Abbrazzu
Voici le troisième chapitre !
C'est la fin des cours, et je me laisse entrainer par tous les élèves qui sortent. C'était épuisant, je n'ai toujours retrouvé aucun souvenir, mais je ne désespère pas ! Courage Yuya ! Tu dois aussi retrouver Mahiro.
- Planche à pain !
C'est qui qui parle comme ça à une fille ?
Je me retourne pour voir le débile qui parle de cette manière et je tombe sur un garçon qui approche dans ma direction à grandes enjambées.
Mon cœur loupe un battement… Pourquoi ? Je ne reconnais pas du tout cet homme. Il est grand, la peau bronzé, de longs cheveux noirs et des yeux rouges. Il est terrifiant. Je plain celle à qui il parle… Enfin, j'ai d'autres problèmes à régler.
- Eh Planche à pain ! Je te cause !
Je sens une main se poser sur mon épaule et me retourner d'un coup. C'est le garçon aux yeux rouges.
- Tu me regardes quand je te parle ?!
- C'est à moi que vous parlez ?
Je scrute son visage. Ses yeux sont rouges. Très rouge. Presque trop rouge. Mais moi j'aime bien le rouge. C'est la couleur de l'amour. Et j'aime l'amour. D'accord j'aime pas vraiment faire des bisous à Shinrei, mais ça compte pas vraiment.
Oups… je ne lui ai même pas répondu et maintenant, ses sourcils se froncent un peu plus. Ça doit faire mal d'avoir les sourcils aussi froncés...
Il semble attendre une réponse de ma part. Qu'est ce qu'il ma dit déjà ?
Planche à pain ? Je regarde dans mon T-shirt, mais je vois toujours ma jolie poitrine. Qu'est ce qu'il raconte ? J'ai très envie de lui hurler à la figure, mais je ne hurle pas, a dit Shinrei.
Comme lui, je lui réponds en tordant mes sourcils et ma bouche pour lui montrer que je ne comprends pas.
- Depuis quand tu portes plus de soutien-gorge ? C'est pour moi, c'est ça ?
Cette fois-ci, son visage s'adoucit et un étrange sourire apparait. Je n'avais jamais vu ce genre de sourire auparavant et je ne comprends pas ce qu'il signifie.
Tiens, pourquoi je n'arrive plus à respirer ?
- J'ai essayé dans mettre un ce matin. Mais ça gratte et ça fait mal. Et puis je me suis pincée aussi, alors j'en ai pas mis.
Il a l'air surpris.
- La renarde m'a appelé pour me dire que t'étais sortie.
- YUYA ! Ne t'approche pas de ce type. C'est lui qui t'a renversée en moto.
Shinrei court vers moi, complètement paniqué. Il arrive et me prend dans ses bras pour m'éloigner du garçon.
Quoi ? En effet, il a un casque à la main… C'est de sa faute alors… Il nous regarde avec un visage impassible. Ses sourcils ne sont plus froncés, sa bouche ne sourit plus, ses yeux rouges ont l'air de vouloir nous bruler sur place. Mon estomac se tord, ma respiration se coupe, mon cœur semble s'arrêter...
NOOOOOOON !
J'ai envie de hurler, mon cœur se compresse et mon estomac se tord tellement que j'en ai mal. Voila que je me mets à pleurer…
- C'est de votre faute alors… C'est de votre faute si je n'ai plus aucun souvenir ! Si je ne me rappelle de rien ! Je vous DETESTE !
Je veux le frapper mais Shinrei m'empêche de le toucher.
- Viens, on s'en va.
Je continue de pleurer, de pleurer mes souvenirs perdus, mes amis oubliés, ma vie effacée… et quand je reprends mes esprits, je suis déjà dans les bras de mon grand-frère. Il me sert fort dans ses bras et je me sens tout de suite mieux.
- Pourquoi est-ce qu'il n'est pas en prison, si c'est lui qui m'a fait ça ?
- Il est surement en liberté provisoire. En attente de son jugement. Mais je te promets qu'il ne t'approchera plus, m'assure Shinrei.
Il est gentil, il essaie de me réconforter. Mais moi, je suis toujours super en colère.
Planche à pain… Je n'arrive pas à y croire ! Comment ose-t-il ? Surtout que c'est faux ! Quand j'avais 12 ans, d'accord mais maintenant j'ai 20 ans ! Ah non 21… Bref ! J'ai de la poitrine, espèce de… de… de démon ! Oui, ça lui va plutôt bien.
… Je devrais plutôt m'énerver sur le fait qu'il ait volé ma vie, pas sur un commentaire idiot…
Shinrei est partit et Grand-Frère me laisse me calmer, tout en continuant à me caresser les cheveux. Ce n'est que quand j'arrête de pleurer qu'il se lève et sort de ma chambre, sans oublier de me faire un bisou sur le front.
Ma première journée à l'extérieur de l'hôpital n'est pas une réussite, je n'ai pas eu un seul souvenir, et je me sens complètement décalée… On s'est même moqué de mon sac Totally Spies !
Je regarde le squelette et je me sens un peu mieux.
- Hey, Mahiro. Comment était ta journée ? Moi pas super. Je me suis fait insulter par des gens dont je ne reconnaissais absolument pas les visages, j'ai rencontré mes amis mais je ne me sens pas à l'aise du tout et j'ai constamment envie de crier sur les gens. Shinrei a dit que j'étais douce et calme. Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ?
Je n'aime pas être adulte. Je voudrais redevenir la petite fille qui me manque tellement. Le seul problème que j'avais c'était de savoir quel couleur de cahier utiliser pour le cours de musique… Mais tout ça, c'est trop !
Sans un bruit, je sors de ma chambre et je monte vers le grenier. Cette pièce m'a toujours fait peur. A ce qu'il parait, il y a des araignées, des rats, et même des cafards… Quel horreur !
Mais je prends mon courage à deux mains et je monte les marches lentement. Il fait sombre et c'est plein de poussière, et ça pue… Je veux pas rester là !
Si ! Tu dois le faire Yuya ! Courage ! Le grenier ne peut pas être bien grand après tout.
C'est ce que je pensais, mais je mets quand même une demi-heure avant de trouver le carton que je cherchais désespérément. Je le descends, encore une fois en silence. On dirait que je suis un peu musclée, parce que le carton est assez léger dans mes bras, même s'il est très lourd.
Je le pose au milieu de ma chambre et l'ouvre avec prudence. Peut-être qu'ils m'en veulent un peu… Je sais que c'est idiot de penser qu'ils sont vivants, mais pour le moment, je n'espère que ça.
Bikara est le premier à sortir du carton. Je pose le gros ours sur mon lit et Shindara et Andera viennent le rejoindre. L'ours, le corbeau et la poupée ont toujours voulu rester ensemble. Ajira le dragon blanc semble me tendre ses petites pattes. Haira la souris, Mekira le renard, Kubira la licorne et Indara le serpent sont accrochés ensemble. Je les époussette gentiment et les éparpille sur la couverture. Quand je frappe Santera pour faire partir la poussière, la fumée crée un tourbillon de paillettes autour des ailes du papillon. Au fond du carton, il reste Basara l'aigle et Makora l'écureuil. Eux aussi vont sur mon lit et je me retrouve avec Shatora dans les mains. C'est la première peluche que ma offert Grand-Frère et devant les yeux pelucheux du magicien, je recommence à pleurer.
Même si ils sentent tous la poussière, je les emmène tous sous les couvertures avec moi pour qu'il me réconforte. Et j'ai l'impression d'être enfin en sécurité.
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Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit. Même Grand-Frère a remarqué que j'étais épuisée. Il m'a proposé de rester à la maison, mais je ne peux pas abandonner tout de suite. A la fin de la semaine, je retourne voir Yukimura pour un bilan de santé, je ne veux pas le décevoir. Je dois m'appliquer et retrouver tous mes souvenirs.
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Rien ! Nada ! Que dalle ! Le vide complet… Une semaine est passée, je n'ai toujours aucun souvenir de ma vie, de mes amis, de mes études, de mes rêves… Je ne comprends pas pourquoi je suis dans une école de médecine, moi je voulais faire du cinéma, devenir réalisatrice. Pourquoi est-ce que j'ai subitement changé de voie ?
- Tokito ? Tu sais pourquoi je fais médecine ? Dans quel but ? Tu es ma meilleure amie tu dois le savoir.
Elle est allongée dans l'herbe à côté de moi. Elle tourne la tête et me regarde d'un air ennuyé.
- Tu voulais devenir chirurgienne parce que c'est un métier qui rapporte non seulement beaucoup d'argent mais également beaucoup de pouvoir et de renommé. Maintenant, arrête de me poser des questions idiotes.
Pour l'argent ? Je suis vraiment ce genre de personne ? Je n'aime pas beaucoup la Yuya de 21 ans. Toujours à se plier aux paroles des gens, ne jamais se rebeller ou répondre, toujours rester calme et polie. Ça me donne mal à la tête, et ça n'amène aucun résultat. Je veux retrouver ma mémoire ! Tout de suite !
- Parle moi plutôt de Shinrei. Tu vas accepter sa demande en mariage ?
Glups, dire que j'avais totalement occulté cette épisode...
- Je ne sais pas. Il faut être amoureux pour se marier. Je ne sais pas si je suis amoureuse de lui…
- Est-ce que ton cœur bat plus vite et plus lentement à la fois quand tu le regardes ? Est-ce que tu as les poils qui se dressent quand il te touche ? Est-ce que tu as envie de plonger dans son regard ? Est-ce que tu sens tes jambes faiblir quand il t'embrasse ?
- Euh…
Est-ce que je ressens tout ça ? Mon cœur accélère quand je le vois, oui, mais il ne ralentit pas. De toute façon ce n'est pas vraiment possible, les deux en même temps. J'ai les poils qui se dressent quand j'ai froid, c'est tout. Il a de beaux yeux, certes, mais je les trouve trop froid pour avoir envie de s'y plonger.
- J'ai pris l'habitude de lui faire des bisous sur la bouche le soir, mais je cours jusque chez moi après, mes jambes vont bien… Mais c'est tout chaud quand on s'embrasse…
- Qu'est ce que tu ressens quand vous couchez ensemble ?
- Oh, il n'a jamais dormi à la maison. Je veux pas faire de pyjama-party tant que mon bras n'est pas guéri.
Tokito éclata de rire. Je n'aime décidément pas quand les gens se moquent de moi. Et encore moins Tokito, elle est un peu méchante parfois. Mais Shinrei a dit que je lui laisse tout passer, donc il vaut mieux que je ne dise rien. Je dois faire comme Shinrei a dit.
- T'es vraiment idiote, bébé Yuya. Tu me fais bien marrer avec ton cerveau de gamine. J'espère que tu vas rester comme ça un peu plus longtemps.
Ne pas s'énerver ! Ne pas s'éner… Aïe ! Mon mal de crâne me reprend de plus belle.
- Je parle de faire l'amour, de sexe quoi !
EXCUSE-MOI ? Mais… mais… mais ça c'est des trucs de grandes personnes !
- Mais on n'a… on fait pas… Je veux dire… NON !
Mince, mon visage brule de honte alors que Tokito se paye encore ma tête.
- C'est bien drôle de te voir comme ça, bébé Yuya. Mais il faut que tu deviennes un peu plus grande. Je ne vais pas changer tes couches jusqu'à la fin de ta vie.
Et elle reprend son rire bruyant. Stop… Stop ! STOP !
- Maintenant ça suffit ! Tu crois que c'est drôle d'avoir perdu 9 ans de souvenir ?! Et bien sache que c'est éprouvant. Alors maintenant, tu te la fermes et tu me laisses un peu respirer. Je n'ai besoin de personne pour m'enfoncer encore plus !
… Oups… Là, je me suis carrément énervée ! Méchante Yuya, pas bien Yuya !
- Je… je vais à l'hôpital, maintenant. C'est l'heure.
Vite vite, pars. Yuya tu es lâche ! Tu viens d'engueuler ta meilleure amie et maintenant tu fuies ?! Qu'est ce qu'elle fait ? Elle va me courir après ? Ah non. Elle parle au téléphone… Bon tant pis, autant y aller maintenant.
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- Ma petite Yuya ! Comment vas-tu aujourd'hui ?!
Rien que voir mon médecin, qui est également devenu mon ami me redonne le sourire. Sa bonne humeur est vraiment contagieuse. Il me suffit de le voir, ou de l'entendre pour reprendre espoir et retrouver le sourire. Il m'ébouriffe les cheveux avant de m'accompagner dans une salle d'examen.
- Alors ? Des résultats avec ta mémoire ?
- Non, pas vraiment… J'ai peur de ne jamais la retrouver.
- Allons ! Ça fait seulement une semaine, il ne faut pas croire aux miracles non plus. Même si je suis capable d'en réaliser quelques uns…
Son regard est plongé dans le vide et un sourire que je n'avais jamais vu apparait.
- Enfin, ça reste dans le domaine du privé. Pas pour les petites filles de 12 ans ! Sinon, tu vis normalement malgré ça ?
- Ben, j'ai un peu l'impression de vivre la vie de quelqu'un d'autre. Shinrei a dit que je suis calme et souriante, que je ne crie jamais. Mais souvent j'ai…
Est-ce que je peux le dire ? Je me triture les mains, parce que j'ai peur que Yukimura ne m'aime plus si je lui dis la vérité. Mais son regard est tellement bienveillant que je reprends courage.
- J'ai juste envie de leur prendre la tête et de l'écraser contre un mur.
Et voila qu'il se met à rire lui aussi. Pourquoi tout le monde rit de moi en ce moment ? J'aime pas ça, mais alors pas ça du tout ! Je savais bien que je n'aurais pas du lui en parler. Personne ne me prend jamais au sérieux.
Il doit remarquer mon air, parce qu'il se calme tout de suite et pose sa main sur mon épaule.
- Et bien dans ce cas, crie ! Pleure ! Rit ! Fais ce que ton instinct te dicte.
- Mais tu as dit que je devais vivre tout comme avant…
- Yuya, il n'y a personne qui te connait mieux que toi-même. Pour vivre comme avant, laisse la vie venir d'elle-même, prends des risques même si tu les penses inutiles. Suis ton instinct ! Compris ? Et Yuya, je suis ton médecin, je ne suis pas ton frère, s'il y a des choses desquelles tu ne veux pas parler à Nozomu, je suis là pour ça, d'accord.
Il faut que j'arrête de pleurer à tout moment. Je pleure quand on me dit des choses méchantes, quand on me dit des choses gentilles, ça ne va plus…
Il attend que mes larmes sèchent avant de reprendre l'examen en cours. Mon bras se soigne rapidement. Je pourrais bientôt enlever le plâtre et faire de la rééducation. Et soudain, l'image du motard s'impose devant mes yeux… Une fois encore, les sentiments de suffocation et d'arrêt cardiaque me reprennent. Il faut que je lui en parle.
- Yuki, j'ai vu la personne qui m'a renversée. Après mon premier jour à l'école…
- Allons bon. Je ne t'ai pourtant pas vu. Mais pourquoi es-tu allée le voir ?
- Hein ? Mais c'est lui qui est venue m'attendre à la sortie. Il m'a appelée Planche à pain, en plus. Je ne comprends pas qu'il ne soit pas en prison. Et puis, pourquoi il vient me voir, ça fait assez mal comme ça…
Yukimura pose ses instruments, pose ses mains sur mes épaules et me regarde droit dans les yeux.
- Yuya, je ne sais pas qui tu as rencontré, mais l'homme qui t'a renversée il y a maintenant cinq semaines est toujours dans le coma. Dans cet hôpital. Et il a de moins en moins de chance de s'en sortir.
- Mais… Shinrei a dit que c'était lui !
- Et bien, il t'a men… Il s'est trompé. Ça arrive. Ne t'inquiète plus à propos de ça. En tout cas, tout va bien pour toi. Ecoute, voici mon numéro de portable. Rappelle toi, si tu as besoin de quoi que se soit, même de parler, n'hésite pas.
- Mais je n'ai pas de portable, moi.
- Une jeune femme de 21 ans sans téléphone ? Ça serait ça le véritable miracle. Demande à ton frère, je suis sur qu'il a du le ranger quelque part.
J'ai un téléphone ?! Super ! Depuis le temps que je demande à Nozomu !
Shinrei se serait-il trompé ou y aurait-il quelque chose de plus derrière cette histoire ?
J'espère que ce chapitre vous a plus. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions !
