Bonjour

Chapitre 3 aujourd'hui. Gabriel a une idée sur Dylan.

Merci de me lire, de m'écrire, de m'être fidèle et je me répète, merci à Elyrine de continuer à me corriger.

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Hurricane de 30 seconds to mars

Chapitre 3 : Absence

« Ce monde est cruel. Il nous arrache ceux qu'on aime sans préavis et sans nous laisser le temps de nous remettre et d'accepter le deuil qui suit. Il nous oblige à être fort, indestructible. Perdre un être cher est sans nul doute la pire épreuve qui soit. Il n'y a rien de pire au monde que de se retrouver seul. Mais il ne faut pas se renfermer sur soi-même pour autant. Il faut continuer à s'ouvrir aux autres. Et parfois en chemin, au moment même où on commence à perdre espoir pour de bon, on finit par trouver la personne qui nous aide à repartir de l'avant. Il existe encore des gens bons dans ce monde. Il existe des personnes sur qui on peut compter et en qui on peut avoir confiance. Il suffit de garder espoir. J'ai longtemps cru que l'espoir n'était plus possible dans ce monde. Je me suis trompé. »

Manuel de survie de Dean Winchester.

Castiel tournait en rond depuis le départ de Dean. Il ne savait pas comment occuper son temps. Il avait la sensation qu'on l'avait privé d'un membre. Qu'il n'était pas complet sans son petit ami à ses côtés. Ce n'était pas la première fois que Dean partait avec Dylan depuis qu'ils étaient ensemble. Castiel avait bêtement cru qu'il finirait par s'y faire... mais c'était toujours aussi difficile. Il ne pouvait plus dormir correctement sans être blotti contre le jeune homme. Il comptait les minutes avant son retour en ayant la sensation qu'elles défilaient plus lentement que d'ordinaire.

Jamais avant il n'avait aimé quelqu'un avec autant de force. Jamais il n'avait eu cette sensation d'avoir enfin trouvé sa moitié. La personne qui lui permettait enfin d'être entier. Il savait qu'il avait de la chance d'avoir trouvé Dean, d'être heureux quand le monde continuait de s'effondrer autour de lui. Et c'était parce qu'il avait conscience de la dangerosité du monde qu'il était terrifié à l'idée de le perdre. Il était convaincu qu'il ne pourrait jamais survivre à sa mort. Il avait beau ne pas être seul, il avait beau avoir Gabriel et les amis qu'il s'était fait au camp, il ne pourrait pas continuer à se battre sans l'homme qu'il aimait.

En l'absence de son petit ami, il se raccrochait tant bien que mal aux dernières images qu'il avait de lui. Aux derniers mots prononcés avant qu'il ne parte. Aux derniers regards échangés. Il se les repassait en tête jusqu'à pouvoir à nouveau serrer Dean dans ses bras. Ce n'était pas vraiment suffisant et ça ne pourrait jamais l'être. Mais c'était mieux que rien.

Il imaginait le jeune homme assis dans sa précieuse voiture et touchant la marque qu'il avait laissé sur son épaule du bout des doigts. Il l'imaginait se tortillant sur son siège pour sentir les effets des derniers instants partagés. Ce n'était pas uniquement sexuel. Castiel n'avait jamais pris autant de plaisir avec un homme. Faire l'amour avec Dean était une expérience incroyablement forte. Mais ce n'était pas ce qui lui manquait quand le jeune homme était parti. Il était parfaitement prêt à renoncer au sexe si cela lui permettait de garder le reste. Car ce qu'il préférait était les moments qui suivaient. La tendresse. Les mots d'amour murmurés à l'oreille du jeune homme. Les silences passés à se regarder dans les yeux. C'était ce qui lui manquait le plus. La présence de son petit ami. La sensation de son corps contre lui et de sa tête posée sur son torse. Le sexe était secondaire.

Castiel savait bien qu'il ne pouvait pas passer tout son temps jusqu'au retour de Dean enfermé dans leur chambre à penser à lui. Il avait des choses à faire et des gens qui comptaient sur lui. De surcroît, à trop rester seul, il finissait par penser au pire et ne parvenait alors plus à fonctionner correctement. Il devait s'occuper pour faire en sorte que le temps passe un peu plus vite.

Tout le monde au camp le savait. Et il y avait toujours un volontaire pour lui tenir compagnie. La plupart du temps, Gabriel s'en chargeait. Il était lui aussi toujours inquiet pour Dean. Il plaisantait souvent à ce sujet mais Castiel savait qu'il aimait beaucoup le jeune homme et qu'il le considérait à présent comme un membre de sa famille. Et pas uniquement parce qu'il sortait avec Castiel. Il l'avait vu comme un deuxième petit frère bien avant tout cela. Il était toutefois bien plus doué pour maîtriser son inquiétude et faire comme si de rien n'était. Ce qui aidait Castiel à penser à autre chose pendant au moins quelques heures.

Après une première nuit sans son petit ami durant laquelle il n'avait pas dormi plus de quelques minutes, Castiel décida de rejoindre son frère pour tenter de penser à autre chose.

Gabriel était occupé à faire un nouvel inventaire de leurs ressources. Ils ne manquaient pas de nourriture mais il était important de savoir ce qui risquait de leur manquer dans un avenir proche pour préparer les prochains raids de Dylan et Dean. Le nombre d'habitants au camp avait considérablement augmenté ces derniers mois.

Castiel salua les quelques personnes qu'il croisa sur son chemin. Il les connaissait presque tous, à présent. Il n'était pas vraiment proche de tout le monde mais il avait au moins mémorisé les noms pour ne pas sembler malpoli quand il croisait les gens.

Il n'était proche que de certains. Lisa, Ben, Gilda et Victor principalement. Dylan, bien sûr, qui était désormais comme un membre de sa famille. Et il s'entendait également bien avec le docteur Stevens. Il lui était toujours reconnaissant pour ce qu'il avait pour son petit ami. Il n'avait pas besoin de plus de monde. C'était bien plus que ce qu'il avait avant que le monde ne prenne fin.

Gabriel semblait attendre son arrivée puisqu'il était installé à une table, deux tasses de café posées devant lui. Il avait les bras croisés sur le torse et un sourire sur les lèvres.

- Tu en as mis du temps, lança-t-il quand Castiel referma la porte derrière lui.

Castiel sourit à son tour, soulagé de ne plus être seul. Il pouvait toujours compter sur son frère dans les moments difficiles. Il avait toujours été là pour lui. Il faisait toujours passer les intérêts de son frère avant les siens. Il parvenait toujours à le soulager un peu.

- Laisse-moi deviner... tu n'as pas quitté votre chambre depuis son départ et tu t'es contenté de te morfondre en respirant son odeur sur son oreiller.

Castiel ne répondit rien mais sentit ses joues rougir aussitôt. Gabriel le connaissait définitivement trop bien. Il avait effectivement passé de longues minutes le visage enfoui dans l'oreiller de Dean pour s'imprégner de son odeur unique. Il n'en avait pas vraiment honte. Mais il savait que son frère allait s'en servir contre lui pour se moquer gentiment.

- Cassie, il va revenir et tu auras tout le loisir de lui faire toutes ces choses perverses et tordues que tu as en tête. Mais tu ne peux pas passer tout ton temps en son absence à te morfondre sur ta solitude.

Gabriel avait dit cela sur le ton de la plaisanterie mais Castiel savait qu'il avait raison. Et qu'il était réellement inquiet de savoir son petit frère seul à s'inquiéter pour le jeune homme. Il avait juste choisi de le dire sur un ton enjoué pour ne pas lui donner l'impression qu'il lui faisait la morale.

- Je sais, Gabe, mais ce n'est pas simple. C'est difficile sans lui. C'est comme... comme si je ne pouvais pas respirer pleinement tant qu'il n'est pas revenu.

Gabriel poussa la tasse de café dans sa direction, lui indiquant silencieusement de s'asseoir en face de lui. Castiel le fit sans hésiter. Il avait besoin de son grand frère.

- Je sais que c'est dur pour toi... ça l'est aussi pour lui. Mais tu ne dois pas oublier qu'il revient toujours. Il est bien plus fort que ce qui se trouve à l'extérieur. Alors inutile de te faire un sang d'encre pour rien. C'est l'histoire de deux jours, tout au plus.

Castiel aurait aimé pouvoir se montrer aussi optimiste que son frère. Il aurait aimé être capable de faire comme si ce n'était pas aussi inquiétant de savoir Dean et Dylan à l'extérieur, confrontés à des dangers toujours plus nombreux. Il n'y parvenait toutefois pas.

- Ils vont revenir, assura à nouveau Gabriel après quelques secondes.

Castiel hocha la tête avant de saisir la tasse de café et de la serrer dans ses mains pour les réchauffer. Il ne faisait pas vraiment froid mais son corps ne semblait pas en avoir conscience. Il était frigorifié et parcouru de frissons. Presque comme s'il était incapable de fonctionner correctement sans son autre moitié.

- Je sais qu'ils feront tout pour, répliqua-t-il finalement.

Gabriel sourit alors à nouveau.

- Et puis même si cela ne me plaît pas forcément de le dire et même si je le nierais sans doute quand il sera rentré, on ne doit pas oublier non plus que Dylan est avec lui et qu'il est un allié précieux. Ce gamin est agaçant mais il sait ce qu'il fait.

Castiel avait également confiance en Dylan. Il ferait tout son possible pour aider Dean s'il en avait besoin. Ils étaient proches l'un de l'autre et se comprenaient parfaitement sans avoir besoin de se parler. C'était en grande partie ce qui faisait d'eux une équipe efficace. Mais il n'était pas infaillible.

- Arrête ton char, Gabe. Tu adores Dylan. Et franchement, parfois, je me demande même si tu n'es pas amoureux de lui en secret, plaisanta Castiel pour donner le change.

Il était toujours inquiet mais il avait besoin de plaisanter. Besoin de rire de quelque chose pour ne plus avoir en permanence la sensation d'étouffer. Charrier son frère sur son attachement évident à Dylan était facile. Et cela marchait à tous les coups. Car Gabriel refusait catégoriquement d'admettre qu'il considérait leur jeune ami comme un troisième petit frère. Un second d'adoption après Dean. Il tenait autant à lui qu'au petit ami de Castiel. Il continuait toutefois à assurer le contraire.

- Ne dis jamais cela devant Kali. Elle m'arracherait les yeux... ou exigerait qu'on organise un plan à trois. Ce qui ne se fera jamais... Dieu merci.

Castiel avait encore quelques difficultés à cerner la petite amie de son frère. Il était sincèrement heureux pour Gabriel. Il était évident qu'il était très amoureux d'elle et elle avait suffisamment de caractère et de répartie pour lui tenir tête et le remettre à sa place quand c'était nécessaire. Elle n'était toutefois pas toujours très aimable avec lui. Il avait d'abord pensé qu'elle avait un problème avec son homosexualité. Mais après que Gabriel lui ait assuré le contraire, il avait fini par penser qu'elle n'était juste pas une personne avenante. Il allait lui falloir un peu de temps pour l'accepter. Il était toutefois prêt à faire des efforts pour son frère.

- Je doute que Dylan serait d'accord, de toute façon, commenta-t-il avant de boire une gorgée de son café.

Gabriel haussa les épaules.

- Tu as probablement raison... quelque chose me dit que le seul plan à trois qu'il accepterait serait celui qui vous impliquerait Dean et toi.

Une nouvelle fois, Castiel savait qu'il plaisantait. Mais cela avait aussitôt réveillé son côté possessif. Il n'était pas réellement jaloux de Dylan. Il était convaincu que le jeune homme était hétérosexuel. Mais il avait pensé la même chose de Dean lors de leur rencontre et savait donc à présent que son radar en la matière n'était pas forcément fiable. Il voulait toutefois croire que Dylan ne voyait Dean que comme son grand frère. Qu'il n'y aurait jamais rien de plus.

- Dylan n'est pas attiré par Dean et il l'est encore moins par moi, rétorqua-t-il finalement.

- Sans doute, mais il pourrait être curieux. Il pourrait aussi être en manque.

- Ce n'est pas parce que tu es un obsédé que tout le monde l'est également.

- Peut-être pas, concéda Gabriel en détournant les yeux.

Castiel fronça alors les sourcils, légèrement déstabilisé par l'attitude de son frère. Il n'aurait pas pu le jurer mais il avait la sensation, brusquement, que son frère cherchait à lui faire passer un message. Qu'il ne faisait peut être pas que plaisanter à ce sujet. Il sentit aussitôt son estomac se nouer.

- Gabe, tu crois que... commença-t-il, incapable de terminer sa phrase.

Il était terrifié par ce que son frère allait lui dire. Gabriel avait beau plaisanter de tout et de tout le monde, il n'en était pas moins particulièrement pour deviner ce que les gens pensaient ou ressentaient. Il était perspicace et reconnaissait les signes.

- Je ne crois rien. Je ne sais rien non plus. Dylan ne m'a rien dit et je... je suis juste fatigué, je suppose... ou peut-être que c'est la fin du monde qui me fait imaginer des choses. Tu l'as dit toi-même... tout le monde n'est pas obsédé comme moi.

Gabriel était clairement mal à l'aise et Castiel savait parfaitement ce que cela signifiait. Son frère pensait réellement que Dylan avait des vues sur Dean. L'idée le terrifiait complètement. Il avait confiance en son petit ami et savait à présent qu'il était foncièrement homosexuel et avait juste refusé de l'admettre jusque-là. Lisa ne représentait plus un danger pour leur couple. Concernant Dylan, en revanche, c'était différent. Il était un concurrent sérieux. Même si Dean ne semblait le considérer que comme son petit frère pour le moment.

- Gabe, j'ai besoin de savoir si... tu dois me le dire si tu penses qu'il pourrait... qu'il pourrait tenter quelque chose. Je sais que Dean m'aime mais Dylan est... il est attirant et il est gentil... il est bien plus capable que moi de se défendre et ils passent beaucoup de temps seuls dehors. Je... je dois savoir si je vais avoir besoin de me battre pour Dean.

Castiel était tout à fait prêt à faire ce qui serait nécessaire pour garder Dean. Il n'allait certainement pas le perdre sans se battre. Il écraserait Dylan sur son passage si besoin était.

- Je ne pense qu'il tentera quoi que ce soit. Je ne pense même pas qu'il en a conscience pour le moment. Il y a juste des signes qui ne trompent pas... des regards et... je suis convaincu qu'il n'aurait même jamais songé à ça si le monde n'avait pas pris fin. Les choses sont toutefois différentes maintenant. Elles nous poussent à saisir la moindre chance de... Cassie, je ne veux pas que tu te fasses de soucis et je ne veux pas non plus que tu lui sautes à la gorge dès qu'il sera de retour. Il ne tentera rien. Il ne le réalisera peut-être même jamais. Il est également possible que je me trompe.

Castiel baissa les yeux sur sa tasse et ne fut pas surpris de voir que ses mains tremblaient. Il était en colère, à présent. Et il savait que c'était sans doute injuste vis-à-vis de Dylan. Il n'était pas maître de ce qu'il ressentait. On ne pouvait pas décider de tomber amoureux de quelqu'un ou pas. Il ne pouvait toutefois pas s'empêcher de lui en vouloir. Parce qu'il passait énormément de temps avec Dean et qu'avec cette nouvelle information, cela l'inquiétait plus encore.

- Je ne le laisserai pas... il ne me le prendra pas. Je ferai en sorte qu'il... je suis prêt à le détruire si c'est nécessaire.

- Je doute que tu aies besoin d'avoir recours à quelque chose d'aussi extrême. Même s'il prenait conscience de ses sentiments, il ne tentera rien. Il tient à vous deux. Ce n'est pas son genre. De plus, il sait que Dean est amoureux de toi. Il sait forcément qu'il n'a aucune chance.

- Tu crois vraiment qu'il n'a aucune chance ? Demanda Castiel en relevant la tête pour regarder son frère dans les yeux.

Gabriel ne chercha pas à fuir son regard. Il était totalement sûr de lui. Il ne disait pas ça uniquement pour lui faire plaisir. Sa colère disparut aussitôt et il eut de la peine pour Dylan. Ce ne serait pas facile pour lui s'il finissait par réaliser qu'il avait des sentiments pour Dean.

- J'en suis convaincu. J'en suis sûr à deux cent pour cent. Dean est amoureux de toi, Cassie. Il n'ira jamais voir ailleurs. Vous êtes faits l'un pour l'autre. Tout le monde le sait. Dylan le sait. Ne t'en fais pas pour ça.

Castiel hocha alors la tête, rassuré. Il était important qu'il n'oublie surtout pas la confiance qu'il avait en son petit ami. Et celle qu'il avait en Dylan également. Il savait qu'il était quelqu'un de bien. Sa jalousie ne devait surtout pas le lui faire perdre de vue. Il ne voulait pas lui faire du mal parce qu'il n'était pas capable de garder le contrôle sur ses émotions.

- Et puis qui sait ? Je peux me tromper.

- Tu ne te trompes jamais, répliqua Castiel.

- Content de voir que tu l'admets enfin.

Si Gabriel était capable de plaisanter à nouveau, c'était une nouvelle preuve que Castiel ne devait surtout pas s'en faire.

- Tu sais, j'ai presque de la peine pour lui... c'est un gamin qui a vécu des choses horribles et il... il doit se sentir seul. Tu as Dean, j'ai Kali et lui... il n'a personne. C'est peut-être aussi pour ça qu'il est aussi attaché à Dean. Il a besoin de sentir qu'il compte pour quelqu'un.

- Il compte pour nous trois, rappela Castiel, sérieusement.

Il s'était réellement pris d'affection pour Dylan. Il ne le tolérait pas uniquement pour faire plaisir à Dean. Il le considérait comme un ami proche, un frère. Et il se promit de ne pas changer d'attitude le concernant maintenant qu'il savait. Gabriel avait une nouvelle fois raison. Il ne devait pas être facile pour lui d'être seul quand il voyait ses amis se mettre en couple autour de lui. Il était finalement normal qu'il ait développé des sentiments pour celui dont il était le plus proche. Ce n'était peut-être rien de plus que la manifestation d'un désir profond de ne plus être seul.

- Promets-moi que tu ne lui diras rien, souffla finalement Gabriel.

Castiel n'avait pas l'intention de lui en parler. Il ne voulait pas le pousser à voir les choses s'il n'avait pas pris conscience de ses sentiments. Il ne voulait pas non plus le faire se sentir mal s'il l'avait compris. Il allait se comporter en ami. En grand frère. Suivre l'exemple de Gabriel et Dean.

- Je ne lui dirai rien, promit-il alors.

- Et tu ne diras rien à Dean non plus, lança ensuite Gabriel.

Castiel grimaça alors. Il n'était pas forcément à l'aise avec l'idée de mentir à son petit ami. Ou du lui cacher une information importante qui le concernait directement. Bien sûr, en le lui disant, il risquait de le pousser à aller parler à Dylan. Dean finirait sans nul doute par se comporter différemment avec lui. Et ce n'était pas ce qu'il voulait. Pas ce que Dylan méritait non plus.

- Je ne peux pas lui mentir... pas quand je lui ai fait la promesse de ne pas avoir de secrets pour lui, protesta-t-il.

- Je ne te demande pas de lui mentir... juste de ne pas lui dire. Je... il se peut que je me trompe et si c'est le cas, cela risquerait d'avoir des conséquences dramatiques pour eux deux. Dylan a besoin de Dean et inversement. Tu ne peux pas les priver l'un de l'autre juste parce que je pense avoir compris quelque chose.

C'était logique et sensé. Castiel savait que son frère avait raison. Mais cela ne lui rendait pas les choses plus simples pour autant. Il doutait de pouvoir garder un tel secret. Il n'était pas un bon menteur. Et Dean devinerait aussitôt qu'il lui cachait quelque chose. Cela risquait ensuite de se retourner contre lui.

- Je vais y réfléchir, concéda-t-il finalement.

Il refusait de prendre une décision à chaud. Il avait besoin de peser le pour et le contre et de réfléchir un moment. Il était difficile pour lui d'avoir les idées claires alors qu'il était toujours mort d'inquiétude pour son petit ami.

- C'est tout ce que je te demande, souffla son frère quelques secondes plus tard.

Ils ne dirent rien pendant un moment, le silence s''installant naturellement entre eux. Il n'était jamais inconfortable ni pesant. Pas quand Castiel avait uniquement besoin de la présence de son grand frère pour se sentir un peu mieux. Parler était superflu. Le simple fait d'être dans la même pièce que Gabriel suffisait à alléger le poids qui reposait sur ses épaules depuis le départ de Dean.

- Tu sais, je t'envie, confia finalement Gabriel après de longues minutes.

Castiel reporta son attention sur lui et chassa les images de Dean qui s'étaient imposées à lui durant le silence. Il ne pouvait s'empêcher de penser à son petit ami à chaque seconde quand il ne parlait pas ou n'était pas autrement occupé.

- Comment ça ? Demanda-t-il alors.

Gabriel lui sourit avant de se racler la gorge et de reprendre la parole.

- Dean et toi, vous êtes faits l'un pour l'autre. C'est... c'est presque comme si c'était écrit depuis toujours. Vous étiez destinés à vous rencontrer... destinés à vous sauver mutuellement, à vous rendre heureux. Alors bien sûr, j'aurais préféré que l'histoire soit différente et que vous puissiez vous trouver sans que le monde prenne fin mais... c'est beau... pour les gens qui assistent à tout ça de l'extérieur, vous représentez l'espoir que la fin du monde ne soit qu'un nouveau commencement.

Castiel était surpris par ce qu'il entendait. Gabriel n'était pas le genre à faire de grands discours sérieux. Il n'était pas le genre à dire ce genre de choses sans chercher à plaisanter. Mais il était sérieux et sincère. Et Castiel était touché.

- Tu as Kali, toi, rappela-t-il.

Gabriel hocha la tête.

- Et je l'aime, Cassie. Ce n'est pas ce que je suis en train de te dire... ce que je veux te faire comprendre, c'est qu'elle et moi, c'est différent. Ce n'est pas... je n'ai pas la sensation que nous étions destinés l'un à l'autre. Pas comme Dean et toi.

- Je ne suis pas sûr de comprendre, confia Castiel. Tu n'es pas heureux avec elle ?

- Si, je le suis. Plus que je ne pensais pouvoir l'être ou plus que je n'estimais le mériter mais... votre histoire est... elle m'a redonné espoir... elle a redonné espoir à bien des gens et en cela vous êtes différents. Vous êtes des symboles. Je sais que vous ne l'avez pas demandé et que vous vous passeriez bien de l'attention mais vous devez en avoir conscience. Votre couple fait des envieux.

Castiel n'en avait pas eu conscience jusque là. Il ne s'était jamais posé la question. Il savait qu'il avait de la chance et pouvait également sentir que la connexion qui existait entre Dean et lui était plus forte que la normale. Les sentiments de Castiel étaient intenses et pourtant évidents. Il avait trouvé sa moitié en rencontrant Dean. Gabriel avait peut-être raison, en fin de compte. Ils étaient fait l'un pour l'autre. Leur histoire était écrite d'avance. Ils n'auraient pas pu exister l'un sans l'autre. C'était à la fois extraordinaire et terrifiant.

- Gabe, s'il ne revient pas... commença-t-il alors.

Son frère ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase. Il leva une main dans sa direction pour l'inciter à se taire avant de parler à son tour.

- Quand il reviendra, Cassie, tu feras ce que tu dois faire.

Castiel n'était une nouvelle fois pas vraiment sûr de ce que son frère tentait de lui dire par là. Ce n'était pas son genre d'être aussi mystérieux. D'ordinaire, il disait ce qu'il pensait sans tourner autour du pot, sans chercher à édulcorer ses propos. Mais il ne semblait pas vraiment à l'aise avec ce qu'il voulait dire. Ou peut-être espérait-il que Castiel finirait par comprendre par lui-même. Peut-être estimait-il qu'il avait besoin de le comprendre seul.

- Ce que je dois faire ? Demanda-t-il parce qu'il ne parvenait pas à réfléchir.

- Ce que tu aurais dû faire avant qu'il ne parte... ce dont vous avez tous les deux besoin... ce dont les gens de ce camp ont besoin également.

- Gabe, je suis désolé mais je ne suis pas sûr de voir où tu veux en venir.

Gabriel poussa un long soupir. Visiblement, il était agacé de voir que son frère ne comprenait pas son message. Castiel aurait aimé lui faire plaisir mais il en était incapable. Et il commençait lui aussi à perdre patience.

- Gabe, lança-t-il.

- Cassie... tu l'aimes, il t'aime... et ce monde a bien besoin de quelque chose de positif... de quelque chose qui leur rappelle qu'il y a de l'espoir. Qu'on peut être heureux malgré tout.

Castiel fronça les sourcils. Il était évident que son frère voulait le voir faire quelque chose avec Dean qui prouverait à leurs compagnons qu'ils avaient vu juste. Qu'ils étaient bien le symbole d'une nouvelle vie. Mais il n'était pas sûr de savoir ce qu'il pouvait faire pour le leur démontrer. Il savait d'ores et déjà la première chose qu'il ferait en retrouvant son petit ami. Mais il refusait que quiconque assiste à leurs retrouvailles. Et il doutait que ce soit ce que Gabriel sous-entendait.

- Tu ne peux décemment pas être en train de me suggérer ce que je pense que tu es en train de me suggérer... parce que franchement, même venant de toi, je trouverais cela étonnant.

- Cassie, s'il te plaît... je suis sérieux. Essaie toi aussi de l'être cinq minutes.

Castiel reposa sa tasse avec violence, faisant déborder le café qu'elle contenait encore.

- Gabriel, dis-moi ce que tu as en tête ou je te jure que je vais quitter cette pièce sans perdre une seconde de plus.

Gabriel soupira à nouveau avant de poser sa tasse à son tour et de croiser ses bras sur son torse.

- D'accord, d'accord... je vois que tu es clairement... disons, susceptible sur le sujet mais écoute-moi, d'accord ? Demande-toi quelle est la preuve ultime que tu pourrais donner à Dean ? La façon dont tu pourrais lui prouver ton amour pour qu'il ne puisse jamais en douter...

- Tu crois qu'il a des doutes ? Demanda aussitôt Castiel, perdu.

- Non, bien sûr que non mais tu... Cassie, je te jure que je t'adore mais je... parfois, tu es fatigant, tu le sais ?

Castiel détourna les yeux et fit un effort pour réfléchir à ce que son frère venait de dire. Il vouLait le voir apporter une preuve d'amour à Dean. La preuve « ultime ». Castiel n'était pas un grand romantique et ne l'avait jamais été. Il n'avait connu aucun couple heureux mis à part ses parents. Leur mariage avait visiblement fonctionné à merveille parce qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Leur union n'avait surpris personne. Ils... Castiel écarquilla les yeux brusquement. Gabriel ne pouvait pas être en train de lui suggérer de...

- Tu veux que je le demande en mariage ? Jeta-t-il d'une voix plus aiguë que d'ordinaire.

Gabriel sourit alors.

- Bingo, petit frère ! C'est exactement ce que je pense que tu devrais faire !

- Gabe... je ne vais même pas commenter le fait que tu as employé le mot « bingo » quand tu t'es longuement moqué de Dylan pour le même choix de vocabulaire... je vais juste me contenter de te dire que tu as visiblement perdu la tête si tu penses que je vais demander Dean en mariage.

Gabriel ne semblait sincèrement pas voir où était le problème. Il paraissait trouver son idée brillante. Castiel, quant à lui, n'imaginait même pas poser une telle question à son petit ami. C'était inconcevable et stupide. Inutile également. Ils n'avaient pas besoin de ça pour être parfaitement heureux ensemble.

- Je ne vois pas où est le problème, assura Gabriel.

- Le problème... le problème, c'est que Dean pourrait... il pourrait dire non. Il pourrait trouver cela stupide et inutile parce que c'est stupide et inutile. Et puis, ce ne serait même pas officiel puisque le monde a pris fin et... je ne suis même pas sûr que le mariage entre deux personnes de même sexe était autorisé ici avant tout ça donc...

- Et rien du tout, Cassie. Tout ça, ce ne sont que des excuses... parce que tu as la trouille.

Castiel n'avait pas peur. Il refusait que son frère puisse le penser. Il estimait juste que demander Dean en mariage était inutile. Il n'estimait pas avoir à lui prouver son amour publiquement. Pas quand il le faisait à chaque moment qu'ils passaient ensemble.

- Tu as la trouille et je suppose que c'est logique. Toutes les personnes qui songent un jour à demander quelqu'un en mariage ont la trouille. Mais il ne dira pas non. Il dira oui. Je sais qu'il dira oui.

- Disons qu'il dise oui... qu'est-ce qu'on fera ensuite, hein ? Qui nous mariera ? Je ne sais pas si tu es au courant mais le monde a pris fin et il n'y a plus personne pour tenir à jour les registres d'état civil.

Gabriel hocha la tête mais ne semblait pas prêt à abandonner son idée. Il était têtu. Castiel savait qu'il ne renoncerait pas facilement.

- Peu importe. Ce n'est pas ça qui compte. C'est le geste qui est important. Le symbole.

- Je ne veux pas être un symbole... et je suis convaincu que Dean n'en a pas envie non plus.

Le jeune homme n'aimait pas être au centre de l'attention. Il n'aimait pas que tous les regards soient braqués sur lui. Se marier avec Castiel devant des dizaines de témoins l'obligerait à s'y confronter. Rien que pour ça, Castiel était sûr qu'il n'accepterait jamais.

- Oui et bien peut-être que cette fois, vous n'avez pas le choix. Et puis réfléchis, Cassie... tu n'as pas envie de clamer haut et fort que Dean et toi êtes ensemble ? Tu n'as pas envie que personne ne puisse plus en douter ? Je sais que tu as un côté possessif.

Gabriel savait exactement comment procéder pour convaincre son petit frère. Il savait quels arguments employer et quels mots choisir. Castiel n'avait aucune chance face à lui. Et il devait reconnaître que l'idée ne lui déplaisait pas entièrement. Il n'avait jamais imaginé qu'il se marierait un jour, n'y avait même pas réellement pensé jusque-là. Mais il aimait sincèrement Dean et il avait envie de confirmer cela aux yeux de tous.

- Je ne sais pas... je ne suis pas sûr que... je sais qu'il dira non.

- Il ne dira pas non.

- Gabe...

- Cassie...

Castiel soupira en secouant la tête. Il ne servait à rien de débattre avec son frère. Il ne gagnerait pas. Il était préférable de lui donner ce qu'il voulait et de lui prouver ensuite qu'il avait eu tort. Car Dean allait dire non. Castiel n'avait absolument aucun doute sur ce point.

- OK, tu sais quoi ? Je vais y réfléchir. Je vais prendre le temps de peser le pour et le contre. Et si toutefois je décide de suivre ton conseil et de faire ce que tu suggère mais qu'il me dit non, alors je te le ferais payer... chèrement.

Gabriel hocha la tête, pas impressionné pour un sou par les menaces de son frère. Il n'avait aucune raison de l'être. Castiel n'était pas capable de lui en vouloir plus de quelques minutes d'affilée. Il l'aimait bien trop pour ça.

- Maintenant, on pourrait peut être changer de sujet, non ? Parler d'autre chose que de ma vie amoureuse.

- Tu préfères qu'on parle de ta vie sexuelle ? Je peux aussi, même si je dois reconnaître que j'ai ensuite du mal à effacer les images de mon esprit.

Castiel ne put alors s'empêcher de rire. Gabriel avait décidément un don pour obtenir de telles réactions de lui même quand il n'imaginait pas que cela soit possible.

- Non merci, ma vie sexuelle ne nécessite aucune discussion. Tout va bien... sauf si tu veux les détails.

- Ce n'est pas nécessaire, assura Gabriel en secouant la tête.

C'était un sujet sur lequel son frère aimait plaisanter. Mais Castiel savait qu'il était sincèrement heureux pour Dean et lui. Ça n'avait pas été simple au début. Il avait eu du mal à accepter qu'ils soient en couple quand lui pensait n'avoir aucune chance de trouver quelqu'un. Mais il les avait tout de même soutenus et les avait aidés à y voir clair après leur dispute. Gabriel avait été un allié précieux. Il méritait bien d'être heureux à son tour.

- Gabe, je ne crois pas t'avoir dit merci.

Il n'avait pas songé à dire cela avant que les mots ne franchissent le seuil de ses lèvres. Mais à présent qu'il les avait prononcé, il ne le regrettait pas. Il était grand temps pour lui de dire à son frère combien il lui était reconnaissant d'avoir toujours été là pour lui. Il comptait sur lui depuis le jour de sa naissance. Il aurait dû lui dire merci depuis bien longtemps. Il aurait probablement dû le lui dire tous les jours depuis la mort de leurs parents. Il s'en voulait de ne pas l'avoir fait à présent. Il était bien décidé à se rattraper.

- Merci pour quoi ? Demanda Gabriel qui ne semblait réellement pas voir où il voulait en venir.

Pour lui, il n'avait rien fait d'exceptionnel. Il n'avait fait que remplir sa mission en tant que grand frère. Comme Dean le pensait de Sam, il estimait que son devoir était de veiller en permanence sur lui. Il ne se rendait pas compte de tout ce qu'il avait fait pour Castiel. Ce n'était pas uniquement pour s'entendre dire le contraire. Il le pensait sincèrement.

- Pour tout... pour être un grand frère génial et un être humain exceptionnel. Merci d'avoir veillé sur moi depuis que je suis né et merci d'avoir sacrifié autant de choses pour être sûr que je ne manquerais de rien. Merci d'avoir fait en sorte que j'y vois clair concernant Dean et merci d'avoir... juste merci d'avoir été là pour moi à chaque fois que j'en avais besoin.

Gabriel ne dit rien pendant de longues secondes, ses yeux soudainement plus brillants que d'ordinaire. Il ne pleurerait pas. Il ne se laisserait pas aller de la sorte. Mais il était évident que ses mots l'avaient touché. Qu'il les avait entendus et qu'il ne les oublierait jamais.

- Je sais que tu n'aimes pas quand je te dis des choses de ce genre parce que tu penses que j'exagère et parce que tu crois sincèrement que tu n'as rien fait d'exceptionnel mais tu peux me croire... je n'aurais pas pu avoir meilleur grand frère. Et je ne serais pas devenu l'homme que je suis sans toi... je ne serais sans doute même plus en vie sans toi.

- Cassie, je...

- Non, ne cherche pas à plaisanter ou à tourner tout ceci en dérision parce que je suis sincère. Je pense ce que je t'ai dit et j'ai besoin que tu l'entendes parce que je sais que je ne te l'ai pas suffisamment dit pendant toutes ces années. J'avais besoin de le faire et maintenant que c'est fait, je... on peut changer de sujet.

Gabriel ne dit rien mais détourna les yeux. Castiel lui laissa le temps de digérer ses paroles et de reprendre un semblant de contrôle sur ses émotions. Il fit comme s'il ne voyait pas les quelques larmes qui roulèrent sur ses joues et qu'il essuya rapidement du dos de la main.

Après un nouveau long silence, ce fut finalement Gabriel qui reprit la parole.

- Je t'ai entendu, tu sais, souffla-t-il toujours sans regarder son frère.

- Je sais, se contenta de dire Castiel en retour.

Il n'y avait pas grand-chose de plus à dire sur ce sujet. Ils n'avaient pas besoin de longs discours. Ils savaient ce qu'ils avaient traversé et ce qu'ils se devaient l'un à l'autre. En parler plus longuement n'aurait fait que raviver de mauvais souvenirs.

- Tu penses encore à elle ? Finit par demander Gabriel en regardant à nouveau son frère.

Il n'avait pas besoin de préciser de qui il parlait. Castiel le savait parfaitement.

- Tous les jours, répondit-il en soutenant le regard de son frère.

- Elle me manque. Parfois, quand j'entends quelqu'un dire quelque chose de drôle, je me dis que cela l'aurait fait rire et ensuite je me souviens et je... c'est difficile... chaque jour sans elle est difficile.

Castiel pensait encore beaucoup à Anna. Il se souvenait de son rire. De son sourire. De la couleur de ses yeux et de ses cheveux. De ses prises de positions. De sa passion pour son métier. De ses patients pour lesquels elle était prête à tout sacrifier. Il se souvenait de combien elle était généreuse. Le monde aurait bien eu besoin de quelqu'un comme elle.

- J'aurais aimé qu'elle puisse rencontrer Dean. Je suis sûr qu'elle l'aurait adoré.

- Probablement, oui.

- Tu crois que ce sera un peu moins un douloureux, un jour ? Tu crois qu'on réussira à parler d'elle sans penser à sa mort et aux derniers moments de son existence ?

Gabriel secoua la tête, confirmant ce que Castiel savait déjà.

- Probablement pas. Mais l'essentiel est de garder les bons souvenirs avant tout. Je n'ai pas envie d'oublier... pas même les mauvais moments. Je veux tout garder... je veux qu'elle continue de vivre à travers nous.

- C'est ce que je veux aussi, assura Castiel dont la gorge s'était nouée.

Il n'avait pas eu envie de parler de sa sœur. C'était un sujet encore difficile à aborder pour lui. Il avait accepté sa mort mais il n'avait pas fait son deuil pour autant. C'était moins flagrant que pour Dean qui continuait de refuser de parler de Sam. Mais cela restait difficile. Elle lui manquait continuellement. Il espérait sincèrement qu'elle était mieux là où elle était à présent. Juste pour elle, il avait envie de croire en une vie après la mort.

- Elle aurait voulu nous savoir heureux, assura finalement Gabriel.

- Je le pense aussi.

Ils ne dirent rien de plus à ce sujet. Castiel savait que son frère avait encore besoin de parler d'elle. Il avait la sensation de l'abandonner s'il ne l'évoquait pas de temps en temps. Il pouvait le comprendre même s'il ne ressentait pas le même besoin. Même s'il préférait généralement éviter le sujet.

- Je devrais te laisser. Tu dois avoir des choses à faire, non ? Demanda-t-il ensuite.

Gabriel haussa les épaules.

- Tu ne me déranges pas. Et puis je préfère te savoir là qu'en train de te morfondre en te roulant dans les sous-vêtements sales de Dean.

- Je ne me roule pas dans... oh et puis va te faire voir, Gabe. Je m'en vais.

Gabriel ricana alors. Castiel se leva de sa chaise, vida sa tasse puis la reposa sur la table. Il se dirigea ensuite vers la porte. Il allait l'ouvrir quand son frère l'appela dans son dos.

- Je t'aime, Cassie, lança-t-il ensuite.

Castiel lui sourit en hochant la tête.

- Je t'aime aussi, répliqua-t-il.

Ils n'avaient jamais eu de mal à se le dire, n'avaient jamais pensé que prononcer ces mots était un signe de faiblesse. Ils avaient toujours été extrêmement proches, soudés par les épreuves et la mort de leurs parents. Ils l'étaient plus encore depuis la mort d'Anna. Ils avaient besoin de se dire ces choses pour se sentir mieux. Même s'ils le savaient déjà.

- On se voit plus tard ? Demanda Gabriel après quelques secondes.

- On se voit plus tard, confirma Castiel.

Il tourna ensuite les talons et sortit de la pièce. Il était toujours inquiet pour Dean. Il était également déstabilisé par ce que Gabriel lui avait révélé concernant Dylan et par sa suggestion concernant Dean. Mais il se sentait bien plus léger qu'avant d'avoir parlé à son frère. C'était un don que Gabriel avait toujours eu. Un don qui bénéficiait largement à tous les gens qui l'entouraient et plus particulièrement à Castiel. Il savait que l'absence de Dean serait rapidement douloureuse à nouveau. Il avait gagné quelques heures de répit mais il aurait bientôt besoin qu'on lui change à nouveau les idées. Il n'était toutefois pas inquiet sur ce point. Il lui suffirait de revenir voir son frère pour se sentir mieux. Il lui suffirait de l'écouter dire des bêtises pour retrouver le sourire pendant un moment. Et quand Dean reviendrait sain et sauf, tout irait mieux pour lui. Il pourrait réfléchir à ce que Gabriel lui avait suggéré. Il pourrait envisager de demander l'homme qu'il aimait en mariage et se préparer à son refus. Il ne savait pas à quel moment il avait accepté l'idée de franchir ce cap. Il n'était même pas sûr de ce qui l'avait convaincu de le faire. Mais il savait qu'il le ferait. Parce qu'il avait envie de faire ce cadeau à Gabriel. Et parce qu'il avait envie de faire en sorte que ce monde ne gagne pas. Que cette apocalypse ne les prive pas du bonheur qu'ils méritaient de connaître. Il allait convaincre Dean de l'épouser et il allait être heureux avec lui. Quoi ce que cela puisse lui coûter en chemin.