Chapitre 2 : Sora & Kabe
Sora
et Kabe n'étaient pas de grands amis, ils étaient
seulement cousins. Kabe détestait tout, et n'aimait rien. Il
n'aimait pas sa cousine, mais c'était l'une des rares
personnes de sa famille avec laquelle il pouvait à peu près
normalement parler. Les autres, il leur parlait agressivement, les
insultait, et se désintéressait d'eux. Néanmoins,
sa cousine l'intéressait par son naturel.
Sora n'aimait
pas spécialement non plus Kabe, mais voilà, quand elle
était avec lui, elle était bien. Pas comme avec ses
amis du Lycée, mais presque. Elle était d'un naturel
enjoué et calme. Le fait de rester avec son cousin, sans
forcément parler, ni rien faire, lui suffisait parfois à
se détendre.
Elle se sentait bien.
Etant donné qu'ils étaient dans le même Lycée, ils étaient obligés de se voir très souvent. Mais cela ne dérangeait pas vraiment Kabe, et lorsque sa cousine lui proposait de sortir un après midi entier ensemble, il ne disait jamais non. Ce n'était pas des après midis inoubliables, mais au moins, il ne s'ennuyait pas à insulter ses autres cousins.
Kabe était adossé à un muret. Il regarda sa montre. Elle était en retard. Il secoua la tête, faisant ainsi voler ses cheveux cuivrés mi-longs. De ses yeux noisette insolents, il fixa intensément la rue d'où elle devait arriver.
Sora courait dans les ruelles de la ville, se sachant en retard. Brusquement, elle s'arrêta devant la terrasse d'un café.
Allez, pour me faire pardonner, je vais lui acheter quelque chose de chaud !
Elle traversa la terrasse, et s'arrêta après avoir dépassé une jeune femme aux cheveux châtain clair. Elle se retourna, et regarda fixement son dos. Elle la connaissait, elle en était sûre.
Au creux de son ventre, elle sentit comme un rugissement bestial, un cri venant de l'intérieur. Effarée, elle détourna les yeux de la jeune femme, et se précipita dans le café. Là bas, elle reprit difficilement sa respiration. Elle avait peur, très peur.
Cela ne cessera donc jamais ?!
Elle secoua la tête afin de reprendre ses esprits, puis elle se décida à sortir. Elle ne jeta pas un regard à la jeune femme qui ne l'avait pas remarquée, trop absorbée par son livre. Après l'avoir dépassée, elle se mit à courir, éperdument.
Tsukiyo leva les yeux de son livre.
« Kurenai Sora ? » fit-elle, doucement.
Sora et elle étaient dans le même Lycée, mais Tsukiyo était tellement réservée, qu'il était normal qu'elle ne la reconnaisse pas.
« Un grognement… Un félin… Le Tigre ? »
Je dois en parler à Mizu…
Kabe vit enfin Sora arriver. Il fut étonné de la voir si bouleversée.
« Sora ? Tout va bien ?
- N…Non ! » fit-elle avant d'éclater en sanglots.
Kabe ne su quoi faire, il ne pouvait pas la consoler, parce qu'il ne savait pas comment faire, et parce qu'il ne comprenait pas pourquoi…
« Gomen, Kabe-kun… Je vais bien… Seulement… » commença Sora.
Kabe lui prit gentiment le bras, et l'aida à s'asseoir sur le muret contre lequel il était adossé.
« Arigato. Je… Je crois que j'ai rencontré le Bœuf… »
Kabe écarquilla les yeux de surprise.
« Le Bœuf ? Comme ça, dans la rue ? lui demanda-t-il.
- Oui, je voulais m'arrêter au Café pour te prendre quelque chose de chaud, et… Oh non ! Je ne t'ai rien rapporté ! Je…Je suis désolée ! s'exclama la jeune fille en fondant de plus belle en larmes.
- Hey ! Sora-chan ! Doucement ! J'en ai rien à faire de ton truc chaud ! On parlait du Bœuf ! s'exclama Kabe, légèrement excédé par le comportement de sa cousine.
- Gomen ! Oui… et bien… Je l'ai croisé dans ce Café. C'est une jeune femme, elle doit être au Lycée.
- Hum… Bien.
- Kabe-kun… Que devons nous faire ?
- … »
Le silence de son cousin fit comprendre à Sora que la décision serait difficile à prendre.
Après quelques instants de lourd silence, Kabe prit la parole :
« Nous verrons bien. Tu dis qu'elle semble être au Lycée, au moment de la rentrée, nous la chercherons, et on verra quoi faire. On avisera.
- Oui, je pense que tu as raison, Kabe-kun… répondit la jeune fille.
- Il faut que je réfléchisse à ça. Ca ne te dérange pas de reporter notre rendez-vous à une autre fois ? demanda doucement Kabe à sa cousine.
- Non non ! Ne t'en fais pas ! Je… Je vais y réfléchir aussi de mon côté ! fit Sora, bye bye Kabe-kun ! »
Elle sauta du muret, sécha ses larmes avec ses poings fermés, et adressa un petit signe à Kabe. Il le lui rendit, et l'observa s'en aller, d'un pas mal assuré. Il fronça les sourcils, et hésita un moment.
Il aurait voulu la rattraper, mais pour lui dire quoi ?
Il soupira tristement, et repartit de son côté.
Tsukiyo paya sa consommation, et rentra chez elle. En poussant la porte de la chambre de son frère, elle remarqua la propreté de celle-ci. Elle ne comprenait pas comment il faisait pour la ranger en passant son temps à dormir…
Elle se dirigea vers son lit, et lui secoua sans ménagement l'épaule. Mizu grogna, mais ne tourna même pas la tête vers sa sœur. Celle-ci soupira, et prit une chaise. Elle s'assit à côté de son lit, et se mit à lui parler :
« Mizu-kun ! J'ai vraiment quelque chose d'important à te dire ! Réveille toi ! »
Cette fois, il ne prit même pas la peine de grogner, et l'ignora totalement.
« OK… Et si je te dis… Que j'ai découvert le Tigre, et qu'il s'agit de Sora Kurenai… » fit elle innocemment.
Mizu leva la tête de sous ses draps.
« Nani ? Sora ? Le Tigre ? la questionna-t-il, soudain réveillé.
- Hum. Oui oui, c'est étrange, n'est ce pas ? Surtout qu'au moment où je l'ai croisée, j'ai ressentit quelque chose au plus profond de moi…
- Pareil.
- Mais tu dormais, Ototo, comment tu peux savoir ce que ça fait ! railla Tsukiyo.
- J'ai fais un drôle de rêve… En plein milieu de mon festin de poireaux, je me suis transformé en mouton… » expliqua Mizu.
Tsukiyo éclata de rire.
« Bon, pour en revenir à nos moutons… » commença Tsukiyo.
Mizu lui lança son oreiller à la figure, qu'elle esquiva adroitement.
« … Je disais donc… Si nous avons ressenti cela, c'est qu'Il arrive… Est-ce une bonne chose ? demanda-t-elle à son frère.
- Aucune idée… Mais qui vivra verra ! » s'exclama-t-il.
Il retourna ses draps, et se tourna dans son lit. Deux secondes après, Tsukiyo entendit les ronflements de son frère.
« Pff ! Non mais vraiment ! » fit-elle en lui souriant doucement.
Elle le borda et quitta la pièce en prenant soin de ne pas le réveiller.
Selena était au téléphone.
« Hum… J'avais raison, ne ? Tu as envoyé le message ! En tout cas, je l'ai bien reçu… fit la voix de l'autre côté du combiné.
- Pff… Ils ne savent pas ce qui les attend encore ! Ils sont bien trop naïfs ! Que veux tu que je fasse d'eux, Shiro ! s'exclama Selena.
- Doucement, ma belle ! Tu dois assumer ton rôle ! rit Shiro.
- Moi qui pensais que tu avais arrêté de m'appeler ainsi… soupira Selena, et d'abord, qu'est ce que j'en sais moi ! Est-ce vraiment mon rôle ?
- Jamais de la vie je ne cesserai de t'appeler ainsi, ma belle ! Tout ce que je peux te dire, c'est ce que tu sais déjà. C'est le rôle du Dragon. »
Selena raccrocha.
« Raaah ! Il m'énerve ! » s'emporta-t-elle.
