Oh là là ! Encore du retard ! Quelle surprise !

Je m'excuse pour tout, entre le travail scolaire et de mauvaises nouvelles dans ma vie privée, je n'ai pas eu le temps de me consacrer à l'écriture malgré toute ma bonne volonté. J'essaie tout de même de conserver des chapitres de qualité et passablement long et c'est plus difficile que prévu étant donné que j'écris au fur et à mesure. C'est dur, la vie.

Mais le voilà finalement, le petit troisième ! Alléluia. Pas trop d'action (ça va venir no worries). J'ai même casé un peu de Jily à la fin. Quoi de mieux hehehe.

Bonne lecture !

Jilyann xx


"Debout là dedans!"

Une masse s'abattit sur moi en m'écrasant comme une crêpe. Clouée à mon matelas, la tête profondément enfouie dans mon oreiller, il m'était plus ou moins impossible de repousser l'ennemi.

"Hm-hmmmmm!" Tentai-je d'articuler.

"J'ai pas tout saisi, je t'avoue."

Je relevais péniblement la tête. "Rubiiiii!"

L'intéressée daigna enfin de se relever en pouffant, tandis que je sortais de mon lit, bougonne. Mince, il était trop tôt pour se lever un samedi, tout de même !

Witch et Tramell babillaient gaiement dans un coin de la pièce. Niu avait laissé tomber ses livres pour une fois et s'habillait en sifflotant.

Je me traînai à la salle de bain. Lily, en pyjama, se brossait les dents et les cheveux en même temps (ne me demandez pas comment elle fait. C'est physiquement impossible de bien faire les deux.) Elle m'avait expliqué qu'il lui fallait chaque matin quinze bonnes minutes pour démêler sa tignasse rousse. Quinze minutes pour des cheveux, j'ai envie de dire, à ce moment-là tu les coupes.

Des trois autres, c'était d'elle que je m'étais le plus rapprochée en une semaine. Comme moi, elle avait de la répartie et un fort penchant pour le sarcasme.

"Halut, ha elle aux oies hormant"

"J'ai pas dormi tant que ça", baillai-je. "C'est qu'elle heure?"

Elle cracha dans le lavabo et posa ses brosses. "Dix heures."

Quoi? C'était pas ce que j'appelais une grasse matinée, moi. Mon sommeil était très mauvais et je me réveillais sans cesse, donc j'avais besoin de plus de temps au lit. Mon record stationnait à 15h, pour l'instant, mais j'espérais le surpasser dans quelques temps.

"Pourquoi vous me réveillez si tôt ?", m'indignai-je. "C'est samedi, y'a pas encore de Quidditch. Je te rappelle que tu m'as forcée à terminer ma métamorphose jeudi soir et que Slughorn ne nous a pas donné de devoirs hier parce que notre potion était parfaite - merci Merlin, j'étais avec toi. Alors, t'as intérêt à me donner une bonne excuse."

"Ce que tu peux être chiante, des fois", me réprimanda-t-elle gentiment. "C'est impossible de te faire des surprises."

Elle me laissa sur ses paroles et sortit de la salle de bain. "Hé! De quelle surprise tu parles?"

Ellipse

Je descendis au déjeuner dix minutes plus tard, après m'être rapidement habillée et coiffée. Le temps était encore clément, aussi avais-je juste endossé la chemise réglementaire dont j'avais roulé les manches, et la jupe sur une paire de collants.

Cela faisait une semaine à peine que j'étais là et pourtant, je ne m'étais jamais autant sentie plus à ma place. Le jour suivant mon arrivée, juste après les cours, nous avions sillonné les corridors, les classes, la bibliothèque, tout le château. Les filles n'avaient montré les passages secrets qu'elles connaissaient (et avaient fermement refusé de me dire comment elles les avaient découverts). Et j'étais en possession du Saint-Graal : la Bible de Poudlard.

Comment des filles aussi sages en apparence que Lily, Niu et Rubi en étaient venues à mettre au point un tel bouquin? Je n'en avait aucune idée, mais c'était du pur génie. En plus d'avoir établi un plan relativement détaillé du domaine, elles avaient mis au point une fiche d'identité pour chaque élève de leur année - grave flippant, si vous voulez mon avis. Comment avaient-elles appris que Miles Norris avait des hémorroïdes et à quoi cela pouvait leur servir, je n'en savait fichtrement rien, et ne tenais vraiment pas à le savoir. Cela devait être un excellent moyen de pression. ("Norris, file moi ta branche de choc ou je dis à tout le monde que t'as des hémorroïdes!").

Comme je disais, grave flippant, mais utile.

Et ce satané Sirius Black avait commencé à me pourrir la vie.

Je veux dire, sur une échelle d'emmerdeurs, vous avez les petits, ceux de la vie de tous les jours, qui se parquent trop près de votre voiture et vous empêchent d'en sortir, ou encore qui vous passent devant dans les files de supermarché, et j'en passe. Y a encore les moyens, ceux qui vous les brisent, les crétins qui se la pètent et vous ridiculisent. Et pis y a les Black, les grands, et là faut un tel niveau de débilité et de narcissisme que c'est vraiment dur d'avoir la promotion moyen/grand. Voir impossible.

Il avait réussi à me rendre la vie impossible ces cinq derniers jours, ne me lâchant pas d'une basque avec ses répliques lourdes et macho, surgissant des endroits les plus impromptus, me lançant des sorts de tous les côtés. Il m'avait ridiculisée en métamorphose en me transformant « accidentellement » en truie volante (le pire était que McGonagall avait attribué cinq points pour cette magnifique transformation. Elle avait grandement baissé dans mon estime à ce moment-là). Il m'avait teint les cheveux, cassé mon sac à dos neuf, bousculée dans les couloirs. On aurait dit qu'il savait exactement où et quand je me trouvais ; on aurait dit qu'il savait toujours quoi dire ou faire pour me faire enrager.

La Grande Salle, à cette heure, était encore bondée d'élèves qui, comme moi, devaient aimer la grasse matinée (sauf que ces derniers ne s'étaient probablement pas fait réveiller par un mammouth échoué). Je m'assis péniblement à la table des rouges et or, ne prêtant que bien peu d'attention à ceux qui m'entouraient. Bien mal m'en pris, puisque mes voisines se trouvaient être Laurel et Hardy en personne, version sorcier avec la paire de gros seins en prime.

« Oh, c'était génial », racontait Tramell en s'éventant dramatiquement de ses mains manucurées. « Quand je pense que Meadows a laissé passer un tel coup, franchement, quelle idiote. »

« Ouais, c'est clair », approuva Blair, comme à son habitude.

Grâce à la Bible, je savais très bien que Victoria Meadows n'était autre que l'ex de ce cher Black – enfin, ne me demandez pas pourquoi j'avais retenu cette information, ni pourquoi le prénom de cette garce parmi tant d'autres. Alors oui, j'étais d'accord avec Tramell sur ce point – évidemment que c'était une idiote, elle était sortie avec Black, non d'un chien ! – mais je ne tenais vraiment pas à apprendre ce qui était si génial que ça.

« Je sens que c'est le bon. Je vais aller dire à Michael que c'est terminé. Il ne savait pas embrasser, de toute manière », compléta-t-elle avec une moue dégoûtée.

« Et c'est ainsi que la grande idylle de Catherine Tramell prit fin trois jours après son commencement. Elle avait pourtant juré que c'était le bon, lui aussi », annonçai-je avec le ton d'un commentateur télé blasé en enfournant une cuillerée de céréales dans ma bouche. « Jeté comme une vieille bouse de dragon, Michael mourut d'une atroce dépression pendant que son ex fourrait sa langue au plus profond du gosier du grand Sirius Black. »

L'intéressée se tourna vers moi, prêtant enfin attention à ma misérable personne.

« Personne ne t'as sonnée, Chevalier. Retourne à tes…. »

Elle jaugea mes flocons d'avoines du regard, dégoûtée.

« À tes graines pour lapin et ne te mêle plus de mes affaires personnelles ! », ajouta-t-elle.

Elle mordit une dernière fois dans la carotte qu'elle était en train de grignoter et adressa un signe de tête à Blair. Les deux compères se levèrent d'un bond, traversant la salle sous les regards des quelques curieux qui avaient entendu notre altercation. À mi-chemin, Tramell croisa Black, lui fit sans doute les yeux doux et lui adressa rapidement quelques mots, avant de filer vers la sortie, Witch sur les talons.

Ce déjeuner pourri n'était apparemment pas encore fini car mon meilleur ennemi prit place à côté de moi. Sa chemise avait les deux premiers boutons ouverts, la cravate était desserrée.

« Chevalier ! », claironna-t-il. « Alors, tu t'es finalement débarrassée de la teinture bleue ? »

J'envisageai un court instant de l'étrangler avec sa maudite cravate.

« Comme tu peux le voir », marmonnai-je en désignant mes cheveux à nouveau bruns, tout à mes céréales. Peut-être se découragerait-il si je ne m'énervais pas. Pourtant, le coup de la teinture m'avait bien fait enrager hier matin lorsque je m'étais aperçue dans la glace, en retard, juste cinq minutes avant le début des cours. J'avais dû prétexter toute la journée un nouveau goût pour la culture punk avant que Lily ne parvienne à me trouver la potion pour me libérer de ma tignasse céruléenne.

« Dommage, ça t'allais bien. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas venu ici parler problèmes capillaires – bien que ça ne te ferais pas de mal, tu t'obstines avec cette satanée queue de cheval qui doit t'abîmer les cheveux. »

Je grinçai des dents. J'avais gardé cette habitude de Beauxbâtons, et de toute façon, ce n'était certainement pas un mec qui allait me donner des conseils pour mes cheveux ! (Même si je me devais de concéder que les siens brillaient autant que le poil lustré d'un bichon maltais.)

« Non, je viens parce que j'ai réfléchi. »

« J'ignorai que tu possédais ce talent. C'est pourtant destiné aux personnes intelligentes et je regrette, ça ne vient malheureusement pas dans notre pack spécial playboy narcissique. Tente un autre magasin. »

« Ah-ah, je me pisse dessus, Chevalier. Je disais donc que j'avais agi puérilement ces derniers jours et je te propose, en échange, de régler nos petits… Différents de manière plus adulte. Tu aimes jouer, Chevalier, n'est-ce pas ? »

Mais… Qu'est-ce qu'il me chantait encore là ? Était-ce une ruse ? Peut-être allait-il me caler une boule puante sous le nez et se barrer en ricanant comme un gamin - il savait si bien le faire, j'en avais malheureusement déjà fait les frais cette semaine. Par Merlin, bien sûr que j'aimais jouer. J'avais le goût du risque. Mais quand même, il n'allait pas tenter de tout régler avec une partie de poker ?

« C'est quoi ton histoire encore, Black ? Je te préviens, si tu cherches une partenaire pour un strip-poker, demande à ta basse-cour ou mieux, Tramell, comme ça elle arrêtera de me brailler aux oreilles que t'es un super coup. »

« Elle a dit ça ? », s'enquit-il, radieux.

Il secoua la tête et se reprit. Ses yeux gris s'assombrirent comme un ciel d'orage. Il joignit ses mains et prit un ton sérieux. Je l'aurais presque cru s'il ne s'était pas s'agit de lui.

« Je te propose un défi. »

Il sortit de son sac à dos un plateau de bois d'ébène verni et posa deux pions de porcelaine dessus. Des cases blanches serpentaient sur toute sa surface. « C'est un pariarem », m'apprit Black. « Dans l'antiquité, quand deux sorciers – souvent des marchands – avaient des problèmes, ils utilisaient ce jeu pour les résoudre de manière plus ou moins réglo. Tous les coups étaient permis, tant que ça n'incluait pas de blessure physique. C'est ce que je te propose. »

« Un jeu ? Tu te fiches de moi, Black, n'est-ce pas ? »

« Absolument pas. Ça se joue à deux et c'est un peu comme ce jeu moldu, là, action ou vérité. Tout d'abord, les joueurs conviennent de ce qu'ils parient – ils doivent être les deux d'accord. Chaque joueur lance alors un pari tour à tour à son adversaire. S'il réussit, il avance d'une case et s'il échoue, il recule. Simple manière d'entretenir une concurrence saine et qui ne fait de mal à personne. »

« Simple manière de me lancer les défis les plus idiots pour me ridiculiser, aussi. »

Les yeux de Black pétillèrent avec plus d'ardeur. « Personne n'a dit que tu étais obligée de les faire. »

« Ah oui ? Et si je refuse ton pari ? »

« Tu as perdu et la mise du départ me revient automatiquement.

« Et j'y gagne quoi, moi ? »

« Tu as l'occasion de me faire payer ce que je t'ai fait subir cette semaine et mieux : si tu gagnes, je fais le serment de te laisser en paix jusqu'à la fin de tes années à Poudlard. »

Cela semblait prometteur. Je sentais déjà que j'allais regretter mon choix.

« Marché conclu, Black. Mais si tu t'es foutu de moi, je te promets que je te le ferai payer. »

Je mis dans ma bouche la dernière cuillerée de mon déjeuner et me levai. Je ne tenais pas à passer une seconde de plus en la compagnie de ce dégénéré avec lequel je venais de passer un accord complètement dingue.

Je marchai rapidement vers la sortie, sentant une paire d'yeux anthracite rivés dans mon dos.

« Ce soir à minuit, Chevalier ! »

Ellipse

« Attends. T'as fait quoi ? »

Niu me regardais de travers depuis deux minutes. À peine revenue de la Grande Salle, je m'étais empressée de leur relater les événements qui s'y étaient déroulés. Si Lily s'était frotté les mains à l'idée de leur faire subir je ne savais quels trucs tordus, Rubi était restée silencieuse et Niu avait carrément mal digéré l'histoire.

« Bon, on peut arrêter de parler de ça ? », s'est enquise la métisse. « Parlons un peu de la surprise. »

« Ah oui ! J'avais complètement zappé ! » Lily se tourna vers moi. « Dis, on avait prévu un p'tit pique-nique à Pré-au-Lard, le village voisin. Bon, théoriquement on pourrait attendre la sortie qui est dans deux semaines, mais… Ça te tente ? »

« Et comment ! », m'exclamai-je. « Mais attendez, vous comptez passer par où ? »

« Tu te souviens de la sorcière borgne ? »

Ellipse

L'illégalité, c'était mon truc.

J'avais déjà piqué des trucs en magasins pour le fun, fumé des trucs illicites, aidé à réaliser des affaires louches. Mais là, quand même, c'était fort.

Bien entendu, sortir de l'enceinte d'un collège, c'était interdit et difficile ; quand ce dernier était sorcier, c'était carrément dangereux, voire impossible.

Mais alors sortir en douce, un samedi matin à onze heures en plein jour, les couloirs remplis d'élèves, de fantômes et de professeurs, en étant un groupe de 4 sans sortilège de camouflage ou d'invisibilité, afin d'emprunter un passage secret pour se rendre dans le village voisin en toute illégalité – ça relevait de la pure folie. Heureusement, j'étais parfaitement dotée de ce côté-là (à vrai dire, je ne savais pas si je devais pleurer ou m'en réjouir).

Mais la chandelle en avait valu le coup. Une fois sortie du passage et débouché dans la rue principale, j'en étais restée coite. Les échoppes et les divers magasins se découpaient dans le ciel bleu limpide. Une petite brise, accompagnant ce mois de septembre, soufflait agréablement et m'ébouriffait les cheveux, déjà incoiffables de base. Les enseignes se balançaient au gré du vent, et c'était juste magnifique.

Nous marchions depuis dix minutes. Nous avions quitté la route principale et étions sorties du village : à présent, les champs se profilaient à l'horizon et, derrière nous, la silhouette imposante du château se détachait sur l'azur de la voûte céleste. Soudain, Lily se dirigea vers un grand saule, esseulé au milieu des prairies. Elle s'assit et nous l'imitâmes.

« Niu, balance la bouffe ! », s'écria joyeusement Rubi.

L'intéressée sortit de son sac à dos une pile de sandwiches et une énorme plaque de chocolat. Quatre bouteilles de Bièraubeurre suivirent le tout. Je m'aperçus alors que malgré mon déjeuner tardif, je mourrais de faim.

Nous nous emparâmes chacune d'un sandwich et j'entamai la discussion.

« Une raison particulière de ce pique-nique ? Et d'où sort la nourriture ? » Je baissai la voix. « Vous la faites quand même pas importer de chez vous ? »

« Cuisines de Poudlard », mâchouilla Niu, tout en tâchant d'essuyer la mayonnaise qui lui coulait lentement sur le menton. « Et il n'y a pas de raison particulière pour passer du temps entre amies, non ? »

Mais c'était exactement ça.

J'avais toujours dû me changer, agir comme quelqu'un d'autre pour impressionner les gens. Dans la société actuelle, tout le monde était jugé sur le physique, sur la popularité, sur ce genre de choses futiles et stupides qui ne comptaient absolument pas. À quoi bon être dans ce qu'on appelait l'élite si on jouait le rôle de quelqu'un d'autre ? Les vrais amis vous acceptaient tels que vous étiez, et n'étaient pas là seulement que dans les bons moments. C'était dans les épreuves que l'on se rendait le mieux compte de qui nous aimait réellement, et je ne pouvais pas me vanter d'en avoir eu beaucoup. La déception, encore et toujours. La confiance qui partait en fumée.

Il ne m'était jamais venu à l'esprit que l'on pouvait m'apprécier pour la personne que j'étais réellement. Je voulais dire, il y avait bien eu Solène et Camille, mais… Elles n'étaient pas là l'été, lorsque je vivais mes pires moments. Elles n'avaient pas été là, tout simplement parce que je ne m'étais jamais confiée à quelqu'un d'autre que moi-même et que je n'avais jamais plus accordé ma totale confiance à un autre être. Ça avait juste toujours été me, myself and I.

Mais ce déménagement, qui m'avait alors paru comme un châtiment injuste, ressemblait plus maintenant à une sorte de nouveau départ. Comme on me donnait une seconde chance, des autres amies, une nouvelle vie.

Je mordis dans mon sandwich. Il était si bon, avait une saveur si familière, que j'en eus envie de pleurer.

« Bon », commença Lily. « Je crois qu'il est important de parler de l'affaire Black. Des idées ? »

« Il faut frapper là où ça fait mal », observa Rubi.

Niu inclina sa tête sur le côté. « Pour moi, les choses qui rendent Black populaire se classifient en trois. De un, le Quidditch. Deuxièmement, son corps de dieu grec. Et pour terminer, ses amis à l'humour déjanté - en farces vraiment drôles, pas en propos sexistes », énuméra-t-elle sur ses doigts.

Je voyais pertinemment où elle voulait en venir.

"Si on enlève ces trois atouts à Black..."

"Il devient vulnérable", compléta la chinoise. "Simple et efficace."

"Et comment on fait ?", s'enquit Lily, le sourcil levé en signe d'interrogation.

"Là réside toute la subtilité", susurra Niu. "Si nous commencions par enlever une à une les briques de son incroyable existence, afin qu'il se retrouve au niveau de celles et ceux qu'il a rabaissé toute sa scolarité?"

"C'est plutôt brusque, comme retour à la réalité", souris-je.

Son plan machiavélique commençait à me plaire de plus en plus. Bien entendu, j'étais loin de me douter de ce que ce misérable Sirius Black allait me réserver par la suite.

Ellipse

Je revins de mon pique-nique entre filles plus tard que prévu. En tant que représentantes de la gente féminines, nous n'avions pas failli à notre réputation et mené une discussion de plus de deux heures sur les garçons, les cours, les garçons, la famille, les garçons et leurs vies respectives. J'avais fait de mon mieux pour échapper aux questions personnelles et elles avaient rapidement saisi le message : je n'étais pas prête à en parler. En même temps, quand vous aviez un père comme le mien, vous évitiez le sujet, croyez-moi.

Il semblait que Lily aussi ne soit pas très à l'aise avec son passé récent. Elle se trémoussait, se tordait les mains, mordait sa lèvre fiévreusement. C'était tellement évident et elle mentait tellement mal que ça m'en faisait de la peine ; elle affirmait que son été c'était bien déroulé, que sa famille était parfaite et qu'elle détestait James Potter. Je ne savais laquelle de ces affirmations était la plus fausse.

J'avais joué le jeu, bien sûr, tout le monde l'avait fait. Mais ces non-dits pesaient sur notre bonne humeur et avaient rapidement terni l'ambiance, et nous avions plié bagage.

De retour dans le dortoir, je checkais rapidement l'heure à ma montre. Il était 16 heures. Il me restait bien trop de temps avant le rendez-vous de ce soir.

Le rendez-vous. C'était ridicule. J'étais en train de me triturer le cerveau, de sélectionner ma tenue et de penser à des choses qui n'avaient pas lieu d'être : ce n'était pas un rancard. C'était un stupide rendez-vous pour me débarrasser de cet immonde Sirius Black. Enfin, non, pas immonde. Son corps était loin d'être dégueu. Mais tout de même, je n'étais pas là pour séduire, j'étais là pour vaincre ! Pourquoi avais-je cette satanée boule au ventre ? On aurait dit une ado excitée par son premier rendez-vous galant. Le fait de me retrouver là, nerveuse comme une gamine, me fit brusquement remonter deux ans en arrière.

Flashback

"Allez, Enola ! On va bien s'amuser."

Charlotte, à moitié affalée dans le canapé défoncé de la chambre que nous partagions, tentait désespérément de me convaincre de la suivre. Une cigarette à la main, elle était déjà prête depuis au moins une heure : elle avait enfilé un top rose lacé lâchement par devant et une jupe noire qui laissaient peu de place à l'imagination. Elle avait quinze ans, elle en paraissait cinq de plus. Moi, dans mon vieux t-shirt à l'effigie de Pink Floyd, j'en faisais deux de moins.

Elle se leva, se dirigea vers la penderie et me jeta un jean noir ultra moulant.

"Enfile ça et suis moi. T'as qu'à rester avec ton t-shirt, si tu tiens tant que ça à ressembler à une clodo ou à une rockeuse, mais bon c'est un peu la même chose. Moi, je bouge chez Garance."

J'obéis et enfilai le pantalon, dépitée. Il me coupait la circulation et je pensai brièvement à cet article qui annonçait des varices et de la cellulite à toutes celles qui portaient des pantalons trop serrés, avant de me ressaisir. Je l'attrapai par le bras, désespérée.

"Char, ne me laisse pas ici toute seule. Je ne le sens pas, pour cette fête. Tout le monde sera bourré, ça va être chiant pour moi. Reste à l'internat avec moi", la suppliai-je.

"Hors de question. C'est la fête du siècle, et elle a invité les garçons du cinquième, ceux qui sont plus vieux et super sexy. Je compte bien partir à la pêche ce soir, et tu devrais faire pareil !"

Sur ce, elle ne me laissa plus protester et m'agrippa de ses ongles rouge vif' m'entraînant à sa suite.

La fête battait son plein chez Garance. Sa maison était immense. À l'internat, il y avait deux catégories de personnes : ceux qui avaient tout pour bien faire et qui jouaient les rebelles, et ceux qui n'avaient rien et se faisaient emporter dans cette spirale malfaisante. Garance faisait partie de la première catégorie, et elle profitait de la maison dès que ses parents avaient le dos tourné.

Il n'était que dix heures, et pourtant des jeunes vomissaient déjà dans les parterres bien ordonnés d'hortensia qui poussaient devant la demeure. C'était absurde et ridicule. Je détestais tout cela. Les gens s'en amusaient, mais c'était mon calvaire ; je l'avais fui, et voilà qu'il me collait à la peau ou que j'aille.

"Char, je ne le sens pas...", marmonnai-je.

"Oh allez, t'as quatorze ans, t'es plus un bébé. Bombe le torse et rentre le ventre, et va draguer un type. C'est pas compliqué." Elle se ravisa. "Bon, c'est vrai que t'as pas beaucoup de marchandise et que t'es vraiment pas mise en valeur. Oublie ce que j'ai dit, va dans ton coin et fais-toi oublier, ok ?"

Elle pénétra dans la maison et je la suivis avec appréhension. Aussitôt rentrée, elle se dirigea vers un groupe de gars déjà bien alcoolisés et se pavana devant eux, sous leurs regards brouillés et lubriques. Elle jouait avec le feu. Et en plus, elle m'avait laissée seule.

Je sortis de ma poche arrière un paquet de cigarette et en retirai fébrilement une. C'était une très mauvaise idée que d'être venue ici. Comme d'habitude, je resterais dans mon coin, j'essuierais quelques remarques déplacées et attendrais la fin avec impatience. Charlotte savait très bien que je détestais les fêtes, que je détestais Garance et que je détestais boire. Et la vérité, c'était qu'elle s'en fichait comme de son dernier mec.

Je pris ma boîte d'allumettes et tentai d'en gratter une. Malheureusement, mes mains tremblaient et la boîte finit par terre.

"Bon sang !"

Je m'agenouillai et en ramassai une poignée. Une voix suave et sensuelle m'interrompit soudainement.

"Je peux t'aider ?"

Je relevai la tête, intimidée. Son propriétaire était grand, musclé, et incontestablement plus âgé que moi. Une tignasse de cheveux bouclés châtain clair masquaient presque ses deux yeux bleus presque transparents. Son nez était légèrement de travers et deux fossettes étaient révélées par un sourire discret et tout simplement charmant. Son torse était impeccablement moulé dans un t-shirt blanc (il aurait tout aussi bien pu ne rien porter) et un jean brut complétait sa tenue. Il avait une bière à la main et s'appuyait nonchalamment contre le linteau de la porte de la cuisine, indifférent au vacarme environnant. Il était juste parfait.

"Je m'appelle Adam."

Fin du flashback

Adam.

"N'y pense pas. Ce n'est qu'un idiot."

Et elle faisait son come-back, cette saleté de conscience. Je n'arrivais pas à l'oublier. Au fond de moi, je savais bien qu'il fallait que j'arrête de le voir. Je n'étais là que deux mois sur douze et j'étais presque sûre que la majorité du temps il sortait avec tout ce qui bougeait dès que j'avais le dos tourné. Et pourtant... Et pourtant il y avait quelque chose de vrai entre nous. J'en étais certaine.

Se concentrer sur le présent. Black. Qu'allais-je bien pouvoir faire, avec lui et son jeu stupide ? S'il avait spécifié qu'il me laisserait tranquille si je gagnais, il n'avait en rien précisé ce qu'il attendait de moi. Ça avait tout pour être louche.

17h, tic tac, tic tac. Je faisais les cent pas depuis une heure. Lily était quelque part à la bibliothèque, Rubi devait vaguement rôder autour des cuisines de Poudlard et Niu arnaquait une première année en lui arrachant deux gallions de l'heure pour ses cours d'appui. Je décidai d'aller rejoindre la première pour passer le temps. Après tout, rien ne pouvait être pire que cette pièce étouffante dans laquelle je ne faisais qu'angoisser.

Je la retrouvai quinze minutes plus tard, assise à l'une des innombrables tables, le nez plongé dans un devoir de sortilèges. Elle excellait dans cette matière.

"Fais gaffe, bientôt Flitwick sera obligé de t'imposer une limite à tes devoirs. Je me demande s'il arrive à faire quelque chose de ses week-ends avec des élèves comme toi."

Je m'assis en face d'elle et m'appuyai négligemment sur ma main. Lily releva la tête et je pouffai. Elle avait écrit avec une telle frénésie que des gouttes d'encre avaient giclé sur son nez et ses joues. Avec ses cheveux roux ébouriffés et son air ahuri, elle avait un peu l'air d'une scientifique folle.

"Ne me refais plus jamais une peur pareille", me menaça-t-elle de sa plume.

"Tu oserais me jeter un sort?"

"Ne me tente pas", sourit-elle.

Elle replongea dans son devoir, tout en continuant de me parler (c'est humainement impossible de faire les deux à la fois, mais nous parlions de Lily Evans, là, oh).

"T'en fais une drôle de tête ! Ne te laisse pas faire par ce goujat, ce soir. Ça va aller. Montre que t'es le boss et que tu fixes les conditions. Dès maintenant, t'es Don Vito Corleone version féminin - doublement dangereuse."

J'éclatais de rire. "Je vais gérer, t'inquiète. Dis, Lily..."

Elle releva la tête, méfiante. "Ouais ?"

"Pourquoi tu nies que y'a un petit truc entre toi et Potter ?"

Ses yeux me congelèrent sur place. Je m'étais aventurée sur un terrain glissant, je le savais, peut-être trop pour des amies qui ne se connaissaient que depuis une semaine.

"Et toi, pourquoi tu ne parles jamais de ta vie ? On ne sait absolument rien de toi."

Touché. Elle roula son parchemin en soupirant et le glissa dans son sac. Remettant un mèche rebelle derrière son oreille, elle se retourna vers moi.

"Excuse-moi. Je déteste devoir aborder ce genre de sujet." Ses yeux avaient perdu leur éclat menaçant et je me détendis un peu. "Il ne se passe strictement rien entre Potter et moi. Des fois, il m'arrive d'éprouver de la pitié pour lui et d'être faible, et il profite de s'engouffrer dans cette brèche pour me draguer ouvertement. Il m'a ridiculisée pendant des années et voilà qu'il remet ça en se fichant de moi dès que possible."

"Et tu n'as jamais pensé qu'il pouvait être sérieux deux secondes ?"

Elle pianota nerveusement sur le bord de la table. "Écoute Nola, je veux pas paraître snob, mais tu n'es là que depuis peu et moi depuis six ans. J'ai eu le temps d'apprendre à la connaître. Il n'a pas eu une vie facile mais ce n'est pas le seul et ça ne lui excuse pas tout non plus. S'il était sérieux, ça se saurait. Mais en général, quand un garçon t'avoue sa flamme et puis qu'ensuite il embrasse la première venue à ses victoires aux matchs de Quidditch, là, c'est tout sauf sérieux."

"Il n'a pas eu la vie facile ?"

C'était difficile à croire. D'après la Bible, il descendait d'une des familles les plus influentes en Angleterre dans le monde sorcier. Il croulait sous l'argent et ne savait sans doute même plus où le mettre. Il agissait comme un petit garçon pourri gâté et c'était encore un de ceux qui se croyaient tout permis.

Lily hésita. "Ses deux parents étaient des Aurors très réputés et doués. Il y a cinq ans, alors qu'il n'avait que onze ans - juste après sa rentrée à Poudlard... Ils sont partis en mission et y ont laissé leur vie. Il vit chez ses grands-parents, maintenant. J'imagine que ça ne doit pas être facile."

Elle secoua la tête. Elle avait l'air peinée pour lui, malgré tout le mal qu'elle avait beau dire sur lui. "Quand ils sont morts, il a agit très différemment de ce qu'il est maintenant. Pendant un certain temps, il était plus renfermé et très triste. Un soir, je suis descendue à la salle commune parce que je n'arrivais pas à dormir et il était là. C'est la seule fois où nous avons eu une vraie discussion sans nous engueuler."

Mon amie avait les yeux dans le vague. Rien du tout, hein ?

Elle se ressaisit. "Quoi qu'il en soit, Enola, je le connais. C'est pas un mauvais garçon, mais c'est un putain de lourdeau très, très con."

Je ris si fort de cette remarque que je finis les quatre fers en l'air, hors de la bibliothèque, rouge, hilare, et bien mieux que une demi-heure auparavant.


Voilà déjà la fin... Mois prochain on va en parler de ce pariarem! Oubliez pas un com c'est gratuit $_$ Bisous et à dans un mois (j'espère)

Jyliann