue. » Elle fait une pause et reprend : « Je m'apprêtais à faire demi tour lorsque j'en ai entendu tout un groupe arriver dans ma direction. Je n'ai pas eu d'autre choix que de me cacher, pour éviter de les attirer vers le village s'ils m'avaient traquée. J'ai passé la nuit à l'abri dans ce qui ressemblait à une petite grotte, mais au petit matin j'ai été surprise par l'un d'eux en sortant. Il m'a entayé tout le flan, mais j'ai réussi à lui trancher la gorge. S'il y en avait un, il y en avait surement d'autres à proximité. Blessée, ma seule façon de survivre était d'aller sur le territoire de Pauna, là où il ne me suivraient pas.. »

« Et c'est à ce moment là que nous sommes arrivés. »

« Lexa, je… »

« Ne bouge pas, je vais chercher le guérisseur. »

Elle me saisit le bras, comme usant de ses dernières forces pour ce faire, et plonge son regard dans le mien. Cet échange vaut bien plus que tous les mots réunis.

Un peu plus tard, je suis revenue lui parler de cet accord que je devais honorer en son nom. Anya me donne son approbation, m'expliquant grossièrement comment je devrai bientôt traiter avec Astria. Elle me dit de prendre seulement deux guerriers de mon choix avec moi et de partir à l'aube demain après avoir averti le conseil ce soir. Je ne serai pas de retour avant une dizaine de jours, d'ici là, elle devrait être à nouveau sur pieds.

Lorsque je rentre chez moi, alors que la nuit est déjà tombée, je trouve le repas posé sur la table et ma mère endormie. Je lui dépose un baiser sur le front avant de ranger mon couvert, sans même toucher à mon assiette. Je suis épuisée. Après m'être déshabillée et lavée, je me glisse dans mon lit, qui ne m'a pas paru aussi douillé depuis un long moment. Peut-être est-ce de savoir que les prochaines nuits à venir, je ne sais pas vraiment où je vais dormir. Il faut que je trouve à présent le sommeil, demain à l'aube je pars avec Lincoln et Nyko.