Chapitre 2 : Périlleuse confrontation


L'anonymat.

Harry ne pouvait s'empêcher de ressentir un profond soulagement à l'idée de ne plus être le célèbre Survivant. Par le passé, il n'avait quasiment jamais été en mesure de faire un pas sur le Chemin de Traverse sans que des gens ne le reconnaissent, discutant à voix basse sur son passage ou le pointant même parfois du doigt. Cela avait également été le cas dans la plupart des mondes qu'il avait visités, puisqu'il avait presque toujours été Celui-Qui-A-Survécu.

Mais pas ici.

Dans ce monde, c'était un garçon aux cheveux roux sombres et aux yeux noisette qui portait la célèbre cicatrice en forme d'éclair. Lui n'était qu'un simple adolescent banal et maigrichon, complètement indissociable de la foule de sorciers anonymes qui cheminaient de manière incessante.

Il y avait bien sûr des désavantages à cette situation et le plus flagrant concernait malheureusement son apparence…

Harry n'avait jamais eu un corps de culturiste mais les années de pratique de Quidditch et surtout l'entraînement draconien qu'il avait dû suivre auprès d'Aurors aguerris comme Alastor ou Kingsley l'avaient doté d'une musculature appréciable, et plus précisément d'une vitesse et d'une endurance qui avaient complété ses talents naturels de duelliste pour en faire un guerrier redoutable.

S'il avait conservé ses connaissances théoriques concernant le duel, le jeune Potter avait conscience qu'il ne pourrait clairement pas y recourir avec un corps dans cet état. Et contrairement à ce que certains auraient pu penser, il n'existait aucun « raccourci » pour se remettre en forme. Aucun sortilège et aucune potion n'était en mesure de réaliser ce genre de miracles.

Les quelques potions qu'il prenait désormais de manière quotidienne avaient avant tout pour but de permettre à son métabolisme de fonctionner normalement, et de réparer les dommages causés par les longues années de mauvais traitements subis auprès des Dursley. Merlin lui en soit témoin, Vernon et Pétunia allaient payer très cher ce qu'ils avaient fait…

Néanmoins, Harry avait certaines préoccupations plus urgentes à gérer pour le moment et c'est pourquoi ses pas l'avaient amené devant un grand bâtiment d'une blancheur immaculée, qui surplombait allègrement les magasins aux alentours.

Il était temps pour lui de demander de l'aide aux seuls êtres magiques qui étaient en mesure de lui procurer le soutien dont il avait besoin.


Lily ne put s'empêcher de secouer la tête d'un air consterné lorsqu'elle fut finalement témoin du triste spectacle qui l'attendait dans le salon.

Des bouteilles de Bièraubeurre et de Whisky Pur Feu étaient entassées sur la table basse, et plusieurs se trouvaient même sur le parquet ciré, où l'on pouvait aussi apercevoir des paquets de chips éventrés, des assiettes sales dont les restes étaient devenus impossibles à identifier et bien sûr, des boîtes et autres paquets qui avaient contenu respectivement les derniers produits expérimentaux des jumeaux Weasley, ainsi que des échantillons de toute la gamme de produits vendus chez Zonko…

Bref, il fallut à Lily près d'une demi-heure pour rendre à la pièce un semblant de propreté.

Evidemment, James et Sirius devaient encore dormir comme des bienheureux et elle n'osait pas imaginer l'état lamentable dans lequel ils seraient au réveil, au vu des quantités de Whisky Pur Feu qu'ils avaient ingurgitées la nuit dernière.

Même les enfants dormaient encore et ils ne se réveilleraient sûrement pas avant midi, vu l'heure tardive à laquelle ils s'étaient finalement couchés. L'ancienne Gryffondor n'était pas opposée à l'idée de faire la fête mais les proportions que pouvaient prendre les célébrations orchestrées par les Maraudeurs s'avéraient souvent... exagérées.

Ce n'est qu'après avoir effacé toute trace du chaos de la fête d'anniversaire que la jeune femme retourna en direction de la cuisine, et remarqua le morceau de parchemin posé à côté de l'évier.

Maman, tante Lily,

Oncle Remus, Rose et moi sommes partis faire un tour sur le Chemin de Traverse. Je vais en profiter pour prendre quelques livres chez Fleury & Bott et probablement acheter quelques vêtements pour Rose. Elle a tellement grandi ces derniers mois que ses vêtements sont presque tous devenus trop petits pour elle. Nous serons sans doute rentrés pour le déjeuner.

Bisous,

Kate

Lily reposa la lettre avant de s'asseoir à la table de la cuisine, passant une main sur son front tout en bénissant Remus et Kathleen pour l'attention qu'ils portaient à sa petite fille. Avec toute l'attention dont avait besoin Ryan, surtout pendant les vacances d'été où il était à la maison, elle avait bien du mal à trouver du temps à consacrer à Rose.

Ses pensées se tournèrent alors vers un autre enfant, un bébé aux cheveux noirs et aux yeux verts dont elle avait été obligée de se séparer, voilà de cela près de treize ans. Dumbledore avait insisté pour qu'il ne reçoive aucune visite pendant son enfance, pour ne pas distraire la jeune femme de ses devoirs de mère envers Ryan… En y repensant, c'était absurde d'avoir écouté le vieil homme mais il y avait aussi d'autres éléments à prendre en compte.

Un jour, Ryan se retrouverait face à Voldemort et un seul d'entre eux en sortirait vivant. Et d'après le Directeur, l'amour serait la plus grande arme du Survivant, et c'est pourquoi il fallait lui en apporter le plus possible, quel qu'en soit le prix…

Se mordant la lèvre inférieure, elle songea à la silhouette du petit garçon qu'elle avait entrevu l'année précédente, à la gare de King's Cross. Il lui avait paru si frêle, si chétif… et si triste. Lily ne pouvait même pas imaginer quel genre de traitement il avait pu recevoir de la part de sa sœur et de son idiot de mari.

Toutefois, Dumbledore lui avait assuré que les barrières mises en place à Privet Drive protégeraient Harry et elle le croyait. Ou plutôt, elle avait désespérément besoin d'y croire parce que dans le cas contraire, cela signifiait qu'elle avait volontairement sacrifié l'enfance et le bonheur d'un de ses fils dans l'espoir de pouvoir sauver l'autre…


Entrant dans un vaste hall dont le sol paraissait avoir été taillé dans du marbre, il ne put s'empêcher de prendre quelques secondes pour contempler les lieux. Plusieurs dizaines de gobelins étaient assis sur de hauts tabourets, derrière des comptoirs parfaitement alignés, et chacun vaquant à ses occupations. Certains écrivaient inlassablement dans de lourds registres tandis que d'autres étaient en train d'observer des pierres précieuses à la loupe, ou encore de peser des pièces de monnaie de formes diverses dans des balances en cuivre.

S'approchant d'un des comptoirs les moins encombrés, il prit la parole d'une voix respectueuse.

- Salutations, maître gobelin.

Le gobelin en question leva le nez de son registre et lui adressa un regard perplexe.

- Que voulez-vous ?

- J'aimerais m'entretenir avec le Président Ragnok, s'il vous plaît.

Les lunettes du gobelin manquèrent de tomber de son nez tant ses yeux s'étaient écarquillés. Une fois la surprise passée, le guichetier éclata d'un rire dédaigneux avant de reprendre la parole d'une voix doucereuse.

- Vous voulez vous entretenir avec le Président ? Et pourquoi un gobelin aussi puissant et occupé que M. Ragnok devrait accorder du temps à un simple sorcier ?

A la grande surprise du gobelin, son interlocuteur ne parut pas s'offusquer de sa moquerie. Au contraire, un sourire malicieux naquit sur les lèvres du jeune Potter tandis que ses yeux émeraude le fixaient avec intensité.

- Peut-être parce que je ne suis pas n'importe quel sorcier, maître gobelin.

Le guichetier était sur le point de lui rétorquer une réplique bien sentie quand il stoppa net. C'est le temps qu'il lui fallut pour réaliser que l'humain venait de s'adresser à lui dans la langue gobeline.

- Qui vous a appris le Gobelbabil ? S'exclama-t-il à voix basse, d'un air furieux.

- Je ne répondrai qu'en présence du président Ragnok. J'ose croire que les informations que je détiens pourraient intéresser le Maître des pierres.

Si le gobelin avait paru surpris auparavant, ses yeux s'ouvrirent si grand que son expression en était devenue presque comique. Il reprit néanmoins rapidement un visage austère avant de lui répondre :

- Vous serez amené devant lui mais gare à vous, étranger, si vous tentez quoi que ce soit contre lui !

Et sur ces mots, il appela deux gardes en langage gobelin et leur demander d'escorter leur « invité » jusqu'au président.


Remus s'assit dans l'un des confortables fauteuils présents dans la pièce, son regard vagabondant par la fenêtre tandis qu'il attendait ses deux filleules.

En effet, Kathleen avait eu raison lorsqu'elle affirmait que Rose n'avait presque plus rien à se mettre. Lily n'avait pas renouvelé sa garde robe depuis près de trois mois et à cet âge là, les enfants grandissaient vite…

Hélas, la jeune Black avait aussi tenu à s'acheter quelques vêtements pour elle et cela expliquait pourquoi le lycanthrope se trouvait dans le magasin de Madame Guipure depuis près d'une demi-heure. Oh bien sûr, il ne se plaignait pas. Lunard adorait se trouver en compagnie des deux jeunes filles, l'adolescente lui racontant souvent les dernières mésaventures de Ryan à Poudlard et la manière dont les Gryffondor et les Serpentard continuaient de se faire la guerre…

Et elle lui parlait aussi d'Harry.

Bien qu'il n'ait pas été le parrain du jeune Potter, Remus lui avait porté beaucoup d'affection. En fait, lorsque les jumeaux étaient nés, James avait donné Ryan à Sirius pour qu'il le tienne et Harry avait atterri dans ses bras. Jamais il ne pourrait oublier l'intensité de ses iris émeraude lorsqu'il avait posé son regard sur lui. C'était troublant d'être en présence d'un James miniature – car il avait hérité de lui certains traits, et plus particulièrement ses indomptables cheveux – muni des yeux désarmants de Lily.

Le Maraudeur avait été dévasté d'apprendre que ses meilleurs amis avaient décidé de se séparer d'Harry après l'attaque d'Halloween, qui avait abouti à la disparition de Voldemort, treize ans plus tôt. Malheureusement, elle avait eu lieu peu après une nuit de pleine lune, au point que le loup-garou n'avait appris les faits que trois jours plus tard. Avec sa condition et les préjudices qui régnaient au Ministère, Remus avait conscience qu'il n'aurait jamais obtenu la garde du garçon mais il s'était tout de même senti coupable…

Par la suite, il avait tenté à plusieurs reprises de se rendre chez les Dursley mais leur quartier entier paraissait avoir été muni de barrières repoussant les sorciers. L'ancien préfet suspectait que seul Dumbledore et les personnes autorisées par lui étaient en mesure de se rendre au domicile de la sœur de Lily… mais il n'en faisait malheureusement pas partie.

- Oncle Remus ! Comment tu nous trouves ?

Le Maraudeur se retourna et ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en les regardant. Kathleen avait opté pour une magnifique robe de soirée noire, qui la faisait paraître plus mature. Quant à Rose, elle portait une robe d'un vert sombre qui s'accordait parfaitement avec ses yeux.

- Vous êtes resplendissantes, toutes les deux. Déclara-t-il d'un ton paisible.

Les deux filles lui adressèrent des sourires radieux avant de repartir faire d'autres essayages.

Remus était sur le point de se replonger dans sa contemplation quand une odeur quelque peu familière lui chatouilla les narines. Dégainant sa baguette sans même y penser, c'est avec difficulté qu'il se retint de la pointer sur la personne qui se trouvait à seulement quelques mètres de lui.

Bien qu'âgée de près de quarante ans, Narcissa Malefoy n'avait rien perdu de sa beauté. Ses longs cheveux blonds retombaient dans son dos avec une certaine grâce et même si son visage aux traits fins arborait une expression quelque peu orgueilleuse, le charme caractéristique des Black était encore flagrant. Ses yeux bleus se posèrent sur lui avec un mélange d'amusement et de perplexité.

- Est-ce ainsi qu'on apprend à accueillir les vieux amis parmi les partisans de Dumbledore ? S'enquit-elle d'une voix malicieuse.

- Pardonne-moi, Narcissa. C'est simplement que… l'eau de Cologne si caractéristique de Lucius provoque encore certains réflexes chez moi. Répondit calmement le lycanthrope en soutenant son regard.

Remus n'avait plus vraiment de raison de cacher son secret. Lors de l'année précédente, durant laquelle il s'était illustré en tant que professeur de Défense Contre les Forces du Mal, Rogue avait laissé échapper le secret de sa lycanthropie, l'obligeant ainsi à donner sa démission à Dumbledore avant que les parents en colère ne finissent par forcer la main au Directeur.

Lunard n'éprouvait pas vraiment de rancune envers la mère de Drago. Elle s'était avérée très aimable pendant les deux années où ils s'étaient côtoyés à Poudlard, il y a de cela près de deux décennies. Toutefois, il ne pouvait pas dire la même chose de son Mangemort de mari, qu'il avait affronté à plusieurs reprises aux côtés de James et Sirius.

- Tu lui tiens toujours rigueur pour ce qu'il a fait sous Imperium ? Renchérit-elle d'une voix doucereuse.

- Tu penses vraiment que je pourrais oublier le massacre des McKinnon ? Marlene est morte dans mes bras… mais je suppose que le sort de ton ancienne amie t'indiffère désormais. Rétorqua Remus, son visage exprimant un mélange de mépris et de dégoût.

Le sourire qui ornait le visage de la sang-pur s'évanouit et elle détourna même le regard lorsque le nom de Marlene fut évoqué. Néanmoins, Remus avait combattu trop longtemps les Mangemorts pour abaisser si facilement sa garde et bien qu'abaissée, sa baguette était toujours fermement serrée dans sa main.

- Elle n'aurait jamais dû prendre part au combat. Murmura Narcissa, ses iris azurés remplis de regrets.

- Evidemment… elle aurait dû se contenter de faire profil bas, de se soumettre, alors que son frère venait d'être assassiné pour le simple fait d'avoir refusé de rejoindre les Mangemorts ! Tu t'écoutes un peu parler ? Marlene n'aurait jamais baissé la tête ! C'était peut-être une Serpentard mais elle avait plus de fierté que ton mari n'en aura jamais !

Le visage du lycanthrope était désormais déformé par la colère et la peine, tandis qu'il ne se souvenait que trop bien de la mort de son amie. Marlene McKinnon avait été une Serpentard âgée de deux ans de plus que lui et malgré l'hostilité qui régnait entre leurs maisons, ils étaient rapidement devenus amis. Elle avait même été son premier amour, même si leur idylle n'avait duré qu'un été. Ils étaient cependant demeurés amis, très bons amis même, au point de rejoindre tous deux l'Ordre du Phénix peu de temps après leur sortie de Poudlard.

James ne lui avait pas vraiment fait confiance au début mais Sirius s'était fié au jugement de Lunard. Venant d'une famille des plus sombres, il était plus ouvert à la différence que Cornedrue et l'avait souvent invitée aux petites fêtes qu'ils organisaient avec les frères Prewett et les époux Londubat.

Mais aujourd'hui, Marlene était morte, tout comme Fabian et Gideon. Quant à Frank et Alice… leur sort avait peut-être été pire que la mort, puisqu'ils avaient été torturés à l'aide du sortilège Doloris jusqu'à en perdre la raison.

- Tonton Mumus ?

Toute colère disparut instantanément du visage de Remus tandis qu'il se retournait vers Rose, dont le regard émeraude se porta rapidement sur Narcissa. Cette dernière parut troublée alors que ses yeux la fixaient avec intensité.

- C'est fou ce qu'elle ressemble à Lily…

Dans un geste presque instinctif, il se plaça devant la petite dans une posture défensive, de façon à barrer la route au moindre sort que l'épouse de Lucius pourrait lui jeter. Celle-ci se contenta de lui adresser un regard surpris avant de prendre la parole d'un ton perplexe.

- Tu penses vraiment que j'attaquerais une enfant, Remus ?

- Votre maître et ses larbins n'ont jamais paru se soucier de l'âge de leurs victimes. Pourquoi est-ce que vous commenceriez maintenant, cousine Narcissa ?

L'ancienne Serpentard ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux face à la jeune femme qui se tenait en face d'elle. Vêtue d'un jean et d'un haut noir, Kathleen Black avait pointé sa baguette en direction de Narcissa sans le moindre signe d'hésitation, un sourire sarcastique flottant d'ailleurs sur ses lèvres.

- Je vois que tu as hérité du tempérament de ton père, Kathleen. Remarqua simplement la sœur de Bellatrix, esquissant un imperceptible sourire.

- Ça, et sa haine viscérale envers la vermine, ou devrais-je dire les animaux ? Après tout, j'ai entendu dire que votre maître vous marquait comme du bétail…

- Kathleen Alhena Black ! Abaisse immédiatement ta baguette !

Kate se raidit en entendant le ton sans appel de Remus mais elle baissa malgré tout son bras, tout en montrant sur son visage une expression qui laissait clairement comprendre son mécontentement. Le lycanthrope confia Rose à la jeune Black et leur demanda d'aller chercher leurs achats puis de l'attendre dehors.

Il se retourna finalement vers Narcissa mais son expression n'était plus emplie de colère. Non, c'était davantage un mélange de regrets et de tristesse.

- Au revoir, Narcissa.

Puis il tourna les talons et se dirigea vers la sortie. Il avait presque atteint la porte lorsqu'une exclamation le retint.

- Remus, attends !

Il s'arrêta sur le seuil de la porte et tourna à nouveau son attention vers elle. Le visage de l'ancienne Black était impassible et son regard n'était pas fixé sur lui mais la manière dont elle se tortillait sur place trahissait sa nervosité. Lorsqu'elle s'adressa de nouveau à lui, sa voix ne laissait plus entendre aucune trace de moquerie, simplement… de la mélancolie.

- Où repose-t-elle ?

Lupin hésita un instant, en se demandant si c'était une bonne idée de lui confier cette information… mais au final, elle pouvait tout aussi bien le savoir en se renseignant au Ministère.

- Au cimetière de Loutry Ste Chaspoule, dans le Devon.

Et sans un autre mot, il quitta la boutique et s'en alla rejoindre ses deux filleules, tout en se demandant comment la haine, la jalousie et l'intolérance avaient pu entraîner des conséquences aussi terribles et dramatiques pour que deux amies d'enfance se retrouvent dans des camps opposés.


Il avait fallu un peu plus d'une vingtaine de minutes, passées sous les regards meurtriers de deux guerriers gobelins armés jusqu'aux dents, avant qu'Harry ne soit finalement admis dans le bureau de Ragnok.

Ragnok, aussi surnommé Ragnok « Pattes-de-poule », était le Directeur de la branche Britannique de Gringotts ainsi que le gobelin le plus puissant de toute la Grande-Bretagne. Il était rare qu'il soit vu en compagnie de sorciers et même là, il ne s'agissait en général que des employés humains de la banque, qu'il inspectait régulièrement.

Vêtu de riches vêtements dans des tons améthyste, brodés par endroits de fils d'or et d'argent, le vieux gobelin était assis dans un large fauteuil qu'il aurait peut-être fallu qualifier de trône tandis il était ouvragé et serti de pierres précieuses. Il portait à son cou une lourde chaîne en or, à l'extrémité de laquelle on pouvait apercevoir un médaillon gravé d'inscriptions indéchiffrables et serti d'un rubis de la taille d'un poing humain.

Le jeune Potter ne paraissait pourtant pas le moins du monde impressionné par l'opulence exhibée par son interlocuteur, et se contentait d'observer d'un air intéressé les larges tapisseries qui ornaient certains murs de la vaste pièce dans laquelle ils se trouvaient.

- Je dois avouer que vous m'intriguez, Monsieur… Potter. Bien peu d'humains parlent encore notre langue, surtout dans ce pays… et aucun n'est censé connaître le titre de « Maître des Pierres ». Déclara le vénérable gobelin de sa voix rocailleuse.

Le sorcier se contenta de lui adresser un sourire malicieux avant de hausser les épaules. Il connaissait les gobelins depuis assez longtemps pour savoir comment jouer à ce petit jeu, et surtout comment gagner selon leurs propres règles.

- Les Maîtres des Pierres sont des érudits gobelins qui sont parvenus à maîtriser la magie élémentaire liée à la terre. Ils ne sont qu'une poignée en ce monde, et je crois savoir que vous êtes l'un des seuls encore vivants, à l'exception de certains membres du Conseil des Anciens.

Le rictus qui flottait sur les lèvres du gobelin s'évanouit instantanément lorsqu'il entendit ses derniers mots, pour être remplacé par une expression d'un sérieux absolu.

- Vous avez conscience que votre seule connaissance du conseil est un motif suffisant pour que vous soyez exécuté par la nation gobeline ?

- Evidemment, maître Ragnok. Toutefois, je ne suis pas venu vous offenser et j'aimerais de préférence ne pas mourir si jeune. Non, en toute honnêteté, je viens vous demander votre aide et votre protection.

La suspicion laissa place à une certaine surprise sur le visage ridé de Ragnok. Le gobelin passa une main dans sa longue barbe avant de poser sur lui un regard plus… intéressé.

- Poursuivez.

- Vous avez sans doute lu mon dossier avant de m'admettre ici. Vous savez donc déjà que j'ai été renié par mes parents, James et Lily Potter, puis confié à la garde d'une famille moldue. Officiellement, Albus Dumbledore est mon tuteur magique mais il n'est pas intervenu une seule fois depuis mon… placement chez Vernon et Pétunia Dursley.

- Je peine à entrevoir en quoi cela concerne Gringotts.

Harry prit une profonde inspiration avant de reprendre la parole d'un ton déterminé.

- Je souhaite devenir un pupille de la nation gobeline.

Cette fois-ci, la stupéfaction était clairement visible sur les traits du Président de Gringotts. Un pupille de la nation gobeline était, si l'on résumait en des termes très simples, un humain mineur, de préférence orphelin ou dépourvu de soutien parental, qui souhaitait être placé sous l'autorité des gobelins jusqu'à sa majorité.

- Une telle demande n'a pas eu lieu depuis plus de trois cents ans… vous savez pourquoi, je suppose ? L'interrogea Ragnok.

- Oui, les sorciers sont naturellement suspicieux des gobelins en général. De plus, cela inclut de devenir citoyen honoraire de la nation gobeline et par conséquent, de se soumettre à ses lois. La plupart des sorciers considèrent que votre peuple est trop barbare pour confier leurs vies entre vos mains.

- Précisément. Et vous, M. Potter, vous seriez prêt à vous en remettre à nous ?

Harry lui adressa alors un sourire, empreint de mélancolie, qui n'était certainement pas en adéquation avec son âge. Une telle tristesse, une telle douleur, ne pouvaient pas être exprimées par un être si jeune, qui n'avait pas encore eu l'occasion de goûter pleinement aux souffrances de l'existence.

- Albus Dumbledore a décidé que je devais souffrir pendant que mon frère recevait une enfance dorée auprès de nos parents. Je n'ai pas confiance en lui, ni en ses serviteurs, et encore moins en ceux de Voldemort. Contrairement aux sorciers, qui sont pour la plupart devenus rusés, malveillants et dévergondés avec le temps, les gobelins ont gardé vivantes les notions d'honneur, de respect et d'équité, aussi bien entre eux qu'envers les autres races. Voilà pourquoi je prends le risque de mettre ma vie entre vos mains, plutôt que de la laisser entre celles de Dumbledore.

Le gobelin demeura pensif un long moment, avant de finalement ouvrir l'un des tiroirs de son bureau. Il en sortit une liasse de parchemins et une plume qu'il posa devant lui avant de fixer à nouveau son regard sur l'adolescent. Une étrange lueur brillait dans ses yeux, tandis qu'il prenait la parole avec une voix qui semblait empreinte de respect.

- Voilà de cela bien longtemps, un autre sorcier s'en est remis à nous comme vous le faites aujourd'hui. En mémoire du grand homme qu'il a été, et des immenses services rendus à la nation gobeline, je vais vous laisser le bénéfice du doute… mais prenez garde, Harry Potter. La voie qui s'ouvre à vous est périlleuse, très périlleuse…

- Je suis habitué aux épreuves de forces, maître Ragnok mais comme le dit souvent l'un de mes vieux amis, il n'y a pas de coïncidence en ce monde, tout est inéluctable.