Le lendemain matin, Harry se réveilla en grimaçant, sa position n'ayant pas été la plus adaptée pour dormir. Il manqua de peu de se cogner la tête contre l'un des battants de la fenêtre, mais il l'aperçut à temps pour l'éviter et se redressa en position assise. A quel moment l'avait-il ouverte ? Il ne s'en souvenait même plus, mais il ne s'en soucia pas longtemps : à l'évidence, il l'avait fait pour que sa chouette au plumage blanc puisse le rejoindre à son retour de la chasse, et Hedwige dormait à présent au sommet de l'armoire, la tête sous l'aile. Les évènements de la nuit se remettaient doucement en place dans sa mémoire, et il eut hâte de retrouver Ron pour en parler avec lui et essayer de faire le point sur le cas Tumter.

Un quart d'heure plus tard, lavé et habillé de vêtements propres, Harry descendit dans la cuisine du Terrier, où les Weasley brillaient par leur absence, malgré les délicieux fumets qui parfumaient l'air. Une seconde plus tard, toutefois, une haute silhouette surgit à côté de lui et lui asséna une grande tape amicale dans le dos :

− Sacré, Harry ! Même en compagnie de Scrimgeour, tu trouves le moyen de t'attirer des ennuis, dit Ron avec l'ombre d'un sourire, son visage toujours constellé de taches de rousseur et affublé d'un long nez. Mon père m'a raconté vos péripéties de la nuit, à Scrimgeour et à toi… C'est vrai que Tumter vous pourchassait à pieds ?

− Scrimgeour dit qu'il a eu recours à une potion de Célérité améliorée, admit Harry. Où sont les autres ?

− Hein ? Ah, oui, on déjeune dans le jardin, aujourd'hui, répondit Ron en tournant les talons. Maugrey a réuni une partie de l'Ordre « en urgence », il dit qu'il faut établir une stratégie contre Tumter dans les meilleurs délais, ou il ne donne pas chair de ta peau…

− Réjouissant, grommela Harry.

− Et encore, lui est optimiste : tu entendrais Hermione… Massalien par-ci, massalien par-là… A croire qu'elle préférerait que tu ne sois inquiété que par Tu-Sais-Qui…

Il s'interrompit juste avant de franchir la porte du salon donnant sur le jardin. Deux longues tables s'alignaient sous le ciel pervenche, surchargées de mets divers dont les parfums étaient balayés par le vent comme pour aller narguer les habitants de Loutry-Ste-Chaspoule du succulent festin des Weasley. Harry nota aussitôt que l'Ordre n'était pas au complet, ce qui n'avait rien d'étonnant : la plupart d'entre eux travaillaient. Fred et Georges, râblés et identiques jusqu'à la plus petite tache de tousseur, semblaient avoir considéré qu'une invitation à une réunion était plus importante que leur boutique prospère du Chemin de Traverse plus grisonnant que jamais, Lupin était peut-être le plus disponible, car au chômage Bill, marqué des blessures infligées par Fenrir Greyback, avait l'air plus en forme que la dernière fois que Harry l'avait vu, et sa très belle fiancée, Fleur Delacour, paraissait ravie de lui servir le steak saignant qu'elle avait préparé elle-même. Le visage bien plus couturé que celui de Bill, un bout de nez en moins et les yeux dissymétriques, Alastor Maugrey occupait l'extrémité de la table. Hermione, coiffée d'une longue tresse, discutait à mi-voix avec Fleur et Ginny, sans doute du mariage à venir.

Il fallut un moment à Harry pour saluer tout le monde, d'autant que chacun se soucia de savoir s'il allait bien – et même lorsqu'il le leur affirma, ils l'observèrent d'un air inquisiteur comme s'ils le soupçonnaient de mentir. Il fallut l'intervention de Mrs Weasley, soucieuse que son festin soit mangé chaud, pour que Harry puisse s'asseoir entre Ron et Lupin.

− Ce n'est pas trop dangereux d'avoir une réunion en extérieur ? demanda Harry à Lupin.

− Plus maintenant, répondit celui-ci. Le Terrier fait l'objet d'un sortilège de Fidelitas : Dumbledore mort, nous sommes tous devenus les Gardiens du Secret du square Grimmaurd, il nous fallait donc une nouvelle place où les réunions pourraient être organisées.

Harry hocha la tête, comprenant la confiance affichée par les membres de l'Ordre à l'idée d'avoir une réunion si proches de la campagne environnante.

− Maintenant que Potter a daigné nous rejoindre, lança Maugrey de sa voix rocailleuse, la réunion commence ! Comme vous le savez maintenant, Azkaban a été déserté par les Détraqueurs, les derniers Mangemorts et un bon paquet de scélérats de toutes espèces. Le ministère de la Magie a étouffé l'affaire, mais voilà : un détenu censé se trouver six pieds sous terre depuis presque vingt ans, se révèle bien vivant et aurait pris Potter en grippe.

− Rien ne nous dit que c'est réellement le cas, objecta Bill.

− Mais c'est une éventualité, rétorqua Maugrey. Le simple fait que Tumter ait été à Godric's Hollow démontre qu'il n'a jamais oublié à cause de qui il s'est retrouvé à Azkaban, et ce n'est pas parce qu'il n'a rien tenté contre Harry hier que nous pouvons le considérer comme inoffensif ! La question est : comment procédons-nous ? Tant que Potter est ici, il ne craint rien, mais je préférerai que Tumter soit neutralisé avant la rentrée scolaire…

− Pourquoi ne pas essayer de faire la lumière sur lui ?

Tous les regards convergèrent vers Hermione, qui parut légèrement mal à l'aise.

− Je veux dire… Dans Grandeur et décadence de la magie noire, le cas Tumter est très controversé, dit-elle en balayant chaque visage tourné vers elle. Il y est même fait allusion à une enquête d'un journaliste allemand qui le présente comme un bouc-émissaire…

− On y travaille déjà, annonça Maugrey. Tonks fait partie des Aurors chargés d'enquêter sur Tumter, elle nous a déjà fait part de certaines découvertes.

− Quelles découvertes ? interrogea Harry.

− En fouillant les sous-sols d'Azkaban, les Aurors ont découvert une salle de torture à proximité de la geôle de Tumter, répondit Lupin. A en juger par l'apparence actuelle de Tumter, constatée par l'intermédiaire de l'homme qu'il a fait passer pour lui, il semble qu'il y ait passé un certain moment. Sauf que nous sommes coincés : il n'y a aucune trace administrative permettant de savoir qui a ordonné l'aménagement de cette salle, ni même qui s'y est rendu.

− Burrow, peut-être ? suggéra Harry.

− Nous le pensons aussi, confia Lupin, mais si c'est réellement le cas, alors nous ne serons guère plus avancés, car de nouveaux mystères apparaîtront et demanderont à être élucidés. C'est une enquête qui pourrait prendre des mois, peut-être même des années. L'hypothèse que nous pourchassons pour le moment, c'est que Burrow ait été impliqué dans quelque chose d'illégal, d'une clandestinité soigneusement étudiée, mais il nous faudra une sacrée dose de chance pour dénicher des preuves à ce sujet. Le problème, c'est que ça ne nous dit pas pourquoi Tumter, et pas un autre ?

− S'ajoute à cela un problème tout aussi épineux, à savoir Pius Thicknesse, dit Bill.

− Qui ?

− Le directeur du département de la Justice magique, précisa Ron.

− Nous pensons qu'il a rejoint l'autre côté, renchérit Maugrey. Il a interdit que tu sois transféré par poudre de cheminette, Portoloin ou transplanage tous les moyens magiques ont été proscrits pour te faire quitter la maison des Dursley, Potter. Une chance que Scrimgeour ait découvert que Tumter était toujours en vie et en liberté, il t'a offert un moyen de locomotion inattendu.

− Et quel problème pose Thicknesse, à part le fait qu'il soit apparemment un Mangemort ?

− Nous sommes limités dans nos investigations, dit Lupin. Les Mangemorts connaissent sûrement la totalité de l'Ordre, à une ou deux exceptions près, alors tu peux être certain que Voldemort a demandé à Thicknesse d'avoir un œil sur Tonks, Arthur et Kingsley. Le seul qui ne semble pas trop inquiété, c'est Elphias Doge. Il a accepté de mener l'enquête dans les archives du Magenmagot, mais c'est une entreprise qui passe difficilement inaperçue. Il lui faut faire ces recherches et, surtout, prendre garde à ce que personne ne découvre que Tumter l'intéresse aux yeux de la communauté sorcière, Tumter est toujours mort, alors si Thicknesse découvre qu'Elphias sait la vérité sur Tumter, il l'identifiera aussitôt comme un membre de l'Ordre.

− Et Ding ? lança Fred. Il pourrait peut-être découvrir certaines choses, non ?

− Après sa mauvaise volonté pour le transfert de Potter, je préfère le tenir à l'écart, grogna Maugrey.

− Je pense quand même qu'il pourrait avoir son utilité, dit Lupin avec douceur. La cachette de l'homme qui se faisait passer pour Tumter a été découverte par un escroc, Mondingus nous serait utile.

− Tu ne comptes quand même pas aller à sa rencontre ? s'exclama Mrs Weasley, incrédule.

− Je ne pense pas que je risquerai grand-chose, répondit Lupin. J'étais à Pré-au-Lard quand les Aurors ont jeté les premiers sortilèges sur Tumter, et j'ai été frappé de constater qu'il ne manifestait aucune hostilité à l'égard de certains passants qui avaient sorti leurs baguettes. N'importe qui aurait pu l'attaquer, mais il s'est focalisé sur les personnes lançant des sorts.

− Tu crois que tu pourrais l'approcher tant que tu ne le menaces pas ? demanda Bill, peu convaincu.

− C'est mon idée, approuva Lupin. Ca nous donnerait une occasion de définir ses objectifs vis-à-vis de Harry, d'entendre sa version des faits et comprendre pourquoi Burrow l'a traité de cette façon. S'il cherche réellement à nuire à Harry, nous pourrions peut-être même négocier : il le laisse tranquille, et nous faisons notre possible pour le réhabiliter si c'est possible.

− Tu ne crois quand même pas qu'il est innocent ? dit Mrs Weasley, déconcertée.

− Je n'ai pas dit ça. Je dis juste qu'il a suffisamment payé pour les soupçons pesant sur lui et qu'il serait temps qu'il s'exprime lui-même sur la tragédie de Massalia et ses relations avec Burrow.

L'insistance de Lupin sur le mot « soupçons » sembla rappeler à tout le monde qu'à part les aveux obtenus par Burrow, il n'y avait jamais eu aucune preuve matérielle de l'implication de Tumter dans la destruction de l'école grecque. Effectivement, être déclaré mort et torturé semblaient un prix nettement élevé pour quelqu'un faisant l'objet de simples soupçons – aussi accablants fussent-ils.

Le déjeuner se poursuivit autour de discussions plus légères. Hermione, Ginny et Fleur s'entretenaient avec un franc enthousiasme sur le mariage Mrs Weasley s'inquiétait quant à elle de savoir ses fils jumeaux exposés aux Mangemorts dans leur appartement du Chemin de Traverse, bien que Fred et Georges eurent affirmé avoir placé des pièges un peu partout pour prévenir toute attaque Bill et Maugrey, eux, discutaient encore et toujours d'une éventuelle position des gobelins de Gringotts vis-à-vis de la guerre, mais qui n'arrivait toujours. Conscient que le silence s'était installé sur Ron, Lupin et lui-même, Harry saisit l'occasion :

− La bague que Tumter a essayée de me transmettre… Vous l'aviez déjà vue, non ? demanda-t-il.

− Oh oui, répondit Lupin. Ta mère a commencé à la porter au début de notre septième année, ce qui a fait peur à James car il était convaincu que c'était un garçon qui la lui avait offerte mais après deux semaines à fouiller le moindre magazine pour essayer de lui trouver un bijou encore plus beau, on a découvert que c'était un cadeau de Moira. Lily tenait énormément à cette bague, même si elle a arrêté de la porter quand tu es né.

− Alors, Moira et ma mère étaient très amies, s'enquit Harry.

− On peut voir ça comme ça, admit Lupin avec un léger sourire.

Harry lui lança un regard interrogateur.

− Moira était une personne très singulière, expliqua Lupin. Elle entretenait les relations ambiguës. Pendant ma quatrième et une partie de ma cinquième année, beaucoup de personnes croyaient que Moira et ta mère sortaient ensemble puis lors de notre sixième année, bien d'autres pensaient que c'était avec Lysandra Deadheart qu'elle avait une relation sentimentale. Le professeur Slughorn, notamment, disait toujours d'elle qu'elle était « la jeune femme la plus magique » qu'il ait jamais rencontrée. Et quand je suis venu enseigner durant ta troisième année, il n'y a pas eu un seul professeur qui n'ait pas regretté que Moira ne soit plus là pour Halloween.

− Pourquoi ? demanda Ron, intrigué.

− Parce que Moira se chargeait toujours de la décoration de Halloween, dit Lupin en souriant. J'avais demandé à Dumbledore pourquoi il ne reprenait pas certaines des idées de Moira, mais il considérait que seule Moira avait le talent pour rendre Halloween aussi exceptionnel.

− Elle était très appréciée, en somme, dit Harry.

− Presque autant que Deadheart, ce qui, tu peux me croire, relevait du miracle.

− Deadheart… répéta Ron, les yeux plissés dans un effort de concentration. Ce n'est pas cette famille qui avait bâti toute sa fortune sur sa beauté ?

− C'est une description un peu facile, mais il est vrai que les Deadheart avaient la réputation d'être d'une telle beauté que les familles les plus riches se livraient des guerres cordiales pour les séduire, dit Lupin. Mais s'arrêter à cette présentation est un peu simpliste : les Deadheart comptaient parmi les plus vieilles familles sorcières et se révélaient être assez souvent de grands sorciers et de grandes sorcières. Et pour beaucoup, Lysandra était la plus superbe de tous les Deadheart. Des anciens élèves trouvaient toujours le temps de faire un saut à Pré-au-Lard les jours des sorties pour essayer de la croiser, c'est pour dire…

− Et… qu'est-ce qu'elle est devenue ? demanda Harry avec prudence.

La Gazette du sorcier avait intitulé son article « Le pire crime jamais perpétré », soupira Lupin, le regard au loin. Et pour bien des lecteurs, le titre était un euphémisme quand on parcourait les lignes révélant le calvaire que Deadheart avait vécu.

− Ils ont fini par arrêter les coupables, non ?

− Nous n'avons jamais connu l'identité de tous les responsables, dit Lupin, mais la majorité d'entre eux ont eu une fin prématurée. Lysandra, dans sa tentative d'échapper à ses tortionnaires, était parvenue à en tuer quatre et sa meilleure amie a massacré la famille d'un Mangemort qui avait réchappé à la fureur de Deadheart. Minerva ne tarit pas d'éloges sur ma génération, Dumbledore lui-même considérait que c'était l'une des plus brillantes qu'on eût jamais vues à Poudlard… et bien que plusieurs de mes anciens camarades soient morts, je trouve qu'ils n'ont pas succombé sans d'abord donner raison à Dumbledore.

Il laissa échapper un infime soupir et but une gorgée de vin.

− Vous savez si Tumter connaissait ma mère ? reprit Harry, incapable de se débarrasser de cette question. J'ai du mal à croire qu'il ait cherché à me transmettre sa bague sans raison, pour être tout à fait honnête.

− Je t'avoue que je me suis moi-même posé la question quand Tonks m'a raconté ton transfert, dit Lupin avec un pli entre les sourcils. Comme tu le sais, tes parents se sont mis ensemble pendant notre septième année or, Tumter était déjà à Azkaban quand ils ont commencé à se fréquenter régulièrement. Mais, si ma mémoire ne me fait pas défaut, je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà vu Lily en compagnie de Tumter, sauf la fois où Moira a tenu à le présenter à tous ses amis… Tumter n'inspirait pas vraiment la sympathie.

− L'Inferius, récita Harry en se souvenant du surnom de Tumter à Poudlard.

− Un quolibet qui sonnait horriblement faux pour ceux et celles qui l'ont vu affronter les Aurors, assura Lupin. J'ose espérer qu'il n'a pas l'intention de rejeter l'intervention de James sur toi, Harry, car même si Tumter n'est pas Voldemort, nous connaissons mieux les magies employées par Voldemort que celles utilisées par Tumter.

− Sans vouloir te mettre la pression, ajouta Ron.

Harry eut un léger sourire, appréciant sensiblement cette pointe d'humour qui contrastait avec l'expression très grave de Lupin.

Lorsque les dernières parts de tarte aux pommes eurent été englouties, les adultes s'activèrent à débarrasser les tables tandis que les adolescents retournaient dans l'ombre fraîche de la maison. Comme s'ils avaient possédé la faculté de communiquer par télépathie, ils s'accordèrent silencieusement à prendre le chemin de la chambre des jumeaux et s'y enfermèrent pour pouvoir discuter au calme. Harry s'assit sur son matelas, Ginny venant prendre place à côté de lui. Ron et Hermione, mal à l'aise devant la proximité des deux « anciens » tourtereaux, tentèrent tant bien que mal de s'installer quelque part sans se regarder.

− Alors, qu'est-ce que vous avez fait pendant ces premières semaines de vacances ? demanda Harry.

Il sentait que Ron et Hermione souhaitaient reprendre la conversation sur Tumter, mais Harry, contrairement à son arrivée au Terrier, n'était pas certain d'en avoir envie. Depuis qu'il connaissait l'existence de Tumter, on lui présentait cette nouvelle menace comme un danger aussi redoutable que Lord Voldemort.

− On a appréhendé les préparatifs du mariage, marmonna Ron.

Tu as appréhendé les préparatifs du mariage, rectifia Hermione. Personnellement, je pense que ta mère a tout à fait raison de vouloir redonner un coup de jeune au Terrier.

− Ce n'est pas toi qui vas devoir nettoyer la grange, faire le tri dans le garage de mon père, désherber le jardin, tailler les haies et je ne sais plus quoi d'autre, répliqua Ron.

− Si tu t'intéresses un peu aux sortilèges jardiniers, ça ne t'embêtera pas tant que ça d'avoir à faire tout ce que ta mère a demandé, fit remarquer Hermione d'un ton hautain. En tout cas, Harry, il est prévu qu'on te déguise, le temps de la cérémonie. Je crois que l'Ordre prévoit de te présenter comme un cousin de Ron et de Ginny.

− Je croyais que le Terrier était protégé par Fidelitas, qu'est-ce que je pourrais craindre des invités ?

− Qu'ils te reconnaissent et qu'ils soient les cibles des Mangemorts, dit Ginny.

− Elle a raison, approuva Hermione. Fidelitas ne protège pas le lieu où tu as été transféré, il protège le nouveau quartier général de l'Ordre. Et puis, le jardin ne sera jamais assez grand pour accueillir tous les convives. Je crois que Molly et Arthur ont prévu d'organiser le mariage dans l'une des prairies voisines.

Harry hocha simplement la tête et aperçut un scintillement à la main de Ron. Assez surpris, il tourna les yeux à destination du médius de son meilleur ami, qui portait un gros anneau d'argent massif représentant un crâne dont l'œil gauche était serti d'un éclat de rubis. Depuis quand Ron portait-il des bijoux ? s'étonna-t-il en se retenant à grand-peine de lancer une pique au rouquin.

− Joli anneau, commenta-t-il en essayant de ne pas paraître trop sarcastique.

− Hein ? s'étonna Ron.

− Où est-ce que tu as eu ça ? interrogea Ginny, aussi surprise que Harry et Hermione.

Ron baissa les yeux sur son anneau.

− Heu… bonne question, admit-il d'un air hagard.

− Tu ne sais même plus où tu l'as trouvé ? dit Hermione, dubitative.

− Si, si… Je crois que je l'ai trouvé dans ma chambre en allant me coucher…

− Tu crois ?

− J'étais crevé, maugréa Ron avec mauvaise humeur.

− Et ça, c'est quoi ? lança Hermione en pointant le doigt sur les pieds de Harry.

− Ce sont des chaussures, dit Ron avec un sourire goguenard. Ca fait des années que tu en mets, tu sais ?

− Très drôle, répliqua Hermione en lui jetant un regard noir.

Elle se pencha en avant et passa une main entre les pieds de Harry, sous le lit, pour en extirper un petit boitier de bois partiellement brûlé. Harry réagit plus vite qu'il n'en eut conscience : avant même de s'en rendre compte, il avait brandi la main pour dérober l'étui à Hermione et le contempla longuement, déconcerté.

− Qu'est-ce qu'il fait là ? dit-il en regardant les autres.

− A toi de nous le dire, répondit Ginny, intriguée.

− Comment le saurai-je ? C'est la bague de ma mère que Scrimgeour a gardée pour la faire examiner !

− Je doute que Scrimgeour soit entré en douce au Terrier pour te la rendre, dit Hermione. A mon avis, il serait préférable que tu la donnes à Molly… non, à Maugrey avant qu'il parte !

− Je vais le chercher ! décréta Ginny comme si elle avait anticipé une réticence de Harry.

Et elle se précipita hors de la chambre sans laisser le temps à Harry de protester. Ouvrant prudemment l'écrin, il révéla la bague artistique sertie de sa pierre noire à la lueur blanc-bleu. Hermione et Ron le rejoignirent sur le matelas pour mieux observer le bijou.

− C'est quoi, cette lumière ? demanda Ron.

− Aucune idée.

Comment la bague était-elle arrivée ici ? Il était persuadé d'avoir vu Scrimgeour la glisser dans la poche de sa robe de sorcier, et Harry doutait sérieusement que le ministre s'amuserait à la lui mettre dans une poche en toute discrétion. Mais alors, comment expliquer sa présence au Terrier ? Si Tumter avait attaqué Scrimgeour afin de le déposséder de la bague, Harry était sûr que l'agression aurait été évoquée pendant la réunion de l'Ordre.

Le pas claudicant de Maugrey, amplifié par sa jambe de bois aux trois griffes martelant les marches, s'éleva de l'escalier. Harry était à peu près sûr que l'œil magique, bleu et rond, de Fol Œil était déjà braqué sur lui, voyant à travers les murs de la maison. Ginny réapparut quelques instants plus tard, suivie de Maugrey qui avait déjà sorti sa baguette magique.

− Pose ça sur la table de chevet, Potter ! aboya Maugrey.

Harry obéit aussitôt comme s'il avait reçu une décharge électrique, mais il s'inquiéta surtout : il connaissait les excès de paranoïa de Maugrey et redoutait qu'il fasse subir à la bague le même sort qu'à un cadeau qu'il avait un jour reçu et avait cru être un œuf de Basilic, alors qu'il s'agissait simplement d'un réveil.

− C'est la bague que Tumter a laissée près de la voiture de Scrimgeour, hein ?

− Oui, répondit Harry.

− T'en es bien sûr ?

− Oui, insista Harry.

− Alors nous avons un sérieux problème de sécurité.

Les quatre adolescents regardèrent Maugrey avec des yeux ronds. Celui-ci plongea une main dans sa poche et en sortit un morceau de parchemin :

− C'est arrivé juste après que vous soyez remontés.

Harry prit le morceau de papier. Il reconnut l'écriture de Mr Weasley, dont le message était aussi bref qu'il y a deux ans, quand le père de Ron lui avait recommandé de ne pas donner sa baguette si des employés du ministère se présentaient sur le palier des Dursley sous prétexte qu'il avait jeté le sortilège Patronus en dehors de Poudlard, et devant un témoin moldu :

Bureau de Scrimgeour cambriolé. La bague de la mère de Harry a disparu. Probable que Tumter soit derrière le vol.

− Il a réussi à s'introduire dans le bureau de Scrimgeour, dit Ron d'un air impressionné.

− Et ici aussi, à l'évidence, grogna Maugrey. Et sans déclencher le sortilège Anti-intrusion…

− Ce qui n'a rien d'étonnant, dit Hermione. Dans Le Guide des écoles de sorcellerie en Europe, le chapitre sur Massalia fait allusion à une étude de Tumter selon laquelle il serait possible de contourner des enchantements, ce qui permettrait de s'introduire presque n'importe où sans avoir à les briser ou à les déclencher.

− Les Mangemorts ont utilisé ce contournement des enchantements pour attaquer Massalia, ajouta Harry.

La bouche de Maugrey, aussi fine qu'une balafre, se tordit en un sourire.

− N'écoute pas trop Scrimgeour quand il te parle de Tumter, Potter, ou il te le présentera comme le seul et vrai mage noir à craindre, dit-il de sa voix rocailleuse.

− Que voulez-vous dire ? demanda Harry, intrigué.

− Les personnes croyant à un acte Mangemort sont minoritaires, aujourd'hui, révéla Maugrey. Avec toutes les arrestations de mages noirs qu'il y a eu après la chute de Voldemort, tu ne penses quand même pas que Croupton a oublié d'interroger ces canailles sur Massalia ?! Les repentis ont toujours nié avoir eu connaissance de cet acte, mais c'est Paskaroff qui a convaincu une bonne part de l'opinion publique que les mages noirs pouvaient ne pas avoir été les auteurs de cette tragédie.

− Comment il a fait ? s'étonna Ron, curieux.

− Il a été chargé par Voldemort en personne d'enquêter sur ces prétendus Mangemorts, répondit Maugrey. Les deux mois qui ont suivi la tragédie de Massalia, les mages noirs ont été étonnamment discrets aucun meurtre, ni de disparition, pas même une petite attaque. Voldemort a envoyé presque tous ses serviteurs sur le continent afin d'identifier, localiser et, très probablement, punir les individus qui avaient agi sans son ordre. Paskaroff ayant été baladé d'un bout à l'autre de la Yougoslavie dans son enfance et son adolescence, il connaissait la région mieux que personne mais lorsqu'il est revenu auprès de son maître, il n'avait rien découvert. Les familles yougoslaves et grecques réputées comme les plus racistes ne savaient rien, et pourtant, les Mangemorts ne se contentèrent pas toujours de leur poser de simples questions : le Veritaserum, l'Imperium et la torture étaient leurs atouts-maîtres pour délier les langues. Sauf que ça ne leur permit pas de découvrir quoi que ce soit. C'était comme si les auteurs de l'attaque sur Massalia n'avaient jamais existé.

− Donc, Tumter aurait été le complice d'un autre groupuscule ? dit Hermione, les sourcils froncés.

− Faut croire, dit Maugrey. Tumter n'a aucune affinité avec les Mangemorts, pour ce qu'on en sait : il a abattu le mage noir qui avait ouvert sa cellule pour lui prendre sa baguette. La question est : pourquoi ce Mangemort se trouvait-il dans une zone que même les ministres de la Magie ne visitent jamais ?

Excellente question, songea Harry, tandis que Maugrey se tournait de nouveau vers la bague et son écrin.

− Qu'est-ce que vous allez faire ? s'inquiéta légèrement Harry.

− Rien de dommageable, t'en fais pas, dit Maugrey. Scrimgeour ne plaisante pas quand il dit que la magie des massaliens ne peut être défaite que par un autre massalien, mais il y a des sortilèges universels. Approchez-vous, ça vous instruira !

Les quatre adolescents ne se firent pas priés et se rassemblèrent plus ou moins confortablement autour de l'ex-Auror. Celui-ci leva sa baguette magique et murmura : « Magicus natura » avant qu'un éclair de lumière mauve ne jaillisse de l'extrémité et frappe le bijou. Celui-ci s'illumina aussitôt, comme enveloppé d'un halo violacé. De minces filaments grisâtres s'en élevèrent après un moment, se séparant les uns des autres en prenant peu à peu de nombreuses formes : des runes se matérialisèrent à côté d'un glyphe complexe, lui-même voisin d'un sablier, qui se dessina juste à côté d'une tête de mort qui fit réagir Hermione et Ginny, les deux jeunes femmes interprétant à l'évidence le crâne comme un signe funeste.

− Magicus natura, répéta Maugrey à l'adresse des spectateurs, est un sortilège que les Aurors utilisent toujours lorsqu'ils doivent perquisitionner la maison d'un individu versé dans la magie noire. Il oblige l'objet ciblé à faire l'étalage de toutes les formes de magie qu'il recèle le plus dur reste d'identifier lesdites magies. Miss Granger a fait des études en runes anciennes, non ?

− Heu… je vous avoue que je n'ai jamais vu ces runes, dit Hermione en observant les symboles. Certaines me sont familières, mais elles présentent pour la plupart des différences qui peuvent en occulter totalement le sens… C'est peut-être un alphabet plus ancien que celui enseigné à Poudlard, ou alors qu'un peuple a personnalisé… Je ne sais vraiment pas.

− Et c'est une bonne chose que tu le reconnaisses, affirma Maugrey. Beaucoup d'Aurors ont reçu une blessure parce qu'ils négligeaient un élément dont ils ne comprenaient pas le sens. Retenez cette leçon, les gosses : même si vous reconnaissez la quasi-totalité des formes de magie, la moindre erreur sur une seule d'entre elles peut vous coûter très cher ! Mais passons… Le glyphe, je ne pense pas qu'il soit utile de s'attarder dessus…

− On dirait un assemblage des runes qu'on voit sur la Pensine de Dumbledore, l'interrompit Harry.

Hermione haussa les sourcils et se pencha aussi près que possible du glyphe.

− Je crois que tu as raison, Harry, dit-elle lentement. Je n'ai jamais vu la Pensine de Dumbledore, mais ce sont bien des runes. Elles sont juste très petites et imbriquées les unes dans les autres… Vous pensez que ça veut dire qu'il y a un souvenir dans la bague ?

− Possible, admit Maugrey avec indifférence, mais tant que nous ne saurons pas ce que signifient les premières runes, il est hors de question que nous essayions de vérifier la présence d'un souvenir… Le sablier, c'est simple : le bijou est protégé contre les dégâts du temps. Dorcas s'y connaissait en bijoux, elle s'est beaucoup intéressée à la bague de ta mère, Potter : ce n'est pas un travail de gobelin, mais c'est un bijou ancien. Quant au crâne, il faut le considérer avec prudence ! Il ne ressemble pas aux têtes de mort associées à des maléfices mortels, mais nous ne pouvons prendre aucun risque !

− Qu'est-ce qu'on fait, alors ? demanda Ron. Tumter semble déterminé à ce que Harry reçoive la bague.

− On va attendre que Remus réussisse son plan, grogna Maugrey. Si Fletcher peut réellement localiser Tumter, Remus se chargera de l'interroger à propos de la bague. En attendant, Potter, tu te tiens à distance de ce truc !